DEUXIEME PARTIE
n'a pas procuré une mission à ses paroissiens ; et ces saints personnages voudraient de plus que cette mission se renouvelât tous les cinq ans.
Deux classes de missions.
Missions générales. Les unes sont locales, les autres sont générales, selon qu'elles ont pour but de réformer les habitants d'une seule localité, ou ceux d'un pays tout entier. Ici se présente une question analogue à celle que nous avons discutée en parlant des exercices pour le clergé; c'est-à-dire laquelle de ces deux sortes de missions mérite la préférence. Il ne s'agit pas ici de capitales de provinces, ni de grandes villes de vingt à trente mille âmes. Réformer une semblable population est une affaire trop importante pour que le missionnaire puisse s'occuper des gens de la campagne. Loin de les inviter, il devra au contraire faire des difficultés pour les admettre à la mission, et les détourner même d'y venir. Agir autrement ne serait qu'orgueil ou un zèle mal entendu. Car ccnest pas une poignée de Philistins qu'il faut vaincre en ce moment; ce qui importe, c'est de réduire ce Goliath, cette Babylone qui fait la loi à tout le pays, et qui y nourrit l'impiété et le libertinage. La réformer, c'est réformer et convertir toute la contrée. Je veux donc seulement parler ici des campagnes, ou des localités d'importance médiocre. Dans Je cas proposé, est-ce la mission générale, est-ce la mission particulière qui doit avoir la préférence? Beaucoup diront sans réfléchir : une mission particulière, qui se donne en un seul lieu vaut mieux, et parce que l'affluence des étrangers, distrait, et empêche que les habitants du pays assistent aux sermons et profitent de la mission, et parce qu'alors les confessionnaux se trouvent assiégés pai une foule considérable, et qu'ainsi beaucoup de pénitents se confessent mal. Je le reconnais : s'il n'y a pas une voix pleine d'autorité qui domine et gouverne ces masses, et si on ne prend pas de grandes précautions, les étrangers peuvent nuire d'une manière assez notable au fruit de la mission ; mais si le missionnaire est habile, si des curés zélés le secondent, il peut tirer un parti incroyable et merveilleux de cette afïluence de peuple. C'est ce qu'obtenaient S. Vincent Ferrier, S. François de Hiéronymo, le P. Pierre Calatayud,
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et d'autres missionnaires éminents qui, au moyen d'unç mission générale, régénéraient une très-vaste étendue de pays, produisant plus de fruits en une seule retraite, qua d'autres missionnaires avec la méthode ordinaire, en un grand nombre d° mois et même en des années entières de missions. Voilà le grand avantage d'une mission générale bien donnée, comme nous l'avons dit pour les exercices, page 462 du premier volume.
Epoque favorable. Pour obtenir ces résultats, on le comprend déjà, il faut choisir une époque favorable à la mission (i). Car, s'il est .vrai que la ferveur du peuple, le prestige et l'habileté du missionnaire peuvent être tels, que malgré les ténèbres de la nuit, les neiges, la pluie, la boue, les travaux des champs, on obtienne ungrand concoursde monde et des fruits abondants, comme celanous est arrivé en beaucoup d'endroits; il ne laisse pas cependant d'y avoir ici de sérieuses difficultés. Aussi, est-il nécessaire de suspendre les
missions en temps de moiss-.n, de vendanges, quand une
grande partie de la population est absente, durant les ré-
(1) Même pour les exercices des séminaires, les Prélats et les directeurs doivent choisir le temps le plus favorable. C'est pour cela que je ne suis pas d'avis qu'on les donne avant de commencer le cours, ni non plus avant de le finir. Avant de commencer les études, l'esprit agité par le souvenir encore vivant des vacances, est peu disposé à s'occuper, avec tout le soinnecessaire.de l'unique affaire importante ici-bas; plusieurs s'excusent de suivre les exercices sous prétexte de maladie, ou d'empê ohements souvent simulés; et d'autres, tout en y assistant, n'en retirent que très-peu de fruits A la fin du cours, l'es« prit se trouve préoccupé par la proximité de l'examen et des vacances; il ne reste plus assez de temps pour conserver et cultiver le fruit des exercices, qui ne tardera pas à se perdre au milieu du monde. La meilleure époque serait donc quelques semaines après l'ouverture de l'année scolaire. Alors l'esprit a repris son calme; et comme il y a de nombreux mois pour entretenir la ferveur des exercices, une retraite bien donnée, produira, dans ces conditions, des fruits très-abondants. Sans doute, on objectera à cela le grand tort qui résultera pour la science, de l'interruption des classes pendant quelques jours. Mais Texpérience enseigne que les exercices bien faits, loin de nuire aux succès des études, y contribuent puissamment; car sous leur influence disparaissent et l'inapplication, et la paresse, et tant d'autres vices, contre lesquels tant de talents et de travaux viennent misérablement échouer.
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jouissances qu'apporte avec elle la fête principale du pays et pendant les folies du carnaval, là où ces usages existent.
Autres précautions. On n'obtiendra pas non plus aisément qu'une population qui compte, par exemple, mille personnes en âge de communier, suive facilement une mission générale et en profite complètement. Il est trop difficile de remuer une masse si considérable, et on ne trouvera pas en elle assez de docilité pour l'ébranler avec toute l'édification qu'il faudrait. Aussi, pour peu qu'on ait la possibilité de donner, avec le temps, un nombre suffisant de missions, il serait à désirer qu'on le fit pour des populations de cette importance.
Il no serait pas moins difficile de donner une mission générale, avec des résultats pleinement satisfaisants, là où il y aurait eu un grand nombre de missions partielles jusque dans les petites paroisses. Car tous s'excuseraient de la suivre ; les uns, parce qu'ils l'auraient eue ; les autres, parce qu'ils espéreraient l'avoir sans être obligés de se donner tart de peine; et ainsi peu de monde y assisterait. Les Belges, à cause de cela, allaient jusqu'à exclure les étrangers. Gomme la liberté des cultes existe dans leur pays, l'entrée et la sortie des populations ne pouvaient se faire processionnellement avec le curé enchantant le rosaire, comme cela se pratique en Espagne ! et il était à craindre que les étrangers ne causassent des embarras et des distractions à la mission, au lieu d'être pour elle un précieux stimulant et-un avantage. Dn plus, ceux là même qui s'approchaient des sacrements, n'ayant pas entendu un nombre suffisant de sermons, se confessaient avec négligence et ne retiraient que très-peu de fruits. Cependant, je ne conseillerais pas à celui qui donne une mission purement locale, d'exclure les étrangers ; mais il ne devrait non plus rien faire pour les attirer; et, s'il les admettait aux sacrements, il ne faudrait pas qu'il entendit leur confession, s'ils n'avaient pas assisté au moins à trois sermons. En agissant autrement, loin de réparer les confessions sacrilèges, on ne fera que les multiplier dans la mission.
Cependant, quand il n'est pas facile, ni parfois possible, vu le nombre restreint des missionnaires, de donner des missions à toutes les paroisses, même aux principales, une mission générale a une grande efficacité pour régénérer en peu de temps une grande étendue de territoire. Mais pour
cela il v a certaines précautions à prendre ; nous eu exposerons "quelques-unes. Commençons par mettre sous les veux du lecteur, une pièce importante contenant les avis que le* Pères Missionnaires Belges, de la Compagnie de Jésus, donnent aux curés qui leur demandent une mission. Ce document convient à toutes les classes de missions.