‹ Le tribun de Gand. V. 2Chapitre 15 sur 15 · PRÉCIS · texte numérisé non relu

PRÉCIS

DES ÉVÉNEMENTS QUI SUIVIRENT LA MORT DE JACQUES VAN ARTEVELDE JUSQU'A CELLE DE SON FILS PHILIPPE

Immédiatement après la mort d'Artevelde, ses assassins et ses envieux s'emparèrent de force du gouvernement de la commune gantoise, sans que la bourgeoisie, muette et atterrée, osât s'y opposer.

Gérard Denis devint à sa place beleeder (gouverneur) de Gand, et hérita, par conséquent, de tout son pouvoir; d'autres ennemis du grand citoyen furent élevés aux charges qu'occupaient les amis morts d'Artevelde.

On lit, entre autres choses, dans les Comptes de la ville de Gand, année 1344-45 :

« Item à Gérard Denis, doyen du métier des tisserands»

pour les frais qu'il a faits et les peines qu'il s'est données dans le gouvernement de la ville,

> Item à Jean de Scoutete... qui a été élu capitaine en reoi' placement de Gheinoot Van Lens.

> Item à Simon Parise, qui a été élu doyen en remplacement de Pierre Zoetaerde. >

En apprenant Tassassinat d'Artevelde, le roi Edouard entra | en grande colère et jhra de venger ce crime odieux sur toute | la Flandre; mais toutes les TlIleB> à l'exception de Gand, lui envoyèrent des ambassadeurs pour l'assurer que le peuple de Flandre déplorait la mort d'Artevelde, comme un grand malheur et que ses assassins s'étaient attiré la réprobation publique.

Peu après, Gand envoya à son tout des députés au roi pour lui déclarer qu'on ne voulait nullement renoncer à l'alliance avec l'Angleterre, et qu'on désirait entretenir, comme par le passé, des relations amicales entre les deux pays. Edouard, contraint par la nécessité, ne s'occupa pas davantage du triste événciment.

Les nouveaux administrateurs de Gand, qui par la façon même dont ils s'étaient élevés, avaient annoncé une direction loutc nouvelle dans les alTnires du pays, se bornèrent à suivrescrvilcment les projets d'Artevelde; mois, pour les meltre à exécution, il leur manquait le génie nécessaire. Lo g!> rieuse roule (jueleSngo Homme avait indiquée comme devant conduire la Flandre à un haut degré de prospérilé et de ' grandeur, fut aussi la roule que suivirent ses ennemis triomphants: seulement, ses impuissants successeurs ne tirent qi" ramper dans celte "'^ie où Jacques Van Artevelde avait me- |ché à pas de géant.

La fédération thloise, cette sublime création du grand citoyen gantois, tomba en dissolution des que sa main puissante manqua pour maintenir le lien de cette jeune assucl"

tion. On se sentit même tellement impuissant à cet égard, qu'on ne parla plus de la Fédération thioise, et la Flandre, le ^kabant et le Hainaut, se mirent à suivre chacun une direction particulière et souvent hostile à celle des autres, comme i jamais une étroite alliance n'avait existé entre eux.

Dans l'année qui suivit la mort d'Artevelde, une guerre violente s'engagea entre l'Angleterre et la France. Pendant que les Anglais triomphants pénétraient jusque sous les murs de Paris, l'armée flamande restait sur les frontières et parcourait en les ravageant les parties voisines du territoire français.

Sur ces entrefaites, Edouard III Uvra contre toutjss les forces de Philippe de Valois la célèbre balaille de Crécy, dans laquelle vingt mille Français perdirent la vie et où Louis de Nevers, qui combattait sous le drapeau français, resta sur le champ de bataille. Son fils, Louis de Maie, lui succéda et prit, avec autant de dévoûment à la France, part à la guerre qui fut terminée sans résultat décisif.

Le gouvernement, de Gérard ne devait guère plaire aux Gantois, puisque, dès la première année, il fut déposé par la commune de même que ses partisans. Parmi les nouveaux fonctionnaires qu'on nomma alors, se trouvèrent plusieurs «mis d'Artevelde.

Malgré sa destitution, Gérard Denis resta le chef des e»l^its remuants et brouillons à Gand, suscita aux magistrats toutes sortes de difficultés, et troubla plus d'une fois le repos l^ublic, par ses ambitieuses eiitreprises.

A cette époque, il se forma dans Gand un puissant parti qui voulait faire des efforts pour réconcilier le pays de Flan- ^Ire avec son jeune souverain. Bien que Gérard Denis se déclarât avec emportement contre ce projet, il fut néanmoins approuvé par les échevin» et tes principaux poorters; On

S7d Ll TBIBUN hm OAND.

envoya une ambassade au comte pour écarter h Tamiabli les causes qui le tenaient éloigné de son comté.

Lorsque l'ambassade fut de retour à Gand et voulut rendre compte publiquement à la commune du résultat de sa démarche, Gérard Denis, exaspéré, courut aux armes avecuM partie des tisserands pour mettre à mort ses adversaires; mais ceux-ci, après une longue lutte, battirent Denis et ses partisans. L'assassin de Jacques Van Artevelde tomba mort au milieu des cadavres de ceux qui l'avaient secondé dans ses mauvais desseins.

La cause de cette émeute est indiquée dans les termes suivants dans les Comptes do la ville de Gand:

« Il y eut un combat dans la rue de la Monnaie et sur le March(S, entre les tisserands et les bonnes gens de Gand, qui étaient allés hors de la ville voir monseigneur le comte de Flandre, et les tisserands furent battus, noyés et exterini> nés. »

Il rosulto d'un registre reposant aux archives de l'Eisi à Gand et connu sous le nom do Jaei'gister, que le oorp^ d'Arteveldo l'ut enterré dans l'église do la Bylokorlqii'i'n cortuiii (îaulhior do Mcy, qui avait pris part nu nuMirire. avait fondô en expiation une lampo qui devait brùlor ptrprluelUnneut sur la tombe du grand citoyen.

La toinbo d'Artevelde a été dcHruito par les iconoclasie: Il n'en pcsto plus do trac o aujourd'hui.

Après d(îs troubles, des rmeutes et des mallieurs, lo corn niuno de Gand recourut, en 1881, 5 Philippi», fils do JatiiU'^ Vau Arteveldo et l'investit d'une autoritô plus grande qucelle dont son péro avait joui.

Sous Philippo Van arteveldo, les communes se rolevonîi avec une énergie surprenante do leur anaissenieut etnien.«curent de nouveau d'une destruction complète la chevalen* française et les chevaliers partisans de la France. Commit

dés par le second Artevelde, cinq mille Gantois mirent en fuite devant Bruges quarante mille ennemis.

Cependant ce bonheur fut de courte durée : au mois de novembre 1385, une puissante armée- française envahit la Flandre. Philippe Van Artevelde alla à sa rencontre et accepta la bataille désespérée de Roosebeke dans laquelle il trouva la mort avec la plupart de ses hommes.

Avec lui tomba le dernier défenseur des libertés communales. Sa mort fut la fin du mouvement en Flandre et le point de départ d'une nouvelle direction sociale.

Dès ce moment aussi commence en Flandre la tendance à grandir l'autorité du prince et à fonder une unité politique qui pût donner au pays la force de défendre son indépendance nationale contre la France devenue homogène.

PIÈCES JDSTIFlCATim

Propositions àe paix faites a/prés îb siè^B de ÉÎ&rvlÎBt par U rùi de France à la commune de Qaàd.

Premièrement que tous les Flamens puissent m^iro^fui^r ^vfc tous 1^9 Yi»y^ ^ Joyaux mpd^o^ 9Qg)oyp ^( autres et leurs ÏBmiUw flu/9ls qu'ils fpiffpt ;

2» Que tpus imrohai^s «wJpys el futr^ purent deRiourer purement en Flpn^re^ pt i^ 499s 1^ ^avre^ ^9 Flaqdr^^ avec leurs familles et bitm f preoMQv que Iq^ (Momemis du roy ne wen( reçj^^ ^ FlfiOdjre» ^rïïm f^ ^9 €?r9pd q^plrtitude de gens ;

S*" Que tous les Flamens puissent traiter et accorder avecque toutes gens angloys et autres, de quelque estât ou confdition qu'ils soient , du faict de loyal marchandise sans fraude, malengin, ou mauvais malice ;

40 Quant pourront les dict Flamens leurs traicties saucunt en ont fait à celle fin garder, tenir et accompler selon la forme et la teneur dessus dite.

60 Adfin que marchandise ait mieux son cours en Flan-

280 Ll TRIBUN DB GAIfD.

dres et que marchans y puissent mieux et plus profitablement marchander, le roy de sa grâce ne soufferra de meuver ou de faire meuver sa guerre au pais de Flandres.

60 Ne soufTerra le roy de presser et charger le comiDQn et les gens de Flandres de ce qu'ils s'arment pour luy en cette présente guerre, fors à la defîence de la conté et pais i, de Flandres et pour contrester ses ennemis s'ils venoieot prendre passage par la conté et pais de Flandres, pour venir guerroyer au pais de France, ou si ce n'est de leur voulente, sauf et réservé aussi le service que le conte de Flandres doit au roy et ce que les nobles et autres fiefves doivent au roy et au conte de Flandres.

70 Au cas que les Angloys auroient faculté de marchander et demeurer seulement au pais de Flandres, pareillement le roy d'Engleterre accorderoit que les Flamens peussent marchander et demeurer peisiblement en Engieterre, ensemble leurs familles et biens, comme dict est des susdits Angicys.

80 Que le roy d'Engleterre, ses subgiez et alliés, ne feissent aucun fait de guerre au dict pais de Flandres.

90 Se les messages d'Engleterre vouloient entendre su'j cette fourme et y faire aucunes déclarations, la subslancr gardée, les messages de mon dict seigneur les pourroieiH ouïr et lui rapporter ce que les Angloys auroient requis. !

Promefses faites par le roi Edouard III, comme roi de Fraîice^ aux Flamands dans l'assemblée de Bruxelles,

(Ce document a élé donné à Westminster le mercredi, 21 mars 1340; il se trouve dans les archives de Flandre et a été publié en extraits par M. E. Le Glay à qui nous empruntons son résumé.)

Edouard, par la grâce de Dieu, roi de France et d'Angleterre, et seigneur d'Irlande, à tous ceux qui ces présentes lettres verront ou entendront, salut :

— En connoissance de vérité, sachant tous que nous, en bonne délibération, avis, provision et mûr conseil sur les choses ci-dessous exprimées, considérant hi grande et évidente utilité et le profit de nous, de nos hoirs et successeurs rois de France, et pour les très grandes loyauté, bonté, obéissance, et le très grand service que nous avons déj\ trouvé dans les habitants des bonnes villes de Gand, Bruges, Ypres et du commun pays de Flandre, et espérons trouver au temps à venir, et pour certaines promesses que lesdits

habitants nous ont faites comme roi de France et leur droit seigneur souverain, dont nous avons leurs lettres scellées par devant nous, avons du commun avis et assentiment de tout notre conseil, octroyé, donné et consenti, octroyons, donnons et consentons à perpétuité, pour nous et nos hoirs •t successeurs rois de France, au comte de Flandre, aux habitants de ses dites bonnes villes et commun pays de Flandre, et à chacun d'eux, ainsi que, à lui appartient ou touche, ou peut ou doit appartenir ou toucher, toutes les terres, villes, seigneuries, privilèges, libertés, franchises et articles ci-dessous écrits en la forme et manière que ci après sont déclarés. Premièrement, avons voulu, octroyé et consenti, voulons, octroyons et consentons que tous les liens, soumissions et obligations de Tautorité papale ou ordinaire, sentences, excommunications, suspensions sur les personnes, interdits sur les villes, terres, lieux, châtellenies et comipunes de Flandre et tous autres lieux, peines, servitudes, soumissions et obligations... en quelque manière et pour quelque cause que ce soit... soient cassés à toujours et mises à néant; et voulons que le dit comte, ses hoirs et successeurs, les nobles, les habitants, villes, terres, châtellenies, lieux et communes d'icellui pays de Flandre, en soient désonnais quittes et affranchis Et aussi voulons et consentons que toutes les forteresses laites ou commencées à faire jusqu'aujourd'hui dans le dit pays de Flandre demeurent en leur force à toujours, sans qu'on les puisse abattre et empi- f rer; il sera permis au contraire de les élargir, approfondir, exhausser, augmenter toutes les fois et en telle manière qu'il plaira aux habitants des villes où lesdites forteresses sont encloses.

Item, les villes de Lille, de Douai, de Béthune, d'Orchies et les châtellenies avec les appartenances et dépendances d'icelles, qui jadis furent et doivent être du domaine propre et

j ht T&IBUN DS GAlfD. ^H

Gôttté de PMndre, nous les ayozis renéueè el aeq^iUée», reor ^'éôns ef acqiïîf tons au M cotble de FJaadre et à $e» hoirs et succesâéàts, et renonçons à tout le dloit et la possessioa que Housf et^ n6s {M^décesseors rois de Fifaiiee avioi»; les tranfr** poftaot aux mains et aux domaines propres des Go»les de P]8fndr^, votâiant qu'ils les tiennent et en jouissent palsiluleh ; ttetiff i tô^urSydhMsi que leurs prédécesseurs l'ont kiX^ etc.

ltéf»y pour ce qiïe la eotnté d'ArSois fuir et avait ooiAtuqie depuis Ma SYieîens tamjts délire au comte ée Flandre, et quf indûment elle a été aliénée, et pour certaines autres causes à ce nous mouvant... avons donné et donnons au comte de Flandre, à ses hoirs et successeurs comtes de Flandre, les villes, les chàteilenies et toute la comté d'Artois entièrement, avec les seigneuries, rentes, profils et émoluments, appartenances et appendances d'icelle comté à tenir et posséder en la forme et manière que les couHes d'Artois les ont tenus et possédés; et donnons en outre la cité de Tournai, la chàtellenie d'icelle avec les seigneuries, etc., audit comte de Flandre, pour les tenir en fief, loi et hommage de nous et de nos successeurs rois de France, etc.

Item, nous voulons, ordonnons et consentons que toutes manières de privilèges, de franchises et de libertés, donnés ou octroyés aux villes, chàteilenies et pays de Flandre, communément ou divisément... que ce soit de papes, d'empereurs, de rois, de ducs, comtes, princes, prélats ou autres et toutes les coutumes et usages desdites villes et chàteilenies dont on jouissoit au temps de Robert de bonne mémoire, jadis comte de Flandre, soient pleinement de valeur et demeurent à toujours valables en leur vertu, lesquels tous et chacun, louons, gréons, confirmons et ratifions comme roi de France par la teneur de ces présentes, etc.

En témoignage desquelles choses, nous, Edouard, roi dessus dit, oemme droit roi de France, pour nous, nos hoirs et

2S4 Lt TBIBUN DB OAND.

8iioc66seura f6is de Ptanee; pour tous nos sujets et sous- BMiaiits de ladite couirane de France, avons donné ces présentes lettres aux dessusdits habitants de Flandre, scellées de notre grand scel en connoissaoce de vérité de toutes les choses dessus écrites et de chacune d'elles, lesquelles furent faites et données par le commun assentiment, coosentement, octroi et accord de tout notre conseil, l'an de rincarnation de Notre-Seigneur mil trois cent et quarante, Fan quatorzième de notre règne en Angleterre et en France le premier.

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