DEUXIEME PARTIE. I
demande rien de cela pour le moment ; mais à trois reprises il le charge de paître ses brebis : « Pasce oves meas. » Et s'il prie pour lui afin que sa foi ne défaille jamais, à l'instant il lui demande, en retour d'une si grande faveur, de confirmer ses frères : « Et tu, aliquandoconversus, confirma fratres tuos (4). » Tant Jésus-Christ a à cœur que nous travaillions au salut des âmes avec toute l'ardeur dont nous sommes capables.
Faisons, messieurs, pour un instant abstraction dt, cette pensée que nous sommes Dei adjutores (2) les ministres, les représentants de Jésus-Christ, ses coopérateurs dans la grande entreprise du salut des âmes : considéronsnous comme de simples chrétiens, comme des hommes. Dans ce cas, je vous dirai encore : Vous êtes obligés de travailler avec ardeur au salut du prochain. Car. « Mandavit unicuique de proximo suo (3). » Notez bien : Mandavit : ce n'est pas une œuvre de surérogation ou de conseil ; c'est un précepte formel, une obligation étroite; unicuique : ceci ne doit pas s'entendre seulement des supérieurs, des chefs de famille, des fonctionnaires publics; ce devoir s'étend à tous, et oblige tout le monde indistinctement.
Etes-vous chrétien ? Or, le zèle pour le salut des âmes est tellement nécessaire à ceux qui se glorifient de ce titre auguste, que saint Jean Chrysostôme disait : « Je ne crois pas qu'on puisse se sauver, si on ne consacre pas à cet effet toutes ses forces. » Et cette proposition ne semblera pas exagérée à celui qui considérera la loi fondamentale du christianisme. En effet, aimer Dieu par-dessus toute chose, et le prochain comme soi-même, voilà le résumé de tous les commandements : « In his duobus mandatis universa lex pendet et prophetse (4). » Eh bien, comment remplira-t-il ce précepte, le chrétien qui manque de zèle pour le salut des âmes? Puis-je dire que j'aime Dieu, si voyant son sang précieux foulé aux pieds, ses temples et ses sacrements augustes profanés chaque jour, le fruit de sa passion et de sa mort anéanti, son saint nom insulté et maudit, je demeure insensible à tant d'outrages, et je ne fais rien pour
<1| Luc. xxii. 32. (2) I Cor. ni, 9. (3) Eccl. xvn, 12. Matth. xxii, 40.
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8 ruÉSOR DU PRETRE
les empêcher lorsque je le puis? — Quelqu'un répandra : A Dieu ne plaise que je voie jamais avec indifférence de si horribles attentats; je les sens d'une manière très-vive, au fond de mon cœur. — Mais à qui persuaderez-vous que ces protestations sont sincères, si pouvant empêcher une partie de ces injures, en travaillant efficacement au bien des âmes, «us ne le faites pas? Jamais un père ne croira que son fils J'aime, si celui-ci se contentant de ne pas le maltraiter, de ne pas prendre une part active aux indignités dont les autres l'abreuvent, n'a pas le courage de prendre en main la défense de son honneur outragé. Non. celui qui le pouvant, ne retire pas du feu son frère que les flammes dévorent, ne sera jamais regardé comme ayant un bon naturel. Comment, s*écrie saint Bonaventure, comment pourrai-j^ dire que vous aimez Dieu, si voyant le prochain plongé dans la fange, vous ne l'en retirez pas, lui qui est son image? a Quom^oo quis potest dicere se diligere Deum, qui ejus imaèanem videt in sterquilinlo jaeere, et non curât [\). » Oui. vous avez beau faire des protestations magnifiques et réitérées de votre amour de Dieu par-dessus toute chose, il faut nécessairement conclure que vous ne l'aimez pas, si ^ous ne travaillez pas avec ardeur au salut du prochain. Le zèle est à la charité ce que la chaleur est au feu. 11 est impossible qu'il y ait du feu, là où il n'y a pas de chaleur; et il n'est pas possible davantage, dit "le docteur Angélique, que l'amour de Dieu se trouve là où il n'y a pas le zèle pour le salut des âmes.
Tenons donc pour certain, que sans le zèle nous ne pouvons pas remplir le grand commandement de la loi de Dieu. Et le second, en tout semblable et égal au premier : « Diliges proximum tuum tanquam teipsum ^2 , » comment arriverons-nous à l'observer si nous ne nous occupons pas Û12 prochain? Aimer son semblable, c'est lui vouloir du bien. c*est lui en faire ; comment serait-il possible d'aimer le prochain sans désirer pour lui le souverain bien, et sans chercher à le lui procurer ! Or, des millions d'hommes tombent dans l'abîme; ce sont nos frères, et les frères de Jésus- Christ . entraînés par des passions violentes, et séduits par
tl)BONAV. (2) Marc. xn. 31.