‹ Le trésor du prêtreChapitre 52 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

nfevarda pas à s'apercevoir de l'abus. Si, ^e laissant emporter par son zèle, il eût voulu appliquer tout de suite le remède au mal, quels orages n'auraient pas soulevé contre lui, et l'autre curé, si directement intéressé à la conservation de cet usage, et les curés voisins, qui, probablement, l'avaient aussi, ou songeaient à l'introduire dans leurs paroisses? Mais, comme ce curé n'était pas moins prudent que zélé, il dissimula quelque temps. Il pesa mûrement, d'une part les préjudices que cette coutume causait aux âmes, de l'autre, les inconvénients qui pourraient se présenter si on l'abolissait, vu les circonstances dans lesquelles se trouvait la paroisse. Il raconta l'atTaire au Prélat : c'était le moyen d'avoir une décision sûre, puisqu'elle venait de celui que Dieu assiste de ses lumières, et d'être ensuite appuyé dans l'exécution des ordres qui lui seraient donnés, de sorte qu'il put procéder avec sécurité, sans rencontrer d'embarras ni d'obstacles : c'est ce qui arriva, car lorsqu'on connut la pensée du supérieur, l'abus se trouva enlevé sans que personne ne fît la moindre opposition, ni quant à la substance, ni quant au mode ; et la manière d'agir du curé en cette circonstance fut tellement applaudie par. toute la paroisse, que cet acte et d'autres semblables lui attachèrent d'une manière très-étroite le cœur de ses paroissiens.

Une autre anecdote aussi gracieuse qu'ir.:';ructive, m'a été racontée par un curé tres-respectable de France. Le fait est arrivé à un de ses amis. Je le cite ici, afin qu'on voie comment bien des fois une ruse ingénieuse peut corriger jusqu'aux abus les plus invétérés. Dans une certaine localité, la coutume voulait que les jeunes filles portassent un bouquet de fleurs sur leur poitrine. Il est facile de comprendre qu'un tel usage donnait lieu à une foule de désordres; cette jeune fille se l'était, et ce jeune garçon se le mettait, etc. Qui pourrait dire ies avis et les réprimandes faites par le zélé pasteur pour supprimer cet abus! Tout avait été inutile. Mais son successeur parvint facilement à l'abolir : voici comment. Le second dimanche qu'il prêchait dans sa nouvelle paroisse, voyant les jeunes filles ornées selon l'usage, il s'exprima ainsi : « Permettez que je vous raconte ce qui m'est arrivé avec votre vénérable pasteur. J'ai eu la consolation de l'assister, comme vous savez, et un peu avant d'expirer, il me dit : « Mon père, je m'en

vais de ce monde fort triste; durant six ans, j'ai travaillé en chaire et au confessionnal pour enlever ces bouquets de fleurs qui ont fait commettre tant de péchés, et je n'ai pu réussir! Je m'en vais dans l'autre monde avec l'affliction dans le cœur. » Quant à moi, bien que mon prédécesseur soit un vieillard respectable, je ne regarde pas néanmoins la chose du même œil que lui. Il y a des personnes du sexe qui exhalent une telle odeur qu'elles se rendraient insupportables si elles n'avaient pas soin d:j la dissimuler. Ainsi, si quelque jeune fille, à cause d'un cancer ou d'une autre infirmité secrète, a besoin de porter sur sa poitrine un bouquet de fleurs dont le parfum atténue la mauvaise odeur que sa personne répandrait, sans cette précaution, je n'y trouve aucun inconvénient. » Le curé n'avait pas encore fini son sermon que toutes les jeunes filles, sans faire semblant de rien, enlevaient leur bouquet ; et au sortir de l'é- . les autres filles qui l'avaient conservé, entendant les jeunes gens se dire : « En voilà une qui sent mauvais ». n'eurenf pas autre chose à faire que de jeter les fleurs au plus vite.

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