DEUXIÈME PARTIE
repos, et pour le retour des étrangers dans leurs maisons, on commence par le Rosaire, et on chante ensuite un cantique; puis on t'ait une instruction sur les commandements, car c'est là le sujet le plus pratique et le plus nécessaire; après on chante un nouveau cantique, et on donne le sermon. On met fin à la cérémonie en chantant : « Pardon, ô mon Dieu. »
Je crois bon d'omettre, la plupart du temps, la procession avec le crucifix que font ordinairement chaque jour beaucoup de missionnaires; car je ne la crois pas nécessaire, quand la ferveur s'est déjà répandue dans les âmes : et le missionnaire est exposé à s'enrhumer à cause de l'humidité de l'air et du froid de la nuit.
J'ai dit qu'il doit y avoir au moins deux exercices chaque jour; car si la paroisse comptait une population consiaérable, et que le nombre des missionnaires fût suffisant, on ferait à dix heures et demie du matin un sermon, aûn que personne, pas même ceux qui ont la santé déli«ate, ne se trouve dans l'impossibilité d'assister à une instruction chaque jour. Et l'importance de la cité pourra être telle, qu'il conviendra parfois de prêcher dans deux ou trois églises, et même plus, quand à cause de leur petitesse, elles ne pourront pas contenir l'immense auditoire qui y afflue de toute part ; dans ce cas, on s'efforcera de répartir les églises de façon à ce que les habitants puissent se rendre sans grand inconvénient à l'une d'elles ; et on distribuera les prédicateurs, de manière à ce que les plus distingués donnent la mission dans la paroisse où se rendent les gens les plus cultivés et les plus instruits ; et les missionnaires qui sont les plus populaires prêcheront dans les églises où domine la classe intérieure (1).
Dans les missions générales, ces exercices ne suffiront pas. L'affluence des populations est telle que, sans certaines précautions on se dissiperait, et on passerait le temps en conversations oiseuses, dans les cabarets, les maisons de jeu, etc. Il est donc nécessaire d'occuper cette foule. Dans ce but, à Boltagna et en d'autres endroits, j'ai introduit
(1) Il y a ici quelques détails relatifs à des missions de ce genre en certaines villes d'Espagne.
l'usage de chanter le Rosaire dans les rues, à neuf ht-ures du matin et à quatre heures de l'après-midi. On sortait de l'ég'ise, et on terminait sur la place, afin de ne pas troubler les nombreuses confessions, pour lesquelles quarante prêtres ne suffisaient pas. Rien n'était édifiant comme de voir quinze cents personnes qui chantaient le Rosaire, et formaient trois chœurs, afin que le chant fût facilement entendu. On portait, à la suite des hommes, une pieuse image de Notre Seigneur crucifié, et à la dernière dizaine, tout" le monde s'agenouillait; alors tourné vers le Cl le peuple entonnait : Pardon, mon Dieu ! L'Alcade et le Juge présidaient cette grande procession qui, retournant sur la place, se repliait dans l'ordre le plus parfait autour de la croix ; et à genoux, on terminait le Rosaire par le chant de la poétique strophe : Pardon, mon Dieu!
Petite mission pour les enfants.
Son importance. Les premiers jours de la mission, tandis que le peuple se dispose à la confession, il faut que le matin et l'après-midi, un des missionnaire s'occupe des enfants. 11 les réunira vers dix heures et demie, dans la matinée, et vers trois heures dans l'après-midi, leur faisant, non plus une explication sèche du catéchisme, mais une petite mission très-profitable sous beaucoup de rapports.
Car 1° il importe que ces enfants, souvent privés des instructions en rapport avec leur âge, reçoivent cet aliment substantiel et gagnent les indulgences de la mission.
2° D'un autre côté, les parents éprouvent un singulier plaisir en voyant les missionnaires s'occuper de leurs enfants. Il est arrivé plus d'une fois que, par ce moyen, les enfants et les parents ont été gagnés à Dieu.
3o Quels fruits ne produisent pas ces enfants changés en missionnaires, soit en chantant par les rues les petits couplets de la mission, soit en répétant les recommandations que le missionnaire leur a laites, soit en reprenant celui qui a blasphémé ou dit de mauvaises paroles par cette exclamation : Ave Maria purissimi ! soit enfin en attirant leurs parents au sermon et même au saint tribunal ! C'est ainsi qu'un enfant de six ans introduisit la récitation du Rosaire aans sa famille ; que plusieurs ont produit des fruits et ont