‹ Le trésor du prêtreChapitre 8 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE i · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE i

que nous avons une si grande confiance en Dieu : non que nous soyons capables de former de nous-mêmes aucune bonne pensée et encore moins de faire une œuvre considérable comme celle de la sanctification des âmes; mais soyons persuadés que nous pouvons tout avec le secours de Dieu, qui nous a rendus capables d'être les ministres du Nouveau-Testament. « Fiduciam autem talem habemus per Christum ad Deum : non quod sufficientes simus cogifare aliquid a nobis quasi ex nobis ; sed sufficientia nostra ex Deo est : qui et idoneos nos fccit ministros Novi Testamenti (4). » Travaillons donc avec ardeur et droiture d'intention, et il n'y aura pas de péril que nous n'évitions, de difficultés que nous ne surmontions, de triomphe que nous n'obtenions. Notre cause est la cause de Dieu ; notre intérêt est l'intérêt des âmes, l'intérêt de la gloire de Dieu . comment est-il possible que Dieu n 3 nous assiste pas. quand par son ordre, et par amour pour lui, nous prêchons, nous confessons, nous gouvernons une paroisse, etc. ? « Si quis sua despicit et nostrorum curam assumit, quieti illius solemusprovidere; quanto magis Deus (2)? » Ne craignez donc pas, Ministres du Seigneur; cette parole : Ego tecum, qui inspirait un si grand courage à un Moïse, à un Gédéon, à un Isaïe, à un Jéremie, et à tant d'autres envoyés de Dieu, est aussi pour vous. Oui, c'est à vous aussi que s'adressait le Seigneur, quand il disait aux apôtres : « Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad consummationem saeculi (3). Cette parole doit se vérifier présentement; et comme les apôtres auxquels Notre-Seigneur l'adressait ne sont plus, elle doit avoir son accomplissement en vous, qui êtes les successeurs et les vicaires des apôtres.

Ma santé ne me le permet pas.

a Ma santé ne supporterait pas tant de travail : elle est trop délicate; je ne veux pas achever de la ruiner en me consacrant au saint ministère. »

S'il s'agissait d'entreprendre les travaux d'un Xavier, d'un François de Hierjnimo, d'un Alphonse de Liguori,

\) 11 Çor. m, 4, 5, 6. (2) Chuys. nom. 29, in Matth» 3) Matth, xxviii, 20.

lb TRÉSOR DU PRÊTRE

cette observation pourrait être prudente en certains cas. Et encore, nous voyons que Dieu prit un si grand soin de ces hommes apostoliques, et des autres qui leur ressemblèrent;

que Saint François de Hieronimo, et Saint Alphonse de Liguori. vécurent, le premier soixante-quatorze ans, le second quatre-vingt-onze, après avir consacré tous les deux plus de quarante années aux labeurs pénibles des missions. Dans douze différentes pestes, le Père Jean Colignon a assisté les malades; et le Frère Edmond Bernard de Belgique dans vingt ; l'un et l'autre appartenaient à la Compagnie de Jésus. Or. croyons-le, ce même Dieu tout-puissant qui les conserva sains et saufs, comme il fit pour Jonas dans le ventre de la baleine, et qui accorda miraculeusement la santé au Père Marcel Mastrilli. et au Père Nicolas Triganti, afin que volant dans des pays lointains, ils convertissent à notre foi une quantité innombrable d'infidèles, ce même Dieu saura aussi nous conserver et nous donner la santé au milieu de fatigues et de dangers plus considérables encore.

Et. savéz-vqns ce que répondait un homme apostolique de la Compagnie de Jésus, le Pèie Constantin Syrwid, quand on lui disait que tant de fatigues le feraient tomber malade? « Et pour quel motif veux-je la santé, sinon pour travailler? — Quorsum mihi valetuclo. nisi ut laborem? x>

Mais supposons, ô vénérables. Prêtres, que pour sauver des âmes nous devions perdre notre santé et abréger nos jours; supposons qu'un Xavier, un François Régis ont, par les fatigues, abrégé leur vie de vingt ou trente ans; qui ne préférerait vivre, comme ces -aint-. cinquanle ou quarante ans Seulement, en procurant k Dieu une si grande gloire, et à des milliers d'âmes la béatitude éternelle, plutôt que de passer sur cette terre cent ans et plus d'une vie inutile et stérile, comme celle de tant de prêtres oisifs? Est-ce que le Fils de Dieu ne s'est pas revêtu de notre nature, si vile qu'elle soit, pour sauver le monde? Est-ce qu'il n'a pas sué. travaillé, souffert, est-ce qu'il n'est pas mort pour cela, sur une infâme oro\T ? Ii est donc juste que nous regardions comme bien i mployé, tout le temps de notre vie dépensé a délivrer les âmes de la servitude du démon, et à les enrichir des inestimables trésors de la grâce.

Enfin, Dieu n'exige pas de nous des actes trop héroïques.

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