‹ Le trésor du Sancta SanctorumChapitre 1 sur 48 · ERNEST LEROUX, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR

28, KlIE IIONAPAHTK, 28

DU

Dès 1898. la chapelle du Sanela Sanctorum, seul reste de l’ancien palais médiéval de Latran épargné lors des démolitions du xvi° et du xviii 0 siècle, avait' sollicité mon attention, au cours d études sur le Patriarchium lateranense. L’année suivante, des renseignements furent pris sur la possibilité d’ouvrir la grille de l’autel et ses portes de bronze, pour rechercher le célèbre coffre ou « arche » de cyprès, rempli de précieux reliquaires, que le pape Léon III (795-816) y avait fait placer, selon le témoignage de Jean Diacre, l’historien du Latran au xu c siècle. Cette grille n’avait pas été touchée depuis le pontificat de Léon X (i 5 i 3 -i 52 i). La permission, me répondit-on, ne pouvait pas être accordée. En 1900, nouvelle tentative suivie d’un nouveau refus ; mais j’obtins de faire déblayer les souterrains situés au-dessous delà Scala Santa 1 et de pratiquer une galerie dans l’énorme base de maçonnerie sur laquelle s’élève la

1 . Depuis Sixte-Quint, la Scala Santa , escalier de marbre, qui conduisait autrefois dans l’ancien palais de Latran, donne accès au Sancta Sanctorum . Cet escalier passe pour être celui du palais de Pilate à Jérusalem. Cf. C. Tomasi, Scalac Sanctae piae deosculationes , Romae, 1O57, in-8°; J. M. Soresini, De Scala Sancta ante Sancta Sanctorum, Romæ, 1672, in-8° (trad. ital., Roma, 167/4); Caspare Bambi, Memorie sacre délia capella di Sancta Sanctorum e délia Scala delPalazzo di Pilato detla volgarmente la Scala Santa, Roma, 1798, petit in-8°; L. Mazzucconi, Memorie storiche délia Scala Santa e delC insigne santuario di Sancta Sanctorum , Roma, i8fy>, in-8°.

chapelle. Ces travaux amenèrent la découverte de vestiges importants, notamment celle d’une fresque du vi c siècle sur un débris, semble-t-il, du mur de l’ancien scrinium sanclum laleranense, ou chancellerie pontificale. et d’un puits à reliques rempli d'ossements, au milieu desquels furent recueillis un manche de couteau en os, une lampe de terre, une clochette et des fragments de bois avec des clous 1 . Pour savoir si ces fragments de bois n’appartenaient pas à 1’ « arche » de cyprès de Léon III, l'ouverture de l’autel fut encore demandée. Le P. Vannutelli, décédé depuis, qui intervint en ma faveur, ne put l’obtenir. « Tout », lui dit-on. « excepté cela ». Pie IX y avait renoncé lui-même, un jour où il était venu avec l’intention bien arrêtée de faire ouvrir. Néanmoins l’accès de la chapelle, d’ordinaire absolument interdit, me fut permis et je fis photographier les fresques des tympans que l’on trouvera publiées ici pour la première fois.

Un hasard, favorisé peut-être par les démarches antérieures, conduisit cependant à pénétrer le secret de l’autel si hermétiquement clos depuis la Renaissance. En iqo3, un Français, le R. P. Florian Jubaru, s'occupant décrire une biographie de sainte Agnès, voulut examiner le chef de celte sainte, qui, d’après les anciens catalogues des reliques de la chapelle — ceux du xif et du xvi c siècle — se trouvait conservé dans l’autel. Il put se faire délivrer un rescrit pontifical favorable, et il a raconté dernièrement d'une façon très pittoresque 2 l’ouverture de 1' « arche », dont voici le procès-verbal :

ÀTTO DELL y RK'.Ot • N 1ZIONE DEL CAPO DI S. AiiNESE FATT\ IL If) A PR ILE 1 Qo3.

Do ni en ica, 12 aprilc igo 3 .

I sottoseritti, présente l*E mo Cardinale Satolli, aile pont., giorno corrispondenle, reeatisi al Saneta Sanelorum délia Scala Santa in Roma. hanno assistito ail* apertura

1 . Cf. Les fouilles du Saneta Sanctorum dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire , publié» par lVKcole française de Rome, t. XX (1900), p. 201-287.

2 . Le chef de sainte Agnes au trésor du Saneta Sanctorum dans les Études , t. CIV, pp. 722-73 (n° du 20 septembre 1900).

delT area sotto l’altare délia cappella medesima e ne hanno estratlo un cofanetto di argento, contenente delle ossa e brandelli di vesti, con cartellino accluso portante questa iscrizione : « Capud et veslimentum sanctae Agnetis. Reliquiae et veslimentum sanctae Eufemiae. » Passando alla ricognizionc degli oggetti conienutl nel cofanetto, si sono trovati, tra i frammenti di vesti, due ossa lunghe, alcune ossa di dita, qualche frammento di vertebra ed altri frantumi di ossa, non che alcuni frammenti di scatolette di osso et di legno e fermagli metallici. Inoltre si è trovato un cranio mancante di poche parti e che si è potuto quasi inleramente ricostruire per la metà destra. Di questo cranio si sono prese le misure diametrali, e la enumerazione delle varie parti délia deniatura. Di queste cose il sotloscritto dottore darà la sua particolare relazione colle sue conclusioni. Il cranio si è ricollocato nel cofanetto d’argento , sufficienlemente ricomposto per mezzo del susirato delle vestimenta frantumata e cuscinetti laterali di ovatta, affine di prenderne la fotografia, corne si è fatto.

Le altre reliquie sopradelte [eduna caria contenente il nome di dette reliquie]* sono State riposte provvisoriamente in una cassetta rctlangolare di scatolicchio [e dentro fu posta una caria contenente il nome delle reliquie] 4 e il tutto ricollocato sotto la mensa dell’ al tare.

Chiusi in cancelli, si è apposto il sigillo dei RR. PP. Passionisti, sigillo consegnato ail’ E m0 Card. Satolli dal Rev" 1 ® Mons. Giulio Tiberghien.

Fatto, letto e approvato il présente verbale ci sottoscriviamo :

P. Andrea délia M. d. R. Gonsiglio.

Mons. G. Tiberghien.

Giuseppe Ronavenia S. J.

Floriano Jubaru S. J.

D re Giuseppe Lapponi, archiatro pontificio.

J’appris donc, à la fin de l’année dernière, que l’autel du Sanda Sandorum avait été ouvert et que l'arche du pape Léon III s’y trouvait encore, après onze cents ans 3 , avec ses précieux reliquaires échappés à la destruction et cependant ignorés des archéologues. Personne, depuis trois ans, pas même le P. Jubaru, l’auteur de la découverte, ni le P. Grisar S. J., de Munich, autorisé, après lui, à les voir, n’en avait publié des dessins ou une description un peu

1 et 2. Additions faites en interligne.

3. Ces reliquaires ne furent pas, en effet, transportés à Avignon avec le trésor pontifical, ainsi qu’on peut s’en rendre compte en parcourant les inventaires du trésor pontifical d’Avignon publiés par le P. Ehrle et Eug. Müntz. Cf. Archiv für Literatur und K irchen geschichte der Mittelàlters , t. I, p. 352 et suiv., t. IV, p. 193 et suiv. ; Revue archéologique , 3 e série, t. XV, p. 3gg-4o2.

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détaillée. Je me décidai alors à partir pour Rome, muni des lettres que l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et la Société des Antiquaires de France voulurent bien m’accorder pour témoigner de l’intérêt qu’elles portaient à cette curieuse découverte, encore entourée de mystère.

Trois semaines de démarches furent nécessaires pour obtenir l’autorisation d’examiner l’arche de Léon III avec les objets retrouvés, et celte autorisation, accordée à titre exceptionnel, n'était valable que pour un mois plus lard. Il me fallut donc revenir à Paris, puis retourner à Rome une seconde fois. J’eus enfin pleine satisfaction. Grâce à la bienveillance du R. P. Louis-Antoine de Porrentruy, chargé du récolement par S. E. le Cardinal Secrétaire d’Etat, je pus communiquer à l’Académie des Inscriptions, en sa séance publique du i cr juin 1906, les photographies de toutes les pièces de ce trésor oublié dans sa cachette depuis Léon X 1 .

Avant d’étudier le trésor lui-même, pour le remettre en quelque sorte dans son cadre, je décrirai brièvement la chapelle du Sancta Sanctorum, ancien oratoire Saint-Laurent, qu’on ne connaît que par les descriptions aujourd’hui insuffisantes de Marangoni et de Rohault de Fleury 2 .

Chapelle Saint-Laurent « in Palatio », dite du Sancta Sanctorum.

A l’extérieur, ledifice rectangulaire du xm e siècle offre peu de particularités architecturales. II se trouve encastre dans les con-

1 . Dès 1 35 o, pendant le séjour des papes à Avignon, où tant d’objets précieux furent portés — mais non le trésor romain du Sancta Sanctorum — il fallait un bref apostolique pour autoriser un gentilhomme, en pèlerinage à Rome, à voir les reliquaires de la chapelle (Marangoni, Jstona dell antichissimo oratorio... di Sancta Sanctorum, Rome, 1747, in- 4 # , p. io 5 et suiv.). — Le lendemain de ma communication à l’Académie des Inscriptions (voy. Comptes rendus de 1 Academiedes Inscriptions et Relles-Lettres, année 1906, p. 223-226), le R. P. Grisar commença la publication d’une étude en italien dans la Civiltà Cattolica, année 1906, vol. II, p. 5 i 3 - 544 , 708-730, vol. III, p. 161-176, vol. IV, p. 51-73 (2 juin-27 septembre), tandis que, de mon côté, je publiais deux articles, 1 un dans la Revue de l’Art ancien et moderne, t. XX, p. 5-20 (n»du 10 juillet 1906), l’autre dans le Moyen âge, a* série, t. X, p. 3 1 2 (n° de juillet-août 1906), et que je mettais sous presse le présent mémoire.

2 . Le Latran au moyen âge (Paris, 1877), p. 38 o et pl. LVIII.

structions très simples dont Sixte-Quint l’a complètement entouré. Cependant le mur en brique de l’abside carrée, encore visible et légèrement en pente, — comme un contrefort, — porte une plaque de marbre avec les armes du pape . Calixte III (i455-i458), le bœuf de la famille Borgia, indice d’une restauration faite sous ce pontificat. Outre l’abside, le haut de la chapelle émerge seul des constructions modernes. Une galerie extérieure permet de longer cette partie sur trois côtés, en passant au-dessus de l’abside qui est couverte moitié par les dalles de la galerie et moitié par des tuiles. Cette partie haute est faite de briques plates du xiu c siècle, analogues à celles du mur que nous avons retrouvé dans les fondations de la chapelle.

Elle est ornée, sur chaque

face, de trois arcatures de brique en plein cintre, larges de 2 m ,io, traversées par une étroite frise de marbre blanc, qui règne à la

Fie. i. — Fenêtres grillagées, au haut de la Scala Santa , permettant seules do \oir l’intérieur de la chapelle. — Frise antique servant de linteau au passage.

hauteur de 1 imposte, et séparées par des disques moulurés, de meme marbre. Dans larcature centrale de chaque face, s’ouvre une fenetre étroite (de o m ,65 de large), en tiers-point, dont l’encadrement est fait de marbre blanc taille en biseau, sur lequel on relève des marques de maçons fort curieuses, sans doute contemporaines de la

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construction, croix, triangles, signes ressemblant à des L, à des K renversés horizontalement, à des tridents, à des fourches, etc. Le toit en bâtière, avec un pan en arrière, est recouvert de grosses tuiles arrondies, à la mode italienne. Il repose sur une corniche de brique, à triple ressaut, dans laquelle sont encastrés, sur trois rangs superposés, des corbeaux de marbre blanc, d’un fort

joli effet.

L'intérieur du sanctuaire, que le visiteur n’aperçoit qu’à travers trois fenêtres grillagées, au haut de la Scala Santa (fig. i), est beaucoup plus intéressant. La chapelle, de forme rectangulaire, mesure n m ,4o de profondeur sur 7 mètres de largeur maximum et se compose de deux parties bien distinctes : i° le chœur, profond de 2 mètres et large de 6 mètres, — où l’on accède en gravissant un degré, sous une architrave soutenue par deux colonnes de porphyre, — avec une voûte d’arête basse, ornée de mosaïques, et au milieu duquel s’élève l'autel de marbre (fig. 2) ; 2 0 la nef, sensiblement carrée, voûtée d'ogive à une hauteur double de celle de la voûte du chœur.

Les murs sont, jusqu’à 4 ”, 25 du sol, revêtus de grandes plaques de marbre grisâtre très clair, maintenues par des attaches de métal. Sur trois côtés, une banquette de marbre est fixée à la base. Aux angles sont quatre colonnettes engagées dans la muraille, avec des chapiteaux composites, à volutes ioniques, soutenant les ogives de la voûte.

Gooole

La porte d’entrée donne latéralement sur le côté droit, à la place la plus éloignée du chœur, par un corridor étroit ( 2 m ) et très élevé ( 7 “ ). Les deux issues de ce passage sont plus basses — notamment celle qui est sous un arc en plein cintre, vers l’intérieur (fîg. 3).

Aux tympans de ces deux issues, du côté du corridor, des peintures se font face : audessus de la porte d’entrée, une fresque très retouchée, du xvi° siècle, représentant le Christ à micorps, vêtu de rouge et bénissant ; vis-àvis, une madone moderne, dans un cadre, remplace la madone byzantine mentionnée par Marangoni*, qui a été

transportée en Féglise ^ lo * — Intérieur de la chapelle (porte d’entree).

Sainte-Marie du Peuple où elle se trouve encore aujourd’hui.

\. Istoria dell’ antichissimo oratorio... di... Sancti Sanclorum, p. 2^0.

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Sur le mur de droite en entrant, sont les traces d’un ancien escalier, actuellement supprimé, qui devait conduire à la galerie extérieure,

entourant la partie haute de l'édifice.

Sur le côté gauche du tableau de l’entrée, au-dessous de l’arc, une inscription en caractères du xiir siècle, gravée en creux (%• 3), donne le nom de l’architecte, Jacopo Cosmato, de la célèbre famille des marbriers ro-

mains

La porte de la chapelle (fig. 4) se compose de deux vantaux de bronze de o m ,o3 d’épaisseur. Elle mesure

2"\43 de haut sur o ra ,6o de large, et n'a d’autre ornement qu’un cercle mouluré au milieu de chaque panneau supérieur. Ces deux cercles simulent des poignées en forme d'anneaux. On y retrouve l’ornement très usité dans l'antiquité : un serpent enroulé,

Fie. 4. — Porto do bronze do la chapelle.

Magister.

CoSMATVS.

1 ECIT. HOC.

OPVS.

1 . Voy. Crowe et Cavalcaselle, A Histoiy of painting in Italy, t. 1(1903), p. 85 - 86 ; Stevenson, Mostra di Roma ail’ esposizione di Torino , 188/4, p. 180. ’

dont la tête est en haut. La porte est fermée à l aide de barres de fer, passées transversalement dans des anneaux striés, et munies de serrures plates rectangulaires, mobiles comme elles, faisant l’office de cadenas. C’est une des quatre portes de bronze que conserve le Latran 1 ; elle remonte très probablement à l’antiquité ou aux premiers siècles du moyen âge. La marche qui donne accès dans le sanctuaire est usée par les pas. Cette usure semble être antérieure au xvi® siècle, car on se l’expliquerait bien difficilement depuis.

A l’intérieur de la chapelle, dans la partie haute, la voûte est bleu d’azur étoilé d’or. Les ogives et les arcs formerets sont décorés de feuillage et d’oves. Aux sommets des quatre angles formés par les ogives, autour de la clef, sont peints à grande échelle les attributs des évangélistes. L’aigle, le lion, le bœuf et l’ange tiennent des livres ouverts sur lesquels se détachent, en caractères de la fin du xm e siècle, les incipit des quatre évangiles. Ces fresques ont été fortement retouchées à diverses reprises. Les contours sont grossiers et les couleurs actuelles un peu crues.

Les murs sont occupés, à mi-hauteur 2 , par une suite d’arcatures trilobées (de 2 m ,25 sur o m ,75), soutenues par des colonnettes torses en marbre blanc, avec chapiteaux composites et socles cubiques ornés d’acanthes. Dans ces arcatures, au nombre de sept par côté, sont peintes vingt-sept figures d’apôtres ou de saints, et une madone. La madone tenant l’enfant est au centre de la paroi orientale qui surplombe le chœur (pl. I). Sous ses pieds est une tête de chérubin ailé 3 . A sa droite et à sa gauche, saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Évangéliste. Aux extrémités de cette paroi, sont le prophète Isaïe et le roi David couronné. Dans les arcatures intermé-

1 . Les aulres porles sont celles des oratoires saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Évangéliste et celle du cloître. Nous ne comptons pas celle de la basilique même, qui n’y a été placée que sous Alexandre VII (1655-1667).

2 . A la hauteur de 4 “> 25 , où finit le revêtement de marbre sur trois côtés, et au-dessus de l’entablement qui surplombe le chœur.

3 . Des couronnes de métal ont été fixées, selon l’usage, sur les têtes de la Vierge et de l’enfant Jésus.

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diaires, qui se font pendant, s’ouvrent deux petites fenêtres carrées, avec portes de bois munies de serrures et, par devant, des grilles de fer dorées fermées de cadenas. Au-dessus de celle de droite est peint un ange, et au-dessous un pape, la tiare en tête, tenant sur les bras un coffre rectangulaire plein de crânes et d’ossements, précédé d’un diacre qui porte un cierge, et suivi d’un évêque. C’est évidemment la représentation du pape Léon 111, déposant 1’ « arche » de cyprès, pleine de reliques, dans la chapelle*. Au-dessus de la petite fenêtre de gauche, se trouve représenté un bras sortant d’un nuage et tenant, par l’anse, un panier dans lequel on voyait encore deux pains, au temps de Marangoni. Au-dessous de cette fenêtre, on distingue des têtes humaines tournées vers le ciel, d’où tombe la manne, figurée par des gouttelettes en forme de figues. Cette manne était évidemment censée s’échapper du panier.

Isaïe tient de la main gauche, un rouleau déplié, où est tracée l’inscription : « ecce virgo concipiet et pariet filivm. » (Isaiæ, Vil, i4). — Le roi David tient aussi un phylactère, où l’on pouvait lire à l’époque de Marangoni : « de frvctv ventris tvi ponam svper sedem tvam. » (Psalm. CXXXI, ii).

Dans les arcatures de la paroi méridionale (pl. IV), sont peints sept personnages nimbés, tenant des livres ou des rouleaux. Dans le premier, à gauche, on reconnaît saint Pierre, qui s’appuie sur une croix très longue. Le troisième en commençant du même côté est saint Jacques le Mineur : son nom est inscrit sur le livre qu’il tient ouvert. Les cinq autres, sans légendes ni attributs, sont impossibles à identifier. Il semble qu’on ait voulu figurer des apôtres. Celui du milieu, dont la tête est tournée à droite, paraît bien avoir remplacé une image du Christ.

La paroi septentrionale (pl. III) est couverte de peintures semblables : à gauche, saint Laurent, dont le nom figure dans l’inscription, très effacée, d’un livre qu'il tient à la main, en même temps

1 . C'est à tort, croyons-nous, que Marangoni (p. 18) a voulu y reconnaître Étienne VI (corr. V) apportant les reliques des martyrs du cimetière de la Via Salara, en 886.

qu’une croix à longue tige. Il ne porte pas la dalmatique des diacres, par suite probablement d’une restauration maladroite, mais il a la tonsure en couronne. Dans l’arcature du centre est évidemment figuré saint Jean l’Evangéliste, les yeux levés au ciel, reconnaissable à son aspect juvénile. Les deux autres apôtres, qui tiennent des livres, sont peut-être saint Marc et saint Mathieu.

Sur la paroi occidentale (pl. II), au centre, est représenté un pape à longue barbe blanche, coiffé de la tiare ou trirègne, tenant de la main gauche un livre, et bénissant de la droite. Il porte le pallium. C’est sans doute saint Sylvestre, le fondateur du Latran, A sa droite est le pape saint Grégoire, avec la colombe voltigeant près de son oreille, selon la tradition. Il porte aussi le pallium sur les épaules. Deux évêques mitrés encadrent saint Sylvestre et saint Grégoire. D’après les reliques conservées dans la chapelle, nous avons tout lieu de supposer qu’ils sont saint Nicolas et saint Denis l’Aréopagite. Les deux derniers personnages, aux extrémités, sont saint François et saint Dominique, reconnaissables au costume de leur ordre. Saint François lève la main droite, pour montrer ses stigmates : ce portrait pourrait être assez fidèle, car son type est voisin de celui de la fresque de Subiaco 1 . Reste un saint, dont nous n’avons pas encore parlé. Il occupe la seconde arcature, en commençant par la droite. Il est coiffé du capuchon rigide des moines grecs et tient la crosse abbatiale d’une main, tandis qu’il bénit de l’autre. C’est probablement saint Sabas, dont le sanctuaire garde les reliques.

Au-dessus des arcatures tribolées, entre les archivoltes desquelles sont des médaillons étoilés en relief, régnent, sur chaque face, de petites corniches agrémentées d’oves, les séparant des tympans supérieurs. Au milieu de chaque tympan, s'ouvre une fenêtre étroite et allongée, en tiers point, à embrasure très évasée vers l’intérieur, encadrée d’ornements peints (rosaces, etc). Sur l’espace de muraille, à droite et à gauche de ces fenêtres, sont peintes à fresque

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