‹ Le trésor du prêtreChapitre 51 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

dans certaines paroisses, par la malice des hommes et l'indolence de certains curés relâchés. Mais que le curé ne se décourage pas : un zèle prudent et constant viendra à bout de tout.

2° II ne parlera pas des abus au commencement. Il y a des curés si inconsidérés que, à peine arrivés dans une paroisse, ils veulent tout corriger, tout changer : rien ne leur paraît bien fait; ils trouvent à redire sur tout. Une telle conduite produit la plus mauvaise impression sur les esprits ; et expose en outre le prêtre à de très-graves erreurs. 4° Car ce qui lui semble être mieux peut être l'effet, non d'un zèle prudent et bien entendu, mais d'une excessive présomption, et d'un amour-propre très-raffiné. 2° Et puis, qui peut savoir si l'esprit malin ne lui suggère pas cette manière de procéder, sous prétexte de zèle, afin de tout ruiner, et d'arriver ainsi plus sûrement à ses fins diaboliques? 3° Les innovations même dans les choses évidemment bonnes, entraînent avec elles de très-graves inconvénients, et produisent les plus funestes effets, si on ne les introduit pas avec une grande prudence. Tout curé qui ne veut pas se briser contre les nombreux écueils dont les temps où nous vivons sont remplis, ne fera aucuue innovation au commencement ; et même plus tard, il. n'en entreprendra aucune qui ne soit réclamée par une utilité évidente, et par un besoin pour ainsi dire impérieux.

3° Il ne cherchera pas à corriger tous les abus à la fois. Lorsque le* curé s'est concilié le cœur de ses paroissiens, qu'il connaît la paroisse, qu'il a bien étudié le caractère de ses habitants, le moment est venu pour lui de se mettre à l'œuvre, afin de déraciner avec prudence les abus qu'il est en son pouvoir d'extirper. La gloire de Dieu le réclame, son devoir l'exige; mais qu'il ne songe pas à les corriger tous à la fois. Festina lente, disaient les anciens. Et si les auteurs ascétiques conseillent aux âmes de ne pas prétendre arriver à la perfection trop vite, et pour ainsi dire, en un seul jour, à combien plus forte raison, le curé devra avoir ce principe présent à l'esprit, puisque l'heureux succès de sa mission ne dépend pas de lui seul, mais de la coopération de tant de volontés et d'intérêts réunis? Aussi, le célèbre Barbosa recorn mande-t-il aux curés la plus grande circonspection dans leur manière d'agir; voici les graves

paroles dont il se sert I, : « Nec in quacumque re agenda parochus prius cogitare omittat, an liceat. an deceat, an expédiât ici agere? Sapienter, prudenter. humiliter praBesse stud'?at : lente festinet, oculatara manum gerat. nec temere quaecumque credat, praeteritorum memor, prassentia intueatur et videat, futura recogitet. » Conseils importants qui, en tout temps, méritent d'être gravés dans le cœur du curé, même vétéran du sanctuaire! Mais c'est surtout dans i'esprit du nouveau curé qu'il faudrait les voir imprimés, alors que tout le monde tient les yeux fixés sur lui ; et quand une mesure imprudente, un mot moins réfléchi, une fausse démarche peuvent rendre pour toujours inutile l'homme le plus éminent. Oh!' combien de curés et quelquefois de préfats, qui avaient produit et qui produisaient encore les fruits les plus abondants, croyant faire un admirable coup d'état, ont tout perdu, pour s'être abandonnés à un zèle excessif et

Erécipité, ou pour avoir accordé à un seul homme une conance illimitée! Que le curé et tous ceux qui gouvernent méditent cette sentence du Docteur angélique: « Humanum regimen derivatur a divino regimine, et ipsum débet imitari : Deus autem. quamvis sit omnipotent et summe bonus, permisit tamen aliqua fieri in universo quae proscribere posset, n ? his sublatis. majora bona impedirentur, vel etiam pejora mala sequerentur .2) ».

4° Moyen pratique de détruire les abus. Le'curé pourra arriver à ce résultat de deux manières : indirectement par son exemple, et directement en se servant de la correction. Supposons qu'il veuille déraciner les abus qu'il voit dans l'église : il commencera par garder le silence qui convient au'lieu saint, et par s'y tenir respectueusement ; il fera dévotement les génuflexions, et quand il aura gagné la bienveillance des fidèles, il leur fera un éloquent sermon sur le respect dû à l'église; rappelant le zèle et la sainte indignation que montra Jésus-Christ à la vue des irrévérences qui se commettaient dans le temple de Jérusalem, il exposera combien ceux qui tombent dans de semblables fautes se font peu d'honneur à eux-mêmes, et combien ils donnent en cela de tristes preuves de leur peu de foi et de leur mau-

(1) Baubosa. de offic. part. p. 1, e. 7. (2) Thom. 2, 2, q, 10, art. 11.

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vaise éducation. Il tâchera d'intéresser à cela les maîtres, les pères de famille et les autorités, afin d'avoir leur concours dans une si noble entreprise; et il verra, grâce à sa longanimité et à sa constance, ces abus diminuer peu à peu et disparaître à la fin.

Quant a la correction, voici ce que recommandait aux curés dans sa lettre pastorale du 5 janvier 4 827, Monseigneur l'Evêque de Pampelune, ce prélat si zélé dont nous avons déjà cité plus haut quelques paroles.

Les éclats de voix outrés, le mépris et la colère, ne ser^ vent qu'à perdre une affaire, qu'on eût fait arriver à bonne fin en employant des termes doux et polis. Le calme et la tranquillité nous aident à découvrir et à adopter les moyens les plus sûrs, et cette suave paix doit toujours respirer dans la physionomie, les paroles et les actions d'un père qui veut uniquement le bien. Ainsi même quand il sera parfois devenu nécessaire d'appliquer un remède dur en apparence, tout le monde finira par voir qu'en cela le curé n'agit que par amour pour Dieu, et pour les paroissims eux-mêmes. C'est de la sorte qu'il gagnera l'affection générale dont il a tant besoin pour arriver à ses fins.

Je prévois qu'au commencement, la jeunesse, la vivacité naturelle, et peut-être une malheureuse habitude de céder trop facilement à l'orgueil et à l'esprit de domination, rendront un grand nombre d'hommes incapables de se plier à cette pratique. Mais la réflexion, l'expérience, et le devoir de se faire tout à tous, pour gagner tant d'infortunés, faci« literont merveilleusement la correction de ce défaut qui serait si préjudiciable.

Que le prêtre tâche donc de se convaincre de ceci : jusju'à ce que le moment opportun de parler avec fruit soit renu, il n'a qu'une chose à faire: apprendre à souffrir pour l'amour de Dieu, à tempérer par la mansuétude chrétienne drdeur de son esprit, à dissimuler souvent lorsque des paroles inconvenantes sortent de la bouche de personnes inconsidérées, et à faire comme s'il ne les entendait ps.j>. Puis il accordera son attention aux faits, et il écoutera toutes les personnes intéressées avant de donner une déck sion; dans les cas d'urgence extrême, il déterminera promptement ce qui lui semblera le moins mal, remettant à un temps plus favorable la guénson radicale, après avoir bien

examiné la chose avec toutes ses conséquences; car on ne peut en un instant faire disparaître et corriger tout ce qu'on voudrait.

II n° doit pas non plus être tellement sûr de lui-même qu'il dédaigne de consulter des personnes judicieuses, instruites et expérimentées dans les affaires, spécialement quand il s'agit d'une chose grave et extraordinaire.

Il évitera aussi d'entreprendre la correction d'un pécheur quand la passion le rend furieux et le met hors de lui-même : il attendra patiemment qun le malheureux égaré soit capable d'écouter et de réfléchir : alors, ravivant dans -on cœur l'amour de père le prêtre, en lui continuant ses bons offices, le gagnera ordinairement à Dieu. Ej si, lescirconstanees étant pesées avec maturité, il se trouve dan- !a néité de prendre un parti, et qu'il voie qu'en agissant en ce moment il aggravera le mal, il devra se taire, et se contenter des mesures qui peuvent diminuer les fautes, réservant pour une occasion plus favorabl des moyens plus efficaces.

Ne craignons pas qu'en suivant cette ligne de conduite nous ravalions jamais l'honneur d ! notre caractère. La nature assurément aura souvent à souffrir, mais je peux et je dois vous assurer, continue i'éminenl Prélat, qu'en

marchant ainsi avec modestie et gravité, vous serez loin de vous avilir; rien au contraire ne vous fera jamais autant d'honneur que cette conduite, et rien n'attirera autant sur vous le respect des ndèles, que quand on vous verra travailler et procurer 1? bien des paroissiens avec cette modération et cette circonspection.

Voici des exemples qui répandront la lumière sur ce que nous venons de dire, et qui donneront un nouveau poids à nos paroles.

Exemples remarquables.

Monseigneur Balthasar Bastero de Llado (4) qui fut évêque de Gerone, raconte le fait suivant. Dans une paroisse de son diocèse, les curés administraient les sacrements uniquement aux malades des principales maisons; les vicaires se chargeaient des autres malades; ainsi le voulait la coutume. Un curé zélé alla dans cette localité. D

(1; Bastero, traité 14.

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