‹ Le tribun: chronique de 1911Chapitre 49 sur 50 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Lks mêmes, moins GEORGES.

PORTAL, allant à la table et prenant la liasse

des billets de banque laissés par Claudel. Bourdelot, tu vas porter cet argent à Mayence, et tout de suite. Tu le lui remettras, en mains propres.

BOURDELOT

Oui, Portai, tout de suite.

PORTAL, i^eprenant les billets.

Non, pas à Mayence. A Moreau-Janville, et avec ma carie. L'autre n'aurait qu'à étouffer ma restitution. Et je veux que cet homme la sache.

BOURDELOT

J'irai chez Moreau-Janville. (Portai s'est assis et commence à écrire.) Mais mon article, la séance de la Chambre, l'interpellation Delattre, ton discours?

PORTAL

... Voilà ma réponse. J'écris ma lettre de démission au Président de la République.

BOURDELOT

Tu démissionnes?

PORTAL

Oui, c'est le seul moyen que j'aie de m'estimer encore. Tu ne voudrais pas que je garde le pouvoir pour le pouvoir? (Écrivant toujours.) Je ne me fais pas meilleur que je ne suis. J'en ai été tenté. C'est passé. (Il ferme sa lettre.)

liOURDELOT

Et ensuite?

rORTAL

Comment ensuite?

BOIRDELOT

Oui. Demain, après-demain, que vas-tu devenir?

PORTAL

Ce que je pourrai. Je voyag^erai avec ma femme. Cela paraîtra tout naturel, puisque je donne comme prétexte à ma démission, ma santé. Cette épouvantable crise est dénouée dans les faits. Elle ne l'est ni dans mon cœur, ni dans ma pensée. Il y a mon fils. Et il y a ma doctrine. Pour Georges, je n'ai qu'à attendre. Pour ma doctrine, pour ce qui a été la foi de ma vie, c'est autre chose... Claudel m'a porté le dernier coup. Il était perdu, sa femme aussi, leur enfant. Qu'est-ce qui va les sauver? Il l'a dit : le foyer, la famille. Moi, si j'ai un avenir encore, si je peux penser à mon fils

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