MISSIONS
Ltur importance. Arrivons enfin au premier, au plus important, au plus efficace de tous les moyens extraordinaires que Dieu emploie communément pour sanctifier le juste et convertir le pécheur. Celui qui a assisté à une mission bien donnée et qui là, a exercé le saint ministère de la confession avec un cœur do véritable, père; celui qui juge des choses d'après les faits, et non d'après la critique mordante de quelqu'explorateur envieux de cette terre promise, ne pourra pas s'empôcher d'avouer que, dans une mission bien faite, se trouve la régénération d'une population et quelquefois d'un pays; que c'est là qu'on passe du désert aride au péché à la véritable terre promise, où coule le lait et le miel pour les âmes qui n'opposent pas de résistance à la grâce divine. Les autres secours qui nous viennent du ciel sont des grâces isolées ; ce sont des moyens plus ou moins efficaces pour faire impression sur les cœurs; mais une bonne mission peut être appelée la réunion, le résumé et le comble de toutes les grâces. Dans les autres occasions, Dieu prépare aux âmes, ou des inspirations secrètes, ou de bons exemples; il leur envoie, tantôt un prédicateur élo* quent, tantôt un confesseur zélé et plein d'expérience: ou encore il les attire avec suavité; ou bien il les épouvante par la crainte des justices divines; mais, dans une mission, il semble que, faisant un effort suprême, il emploie tous ces moyens à la fois : lumières de l'intelligence, mouvements qui éveillent et aiguiiionnent la volonté, prédications et sermons éloquents, cérémonies imposantes, exemples qui émeuvent les cœurs les plus obstinés et en triomphent ; de sorte qu'il y a tout lieu de craindre pour le salut de c^lui
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qui résiste à la grâce d'une mission bien donnée, et on peut presque désespérer de la conversion d'un tel pécheur.
Fruits. Aussi, j'ai vu des missions où il y avait cinq cents, sept cents, neuf cents, et quelquefois plusieurs milliers de personnes qui, après avoir négligé durant bon nombre d'années leur devoir pascal, se réconciliaient sincèrement avec Dieu. Combien d'infortunés qui nourrissaient dans leur cœur d'affreuses inimitiés, se sont défaits des armes dont ils allaient se servir pour se venger de leur ennemi ; se pardonnant mutuellement, ils s'embrassaient, et devenaient un sujet d'édification pour toute une ville! Combien depuis leurs plus tendres années jusqu'à un âge avancé, avaient fait des confessions nulles, pour avoir caché quelque péché! Mais, animés par la mission, ils faisaient une confession générale et recouvraient la paix de l'âme! Et que dire de tant de scandales réparés, tant d'images, de photographies obscènes, de livres mauvais recueillis et brûlés, de divorces, de concubinages empêchés, de blasphèmes réprimés et arrêtés, et de tant de restitutions opérées! Il y a eu des missions où plus de soixante ou quatre-vingt mille réaux étaient rendus a leurs véritables possesseurs. Dans u-ne de ces missions, on vit communier le père et le fils; celui-ci à vingt-deux ans pour la première fois; celui-là à cinquante-sept ans, pour la seconde ; il en avait passé quarante-quatre sans mettre les pieds à l'église.
Et en face de pareils résultats, il y en a qui regardent avec dédain la grâce de la mission, parce que, disent-ils, beaucoup de personnes retombent dans le péché. Assurément, la mission ne rend pas l'homme impeccable ; elle a cela de commun avec le sacrement de pénitence et la prédication elle-même de Notre Seigneur Jésus-Christ; mais combien persévèrent, n'est-il pas vrai? Beaucoup de pécheurs retombent, j'en conviens ; mais cela leur arrive moins fréquemment et moins facilement. Et, plût au ciel que, devant Dieu, la principale cause de ces rechutes ne fût pas l'ecclésiastique lui-même, ie pasteur négligent, qui n'a rien fait pour les empêcher, et qui peut-être a fait ce qui était de nature à les provoquer! Il ne. faut donc pas s'étonner de voir S. Alphonse de Liguori , S. François de Sales et d'autres hommes d'une grande sainteté, affirmer qu'un curé ne peut pas mourir tranquille, si ayant la possibilité de le faire, il