Saint François d'Assise, Paris, i885, in- fol., p. 3o
MONUMENTS ET MÉMOIRES
diverses scènes: au-dessus du fond de la chapelle (côté Est; pl. I,) à gauche, un pape à genoux, la tiare en tête, les mains tendues ou peut-être tenant un modèle de la chapelle, est présenté par les apôtres Pierre et Paul au Christ, assis sur un trône, figuré sur le côté droit de la fenêtre. Le pape est évidemment Nicolas III, qui offre la chapelle à Jésus-Christ : cest un portrait contemporain, ainsi que le prouve la forme de la tiare qui est de la fin du xm e siècle*. Le Christ a un nimbe crucifère gemmé. Il tend la main droite vers le pape Nicolas III, comme pour le remercier ou l’accueillir. De la main gauche, il semble tenir une croix. Dans le haut, à droite et à gauche de la tête du Christ, voltigent deux anges nimbés de petite taille, aux longues robes flottantes, la tète penchée gracieusement.
Aii-dessus de ces compositions, dans les registres de chaque côté de la fenêtre, sont deux anges, les ailes déployées, se retournant comme pour regarder derrière eux. Des anges semblables, tenant des croix, se retrouvent, à l’endroit correspondant, sur les trois autres tympans de la chapelle.
Le trône du Christ a des montants ornés de motifs architecturaux de la Renaissance. L’encadrement carré, avec des zones d’oves, de perles et de palmettes à l’entablement, des pilastres à chapiteaux composites et des ornements consistant envases superposés, avec des entrelacs de feuillage et des oiseaux affrontés, indiquent la même époque.
Sur le mur méridional (pl. IY), au-dessus des arcatures, deux autres fresques représentent, à gauche, le crucifiement de saint Pierre et, à droite, la décollation de saint Paul.
Saint Pierre est attaché à la croix, la tète en bas, et dans le fond on aperçoit différents monuments, parmi lesquels on reconnaît le Château Saint-Ange et la pyramide de Cestius, appelée au moyen Age Meta Remi, ou peut-être l’obélisque de Néron, allusions aux récits relatifs à la mort de saint Pierre r. Une représentation sem-
1. Cf. Eug. Müntz, La tiare pontificale du VIII* au XVI e siècle (extr. des Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, t. XXXVI, i re partie), p. 10 , 32 et 33.
2. O. Marucchi, San Pietro e San Paolo in Borna, Homa, 1900 , p. \ 3 et suiv.
blable se voit encore aujourd'hui à San-Piero de Grado, et Grimaldi nous a conservé le dessin d'une fresque tout à fait analogue, qui était peinte sur le mur de l’ancien portique de Saint-Pierre de Rome 1 . Auprès de la croix sont divers personnages, quelques-uns nimbés, dont les gestes indiquent la consternation.
Dans la décollation de saint Paul, le saint est représenté devant des rochers, étendu sur le sol, la tète coupée. Le soldat qui l'a frappé remet son glaive dans le fourreau. Deux autres hommes d’armes, dont l’un porte un bouclier, assistent à la scène. Dans le fond,, on aperçoit les deux tours pointues d’une porte fortifiée, la porte Saint-Paul.
Ces compositions sont entourées d’un encadrement carré de dentelures. Au-dessus se profile une sorte de dôme en pointillé où, dans un arc de cercle, quatre vêla sont tendus de la périphérie au centre ; sur ce dôme sont posées deux colombes, l'une en face de l’autre, dans des rinceaux. De chaque côté, des entrelacs de feuillage avec fleurs s’échappent de grands vases à côtes.
Sur le mur septentrional (pi. III), au-dessus des arcatures, à gauche la décollation de sainte Agnès et, à droite, le miracle de saint Nicolas. Sainte Agnès est debout, les mains levées, dans l’attitude de l’orante, devant le préteur romain, couronné comme un roi, et le bourreau lui tranche la tête, tandis qu’un ange nimbé descend du ciel vers elle 2 .
Le miracle de saint Nicolas est celui des trois enfants sauvés de la mort. Dans un palais, les enfants reposent, auprès d'un personnage couché. A la porte se présente le saint, déguisé en voyageur. On le voit ensuite paraître dans la partie supérieure de l’édifice, avec l’inscription peinte en blanc: S. NICOLAVS. L’encadrement con-
1 . Pietro d’Achiardi, Gli affrcschi cli S. Piero a Grado , presso Pim , e quclli già esistenti nel portico délia basilica Vaticana dans Atti del Congresso internazionale di scienze storichc , t. VII (Roma, igo5), p. 218 - 219 .
2. Marangoni (p. 3i) et Rohault de Fleury (p. 385) avaient vu dans cette scène l’apparition d’un saint, peut-être saint Nicolas, à diverses personnes. D’autres voulaient y reconnaître le Christ dans les limbes. — Sur la coupe d’or émaillée de Charles V, sainte Agnès est représentée sur un bûcher, et le bourreau la menace d’une lance. Voy. Charles Hercules Read, The royal gold cup of the kings of France and England... ( Vctnsla Monumenta, vol. VII, pl. XI); Léopold Delisle, La coupe d'or du roi Charles V {Journal des savants , année 190 C, p. 233-23g).
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siste en motifs architecturaux de lepoque de Ja Renaissance, pilastres avec panneaux longs et arrondis, ornés de feuillages et couronnés de chapiteaux composites, frise décorée de perles, d’oves, de palmettes, de rais de cœur, etc. Sur les côtés, des vases ou coupes à pied, superposés, avec des entrelacs, des masques et des colombes affrontées.
Sur le mur occidental (pl. II) sont peints, à gauche, la lapidation de saint Étienne et, à droite, le martyre de saint Laurent.
Saint Etienne est poursuivi par une multitude d’hommes lui jetant des pierres. Il courbe le corps en avant et implore le Christ qui apparaît dans le ciel, entouré d’un cercle d’où partent des langues de feu. Dans le fond, à gauche, est une porte en plein cintre surmontée d’un fronton triangulaire ; derrière, une muraille crénelée, llanquée de deux tours, masque le bas d’un édifice gothique, dont on aperçoit les fenêtres hautes en tiers point, garnies de meneaux.
Saint Laurent est représenté nu, sur un gril, environné de fumée, devant le « préfet de Rome » siégeant sur un trône. Le bourreau, muni d’un soufflet, attise le feu. A droite sont des arcades en plein cintre, sous lesquelles on distingue des personnages, et. en arrière, les sommets de trois tours.
Les encadrements sont dans le même style que ceux de la paroi septentrionale.
A la première inspection, ces peintures paraissent très modernes. Les vêtements aux plis relevés par le vent, que portent les apôtres, rappellent même la manière du Bernin, et les encadrements Renaissance ainsi que le costume des évêques nous reportent à des périodes bien postérieures au xnf siècle. Néanmoins c est de ce siècle que date la reconstruction de la chapelle par Nicolas III (1277-1280). On a signalé, sur le mur oriental, l’effigie de ce pape en costume de son temps. C'est lui qui l’orna de fresques, d’après le témoignage formel de Ptolémée de Lucques 1 . Son portrait même doit être
1. <c ...ac in superiori parte testitudinis picturis pulcherrimis ornatam fundari jussit [Nicolaus]. » Ptolem. Luc. Chron. (Muratori, Herum italicarum scnptores, t. \, p. 1181).
contemporain, ainsi que la composition où il figure. Les encadrements Renaissance ont été visiblement repeints sur des encadrements plus anciens, semblables à ceux qui ont subsisté sur le mur méüdional. Les ornements en forme de rosaces , peints autour des fenêtres, sont bien de la fin du xm c siècle. Les scènes que nous décrivions plus haut sont aussi de la même époque. La disposition des personnages et l’encadrement dentelé rappellent les fresques de l’école de Gavallini, ornant l’église supérieure d’Assise 1 , où le Christ dans un cercle ressemble beaucoup à celui que nous signalions dans la Lapidation de saint Etienne. Si nous y comparons maintenant la fresque du « Jugement dernier » de Sainte-Cécile au Transtévère,par Pietro Cavallini, retrouvée dernièrement 2 , nous observons que le Christ, sur un trône byzantin, offre une certaine similitude de type, de costume et de geste avec celui de la fresque de la chapelle, où le trône Renaissance est évidemment peint par-dessus un trône byzantin, orné d’incrustations ovales aux couleurs variées. Dans le concert d’anges qui l’entoure, il en est plusieurs dont la tète est penchée sur l’épaule, comme les anges des fresques décrites, dont ils rappellent le mouvement 3 . Enfin certains des apôtres de Cavallini présentent une réelle analogie de traits et de vêtements avec ceux qui assistent Nicolas III et ceux des arcatures les moins retouchées 4 5 . Quant aux anges plus petits, isolés dans le haut, aux constructions du fond des compositions, aux rochers crevassés de la Décollation de saint Paul, c'est ce que nous retrouvons dans les fresques de Giolto, à Assise, à Saint-Pierre de Rome (Crucifixion de saint Pierre, Lapidation de saint Etienne 3 ) et à Padoue 6 .
Sans proposer aucune attribution qui, dans l'état actuel des
1. Crowe et Cavalcaselle, .1 History of painting in Italy, t. II (Londres, i()o 3 ), p. 4 -
2 . Ilermanin, Gli affreschi di Pietro Cax'allini a Santa Cecilia in Trasteverc (Le Gallerie na:ionali italiane , t. V, Roma, 1902).