LA LIBRAIRIE NOUVELLE
Tons droite réftrris
Grâce à la victoire décisive que la sage fermeté d'Artevelde avait remportée au siège de Tournai sur la politique française, tous les liens qui, pendaut des siècles, avaient tenu la Flandre à la merci de la France, étaient enfin brisés. La trêve ayant été plusieurs fois renouvelée, on jouit d'une paix passablement longue ; le commerce avec l'Angleterre et les pays confédérés prit une extension considérable, et bientôt la prospérité publique atteignit un degré qu'on n'a* vait pas connu auparavant. Indépendance, puissance, richesse, tous les biens que peut désirer un peuple actif, industrieux et amoureux de la liberté, la Flandre les avait conquis.
On devait s'attendre à ce que le héros auquel on devai^ lous ces bienfaits, deviendrait l'objet de l'affection et de a gratitude générale ; car, si on l'avait aimé alors qu'il prodiguait sa vie pour la Flandre, — si on l'avait admiré alors que son puissant génie déjouait les artificieuses menées de l'ennemi, combien ne devait-on pas l'aimer et l'admirer davantage, maintenant que les résultats prouvaient qu'il uê s'était pas trompé dans ses sages prévisions !
1 Mf X|I1UK p^ G^.
Mais tés peaplss libres «ont souveni iBoonstants. 8k Ton est parfois émerveillé de l'énergie qu'ils déploient, bien souvent aussi on se prend à sourire de pitié à la vue des caprices puérils, et des faiblesses dans lesquels ils tombent. 'Aussi longtemps que la peur, comme une verge menaçante, W sous leurs yeux, ils oublient leurs divisions intestines pour combattre le péril commun; chacun parait avoir un juste sentiment de ce qu'il peut ; Tambiiion dort dans les petites âmes, et celui qui n'est pas créé pour commander s'offre de lui-même à recevoir des ordres. Alors le peuple appelle des chefs et des guides et, ordinairement, il choisit avec une merveilleuse sagacité les plus braves et les plus habiles... Mais que la paix survienne, que le péril disparaîise, tue bi 1wrg^ m$ trPMP^ plus les yeux, le» esprits alpis dirifenft p fiislani VMii^s leun forces à l'intérieur pour y chercher ua étémeol d'aelivité daqs k» suj^o de dissension les ^hie iBsignifliate ; 4ivisioii$, jalousies, inimitiés, pakw-r OMS éclatât il l'eovi ; m se soulève contre une autorité g liq«$!Ue 00 segable ne s'($(re soumis que par nécessité, e( 9i'oD veut briser pafce qu'on la regarda conime désormais isutile ; on laaeonnajt Us& services rendus et Ton semble regarder la reconnaissance même comme une nouvelle servitude. Les mesquines anbitions renaissent ; le mécontentement le moins justifié, la soif de dominer 1b plus illégitime trouvent sur-le-champ de nombreux adhérents ; on ne denande pli» ni capacité, ni intelligence, ni courage ; et celui qui, à Theure du danger, n'était pas capable de faire lejnoindpebien, reçoit de la légèreté du peuple |e pouvoir de faire le plus grand mal.
Artevelde avait hiftlé avec bonheur contre les enneoMs 40 la Flandre, et avait Oni par remporter sur eux un trionphe eomple^; cette lutte, où tout était grand, le trouva puis^saot par le coeur et par l'intelligence; — il se trouvait maiQt^-
tre c^ çQi^YÇfl^eftt desj fm}m Ifls pljiW, iftélWJi^rtliW Wfc
tre sd psiitfiç.
Biça ^^. Ij^ tréyç^ c^tifluâit tçmjwrs, ij^i^ Qipoi^ la s^^*-l rçlje ^n,trç PW^pji^ de. yalçis el, Çdpiwrd ^'-^g^rw^ %i% s«j,et, <J|Q 1^ cQurppn^; de Fra^noç^ ï^^\^ p^a tj^^i^^e. ]f#^ deu^ prioçjes^ ^^ Çon,lp^if^ ^i^ie^tt, IpuSjteMçs eJÇbr.^.ppuR5
la çuecrç, (Jè^ qu'ils tjrçv^Yer^iç^ uq^ Qfic^ipft ftiîQwWi^ Çt^ilippç. de, V^Jpii^ D,'çpar^nfiût lû afr^epj^nj, iftlrigu^jpoH^.
faire pj^^er 4e, §pft côté. S^ççondé p^ç te çotojîa, |^q^|§. ^ Nçyex^, fl çl^iX p^rveo^ 9 décide*; la plupart (}QS)9^i£^€^ du ptet pjaj^. à. §e djççlarçç ei;i ^çif fayeur contre 1^^ cpp^flajijni nçs, et, à bM v^nu: en ^idie (jt^i;\5 s^ t^bfjÇJis^ j^silfitofi*,, tions 0)-
L'illustre l^purçepi^ de Gand péaétraijt toutes ce^ip^igjjfw^j et crajgttai.t ayeç raison que ]^. epnpmi?^ de s;a, p^ri^ i^i yinssent, ^ réussir da,n§ lçui;s coupables pr,9s^et^ W^^ Wf^ le peuple, tranquiljigé sur le, dangi^r, se baj^sa^tt mvj^ip^i et séduire avec un. inooncevablp. ayeuglemep)^ Ch^flPe^^jPUWt. il avait recours à toute son éloqu.eQce ppur faire CQa}prâjD4n^ aia magistrats de la cpnynun^, et ip^nae à l^.ipj^ltj^ude^ qj^ la lutte contre les a^.ti^lpieus^s. wenpe^ de, la-Fc^iac^ v(^^^ pas cessé, et, que la lég;èr;et^ à. IpquoUe osq< se.m$^ ^\le^ pouvait anxener la ruip^ dp la Fl«m4re.. Oo uefiojWtWajIiit I qu'il disaii^ la vérité, on, cr^yail, en. 1^ mqW* W^, çpfflw^;
' (1) n Les intrigues des partisans du comte et de Philippe de Valois jetaient partout des germes de discorde, et de sourdes calomnies coraineQÇ|t|eQt ^ circuler. La prospérité même de Tindustrie devint une^ soufcede <iîg%^pi?joMj (Eug. Gens, Histoire du comté de Flandre, t. Hj p. 430;)
4 Ll TRIBUN Dl GAMD.
le lien commun de la crainte était brisé, et que les bourgeois ne voulaient plus sacrifier leurs opinions particulières sur l'autel de la patrie, les dissensions continuaient (i).
Comme Artevelde était l'auteur de la prospérité actuelle de la Flandre, et qu'il avait fait conclure le traité avec {TAngleterre, unique moyen de favoriser le commerce et d'être fort contre la France, i était toujours la clef de voûte de laquelle dépendait la solidité de la situation de la Flandre. Aussi toutes les passions, toutes les tentatives de changement dans l'ordre de choses établi, étaientelles dirigées contre lui ; tout mécontent, quelque mesquine que fût la cause de son mécontentement, lui imputait ce dont il croyait pouvoir se plaindre. Sur ce terrain, il était extrêmement facile aux ennemis d'Artevelde de semer les {dus perfides accusations et les plus infâmes soupçons contre lui. Cependant son activité inouïe, son inébranlable courage, le souvenir de ses grandes actions qui vivait toujours dans Tesprit du plus grand nombre, déjouaient chaque fois encore les attaques de ses vils calomniateurs, et il demeurait toujours, pour la foule du moins, le puissant bourgeois dont un signe suffisait pour réduire au silence et à l'impuissance les meneurs qui conspiraient contre lui. Ceux-ci renonçaient alors à l'attaquer directement; ils s'alliaient avec les émissaires de la France, avec les ennemis de leurs propres opinions, et aidaient à attiser le feu de la révolte sur des ques-' lions de gouvernement intérieur et sur des sujets de jalousie (H de discorde entre les différentes parties de la Flandre. , Suivant le système d'agression pris contre le Sage Homme,' i^stème qu'ils avaient emprunté aux partisans de la France, U fallait épuiser le riche pays de Flandre par des troubles,
(I) « Qui fut cause. . . que plusieurs partialités et divisions naissoyent journellement au pals de Flandre. » (GUDMiHBRST, Ann. de Fland., èdit. LesbrouMail, t. U,p. 4S8.)
LB TRIBUN DB GAND. ft
des émeutes, des querelles, des dissenssions, et imputer en même temps à Tadministration d'Artevelde, Teffusiou du sang et la décadence du commerce et de Tindustrie. Le peuple, préparé peu à peu par des excitations habiles, se prononcerait contre le capitaine général etdemanderait, comme moyen de salut, un changement de gouvernement. Le changement consistait, pour les kéliards et les partisans de la France, en une soumission entière de la Flandre à la France; pour les envieux de la grandeur d'Artevelde, dans le renversement du héros et dans la prise de possession, à leur bénéfice , de son influence et de son autorité , sans que pour cela ils voulussent rien changer à ses projets ni à son système politiques.
Qu'on ne pense pas cependant que la Flandre tout entière eût si vite oublié les services rendus au pays par le Sage Homme. Loin de là, les trois quarts de la population continuaient de voir en lui le sauveur de la patrie, le seul homme capable de maintenir la prospérité de la Flandre, et lui portaient le plus profond attachement ; mais le reste, c'est-àdire les esprits remuants et ambitieux, empruntait à la perversité même de ses intentions une vigueur et une résolution qui paraissaient manquer aux pacifiques amis d'Artevelde. Ainsi en est-il ordinairement; on dirait que le bonheur, quand on l'a conquis, ne laisse plus d'énergie pour le déi'endre, et que la puissance d'action n'appartient qu'à ceux qui aspirent au changement, ce changement dût-il plonger le peuple dans la misère et l'abaissement.
Telle était la déplorable disposition des esprits ; chaque /our éclataient des troubles et des émeutes qu'il fallait réprimer par la force. La Flandre ressemblait à un volcan qui fermente et est près de faire éruption, et nul ne pouvait prédire quelle serait la un de cette elTervescence populaire, ^ lorsque le comte Louis» sur le conseil du roi de France,
tl ML (mttiiMuieè lu pl«^itl^ éè W¥mY ten FMttlM 6t Û*f ViiprtMt^ «en fiutolrilé, sNduft «eriiafyvM leMidiliems. Le cofnfe iéDif^ft qitè touÀ l0i Hftnv^i» {)ufe»éill fenlï^f «it^ toi télft iè f»^ ; ftiéj», Cielt6 <eix1|gence étokit coi^ti^îiie atit lois et {MVi^lB^ de» OMnnÉttiM», elle M repouisséé. IféaiHaioiii», héxDÈ» l'tttliqttl» iMit du eomfe était d'^tneniêtr la rupture du imité «iti^ rAbgletèrte, il coittentit à renoncer au retour ieâ iMtinte et ise téooncilia, en a)^rence, avec ien corn- IttttKieà. Il mitira en Fhindre ; partout on lui fit nne tétMSp- 4ieil Hiagntli]^ ; p«irtout 11 fut bmyamment acclamé. Il fit ^eibbhiy pour &a résidence, de ta ville de Datnrae.
Le dévodement et l^amottr qu'on lui avait témoignés av«e tant de sincérité et d'éclat, dans son voyage à traven la Fbitidre, td trompëre«it relai^veMent h la me&ure d'influéhce l{U*il pouvait éftercer mt le peuple flamand ; il cmi que le léffîps était ééfà venu de manifester ses voôux et de ramener la Flandre sous le joug de la France.
U eoÂvoqua une assemblée des coirimunc» 6 Mmme : là, eerlaines paroles qu'il prononça contre ralliance avec l'Angleterre, émurent vivement les députés et firent craindre à tout le monde qu'on ne se fût trompé sur les intentions du comte et que, malgré ses promesses, il ne ÏÙK demeuré un instrument de Philippe de Valois. La réunion se sépara mécontente, et le comte se vit de nouveau privé de toute influence et traité avec méfiance par ses sujets. Sur cesi entrefaites, les partisans de la France tirent éclater un autre orage. Depuis des siècles, les grandes villes de Flandre étaient en possession du commerce exclusif des draps de laine ; selon les privilèges existants, les communes du plat pays et les petites villes ne pouvaient tisser le drap ou n'en apprêter que de qualité grossière et de peu de largeur (1) ;
(i) Vbyez Simondb be Sismo^idi. Histoire des t^ranç /m, t. VT, p. M et m. -^ OtàktiâËkfHi AMmtêi^ t. il, |^. Ml, flo/« dé L«ibrôUsslrt, «ilt«
é^peddatit, coifittièr^ténsidd du mûikéttéèiiénèit doUiulit pluâ de travail qu'on fi'ën podVafît éxécutéf datls les g^raindès villes, oh a<^ail petïAMt Ûù dèitâlû tëfiffls fermé VsM yètix iuf ces pdvllég^eftj 6i èri cet ûlomem tin û'e^î, ptiiit ditisi diiie, pliiâ tttiuifê (itie eommutiè eti Flâiïdre oft l'tftf Df'eiitèiidif lej bruit eddlinùel deB métiéti eiéhïaà^ Ë'mh^^ïi JiiÉl^ài \tn\ibt totiâ lèd drapÀ d'éiHé. I
Bie» qtie la supprefesion de rindb^tHé du dtapdàfil M fiétites communes ne fût pas, en ee ifrétitedt, më liéèeâ^lté, en éveilla néatlmdihs si bien, par d« S60rètds etoHatiditt^ la jalousie des métiers dans les grandes viilesy <tu'tti comtneticêrent à s'étirier, par toute la Flandi^e^ ()ue Imir droit viblé devait être rétabli et rinduëtrie du drap anéantie dans le plat pays. Joi^riatlt Tactiod ë la par^y il« eimyyèi^eni d^ bandes armées, firent bi'Utaleïnént briser 0u brâler \qé filétiers des t^iès cotnmunes, en vertu de leurs priVilégeis. Dans beaucoup de coitioiunes > les hdbiurnt^ défeAdiretit teuf propriété, et trop souvent le sang coula des deux edté3«
Quoi que fit Arievelde pour te^niinèr à l'aihiable) par M>n intervention, ces collisioils populaires^ et pour faire appetter aux villes quelque adoucissement dans Tèxéreièe de leur droit, il n'y réussissait pas ; ses entiemis attisaient telletiient la haine dans les esprits, que les Flamands semblaient pféts à s'entre-tuer danâ une longue et déplorable lutte.
Comme le capitaine général était soumis m toutâ la Volonté des échevins de Gdnd^ et qu'eU atledâ oaë il !ie potiVàit s'opposer à l'exercice d'un droit légitime^ il ae tit obîigé de satisfaire aux vœux deâ grandes Villes; il s*y sentait, d'ailleurs, d'autant plus porté que les émisiairës de la Frémoë s'éitfîënt ligués avec les mécodtents des petites (ïomimme^ et Se pré* paraient, à propos du diflé^ëtid inddëtHél, à t'ôihéblèr «me* insurrection générale «lu pfoSt de lË ^litiqUèr ffàtiçaiàë. Le danger était immiàënt; tt Malt fMc \s témmef ^Êàë Vo-
• liS TftlBVlf DS aÀJIB.
knlé da for; ArlaiMe amroya k tes capitaines dans la Wesl^
i;Flandi6» ' centre de rémeute, — les ordres les plus sévères
: de réprimer snr-le-cliamp toute tentative de révolte, et, sans
I Mre acception de personne, de punir tous ceux qu'on troo*
* verait las aroea k la main. En peu de tempa, un grand
«ombre de mécontenta et de mutins fîirrat misa la raison ou
arrêtée et condamnée au bannissement par les tribunaux or^
tfnairea; lea capitainea de la West-Flaiidre remplirent les
ordres d'Artevcdde avec un zèle qui dépassait peut-être ses
VflRix;careo laaaceuaait ouvertement de cruauté. Selon
faute probabilité, ce reprocbe n'était qu'une nouvelle ruse
des ennemis du capitaine général ; quoi qu'il en soit, une