CHAPITRE DEUXIÈME
1. Origines du Tribunal, — 2. Son " personnel „. 3. Son activité. — 4. Prévenus, ~ 5. Témoins.
Lorsque Jacques Fournier, évêque de Pamiers, d'accord avec l'inquisiteur de Carcassonne, établit dans son évêché un tribunal autonome contre l'hérésie, il y avait beau temps que le territoire de ce diocèse était visité par l'Inquisition. Maint district du pays de Foix n'était pas moins, depuis cent ans, que la terre promise de l'erreur; et les hérétiques qui l'infestaient n'étaient pas des moins résolus. Qu'on se rappelle leur belle résistance à Montségur, et que pour les déloger de ce nid d'aigle, leur dernier rempart, il avait fallu une expédition en règle, une. vraie Croisade et un siège d'un an. La chute de la forteresse (1" mars 1244), et la disparition des principaux chefs de la secte, morts dans l'incendie du château ou sur les bûchers dressés alentour, découragèrent évidemment les hommes du Catharisme; elles n'entraînèrent pas, pour autant, la ruine de l'idée. C'est pourquoi, dès que les armées de la Croisade eurent fait leur œuvre, celle des inquisiteurs dominicains commença.
Ils venaient de Narbonne, de Carcassonne ou de Toulouse, assez indifféremment. On en était aux débuts de leur institution, et il n'existait point d'autres circonscriptions de l'Office
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que celles qni étaient marquées sur le brevet de chaque inquisiteur, ou qu'il plaisait à celui-ci de s'adjuger.
Guillem Arnaud et son collègue, Etienne de Saint -Thibéry, délégués dans le Toulousain et le Qnercy (1), siègent tantôt à Toulouse, tantôt à Carcassonne, à Castelnaudary, à Lavaur, à Moissac, etc. (2). Us s'étaient aventurés dans le pays de Foix - évidemment les premiers inquisiteurs - trois ans avant la chute de Montségur (1241). Guillem Arnaud interrogea, à Foix, l'hérétique Pierre d'Arvigna, et à Tarascon, les trois nobles Arnaud de Miglos, chevalier, baile de Quié, Pierre de Garrabet (Gavarret), baile de Tarascon, et Bernard Del Pech (de Podio), de Garanou. Les procès de ces hérétiques furent repris par François Ferrier, en 1244, et terminés par Bernard de Caux et Jean de Saint-Pierre, en 1246-1247 (3).
L'inquisiteur Ferrier, * délégué dans les diocèses de Nnrbonne et d'Elne > (4), suivit son métropolitain Pierre Amiel au siège de Montségur et c'est pourquoi on le trouve, en 1243 et 1244» occupé à instruire contre quelques fidèles des faidits de Montségur: Arnaud Roger. Pierre de Flaissa, Philippe Carbonnel, Jourdain de Péreille, tous de Mirepoix, Pons Sicre, d'Illat, Arnaud Olivier, Bérenger, Lombarde, Bernarde, Guillem de Bouan, de Lavelanet, Bernard Othon, de Niort. Arpaix de Rabat, etc. (5). Dans cette procédure, il s'adjoint tantôt Pons Garin, tantôt "Pierre Durand, ses frères en religion (6). Rentré à Narbonne après cette tournée, il entendit les aveux d'Arnaud de Miglos
m Pelhisso, Chronique, édition Molinier, Paris, 1880, p. 41, 43.
2; Doat, t. XXI, XXII, XXIII, passim;mB 609 de la Bibliothèque municipale de Toulouse; cf. Douais, Documents pour servir à Vhistotre de VJnquisition dans le Languedoc, I, p. cxliv-cxlvi.
^3) Doat, XXIV, folios 239-245; 248, 249-254; 273-275.
(4) Douais, Documents, etc., I, p cxxx.x, citant une lettre testimoniale de cet inquisiteur datée du 23 octobre 1237. Sur cet inquisiteur voir Molinier, L'Inquisition dans Ip Midi, p. 167, note 1.
(5) Doat, XXII, folios 107-258, etc.; XXIV, folios 39-191.
(6) Voir Douais, Documents, etc., I, p. cxxxviii-cXLUi.
et de Pierre de Garrabet, déjà interrogés par Guillem Arnaud (1). Il est probable qu'il avait laissé dans le pays de Foix son lieutenant Pierre Durand, qui, secondé par frère Guillem Kaymond, continua les enquêtes. Un de leurs accusés, le chevalier Guillem Fort, de Pamiers, condamné à faux, fut absous par Innocent IV; et les deux inquisiteurs reçurent commission d'exécuter cette sentence (24 juin 1245) (2). Isarn de Taix (3), autre chevalier appaméen, père de Bertrand de Taix (n. LXXXII), justiciable de Jacques Fournier, avait reçu sa pénitence avec Guillem Fort. On ne voit pas qu'il ait, comme son compagnon, bénéficié d'un acquittement en dernier ressort. Ava, sa femme, avait aussi donné dans l'erreur, témoin les croix d'infamie dont elle fut marquée (4).
En 1246 et 1247, la poursuite de l'hérésie dans la vallée de l'Ariège est laissée aux soins de Bernard de Caux et de Jean de Saint-Pierre (5), inquisiteurs «in civitate et diocesi Tholosana » (6), qui instrumentent, par conséquent, chez eux. A Pamiers, où on les voit installés dès le mois de septembre 1246, ils convoquent les suspects du pays de Foix: Arnaud de Miglos, Pierre d'Arvigna, Pierre de Garrabet, Bernard Delpech, de Garanou, Eaymond de Montlaur, frère de l'abbé de Pamiers, Maurin II, Arnaud de Rabat, Bernard de Babat, Brunissende, fille d'Arnaud de Miglos, Pierre de la Caugne, Arnaud Pons, de Vernaux, Raymond Azéma, frère du curé de Bédeilhac, et plusieurs autres (7). Dans un sermon public tenu le 21 avril 1247, dans
(1) Doat, XXIV, folios 248, 249-253.
(2) Doat, XXXI, folio 103.
(3) Chronicon fratris G. Pellisso, p. 50.
(4) Ms. Vat. lat. 4030, folio 287 B.
(5) Sur ces deux inquisiteurs, voir Molinier, L'Inquisition dans le Midi, p. 174, note 1; 192, note 1 ; Douais, jDocwwew^ etc., I, p. cxlviii-clx.
(6) Douais, Documents, etc., p. cl: et t. II, p. 1-89 passim,
(7) Doat, XXIV, folios 193-281 v^ Arnaud de Miglos, condamné au mur perpétuel, fat délivré par ordre du pape Innocent IV, en 1248. (Lettre d'Algise, pénitencier, à l'évêque de Toulouse, Douais, Documents, etc., II, p. 45, note 1).
LE TBIBUNAL d'iNQUISITION DE PAMIEBS
LE TBIBUNAL d'iNQUISITION DE PAMIEBS
réglise du Mercadal, en présence des abbés de Pamiers et de Foix, les deux inquisiteurs prononcent la peine du mur perpétuel contre Raymond Guillem, de Larnat, Raymond et Guillem den Brenguier, Pierre Faure, Pierre Arnaud de Narapa, Arnaud de Rabat, de Castel-Verdun, et Guilhem Daras, de Rabat (1).
Les inquisiteurs trouvaient dans Roger IV, comte de Foix, un auxiliaire d'autant plus empressé qu'il avait à se créer une réputation d'orthodoxie. La répression n'avançait pas assez vite, à son sens. Il s'en plaignit au pape, qui, le 13 janvier 1248, enjoignit à l'archevêque de Narbonne de punir six hérétiques, non sans avoir au préalable pris l'avis des inquisiteurs (2).
Le 28 février 1261, le comte publia un édit ordonnant que l'accès de toutes les fonctions publiques fût interdit à quiconque aurait subi une condamnation pour hérésie, ou serait suspect d'être hérétique (3).
Suspect d'hérésie, nul ne l'avait été plus véhémentement que son propre père, Roger Bernard II (f 1241). L'Inquisition ne pouvait l'oublier, en dépit des services rendus par le nouveau comte. Pons du Poujet, inquisiteur de Carcassonne (4), entama, en 1263, une procédure contre la mémoire du défunt. Le principal témoin, Raymond Bernard de Flascan, bailli de Mazères (Ariège), familier de Roger Bernard, sur lequel il comptait beaucoup et qui fut vivement pressé de charger son ancien maître, ne céda ni aux menaces, ni aux mauvais traitements. Il profita d'un instant de répit qu'on lui laissait après trente-deux jours de cachot, avant de le conduire à Carcassonne, pour protester par acte notarié contre les tortures qu'il avait subies et celles qu'il devrait subir encore, et pour proclamer l'innocence et se porter
(1) Publié par Douais, Documents, etc., I, p. cl-clii, d'après Doat, XXXI, folios 139v*'-U2.
(2) Berger, Registre d'Innocent IV, n° 3530.
(3) Histoire de Languedoc, t. VIII, col. 1479.
(4) Douais, Documents, etc., I, p. clxvii-clxix.
garant de l'orthodoxie de Roger Bernard II (1). L'Inquisition n'insista pas.
L'année suivante, le comte Roger fut de nouveau pris à partie à propos du baile de Foix, Pierre André, suspect d'hérésie, qui refusait de comparaître devant le tribunal. Le 8 décembre 1264, l'inquisiteur de la province de Narbonne, Etienne de Gâtine (2), lui écrivit à Mazères, où il était mortellement malade, en le sommant, sous menace de poursuites, de faire appréhender le contumax. Le comte ob'it à l'injonction, mais il en référa immédiatement au Saint-Siège. Il se plaignit des molestations incessantes qu'il avait à subir de la part des inquisiteurs: en particulier du sans-gêne de ces hommes, qui, à des dates fixes, envahissaient ses terres avec des troupes armées et les dévastaient, sons couleur d'enquêtes à mener contre les hérétiques. En conséquence il se confiait, lui et ses domaines, à la protection du Saint-Siège (3). Mais il ne bénéficia pas de la sauvegarde pontificale; deux mois plus tard (février 1265) il était mort. Peu s'en fallut qu'on n'essayât de flétrir sa mémoire, à lui aussi. L'Inquisition fut désarmée par le manque de preuves et l'inquisiteur Bertrand de Clermont délivra, en 1297, à son fils Roger Bernard III, un certificat qui les reconnaissait tous deux pour de bons catholiques (4).
Avant cette date, je ne relève qu'une allusion à des enquêtes faites contre les hérétiques ariégeois dans la deuxième moitié du XIIP siècle. C'était pendant la captivité du comte Roger Bernard III, en France; c'est-à-dire en 1272 ou 1273 (5); deux dominicains, dont l'un était frère Guillem Raymond, « établis à Varilhes,... dans la chapelle du Château, enquêtaient contre les hérétiques ». Deux bourgeois de Pamiers comparurent devant leur tribunal; c'étaient Bertrand de Taix, qui fut l'objet d'une
(1) Histoire de Languedoc, VIII, col. 1481-1483.
(2) Douais, Docum., I, p. clxix-clxxi.
(3) ^15^. de Lang., VIII, col. 1542-1547.
(4) Hist. de Lang., X, Pr., col. 343.
(6) Hist, de Lang,, IX, p. 17-21.
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seconde procédure, quarante-sept ans plus tard, et Jean Davin, qui se fit son accusateur dans ce nouveau procès (1).
Ala date où l'inquisiteur Guillem Raymond instrumentait à Varilhes, la répression de l'hérésie ne s'exerçait encore, dans le comté de Foix, que par intermittences et par des tribunaux ambulants. D'ailleurs, nul district territorial et aucun siège définitif d'Inquisition n'étant encore constitué, les juges qui viennent enquêter dans la contrée, s'y présentent à des titres divers: tantôt comme inquisiteurs du diocèse de Toulouse, tantôt comme délégués dans le diocèse et la province de Narbonne. A la longue, cependant, les deux inquisiteurs députés dans la province dominicaine de Provence s'y créèrent chacun leur ressort avec une résidence fixe. Ils s'appelèrcQt, l'un, inquisiteur de Toulouse, l'autre, inquisiteur de Carcassonne, et ces deux villes furent les chefs-lieux de leurs districts respectifs. L'inquisiteur de Carcassonne ayant dans sa région la sénéchaussée du même nom, le comté de Foix tomba sous sa juridiction exclusive. Il n'est pas aisé de préciser la date de cette délimitation. La pratique l'avait sans doute préparée, elle la consacra; et si elle fut jamais approuvée par un acte de l'autorité légitime, il m'est difficile de le dire. Il semble, en tout cas, qu'à la fin du XIIP siècle les deux inquisiteurs méridionaux se soient mis chacun chez soi.
Ce qui ne saurait nous surprendre, c'est le choix de Toulouse et de Carcassonne comme sièges d'Inquisition, malgré que ces deux villes fussent très rapprochées l'une de l'autre et assez loin du centre de la circonscription dont elles étaient les chefslieux (2). Elles avaient l'avantage, par contre, de se trouver au
(1) Ms Vat. lat. 4030, folios 28fiD-287A. Procès de Bertrand de Taix, chevalier, commencé en 1320, repris en 1324. Ce Guillem Raymond est-il le même que celui qui fut créé inquisiteur pour le diocèse d'Albi, €n 1235 (Doat. XXI, folio 313) et qui siégea à côté de François Ferrier €i de Pierre Durand, de 1243 à 1259? Douais. Docum., 1, p. cxxx, cxxxviii-cxi.iii). Je ne saurais le dire.
(2) v( Une ligne, qui, partant de Saint-Emilion, dans la Gironde, passerait par Limoges, Périgueux. Cahors, Rodez, Valence, Nice, puis suivrait le littoral provençal de la Méditerranée, et après un léger détour
centre même du mal qui fallait combattre et dont la contagion n'avait guère dépassé le Toulousain, le Quercy, l'Albigeois et le Lauragais.
Il semble bien qu'après un demi siècle de poursuites, l'erreur se trouvât en décroissance dans les vallées de la Garonne, du Tarn, et dans les pays de plaine, l'Inquisition y ayant fouillé tous les recoins, vérifié toutes les croyances et puni toutes les défections. 11 restait cependant un foyer de l'hérésie qu'elle n'avait fait qu'entamer, et qui était plus difficile à atteindre que les autres: c'était le comté de Foix, peu praticable, peu visité, mais tout peuplé d'hérétiques, indigènes et réfugiés. Je crois avoir relevé les traces des pas de tous les inquisiteurs qui s'y étaient aventurés durant ce demi siècle; elles sont très clairsemées, et les documents d'Inquisition que nous possédons ne permettent pas de croire qu'elles aient été très profondes. Je ne suis pas loin d'avoir mentionné tous les hérétiques ariégeois dont on sait qu'ils furent l'objet de poursuites.
Mais si. dans l'état actuel de nos informations, nous constatons qu'il avait été fait peu de chose contre l'hérésie dans le comté de Foix, durant le XIIP siècle, en revanche les documents d'archives <\m nous informent de ce qu'on y fit dans le premier quart du siècle suivanf, pourraient laisser entendre qu'il y avait fort à faire.
Le pape Boniface VIII paraît avoir été convaincu de la nécessité d'une action inquisitoriale plus méthodique et plus intense. Il venait à peine de créer le diocèse de Pamiers (23 juillet 1295) (1), que, mis au courant de la situation précaire dans
dans l'Aragon ancien, ne quitterait plus le versant français des Pyrénées jusqu'à Bayonne, délimiterait le vaste territoire...», de la première province dominicaine de Provence (Douais, Essai sur V organisation des Etudes dans V Ordre des Frères Prêcheurs, p. xi). Cet immense territoire fut démembré en 1303, et la province de Provence (depuis Narbonne, Béziers, Perpignan, Le Puy, Avignon, jusqu'à Nice) laissa à la nouvelle province de Toulouse tout le sud-ouest de la France, de Carcassonne à Bayonne, et de Limoges à Rodez {Op, cit., p. 165-159).
(1) J. M. Vidal, Documents sur les origines de la Province de Toulouse, p. 16.
laquelle se trouvait la foi catholique dans la nouvelle circonscription — celle-ci s'étendait précisément sur les districts où l'erreur se tenait le plus fortement retranchée (1) — il décidait de faire de la nouvelle ville épiscopale le siège d'un ressort inquisitorial. Le 21 décembre 1295, Bernard de Castanet, évêque d'Albi reçut mission de choisir le futur inquisiteur parmi le» frères prêcheurs dont les noms suivent: Arnaud Jean [Déjean], Bernard Gautier, de Toulouse, Guilhem Agassa, de Montclar (dioc. de Cahors), Guilhem Lacroix, de Montpellier, et Pierre Vidal, de Laurac (dioc. de Pamiers). Le titulaire devait être nanti des dossiers et des registres se référant aux hommes et aux choses de son ressort, afin qu'il pût procéder en toute connaissance de cause (2).
Cette dernière disposition et, d'ailleurs, tous les termes de la Bulle laissaient entendre que Boniface VIII voulait faire de Pamiers un chef-lieu d'Inquisition comme l'étaient Toulouse et Carcassonne, et de l'agent inquisitorial qui y résiderait un magistrat indépendant et responsable. Je ne répéterai pas que le moment était propice pour cette fondation. Dans la pensée du pape le démembrement du diocèse de Toulouse appelait logiquement celui de la juridiction inquisitoriale. L'erreur < pullule > dan» les pays de Toulouse et de Pamiers, dit Boniface VIII. Celui de Pamiers vient d'être détaché de celui de Toulouse pour ce qui est de la vie diocésaine; il est opportun que la poursuite de l'erreur y soit confiée à un juge spécial, comme la garde de de la vérité y sera aux mains d'un prélat indépendant.
Le juge choisi par Bernard de Castanet fut Arnaud Déjean, de Toulouse (3), sur l'action duquel nous n'avons qu'un seul
(1) Voir les limites du nouveau diocèse dans Vidal, Les origines de la province ecclésiastique de Toulouse, extrait des Annales du Midi, 1903,
(2) Vidal, Documents, etc., n° VI, p. 24
(3) Extrait du chapitre provincial de Narbonne en 1296, dans Douais, Acta Capitulorum ordinis praedicatorum, p. 401, note 4; et Les Frères Prêcheurs en Gascogne, p. 65: « Notandum quod hoc anno [1296], vel
renseignement. C'est une lettre, datée du 2 mars 1298 (n. st.), par laquelle Arnaud Déjean, «de l'ordre des Frères Prêcheurs, inquisiteur de l'hérésie, député par le Saint-Siège dans le dioeèse de Pamiers », rassure pleinement les juifs de ce diocèse, sur ses intentions à leur égard. Il ne seront pas plus tracassés ^ que ne l'ont été, jusqu'à ce jour, leurs coreligionnaires de la province de Narbonne (1).
Ce document permet de conjecturer que l'inquisiteur de Pamiers ne resta pas inactif. Il a même fallu qu'il se remuât beaucoup pour que les juifs de son ressort eussent quelque appréhension pour eux-mêmes. Arnaud Déjean se trouvait encore à son poste, le 25 juin 1300. Ce jour-là, dans le réfectoire des Frères Prêcheurs de Pamiers, Eoger Bernard, comte de Foix, reçut l'absolution des censures dont il avait été frappé au cours de sa lutte contre Bernard Saisset. Parmi les témoins de cette cérémonie figurait l'inquisiteur (2). Deux ans plus tard, Arnaud Déjean, devenu visiteur de plusieurs couvents de son ordre, avait probablement quitté l'Inquisition de Pamiers. On ne voit pas qu'il y ait été remplacé. Le silence des documents d'Inquisition à cet égard est significatif. Les hérétiques ariègeois poursuivis en
parum post, de villa Appamiensi . . . dominus Bonifacius octavus Papa fecit civitatem novam...; et instruit ibi inquisitorem hereticae pravitatis novum, fr. Arnaldum Johannis, Tholosanum, ordinis nostri ». Il ne faut pas confondre cet Arnaud Déjean, de Toulouse, avec Arnaud Déjean, de Cahors, prieur et visiteur de divers monastères méridionaux, vicaire de la province, en 1301, et en dernier lieu (1299-1319), prieur de Prouille (Douais, Les Frères Prêcheurs en Gascogne, p. 361-363). Arnaud Déjean, de Toulouse, dont les débuts dans Pordre des Fréres-Prècheurs sont inconnus est nommé pour la première fois dans le document pontifical du 21 décembre 1295. En 1302, il devint visiteur des couvents de Bordeaux, Saint-Emilion, Bergerac, Périgueux et Saint-Pardoux. En 1303-1304 il fut prieur d'Orthez (Douais, op. cit., p. 300). Il quitta cette charge pour devenir prédicateur général en 1304. Cette même année il accompagna, comme socius, le provincial au chapitre général de Toulouse (Douais, p. 363). Dès lors, nous perdons sa trace.
(1) Hist. de Lang., X, Pr., col. 347-848.
(2) Hist. de Lang., IX, p. 191.
1308-1309, et de 1319 à 1326, s'étendent sur des faits remontant aux années 1300-1309. Ils racontent longuement les allées et venues des derniers ministres Cathares, Pierre Autier et se& compagnons (1). Or si ces hérétiques et leurs croyants sont animés d'une salutaire frayeur à l'endroit des inquisiteurs de Toulouse et de Carcassonne, nulle part ils ne paraissent s'inquiéter d'un inquisiteur appaméen, qui eût été autrement redoutable. Evidemment il n'en existait plus. Et, de fait, le diocèse de Pamiers ne tarde pas à retomber sous la juridiction de l'inquisitenr de Carcassonne. Témoin les actes mêmes de l'enquête menée, en 1308 et 1309, par Geoffroy d'Ablis contre les hérétiques du Savarthès que l'on soupçonnait d'être de connivence avec Vancien Pierre Autier. Dix-huit dossiers nous en ont été conservés, qui forment le manuscrit latin 4269 de la Bibliothèque Nationale (2). Il se présentent à nous comme un fragment d'un registre plus considérable, tout entier consacré à des prévenus ariègeois. A les parcourir, et à parcourir les documents d'Inquisition datés des 25 premières années du XIV siècle, on a l'impression d'une action vigoureuse menée contre les cathares du pays de Foix par cet inquisiteur et ses lieutenants, voire par l'inquisiteur de Toulouse (3\
Beaucoup de ceux qui furent alors englobés dans les poursuites, ou qui en furent témoins, reparurent plus tard devant l'Inquisition. Ils parlèrent fréquemment de Geoffroy d'Ablis, de ses tournées, des immenses « raffles » de suspects organisées par
(1) Mss. 4269 lat. de la Bibl. Nationale, et Vat. lat. 4030.
(2) Voir Ch. Molinier, Vlnquisition dans le Midi, p. 107-161 ; Douais, Documents, I, p. cxcviii-ccii.
(3) Guillem Castel, vicaire perpétuel de Verdun, interrogé, en 1320, par J. Fournier parle d'aveux faits par lui, vers l'an 1300, devant l'inquisiteur de Toulouse, puis, * a tempore quo dom. Papa Clemens transivit per Carcassonam, . . . revelavit mag. Petro Radulphi, tenenti locum tune dom. inquisitoris Carcassone > (Ms. 4030, folio 157 A). Pierre Bêla, curé de Puy-Saint-Pierre, a témoigné de divers faits devant Jean du Faugoux, socius de l'inquisiteur (folio 157 D).
lui; de leurs voyages, de leur comparution, sinon de leur emmûrement, à Carcassonne.
L'un deux, Pierre Maury, de Montaillou, n'avait pas oublié que Pierre Girard, procureur de l'archevêque de Narbonne, qui instrumentait, en 1308, contre les hérétiques du Fenouillèdes, avait annoncé que « tout le pays du Savarthès et de Montaillou^ qui était peuplé d'hérétiques, en serait purgé cette année même > (1).
La prédiction se réalisa autant qu'il dépendait des inquisiteurs. Geoffroy d'Ablis se transporta à Pamiers, à Ax, à Montaillou, au foyer même de l'hérésie (2).
Montaillou fut vidé de ses habitants des deux sexes, âgés de plus de quatorze ans. On les conduisit en masse à Carcassonne, où ils furent examinés comme témoins ou accusés (3), (septembre 1308).
Ce fut sur le Savarthès une pluie de citations et de mandats d'amener (4). 11 y eut même un acte de foi so-
(1) Ms. 4030, folio 257 C.
(2) Il interrogea, à Pamiers, dans une salle du couvent des Frère» Prêcheurs, deux des prévenus dont nous avons les procès dans le ms. 4269 (folios 4, 43). — A Ax, il entendit Arnaud Tisseyre de Lordat, dans la maison d'Arnaud Barre (Ms. Vat. lat. 4030, folio 160 D) ; à Montaillou, il logea chez la famille Clerc (folio 176 A, 177 B).
(3) Ms. Vat. lat. 4030, folios 61 B-C, 54 B, 204 D, 257 C-D, etc.
(4) Ibid., folios 194 A, 70 B. J'ai relevé dans le Registre de Jacque» Fournier une trentaine de noms de personnes ayant été englobées dans ces poursuites; et je suis bien sûr d'être loin de compte, car je m'en suis tenu à l'examen de quelques procès. Aucun de ces prévenus n'a son dossier dans le Registre de Geoffroy d'Ablis. En revanche un grand nombre furent justiciables de Jacques Fournier, de 1319 à 1325; et leur second procès se trouve dans le Ms. Vat. lat. 4030. Citons-en quelques-uns: Bernard de Junac et ses trois fils, Raymond Vayssière, Guillem Mathieu, Aude Salomon, Desiada, Gaillarde, femme de l'hérétique Guillem Autier, Esclarmonde Autier (emmurée), Simon Barre, Bernard Gombert, tous d'Ax (Ms. Vat. lat. 4030, folios 52-56); Guillem Peyre, Alazaïs de Vernaux, Blanche, de Tarascon, Arnaud Tisseyre, de Lordat, Guillem d'Aire, de Quié, Marguerite Amiel, d'Ascou, plusieurs membres de la
lennel, à Pamiers (1), à une date que nous n'avons pu préciser.
Nous sommes trop insuffisamment renseignés pour pouvoir
supputer les résultats de cette cam])agne, menée, semble-t-il, avec méthode et énergie. Si on en rattache l'exécution au plan d'ensemble qui paraît avoir été celui des deux tribunaux d'Inquisition de Toulouse et de Carcassonne, c'est-à-dire à la capture des derniers ministres cathares et à la punition de leurs plus zélés partisans, il est bien sûr que les inquisiteurs n'eurent qu'à se féliciter. Leur succès fut aussi complet qu'il pouvait l'être. En 1312, il n'y avait plus un seul prédicant de la secte sur leur territoire. Le bûcher avait fait son œuvre; et ceux qu'on n'avait point saisis, la peur les tenait en exil, et ce serait pour longtemps. Les principaux croyants étaient également en lieu sûr, pénitents bon gré malgré. Cependant si le danger que l'on avait un instant redouté n'existait plus, et si on avait coupé les ailes à l'hérésie en supprimant ses missionnaires, il n'était que trop certain que tout n'était pas fini, car l'erreur vivait
famille Maury, de Montaillou, Pierre, Guillem, Raymonde et Blanche Marty, de Junac, etc. (Ibid., folios 101, 128, 131, 159, 201, 247, 275, 279, 281, 286, 288, etc.).
11 faut ajouter à ces noms ceux des personnes qui bénéficièrent d'une amnistie totale ou partielle, dans les actes de foi célébrés au début de Pépiscopat de Jacques Fournier, et dont la condamnation remontait probablement à plusieurs années en arriére. Ainsi, celles qui, en juillet 1322, furent dispensées du port des croix: Philippe Sicie, d'Ascou, Pradas Malet, Raymond Miquel, de Prades, Bérengére, femme d'Arnaud Borrel, Vésiade den Andorra, Fabrisse den Andorra, Guillemette, femme de Raymond Vayssiére, et Guillem Mondon, d'Ax, EsclarmondeSicre, Blanche de Rodés, de Tarascon, Guillem d'Aire, de Quié (Liber Sententiarum publié par Limborch, p. 294). J'ajoute que, le dimanche de la Passion 1310, Bernard Gui avait condamné la mémoire et prononcé l'exhumation des restes de Raymond Roquât, de Montaillou, d'abord emmuré, puis marqué -de croix, relaps, mort « hérétisé », et inhumé dans un jardin (Limborch, p. 79).
(1) « Ante per annum vel citra quam gratie fièrent in civitate Appamiarnm per fratrem Gaufridum quondam inquisitorem Carcassone» Ms. Vat. 4030, folio54A.
encore dans l'esprit et le cœur de beaucoup de gens. Tant qu'ils ne l'auraient point extirpée de cet inaccessible refuge, les inquisiteurs jugeraient leur œuvre inachevée.
Nul ne parut être plus convaincu de la nécessité d'une lutte sans merci contre ces germes néfastes que l'austère et pieux cistercien promu, le 19 mars 1317, à l'évêché de Pamiers. Jacques Fournier, originaire de Saverdun (Ariège), étant presque compatriote de ceux que l'on disait atteints du mal, pouvait être instruit sur leur compte. Or il jugea que leur état réclamait un traitement énergique. Reprenant l'idée de Boniface VIII, il mit en œuvre contre eux, pendant sept ans, la redoutable machine de l'Inquisition.
On ne voit pas que ses deux prédécesseurs, les évêques de Pamiers, aient le moins du monde secondé les efforts des inquisiteurs monastiques. Bernard Saisset (1295-1312) paraît s'être totalement désintéressé de l'entreprise, impliqué qu'il était dans des difficultés d'une autre sorte. Il est nommé une seule fois, autant que je puis savoir, dans les registres de l'Inquisition; encore est-ce à propos d'un hérétique étranger à son diocèse, à la condamnation duquel il assista, le 18 décembre 1300 (1).
Pas plus que lui, Pelfort de Rabastens, son successeur (1312- 1317), n'a laissé de traces dans les dossiers du greffe. Le temps lui fit, d'ailleurs, défaut, et il passa les cinq ans de son épiscopat à guerroyer contre son chapitre pour la défense de ses droits temporels (2).
Jacques Fournier estima qu'il était temps et préférable de songer aux intérêts spirituels du diocèse, négligés par trop jusqu'alors, malgré que le dessein d'y veiller de plus près eût été
(1) Arnaud Embrin, de Limoux. livré au bras séculier (Doat, XXXII, folios 113v*^-124).
{2) Gallia Christiana, XIII, p. 159-160; Histoire de Languedoc, IX, p. 310; De Lahondés, Annales de Pamiers, t. I, p. 157-158.
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LE TKIBUNAL d'iNQUISITION DE PAMIERS
le principal motif de la création d'un évêché à Pamiers. Voici comment il crut devoir s'acquitter de ses devoirs de pasteur.
Conformément aux dispositions du décret MuUorum (1), par lequel le concile de Vienne (1312) avait attribué à l'inquisiteur monastique et à l'évêque diocésain, dans la poursuite de l'hérésie, des pouvoirs presque égaux et mutuellement subordonnés, Jacques Fournier sollicita le concours de l'inquisiteur de Carcassonne pour une action de ce genre qu'il rêvait d'entreprendre à Pamiers. L'inquisiteur Jean de Beaune acquiesça à ce désir; mais, retenu ailleurs par les devoirs de sa charge, il désigna, pour tenir sa place auprès de l'évêque, un Frère Prêcheur du couvent de Pamiers, Gaillard de Poiniès. Assisté de ce religieux, le prélat aurait le pouvoir de remplir tous les détails de la procédure, et même de prononcer la sentence, s'il n'y devait édicter que des peines moindres («arbitraires»). L'inquisiteur se réservait d'être présent au prononcé de condamnations plus graves. Le 10 décembre 1318, date de la commission de Gaillard de Pomiès, l'Inquisition de Pamiers était constituée (2).
En vérité ce n'était pas un tribunal indépendant comme l'avait été la fondation de Boniface VIIL Jacques Fournier jouissait de inoins de pouvoir que n'en avait jadis possédé l'évêque de Carcassonne, Guillem II, qui, durant cinq années (1250-1255), mena des enquêtes dans son diocèse, avec le titre d'inquisiteur auctoritate apostolica deputaius, et sans que les dominicains s'en mêlassent (3). Mais il en eut beaucoup plus que Bernard de Castanet, le célèbre évêque d'Albi, qui, se contentant du titre modeste de lieutenant de l'inquisiteur, ne fut nanti jamais que
(1) Clementin.f lib. V, cap. 1.
(2) Ms. 4030, folio 69 B; Molinier, Etudes sur quelques manuscrits (Arch. des Missions, t. XIV), p. 303-304.
(B) Voir Ch. Molinier, L'Inquisition dans le Midi, p. '21b et suiv.; Douais, Documents, etc., t. I, p. lxxxiv, cclxxv, cclxxvi. Voir t. II, p. 115-301, le registre de son greffe.
d'attributions déléguées. Il est vrai que, par son zèle et sa fougue, il leur donna un relief qui put paraître trop accentué (1). Jacques Fournier se trouve en présence d'un ordre de choses nouveau. Je l'ai dit, il bénéficie des dispositions libérales édictées à Vienne. L'épiscopat ayant, désormais, non seulement le droit, mais le devoir d'intervenir dans les choses d'Inquisition, l'évêque n'attend pas qu'on requière son concours, il demande le sien à l'inquisiteur. Celui-ci n'est plus un magistrat jouissant d'un monopole exclusif, mais l'égal et le collaborateur nécessaire de l'ordinaire. Fournier ne sollicite pas de lui une délégation que le droit commun confère au corps épiscopal tout entier, il l'informe qu'il se dispose à en user, et que, par conséquent, le ministère de l'inquisiteur sera nécessaire dans les actes les plus importants de la procédure. Ainsi, sans être absolument auto.nome, le tribunal de Pamiers jouit d'une large indépendance; et, par la force des choses: par l'avantage de sa dignité, par sa compétence en matières de foi, par son zèle et par sa sagesse, Jacques Fournier y tient un rôle prépondérant (2).
(1) Ms. 11847 lat. de la Bibl. Nationale; Hauréau, Bernard Délicieux et l'Inquisition Albigeoise, p. 20-21,
(2) Une fois seulement, dans son Registre, l'évêque porte le titre de vices-gerens des inquisiteurs de Toulouse et de Carcassonne. C'est dans le procès de Sibylle d'Arqués (n. LXVII), qui, étant originaire du diocèse d'Alet et réfugiée à Mazères (dioc. de Mirepoix), échappait à la juridiction de l'ordinaire de Pamiers (Ms. 4030, folio 201 C).
M. Molinier signale (Archives des Missions, III« série, tome XIV, p. 243) une expression qu'il croit équivalente. On lit au début de l'interrogatoire de Pierre Maury, de Montaillou (folio 249 A): < Dictus dom. inquisitor eum commisit examinandum dicto dom. episcopo Appamiarum et fratri Galhardo de Pomeriis, ordinis Predicatorum, socio dicti dom. episcopi, cui commisit ut una cum dom. episcopo inquireret, examinaret, caperet, et alia faceret necessaria, vel opportuna pro facto Inquisitionis citra sententiam, contra quascumque personas dyocesis Appamiarum de heresi suspectas vel delatas ; cuius commissionis ténor inferiusest insertus». Jean de Beaune, à qui a été remis ce fugitif, rapatrié de Catalogne, le renvoie à ses juges naturels: l'évêque de Pamiers, son ordinaire, et Gaillard de Pamiers, qui a reçu délégation pour les procès d'hérésie dans
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11 a tonte initiative dans l'engagement et la conduite des procédures. Il préside toujours aux séances, même quand Tinqnisiteur est présent (1). En temps ordinaire, le vicaire de ce dernier ne fait qu'assister: Assistente sihi fr. Gaîhardo de Pomerii.% tenenie locum doniini inquisitoris. Ce religieux a un rôle particulièrement intéressant, et son personnage est des plus ingénieusement composés. On peut dire que cVst sur son nom que l'entente s'est faite entre les coinquisitenrs, et que, dans la situation spéciale qu'ils lui ont créée, réside le secret de cette entente. L'un et l'autre l'ont nommé leur vicaire. Il reçoit des qualificatifs variés répondant à ce rôle en partie double, et dont on remarquera la gradation.
On le dit ordinairement lieutenant, vicaire de l'inquisiteur Jean de Beaune [folio 18 B, etc.); adjoint au prélat i)ar l'inquisiteur (folio 107 C, etc.) : socius de Vévéque, commis à procéder avec lui (folio 249 A). D'autre part, il porte les titres de vicaire général, ou simplement de ticaire de Monseigneur Vévêque au spirituel, et surtout en matiire d'hérésie [folios 82 D, 145 D,
309 A, D, etc.] (2).
Ces nuances indiquent que la constitution d'un tribunal mixte avait réussi à Pamiers. Les parties intéressées avaient trouvé le moyen pratique de concilier et même de coaliser leurs attributions respectives, qui, si elles étaient jalouse^, n'étaient nulson diocèse d'origine. Le notaire rappelle opportunément le motif pour lequel a lieu cette remise. C'est qu'il y a à Pamiers un tribunal que cette aflfiiire regarde. C'est donc moins une délégation qu'il faut voir <ian8 ce cas, que la reconnaissance, par l'inquisiteur, des droits de l'éveque sur ses sujets, en matit-re d'hérésie: droits qu'il partage d'ailleurs lui même et qu'il exerce par délégué.
(1) Les prévenus renouvellent toujours leurs aveux «coram dom. €p»«^|H> •t fr. Johaane de Reina. inquisitoire v>. (Ms. 4030, passim).
(2) Onun im dociUBHit de Tjio 1329, fro»ii»> At Vùy^ne Do»iulai6f» Orlmi et de rî»iiilUtiHir H. de ClMMqr, Gaillan! •!♦ PomW* eM dé«^»é i}u lltro tVi»qm$it4¥f pour Fér^ue 4t PtmitTf. <Doat, XX VII, folio 140 e» »iilv.; cfr. Do«âi». La JPonwtrfe C<mmMn\cnU> honorum * «7i*o. p. 45. «trait dn Mû^ftn-A^ IJSW.
lement contradictoires. Grâce à cette combinaison, l'entente basée sur des concessions et sur la déférence mutuelles, ne pouvait qu'être durable. L'évêque avait fait appel à l'inquisiteur: c'était reconnaître ses droits. L'inquisiteur en choisissant pour vicaire un homme ayant la confiance de l'évêque, pourvoyait sagement au maintien de l'unité de direction, de la bonne harmonie, en même temps que ses droits inviolables.
Ainsi fut réalisé — peut-être pour une seule fois — le type du tribunal monastico-diocésain imaginé par les Pères du concile de Vienne.