‹ Le tribunal d'inquisition de Pamiers [microform]Chapitre 7 sur 32 · Le personnel du Tribunal · texte numérisé non relu

Le personnel du Tribunal

Il nous paraît indispensable, avant d'étudier le fonctionnement et la procédure de ce tribunal extraordinaire, de présenter au lecteur les divers personnages qui, à des titres divers, ont participé à ses opératicms. Nous nous bornerons à des généralités sur leur biographie, en insistant sur le rôle qu'ils curent dans l'œuvre commune.

a) Les juges, — Il est à peine besoin de rappeler que JacqubS FouRNiER, le personnage le plun important de la cour appaméenne, devait rtre un jour le premier dans l'Kglise. Kvoquo de Pamiers, de 1317 à 1826, évéquc de Mirepoix, en 132(> et 1327, créé cardinal, en 1327, il fut élu |)apc (Benoît XII), le 20 dé-' cembre 1334, et mourut en 1842 (1).

Les chroniqueurs ont vanté ses mœurs pures, son austérité toute monastique, qui lui fit conserver ses habitudes cisterciennes jusque sous In mitre et la tiare; sou horreur du népotisme — et ce point est établi par des documents indéniables (2) — son désin-

(1) R«^t. VAtie^m LXV, np. 21»; Re|^. LXXX, cp. ë6l. Blinde, Viiat Pap.Afi^on,, U Gi>Uia ChriM., XIII, leO; /7iW. d4 LGnj^4ac, lA, p. 475; fiubel, Hwntrchia cathoUca Mtdii Aeti, I, p. <H, 360, 15. la

(2) Cf. J. M. Vid*l, LtUru cmmun€$ de BemU XU Paria, Fontcmok^), n* 7601.

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téressement, son amour de la justice, sa haine des abus, des désordres et des erreurs (1).

Qu'il ait détesté Thérésie, les actes de son tribunal suffiraient à l'attester. Il s'y montre soucieux de découvrir et d'extirper jusqu'aux plus inoffensives pousses de cette plante abhorrée. Il ne tarde pas à avoir la réputation d'être scrupuleux à l'excès, dans ses recherches, et il faut croire l'un de ses diocésains lorsqu'il constate, d'ailleurs avec quelque dépit, que cet évêque de Pamiers «multum acriter inquirit cum eis, quia non erant confessi, multi eorum, medietatem de hiis que commiserant, et... facit exire... veritatem, quamvis displiceat illis qui eam dicunt » (folio 261 D). Un antre pense de même, quoiqu'il s'exprime avec moins de ménagements (et celui-ci parlait par expérience): «Tout est perdu avec cet évêque. Il importe peu que l'on soit hérétique ou bon catholique. Par ses interrogations, il transforme de fidèles chrétiens en hérétiques avérés >. Celui qui rapporte ce propos déclare avoir répliqué à ce mécontent que l'évêque « est un homme habile, qui en trois mots sait distinguer un vrai catholique d'un hérétique > (folio 176C).

On compare ses procédés d'investigation à ceux des antres inquisiteurs et on les trouve plus raffinés et plus vexatoires. « Plusieurs de ceux qui étaient détenus dans le mur des AUemans avaient perdu leurs biens et subissaient la prison, bien qu'ils n'eussent jamais vu d'hérétiques. On n'en agissait pas de la sorte à Carcassonne » (folio 176 C). « Nos amis, dit un autre, souffrent, de sa part, plus qu'ils n'avaient encore souffert. Il les appelle de nouveau, bien qu'ils aient autrefois reçu leur pénitence, et il leur arrache de nouveaux aveux > (folio 130 B).

D'autres, des prisonniers ou des exilés qui pâtissent de ses rigueurs, ne lui ménagent pas l'injure et les souhaits funestes. Ils l'appellent le diable, l'esprit du mal incamé! « Puisse-t-il choir dans un précipice!» (folio 130 B). «Pour peu qu'il vive

(1) Cf Hist. de Languedoc, IX, p. 475.

encore, c'est la mort pour tout le monde. C'est un démon qui infeste le pays!» (folio 175 0).

Si j'ai transcrit ces imprécations, ce n'est pas, est-il besoin de le dire? qu'elles puissent nous aider à porter un jugement impartial sur celui qu'elles visent — elles renferment trop de passion et de rancune —, mais il m'a paru intéressant de demander aux prévenus et aux condamnés leur impression sur leur juge. Elle est détestable, comme il fallait s'y attendre. Cependant ceux que la douleur et le dépit n'aveuglent pas, fournissent, sur son compte, des traits qui sont à retenir. Jacques Fournier n'était pas tendre. Il était pointilleux, comme un scolastiqne, la lecture d'un de ses interrogatoires le prouve. Voulant prendre ses gens en défaut — chose qui lui était très facile avec des ignorants et des craintifs — il a existé sans doute des cas, oii, de bonne foi, il a dépassé la mesure, et vu des hérétiques là où il n'y avait que des naïfs, des illettrés et de pauvres hères inoffensifs. Par ses subtilités, qui d'ailleurs s'expliquent chez un théologien maître de sa science, pour ne pas dire de son art, par scrupule de conscience, persuadé qu'il n'était pas d'autre façon de remplir son devoir, Jacques Fournier a peut-être donné prise aux jugements sévères dont nous avons reproduit la teneur. Je me hâte d'ajouter que l'étude de sa procédure rassurera pleinement les critiques qui croiraient ne pas devoir s'en tenir à cette impression fâcheuse. Nous y verrons que si Fournier a excédé dans certains cas, comme le disent plusieurs de ses diocésains, il est probable que ce fut inconsciemment. De la lecture de ses actes ressort, en effet, cette autre impression assez inattendue, que l'évêque a des tendances certaines à tempérer la rigueur du code inquisitorial sur quelques points oii elle était le plus dure, et à agir parfois avec longanimité et ménagement. Ces deux impressions ne sont pas tellement contradictoires qu'elles ne puissent s'appliquer au même personnage. Très préoccupé de provoquer des aveux, Jacques Fournier y mettait toute son habileté, et c'est là qu'il a pu exagérer les procédés de ses devanciers. Etant satisfait sur ce point, il ne se mon-

trait, je crois, ai plus sévère, ni pins indulgent que ceux-ci dans la répartition des pénitences, Mais s'il avait affaire à un obstiné, sa tactique changeait, et il paraissait n'avoir à cœur que de faciliter la défense, en accordant délai sur délai. Cette attitude sera intéressante à étudier. Pour le moment, s'il fallait porter un jugement sur cet homme, je dirais qu'il a été juste autant qu'on pouvait l'être quand on présidait un tribunal d'Inquisition en plein moyen âge, et qu'on apportait à l'examen de causes très simples, où il eût suffi d'une paire de bons yeux, le secours de lunettes grossissantes et d'instruments d'optique disproportionnés.

11 est inutile de dire que cet inquisiteur scrupuleux fait à peu près toutes choses par lui même. Il est présent à tous les actes de la procédure et ne laisse que rarement à des agents subalternes le soin de remplir des formalités secondaires. C'est un zèle louable, mais la plupart des journées de l'évêque sont absorbées par ce labeur monotone et ingrat: interrogatoires, dépositions de témoins, confrontations, citations, réunions d'experts, consultations canoniques (1).

Dans ses courses pastorales, il n'a garde d'oublier les hérétiques; et en parcourant les villages du diocèse, il donne audience aux dénonciateurs et entend des témoins. Cela dura près de huit années.

Le Registre du Vatican ne nous offre pas, il s'en faut bien, le cycle intégral de sa procédure. En dehors des allusions à plusieurs volumes, issus de son greffe, relevées au commencement de cette étude, il existe d'autres preuves de ce fait. Je ne parlerai pas des actes auxquels Fournier prend part en

(1) On peut compter les audiences qu'il ne préside pas en personne. Il y en a dix, sur un total de 500, réparties sur 377 Jours, en huit ans: les 4 juin 1321 (folio 146C), 12 mars 1322 (167D), 7 octobre 1322 (195C), 15 avril 1323, à Foix, (293 B), 22 avril 1323 (296 B), 9, 11 septembre (297 C, D), 21 octobre 1324 (302 C), 18 avril (309 D) et 18 juin 1325 (310 C). La plupart de ces audiences ont lieu exceptionnellement ailleurs qu'à Pamiers.

dehors de son ressort: par exemple de la sentence d'exhumation prononcée en sa présence, à Carcassonne, le 3 décembre 1318, contre Bernard Arnaud Embrin, de Limoux (1), ni de l'action judiciaire qu'il conduisit, en 1319, par ordre du pape, et de concert avec l'évêque de Saint-Papoul, contre Bernard Délicieux (2).

Je ne mentionnerai que quelques affaires d'hérétiques ariégeois dont les pièces sont perdues. Le 28 juillet 1319, Jean XXII enjoint à l'évêque de procéder contre trois sorciers de son diocèse: Pierre Adémar, prêtre, Pierre Record, de l'ordre des Carmes, et Gaillarde IJnquède, de Montgailhard, détenus dans le» prisons épiscopales. II l'engage aussi à punir ceux de ces diocésains qui s'adonneraient à ces pratiques de superstition (3).

Les registres de Doat, qui nous dévoilent l'issue de nombre de procès contenus dans le Registre du Vatican, nous renseignent par surcroît sur le sort d'hérétiques jugés par Fournier que nous ne connaissons pas autrement. Du 7 au 13 août 1324, l'évêque et l'inquisiteur procédèrent, à Pamiers, à la clôture de vingt-quatre causes, réunirent trois assemblées consultatives, prononcèrent des seûtences solennelles, et accordèrent des remises de peines. Sur les vingt-quatre coupables condamnés, ces jours-là, dix, tous faux témoins ou suborneurs, n'ont pas même une mention dans le Registre du Vatican (4).

Il faut en dire autant de six individus qui déposèrent leg

(1) Doat, XXXII, folios 113v^-124.

(2) Du 3 septembre au 8 décembre 1329. Hauréau, Bernard Délicieux, ch. IX; Limborch, p. 268-273.

(3) Regest. Vatic. LXIX, n. 963.

(4) Ce sont Arnaud de Prayols, Raymond de Garanou, Guillem Pascal de Ventenac, Guillem Dupont, Arnaud Cathala et Sybille, sa femme, Rose' iille de Raymond de Verdun, Guillem Mignot, Bernard Faure, Bernard de Nogayrol, tous de Verdun. Ajoutons Arnaud Tranier, dont Jacquea Fournier eut à s'occuper de nouveau, après cette première condamnation. (Doat, XXVIII, folios 39-90 v^ Mgr Douais a publié les procèsverbaux des assemblées consultatives des 9, 10 et 11 août. La Formule Communicato bonorum virorum consilio, p. 20-29).

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croix on sortirent de prison (1), et qui avaient été probablement pnnis par cet évêqne. A plus forte raison ne doit-on pas chercher dans son volume les interrogatoires de trente-sept pénitents qui bénéficièrent de semblables remises de peines, dans les actes de foi célébrés à Pamiers les 16, 18 et 22 janvier 1329 (n. st.) (2). Leur procès et leur condamnation remontaient évidemment au temps de notre évêque inquisiteur, comme ceux de dix-neuf autres personnes, graciées avec eux, et dont nous avons les dossiers.

Enfin, nous apprenons incidemment que Fournier, à l'exemple de Bernard Gui, fit rechercher les exemplaires du Talmud propagés par les juifs dans son diocèse et les fit brûler (3).

Pendant huit années l'activité du |)rélat n'avait point connu

de trêve. Le pape l'en félicita, le 22 février 1326 (n. st.), en lui

accordant, en récompense de son zèle, toutes les indulgenf^es

concédées aux inquisiteurs de la foi (4).

Quelques jours après, le 3 mars, pour des motifs inconnus,

il le transféra à Mirepoix.

Il y avait des hérétiques dans ce diocèse, et leur répression

y avait été organisée par le prédécesseur de Jacques Fournier,

Baymond d'Athon. Ce prélat s'étant même préoccupé de cons-

(1) Honora, femme de G. Azéma, de Bédeillac, Raymonde, femme de Faure Croux, d'Ax, Guillem de Caramat et Guillemette sa femme, de Tarascon, Raimond de Quié, clerc, Gausie, femme de Pradas Malet, de Montaillou. (Doat, XXVIII, folios 61 v*»- 62 v°, 86).

(2 Doat, XXVII, folios 146v**- 149 v°. Voir le procès-verbal delà réunion de jurisconsultes et de théologiens tenue les 13 et 14 janvier, dans Douais, La Formule, etc., p. 41-45.

(3) « Modo non potest [episcopus] nocere amicis nostris, dit un croyant «athare, quia occupatus est cum libris judeorum ». (Ms 4030, folio 130 B). L'enquête et Vauto da fe de Bernard Gui sont de l'année 1319. (Practico inquisitionis haeret prav., publiée par Douais, p. 67, form. 48; Limborch. p. 273).

(4) Regest. Vatic, LXXX, ep. 749. C'étaient les indulgences attachées à la visite des Lieux Saints, et, de plus, l'indulgence pléniére in articula mortis. (Lea, Hist. de V Inquisition au Moyen- Age, éd. franc., I, p. 271. Cf. Bernard Gui, Practica Inquisitionis heretice pravitatis, éd. Douais, p. 198).

truire un mur inquisitorial, Jean XXII l'en loua, en l'exhortant à lutter sans trêve contre l'erreur (1) (21 mars 1325).

Jacques Fournier continua si bien son œuvre que de nouvelles congratulations lui arrivèrent de la Curie (12 janvier 1327), avec Passurance que toutes les faveurs spirituelles lui seraient conservées (2). Lui parti, après sa promotion au cardinalat, la répression se relâcha à Mirepoix. Elle s'était déjà relâchée à Pamiers, où Dominique Grima, son successeur (1326-1347), bien que membre éminent de la famille des inquisiteurs, laissa presque se rouiller l'arme maniée si vigoureusement par Fournier. C'est à peine si Pon peut dire que les registres de l'Inquisition contiennent des traces d'une initiative quelconque de la part de ce prélat. Les inquisiteurs Henri de Chamay et Pierre Brun se rendirent, il est vrai, à Pamiers, en janvier 1329, à sa prière, mais ce fut pour y liquider certaines affaires inscrites au rôle du tribunal, depuis l'époque de Jacques Fournier. Il fallait bien en finir avec les malheureux prévenus qui languissaient depuis trois et quatre ans, dans l'attente d'une sentence. Par contre les juges se montrèrent prodigues de grâces et d'adoucissements de peines à l'égard des condamnés de l'ancien évéque (3).

Dominique Grima s'était occupé, l'année précédente, de quelques fraticelles (?), dont Jean XXII lui avait probablement confié le sort. Les ayant interrogés, il avait fait parvenir leurs dossiers au pape. Celui-ci l'en remercia, le 8 août 1328, en le priant de continuer son enquête (4).

Dominique Grima s'en tint vraisemblablement à ces deux

(1) Regest. Vatic, CXIII, n*» 81. « Placet nobis provisa perte carceribus mûri constructio pro perfidis hereticis carcerandis ». Raymond d'Athon avait assisté, le 8 décembre 1319, à la condamnation de Bernard Délicieux (Limborch, p. 268-273). Il n'est représenté dans les regristres de l'Inquisition que par un billet adressé le 20 février 1325 (n. st.) à l'inquisiteur de Carcassonne pour s'excuser de ne pouvoir se rendre à un sermon public. (Doat, XXVIII, folio 141 v°,.

(2) Reg. Aven. 26, folio 413; Reg. Vatic, 82, ep. 633.

(3) Doat, XXVII, folios 140-1 56 v^

(4) Regest. Vat., t. 114, n** 1893.

preuves de bonne volonté à l'égard de Tlnquisition. Toujours est-il que, le 24 octobre 1331, peut-être à l'instigation du cardinal Jacques Fournier, qui, d'Avignon où il résidait, devait voir avec peine péricliter son œuvre de prédilection dans ses anciens diocèses, le pape Jean XXII demanda à l'évêque de Pamiers et aussi à son collègue de Mirepoix, un rapport détaillé sur les travaux et les résultats de l'Inquisition dans leurs domaines respectifs, depuis qu'il en étaient les pasteurs (1).

Le rapport adressé par Dominique Grima eut au moins le mérite de la sincérité, et il est facile d'en connaître les conclusions, si c'est lui qui provoqua l'envoi de la lettre de blâme écrite» le 6 octobre 1333, à son auteur par le pape. La négligence du pasteur est pour beaucoup, y est-il dit, dans la recrudescence de l'bérésie que l'on constate là- bas. Loin de suivre l'exemple de ses prédécesseurs, l'évêque s'est abandonné à la paresse, et laissé gagner par le sommeil, sans se douter qu'en agissant de la sorte il manquait aux devoirs essentiels de sa charge. S'il n'y met bon ordre, s'il ne recommence pas les enquêtes et ne prononce pas des sentences, comme font ses collègues, il se verra privé de la dignité épiscopale (2). Certes, il fallait que le mal fût grand et la négligence du prélat impardonnable, pour que le pape menaçât de la sorte. N'exagérait-il pas un peu l'un et l'autre? et faut-il penser que celui qui inspira cette lettre usait encore des verres grossissants de Jacques Fournier? On le peut. Pas un seul document ne dépose pour ou contre l'évêque. Pas un seul, qui, désormais, parle d'hérésie ou d'hérétiques à Pamiers. Après cette verte semonce, c'est le silence absolu. Et je dois ter-

(1) Regest. Vat., n"- 1071, 1072. La lettre adressée à Tévéque de Mirepoix contient une clausule intéressante. Pierre de Lapeyraréde avait signalé au pape quelques vices de forme découverts par lui dans la procédure de ses prédécesseurs. Le pape promet d'aviser et ordonne à l'évêque de continuer les poursuites. Cette procédure défectueuse pourrait bien avoir été entreprise par Jacques Fournier, prédécesseur immédiat de Pierre sur le siège de Mirepoix.

(2) Regest. Vat., 117, n^ 402.

miner cette courte histoire de l'Inquisition appaméenne par un document inédit, qui nous apprend tout juste qu'en 1369, Guillaume d'Espagne étant évêque de Pamiers (1366-1371), il existait encore à l'éveché un office inquisitorial, indépendant, à ce qu'il semble, et dirigé par le vicaire général; et que cet office ne restait pas inactif, puisque l'évêque et son vicaire nomment Bernard d'Artix, commissaire, sergent d'armes et gardien des prisons de l'Inquisition, en récompense des services rendus par lui dans la poursuite des hérétiques (1).

(1) Instrum. miscell, 26 décemb. 1396: perg. parv., avec une queue de parch. et un sceau de cire rouge dont l'empreinte a disparu-

^ GuiIIelmus (a) Dei gratia Appamiarum episcopus uuiversis Christi fidehbus, salutem in Domino sempiternam. Cum olim frater Johannes de Cotenchis (b), ordinis fratrum Heremitarum sancti Augustini, magister in sacra pagina, vicarius noster generalis, ac etiam inquisitor heretice prayitatis per nos deputatus fuisset, et pro deffensione sancte fidei catholice et orthodoxe, ac insequendis et capiendis hereticis; necnon requirendi quoscumque dominos temporales ac officiales eorum et alios quoscumque fidèles catholicos pro deffensione fidey et inpugnatione heretice pravitatis per Bernardum de Articio (c), quem commissarium et servientem dicte Inquisitionis ac custodem dictorum hereticorum et suspectorum de fide captorum et capiendorum deputavit et creavit, quapropter sibi hcitum est defferre quodcumque genus armorum ; supplicavitque nobis Idem Bernardus quatinus dictum officium dicte sergentarie et custodie sibi conûrmare dignaremur cum nostris litteris super hoc confectis; Nos vero audita et intellecta bona diligentia et vohmtate quas dictus Bernardus habuit temporibus preteritis in officio predicto exercendo, dictum officium et custodiam per présentes sibi Bernardo concedimus, conftrmamus per ipsum regendum et exercendum quamdiu nostre placuerit voluntat, et bene ac laudabiliter se habuerit in dicto officio exercendo.

dderr^'^'T''''"' ^""'"'"^ '""*"'^"^ ^" ^"'"^"^ exhortamus quatinus eidem Bernardo m persona sive bonis aliquales molestias minime inferatis aut inferri a quocumque permittatis; ymo cum per eundem requisiti fueritis personas quas nomiue nostro super facto dicte Inquisitionis 2L '""Vr' """"T^''' ««ccursum, juvamen et auxilium quantum tangit dictam fadem catholicam eidem prebeatis; captosque predictos sub fida

Vrorln k'i'éZr î'^r^"' f^^ ^'' Mas-d'Azil, O. S. B., au diocèse de Rieux; promu a levecbe de Pamiers le 4 février 1366; transféré à Comminges le 6 iuii^

b Cou^en., (Ariege) cant. de Mirepoix, arr. de Pamiers. (c) Artta: (Ariège) cant. de Varilhes, arr. de Pamiers.

LE TRIBUNAL d'iNQUISITION DE PAMIEBS

Si rinqoisition de Pamiers connut encore de longs jours, elle ne fît, sans doute, rien qui pût lui conserver sa place dans l'histoire. Celle-ci ne retient, jusqu'à présent, que dix années de son existence, quelque longue qu'elle ait été.

Il y a peu de chose à ajouter à ce qui, déjà, a été dit du rôle de Gaillard de Pomiès, trait d'union entre le juge monastique et le juge diocésain. Son concours étant obligatoire pour la généralité des actes, il n'a garde d'en manquer un. Bien rarement l'évêque le laisse présider seul: ce n*est que lorsque l'instruction exige le déplacement du juge hors de la ville épiscopale (1).

Les hérétiques le redoutent et le détestent autant que l'évêque, dont ils disent qu'il est le digne collaborateur: « Si mala faciebat dictus episcopus, peins faciebat dictus frater Galhardus > (2).

Quelqu'un nous dit que ce religieux était d'un âge avancé quand il s'occupait d'Inquisition (3). Nous ne savons d'ailleurs presque rien de sa vie. D'abord simple profès, puis sous-prieur du couvent de Pamiers, il fut prieur de Saint-Gaudens, de 1309 à 1311 (4), et prieur de Pamiers en 1320 et 1321 (5). Le Registre

cnstodia remitendo nobis, si per ipsum nomîne nostro fueritis requisiti. Taliter super premissis vos habentes ut merito de exaltatione sancte fidey catholice et diligentia valeatis commendari, et non reprehendi. Datum in nostra sede episcopali Appamiensi sub testimonio nostri sigilli authentici, die XXVI mensis decembris, anno Domini M*'CCC*'LXIX'^ ».

(1) Il va aux Allemans, le 13 décembre 1321, pour recevoir le témoignage d'Amande Guilabert, de Montaillou, prisonnière dans le mur de rinquisition (folio 178 D); le 29 mai 1323, pour faire une enquête sur la mort d'Arnaud Tisseyre, prévenu décédé dans les cachots (folio 162 A) ; en mars 1322, pour tâcher de convaincre Jean de la Salvetat (folios 167 D, 168 C). Le 15 avril 1323, il reçoit, à Foix, les aveux d'Aycréde Boret, prisonnier du comte (folio 293 B); et, le 9 octobre 1325, il délivre Pierre Acés (folio 314 B).

(2) Ms. 4030, folio 131 A.

(3) Ibid.

' (4) Douais, Les Frères Prêcheurs en Gascogne, p. 845. (5) Douais, Les Frères Prêcheurs à Pamiers, p. 52.

de Jacques Fournier lui donne ce dernier titre dans piusieura documents de 1321 (1).

De Geoffroy d'Ablis (ou d'Abluses), il est toujours parlé au passé dans nos procès-verbaux. Le dossier de Bernard Clerc, de Montaillou, contient cependant deux interrogatoires présidés par lui. Mais la date de ces pièces déborde les limites chronologiques du manuscrit (10 août 1310). On ne les a transcrites ici que pour mémoire et comme base d'une nouvelle procédure (2).

Bernard Gui, inquisiteur de Toulouse (1307-1324), ne vient à Pamiers que pour y prendre part aux <^ sermons » solennels, L'évêque tient à s'associer l'auteur de la Practica Inquisitionis, ce maître en jurisprudence inquisitoriale, dont l'avis peut, à roccasion, servir de norme, dont l'exemple est un enseignement et un stimulant. Bernard Gui assiste, au préalable, avec les autrea inquisiteurs, aux audiences dans lesquelles les accusés confirment et complètent leurs aveux (3). Il acquiert de la sorte une connaissance suffisante des causes sur lesquelles il peut être prié de statuer. Là se borne son intervention dans l'Office appaméen (4).

(1) Ms.4030, folios 82 D, 101 B. 145 D. Cf. Vidal, La poursuite de. lépreux en 1321, p. 44.

(2) Ms 4030, folio 173 B, D. - Pour la biographie de Geoffroy d'Ablis voir Quetif et Echard, Scnptores Ordinis Praedicatorum, t. I, p. 532, 533^ rniT', ^rT"'''' """'""''*' Th^losan.; Inquisitio, p. 110; Histoire littél

ch. I V , M. Ch. Molmier, L' Inquisition dans le Midi, p. 124-128 ; Mffr Douais. Documents, etc., I. p. cxcviii-cciii. ë^ri^ouais,

(3) Le 30 juillet 1321, pour Huguette, Vaudoise obstinée (folio 112 D)-

Fo^^fTooC'/''^ ^' ^^*'°"' '^""^ ^^^^)» ï« 1" ^«Ût, pour Guillem Fort (foho 92D). En juillet 1322, il assiste aux . sermons ^ du 4 et du T J^U juin 1323, il entend le témoin Nicolas Duprat (folio 225 D), et le 19 juin, Il participe à l'acte de foi. Enfin, le 14 janvier 1322 ^n st ) de concert avec son collègue de Carcassonne et Pévêque de Pâmiez!

écHtHr'\-% *"^"^ ^^*"''' ^'^'''^''' ^' l'Inquisition, un témoignage ecri de satisfaction pour les services rendus par cet homme (folio 132 D)

I D 576 '^RO ^^T"^,*^*' de Bernard Gui, voir Quétif et Echard, op. cit.[ I, p. 576-580; Galha Christ, VI, col. 554-555; Hist, de Lang., IX p 395

X M t' ^^""^^ ^^"''"^ ^'^*'' '''' ^'' manuscrits de B. Gui, p. nO-lSSui Molinier, ^Inquisition dans le Midi, p. 206-210; Eubel, Rierarchia cathohca, I, p. 529, 323.

J'ai déjà eu l'occasion de dire dans quelles conditions s'exer- <jait celle de Pinqnisitenr de Carcassonne, Jean de Beaune. Elle n'est pas moins importante et nécessaire que celle de l'évêque même, mais elle ne se produit ordinairement que par délégation. Ce n'est que la veille du sermon public que Gaillard de Pomiès cède la place à son supérieur. Jean de Beaune reste donc, à peu près toujours, dans l'ombre, sinon au second plan. Le peu que nous savons d'ailleurs de sa vie et de ses actes ne parvient pas à donner beaucoup de relief à sa personnalité.

Originaire de la ville bourguignonne d'où il a pris son nom, il fit ses études et sa profession religieuse dans le couvent des Frères Prêcheurs de Dijon. En 1316, il vint occuper le poste d'inquisiteur de Carcassonne, vacant par la mort de Geoffroy d'Ablis. Il faut rabattre beaucoup de l'affirmation de Quétif et Echard, qui le font mourir en charge, en 1333. Il était certainement mort en 1324. Le 7 août de cette année, c'est Jean Duprat, son successeur, qui siège auprès de l'évêque de Pamiers, quand Bernard Clerc confirme des aveux, reçus jadis par Geoffroy d'Ablis et Jean de Beaune, quondam ordinis praedicatorum inquisitorihus (1).

Je me borne à énumérer les actes principaux de son ministère. En 1319, il ordonne l'exhumation et la crémation des restes du carcassonnais Castel Faure, mort depuis quarante-un ans,

(1) Ms. 4030, folio 180 D. Ailleurs (folio SOIE), dans uu procésverbal daté du 31 octobre l'^^é, il est parlé de l'année « quo fuit factus inquisitor fr. Johannes de Belna bonae memoriae quondam. .. , » Plus loin (folio 304 A), dans un document de la même époque : « tempore bonae memoriae fr. J. de Belna tune inquisitoris Carcassonae >. Voir aussi folios 301 B, 303 B, 311 C. Jean de Beaune était donc mort en août 1324. Il ne l'était ])eut-étre pas encore en avril de cette année. S'il faut croire D. Vaissette, il assista, ce mois-là, à un acte de foi célébré à Carcassonne. Il est vrai que l'auteur de VHistoire de Languedoc (nouv. éd., 1. IX, p. 398) commet plusieurs erreurs à cet endroit. Il donne comme ayant assisté à cette cérémonie, Bernard Gui; inquisiteur de Toulouse, et l'évêque de Pamiers Pelfort de Rabastens (!?). Ces deux informations sont fausses.

dans des sentiments que d'aucuns jugeaient très chrétiens, que l'inquisiteur estima avoir été très hérétiques (1).

La même année, il reprit les procès de Guillem Salavert et d'Isarn Coll, d'Albi, et, en 1321, celui de Guillem Garric, de Carcassonne, dont l'Inquisition avait eu à s'occuper quelques vingt et vingt-cinq ans auparavant (2).

Il présida ou assista à un certain nombre d'actes de foi : à Toulouse, le 30 septembre 1319; à Narbonne, en octobre de la même année; à AIbi, en mars 1320; à Pamiers, le V' mai 1320 (3).

L'année d'après il retourna à Pamiers, à l'occasion du sermon public du 8 mars (4); il procéda à la réconciliation de la ville de Cordes, dans l'Albigeois, le 29 juin (5); il prononça, à Carcassonne, la sentence de Guillem Garric, le 14 juillet (6). On le retrouve à Pamiers quelques jours avant l'acte de foi du 2 août (7) ; puis on signale sa présence à Narbonne, où il procède contre quelques béguins (8).

(1) Regest. Vatic, LXIX, folio 124 v-, n'^ 389; Eubel, Bullarium t ranciscanum, t. V. n° 357.

(2) Ms. lat. 11847 de la Bibl. Nationale, folios 39, 62; Limborch p. 282 ; Mgr Douais, GuiUem Garric, de Carcassonne, professeur de droit, et le tribunal de V Inquisition, dans Annales du Midi, 1898

(B) Limborch, p. 209; Hist. de Lang., IX, p. 389; Quétif et Echard, op. cit., I, p. 585 B ; Ms. Vat. 4030, folios 16 C, 18B, 21 B, 22 D.

(4) 11 entend, les 5 et 7 mars, les derniers aveux^des accusés qui doivent recevoir leur pénitence: le 5 mars, ceux de Béatrix Gleizes 42 D), de Guillemette Bénet (48 D); le 7 mars, ceux d'Arnaud Savigna (26 D), de Guillem Austatz (36 A), Barthélémy Amillat (47 B), Raymond Vayssiére (63 B), Grazida Lizier (57 D), Alazaïs Adémar (61 D), Fabrisse den Riba (64 A), Pierre l'Aîné de Rabat (64 C), Bernard Franc (74 A), Raymonde den Arsen (75 D), et Arnaud Cogul (76 D), etc.

(ô) Ub. Sent., p. 277-282; Hist, de Lang., IX, p. 394.

(6) Lib. Sent, p. 282-286; cf. Douais, Guillaume Garric et le tri^ bunal de l'Inquisition, dans Annales du Midi, 1898.

(7) Hist. de Lang., IX, p. 397 ; Baluze, Vit. P. P., I, p. 689 et seq.

(8) II assiste aux derniers interrogatoires : le 30 juillet, de Guillemette Uerc (69 A ), Brune Porcel (79 C), Alazaïs Faure (89 C), Arnaud Faure (89 C), Guillem Autier (91 A), Guillemette Benêt (100 A), Alazaïs de Vernaux (101 D), Mengarde Buscailh (103 C), et Huguette de la Côte (112 Dj- le ^1 juillet : de Jean de Vienne ( 109 B) ; et le l"août : de Guillaume Fort (92 D).

En 1322, le 14 janvier, assisté de Jacques Fournier et de Bernard Gui, il rendit, à Carcassonne, un public hommage aa zèle de l'espion Arnaud Sicret, d'Ax (1). Les 4 et 5 juillet, nouvel acte de foi, à Pamiers (2); il s'y trouva ainsi qu'à ceux du 19 juin 1323, dans cette même ville, et du 3 juillet suivant, à Lodève (3).

En dehors des actes inquisitorianx qui portent son nom, se» ouvrages se réduisent à un rapport suivi d'une critique des erreurs de Pierre-Jean d'Olive, entrepris sur Tordre de Jean XXII (4),

Quétif et Echard {Script,, 1, p. 593-594) donnent la biographie d'un personnage du nom de Jean Duprat, que nous identifierons avec le successeur de Jean de Beaune, non sans avoir relevé nombre d'erreurs commises par ces historiens.

Jean Duprat, normand, d'Evreux ou deEouen,étudiait,enl301, la théologie, dans le couvent des Frères Prêcheurs de Condom (5). En mai 1311 et 1312, les chapitres généraux de Naples et de Carcassonne le désignèrent pour « lire > le livre des sentences, à Paris (6). Il fut fait maître en théologie, en 1318 (7). En juin 1324, il assista au chapitre général de son Ordre, à Bordeaux. Il était déjà inquisiteur de Carcassonne (8), charge qu'il occupa jusqu'en 1328. Le 11 avril de cette année, il fut

(1) Ms. 4030, folio 132 G.

(2) Il entend les derniers aveux de Raymonde Guilho, le l**" juillet (164 B); et, le 2, ceux de Jean Jaufre (141 C), Raymond d'Aire (145 B), Guillera Agassa (147 D}, Mengarde Savigna (149 B), Pierre Fons (150 A), Arnaud Tisseire (152 A), Guillem Maurs (156 C).

(3) Liber Sent, p. 393; Doat, XXVIII, folios 8-37.

(4) Quétif et Echard, op. cit., p. 585, 586. Baluze {Miscellanea, éd. Mansi, p. 274-276), publie cet opuscule.

(5) Douais, Acta capit. provinc. ord. Praed., p. 460.

(6) Denifle et Châtelain, Ghartuîarium Universitatis Parisien., t. II, p. 148, n** 690; p. 156, n° 696; Reïchert, Acta capit, gêner, ord. Praed,, t. II, p. 62.

(7) Denifle, op. cit., p. 227, n*» 776. * (8) Denifle, p. 275, n*' 830.

promu à l'évêché d'Evreux (1), dont il se démit en 1333 (2). Le pape lui laissa la jouissance du manoir du Sac, provisoirement détaché de la mense épiscopale d'Evreux, et une rente annuelle de 800 livres tournois (3). Jean Duprat ne jouit pas longtemps de cette compensation. Il n'était plus de ce monde, en octobre 1335, ainsi que le laisse entendre un document daté du 9 de ce mois (4).

On voit d'après les notes biographiques qui précèdent ce qu'il faut penser de la double affirmation de Quétif et Echard, qui placent le séjour de Jean Duprat, à Carcassonne, en qualité d'inquisiteur, non pas avant, mais après son épiscopat à Evreux, et donnent, comme date de sa mort, l'année 1338.

Auprès de Jacques Fournier, Jean Duprat continue à être le collaborateur nécessaire, mais discret, qu'avait été Jean de Beaune. II figure aux dernières séances des procès, assiste aux consultations d'experts et de théologiens, et préside aux sermons publics. Ainsi en est-il pour les actes de cette sorte accomplis à Pamiers, en août 1324 (5).

Lui-même provoqua, à Carcassonne, les 22 et 23 février 1325

(1) Regest. Vatic, LXXXVI, ep. 1437. - Le chapitre général tenu cette même année, à Toulouse, imposa aux Frères la célébration d'une messe aux intentions du nouvel élu et de son successeur à l'Inquisition de Carcassonne. Reïchert, Acta capit. gen., II, p. 184.

(2) Election de son successeur, Guillaume des Essarts, le 30 juillet (Regest. Vat., CIV, ep. 618). ^ Venerabilis frater noster Joannes, épiscopns ohm Ebroicen... per procuratores suos... regimini et oneri duntaxat ipsius ecclesie in manibus nostris ex certis rationabilibus causis sponte cessit ».

(3) Regest. Vatic, CVII, ep. 154.

(4) Lettre de Benoît XII à certains juges exécuteurs, dans laquelle le nom de Duprat est toujours accompagné de l'expression: honae memonae quondam (Regest. Vat., CXIX, ep. 849).

(5) Le 7 août, audience de Bernard Clerc (folio 181 A); les jours suivants, clôture de divers procès et consultations inquisitoriales (Doat, XXVIII, folios 39-56; cf. Douais, La Formule « Cotnmunicato », p. 20 et suiv.); les 12 et 13 août, sermon public dans le cimetière Saint-Jean et dans l'église de N.-D.-du-Camp (Doat, XXVIII, folios 56-93).

LE TRIBUNAL d'iNQUISITION DE PAMIEBS

(n. st.), des assemblées de jurisconsultes et célébra, le 24 du même mois, un acte de foi dans lequel il fut statué sur le sort des hérétiques de son ressort (1). Le lendemain, il examina un justiciable du tribunal de Pamiers, Guillem d'Aire, de Quié, amené à Carcassonne on ne sait pourquoi (2). Le 1" mars, il délivra des lettres d'absolution à Jean d'Avignon, de Narboune, moyennant l'accomplissement de certains pèlerinages (3). Cette même année, ou l'année suivante, le pape Jean XXII le chargea, avec l'archevêque d'Aix et l'inquisiteur de Besançon, de juger Guyot Lefollet, de Frasne, hérétique, prisonnier à Avignon (4). Le 1«^ mars 1327 (n. st), assisté des évêques de Carcassonne et d'Alet, de l'inquisiteur de Toulouse, Pierre Brun et de divers commissaires épiscopaux, il condamna plusieurs béguins hérétiques (5), dans un sermon solennel, tenu au Marché couvert de Carcassonne. Puis Jean XXII lui fit remettre, par l'inquisiteur de Provence, deux hérétiques fugitifs, Pierre Trencavel et Andrée, sa fille, béguins originaires du pays carcassonnais (6). En lui annonçant l'arrivée de ces deux individus, Jean XXII le félicitait de son zèle contre l'hérésie et l'exhortait à tenniner par un compromis un différend qu'il avait avec les gens de Carcassonne (7). L'évêque de cette ville, Pierre Rodier, pourrait, insinue le pape, arranger toutes choses. Mais Duprat et Rodier étaient eux-mêmes en conflit de juridiction à propos de Barthélémy Albert, notaire de l'Inquisition, qu'il s'agissait de punir pour des exactions dont il s'était rendu coupable. L'évêque et l'inquisiteur revendiquaient, chacun, le droit exclusif de

(1) Doat, XXVIII, folios 96-107; Douais, op. cit., p. 29 et suiv.

(2) Ms. 4030, folios 310-312.

(3) Dont, XXVIII, folios 171-174.

(4) Regest. Vatic, CXIIl, n* 1447. Sauerland, Vatikanische Urkunden,

(5) Doat, XXVIII, folios 178 et suiv.; Mahul, Cartulaire de Carcassonne, t. V, p. 676-683.

(6) Regest. Vat., CXIV, folio 74 v^ n"* 469; Eubel, Bullarium Franciecanti/m, t. V, n** 654.

(7) Regest Vat., CXIV, foHo 14, n*» 649.

le juger. Ils ne parvinrent à s'entendre qu'au bout de deux ans, et ce fut en délégant leurs droits respectifs à l'inquisiteur de Toulouse, Pierre Brun (1>.

J'ajouterai à cette notice sur la vie et les actes de notre inquisiteur qu'on le tient pour l'auteur d'un Commentaire sur les IV livres des Sentences et de plusieurs sermons (2).

b) Assesseurs, témoins d'office, conseillers, — Le personnel d'un tribunal d'Inquisition est singulièrement restreint. Peu s'en faut qu'il ne tienne dans la personne du juge et d'un ou de deux notaires. Par privilège l'inquisiteur cumule des attributions, que, dans la justice ordinaire, l'on trouve réparties entre plusieurs personnes. Il accuse, il instruit, il jnge, il condamne. Ce n'est pas qu'il lui soit défendu de commettre à d'autres les actes de la procédure dont il ne peut se charger personnellement. Il est libre de s'adjoindre des vicaires, des lieutenants, des commissaires, dont il fixera lui-même les pouvoirs et qu'il révoquera à son gré (3). Ainsi en avait usé Jean de Beaune à l'égard de son substitut près de l'Inquisition de Pamiers, Gaillard de Pomiès, dont le brevet ne contenait qu'une délégation limitée à la simple procédure d'instruction. Encore est-il que Tévêque de Pamiers fournit très rarement à ce religieux l'occasion d'agir seul. Nous l'avons déjà remarqué, Jacques Fournier ne prodigue pas les délégations. En dehors de Gaillard de Pomiès, c'est à peine si l'on peut citer quelques noms d'ofîîciers remplissant exceptionnellement le rôle de président du tribunaî, en l'absence du juge. Ce sont Bernard Saissier, officiai, pnij vicaire général du diocèse, et Marc Rivel, lieutenant du vignier des Allemans.

fi.^ ]f ^^^""^ ^^^^- ^^"^'"'^ Doctimcnfe, etc., I, p. lxxxv-lxxxvii.

(2) Qiiétif et Echard, Script, F, p. 593-594.

(3) Voir la législation et la coutume, à ce sujet, dans L. Tanon, Mistoire des Tribunaux de Vinquisition en France (Paris, 1893), p. 188-195.

LE TBIBCTNAL d'iNQUISITION DE PAMIERS

Il est assez naturel que Tofficial ne reste pas absolument étranger aux travaux de la cour extraordinaire qui fonctionne à côté de la sienne. A vrai dire, Saissier n'y intervient qu'une seule fois de façon prépondérante, et, encore, est-ce moins comme inquisiteur que comme juge ordinaire. C'est à propos du clerc Guillem Agassa, lépreux accusé de l'empoisonnement des fontaines de Pamiers (1). Le prévenu est d'abord réputé n'être qu'un criminel vulgaire, dont le cas ressortit à l'officialité. C'est pourquoi les premiers interrogatoires sont dirigés successivement par le substitut du viguier des AUemans, Marc Rivel, procureur de l'évêque en l'occurrence, par Gaillard de Pomiès, « vicaire général de Monseigneur », enfin par l'official. C'est à l'audience présidée par ce dernier que se caractérise le délit. Il est avéré qu'on a affaire à un apostat autant et plus qu'à un criminel de droit commun. Le dossier passe au greffe inquisitorial. Dans le domaine de la justice, comme ailleurs, la foi a le pas sur les

autres vertus.

En définitive la double intervention de Marc Rivel et de Bernard Saissier, dans la circonstance qui vient d'être dite, n'intéresse que très indirectement l'Inquisition, et l'on peut affirmer que jamais l'évêque n'a commis à d'autres ses pouvoirs déjuge en matière de foi.

Avait-il donc une doctrine à cet égard? 11 est possible. Devenu cardinal, il reçut, un jour, les doléances des consuls d'Albi à propos de graves injustices commises dans cette ville par quelques officiers subalternes de l'Inquisitiou. On se plaignait, entre autres choses, de ce que de simples notaires fussent autorisés à instruire des procès en l'absence de l'inquisiteur. Le cardinal Fournier réprouva cette pratique et déclara qu'au temps où il s'occupait lui-même d'Inquisition il n'eût jamais permis à un notaire de recevoir la moindre déposition, hors de sa présence. Plus tard, Benoît XII eut l'occasion de donner raison, et cette fois solennellement, aux plaignants albigeois contre un de ces

(1) Folios 145C-148 A; J. M. Vidal, La poursuite des lépreux en 1321.

notaires vindicatifs, qui avait eu l'audace de les poursuivre pour cette dénonciation (1).

La prudence et la circonspection sont des qualités très appréciables chez un magistrat. En ne s'en remettant pas à des sous-ordres du soin d'enquêter à sa place, Jacques Fournier s'est peut-être défié du zèle intempestif, d^ l'inexpérience, je n'ose pas dire de la cupidité de gens de cette sorte. Il avait trop à cœur, pour son compte, de faire régner, dans le tribunal qu'il présidait, sinon l'indulgence et la pitié, du moins le bon ordre et la stricte justice, pour qu'il ne s'efforçât pas de prévenir tout ce qui aurait pu jeter le discrédit sur cette institution, déjà fort détestée (2).

Il est, toutefois, des formalités insignifiantes, des commissions n'impliquant aucune responsabilité, que Jacques Fournier confie volontiers à ses notaires: ainsi, celle de signifier aux accusés le jour et l'heure de leur sentence, dans les cas où ces circonstances n'auraient pas été fixées autrement. Guillaume Barte remplit cette mission auprès de Raymond de la Côte, d'Agnès Franc, d'Arnaud Gélis, et de Pierre Sabatier (3). Bataille de la Penne en est chargé pour onze prévenus (4).

Le notaire Barthe se rend aussi, le 19 mars 1322 (n. st.), dans le mur des Allemans, pour y inviter deux prisonnières à venir

(1) Le 18 mars 1340, Menet de Robécourt, commissaire de l'Inquisition de Carcassonne, à Albi, fut destitué de sa charge et rendu inapte désormais à produire le moindre acte en matière d'Inquisition. Ce jugement, qui terminait une longue procédure, fut rendu par le pape en personne. Regest. Aven., LIV, folio 88, n° 58; voir J. M. Vidal, Menet de Bohécourt, commissaire de V Inquisition de Carcassonne (1320-1340). Extrait du Moyen-Age, 1903, p. 14-20.

(2) Je m'en voudrais de ne pas signaler une exception à la régie inflexible que s'était imposée le prélat. On verra qu'elle ne prouve pas grand' chose. Une seule fois, le prévenu Raymond Peyre, de Quié, est interrogé par un simple notaire. Mais, ensuite, l'inquisiteur a soin de se faire donner lecture du procés-verbal, en présence de l'accusé (folio 306 D).

(3) Folios 17 C, 18 C, 21 C, 23 A.

(4) Ce sont les numéros XVIII, XXIV, XXV, XXVI, XXVII, XXVIII XXX, XXXI, XXXII, XXXIII, XXXIV de notre tableau.

prendre, à la barre de l'Inquisition, la défense d'nn de lenr» parents, mort dans l'hérésie. Il reçoit devant témoins leur désistement formel (1).

Le même notaire et son collègue, Guillem Nadini, sont également chargés de donner à Bernard Clerc copie des témoignages reçus à sa charge, s'il manifeste le désir de l'avoir (2), Hors de ces cas, aussi rares, à vrai dire, que peu importants^ les notaires ne sortent pas de leur rôle ordinaire de scribes, on de témoins.

Si révêque-inquisiteur s'abstient autant que possible de partager ses attributions avec autrui, en revanche il ne dédaigne pas de siéger au milieu d'un entourage nombreux et respectable. Chanoines et dignitaires du chapitre de Pamiers, moines cisterciens, ses frères en religion, religieux Dominicains, Franciscains, Augustins, Carmes, de Pamiers ou d'ailleurs, notaires, jurisconsultes et juges civils de la ville épiscopale lui font, aux grands jours, un imposant cortège.

Dans la plupart des interrogatoires, seul Gaillard de Pomiès porte le titre d'assesseur, ou d'assistant : « assistente sibi fratre Gualhardo de Pomeriis > (3). Il est cependant des cas où ce même qualificatif est donné à d'autres personnages. Ainsi, le 23 octobre 1318, l'évêque préside, «assistentibus... discretis viris domino Petro Raffîni, magistris Hugone de Abelheriis, de Mirapisce, Guillelmo de Sancto Juliano, de Appamiis, jurisperito» (4), A l'audience du 21 novembre, il est « assisté » de huit personnages, < qui juraverunt singulariter ad sancta Dei Euvangelia et

(1) Dans le procès contre Guillem Guilabert (LIV), folio 170 Cr « Ego Guillemmus Pétri Barta, notarius domini episcopi supradicti, fui missus per dictum dominam episcopum ad castrum de Alamannls ad sciendum cum Alamanda... [etc.] si volebant deffendere Guillemmum Guilaberti...».

(2) Confessio Bernardi Clerici (LVI), folio 179 0.

(3) Conf. Baruc, folio 28 C ; Vidal, V Emeute des Pastoureaux, p. 38.

(4) Ms. 4030, folio 21 D. Interrogatoire de Pierre Sabatier.

secundum statuta canonica tenere sécréta presentis Inquisitionis et requisiti assistere et dare consilium eidem domino episcopo, prout scienter eis Dominus ministrabit in Inquisitione presenti > (1). Ce sont vraiment des conseillers. Quatre d'entre eux portent le titre de jurisconsulte (2).

Si à ces deux exemples nous joignons celui du procès intenté deux mois auparavant à Aude du Merviel, et dans lequel le juge est pareillement «assisté» de juristes (3), nous auron» nommé tous les cas où le titre d'assesseur est attribué à des personnes étrangères au tribunal. Si l'on veut bien remarquer que ces exceptions se rapportent à des causes entreprises avant la commission de Gaillard de Pomiès (10 décembre 1318) et, partant, avant la constitution définitive de l'Inquisition apparaéenne (4), on aura la raison de leur rareté même et le motif pour lequel, à partir de cet acte, le qualificatif d'assistant est exclusivement réservé au représentant de l'inquisiteur de Carcassonne.

Les notaires ont soin d'établir une distinction entre ce personnage indispensable et les simples témoins d'office. Nous n'en finirions pas si nous voulions indiquer les interrogatoires précédés on suivis des formules: ^assistente... fratre Gualhardo

(1) Folio 22 A.

(2) Ce sont Hugues d'Abelhès, Bernard Bonnet, Jacques Camela, Bernard Gaubert.

(3) « Vocatis per dictum Dominum episcopum ven. et discretis viris domino Petro de Viridario, archidiacono Majoricarum [etc., etc.], ut sibi assistèrent in inquisitione predicta, recepto corporali juramento ab eisdem, injunxit eis per juramentum et sub virtute sancte obedientie ut secretum hujus inquisitionis tenerent sibique consilium et auxilium impartirent» (folio 133 B).

(4) Le procès d'Aude du Merviel, entrepris le Jô juillet 1318, se termine le 3 août suivant; celui de Sabatier, commencé le 23 octobre, ne se termine que le 1" mai 1320. Le premier est tout entier conduit en dehors de Pinquisiteur dominicain; le deuxième est terminé avec son concours.

de Pomeriis, ... in presentia venerabilis et discreti viri...» (1). <A$sist€nie eidem domino episcopo dicto fratre Galhardo, preseniibus religiosis vins...» (2).

Quelle règle présidait au choix des témoins? Le droit en exigeait au moins deux (3). Mais le juge pouvait en admettre un plus grand nombre. A Pamiers, ce sont, d'abord, des dignitaires du chapitre: Germain de Castelnau, archidiacre (4), Jacques Albenou, prieur claustral et prieur des Pujols (5), Hugues de Brolio, sacriste (6), Pierre Durand, maître de l'Œuvre de la cathédrale, prieur de Vilhac et de Verniolle, Pierre Ermengaud, prieur du Camp (7), Bernard Itier, prieur de Sainte-Foy (8), Hngues Artaud, chanoine (9).

Il y a aussi des ecclésiastiques de marqne, étrangers au diocèse par leur dignité: Pierre du Verger (de Viridario), archidiacre de Majorque (10), Guillem de Quimbal, archidiacre de

(1) Folios 20 C, 28 C, 31 A, 147 C, etc.

(2) Folio 130 B.

(3) VI Décret., lib. V, tit. II, cap. XI.

(4) Folios 15 D, 21 C, 22 C, 23 A, 25 C, 26 D, 28 B, 31 A, 44 D, 47 B, 48 D, 53 C, 61 D, etc., etc. Il assiste à quarante-cinq séances au moins. En 1H29, il est présent à rassemblée consultative réunie par Dominique Grima et Henri de Chamay (Douais, La formule « Communicato », etc^ p. 41, 43).

(?)) Folios 106 A, 137D, 1B8C, 161 D, 166B, 182 A, etc. Cf. Douais, lac. cit. Le 24 novembre 1338, Benoît XII lui donne pour successeur Bertrand de Marquefave (Reg. Vat. 127, n° 75).

(6) Hugues du Breuil paraît assez rarement. Folios 91 A, 100 A, 138 D, 182 A, etc. Cf. Douais, loc. cit.

(7) Durand et Ermengaud ne figurent qu*à l'interrogatoire d'Aude du Merviel (folio 137 D).

(8) Il n'est présent qu'à la sentence de cette même prévenue <folio 1B8C).

(9) Présent à l'interrogatoire de Guillem Agasse, le 7 juillet 1321 (folio 127 C). Il succède à Durand dan» Tofficc de maître, de VCEwyre, A na tbort, il est remplacé (24 novembre IHflH) par Bernard Sai^set, ou Saisaier, peut-être Tofficial de Jacques Fournier (Ke<c. Vat. 125, n. 190).

(10) Folios 2B, 22 A, 30 A, 32 A, 64 B, etc.

Lombers dans le chapitre d'Albi (1), Guillem Audebert, chanoine de Limoges (2).

L'évêque cistercien, ancien abbé de Fontfroide et profès de Boulbonne, a attaché à sa personne plusieurs moines de ces deux monastères qui forment, dans sa maison, une vraie communauté, et assistent aux séances de Tlnquisition. Ce sont Bernard de Taix, Bernard de Centillis, David de Saverdun (3), Jean Guillard, Guillem Gleïses, religieux de Fontfroide (4), Bernard Roger, prieur de Boulbonne (5), Pierre Gêniez et Raymond Tissier (Textor), frères convers, familiers de Tévêque (6).

L'ordre des Bénédictins est représenté par Bernard deBanhuIs, moine de la Grasse, prévôt de Rabat, et par Guillem Hugues! prieur de Frontignan (7); le couvent des Frères Prêcheurs de Pamiers, par Arnaud du Caria (8), qui est le plus assidu, par

(1) Folio 22 A, B. Licencié-és-lois, bachelier in decretis.

(2; Paraît assez souvent à côté de Pévêque (folios 84A,B,C, 85A,B C, 86 A, B, 87, 88 D, 89 à 109, etc. Benoît XII le fit son chapelain et' chanoine de Périgueux (10 janvier 1336), puis vicaire général d'Avignon (3 avril 1335). Reg. Vat. 119, n. 79: Reg. Vat. 130, folios 24, n. 132-133. Vidal, Lettres communes de Benoît XI J, n. 39*, 308. Cf. n. 202, 209.

(3) Bernard de Taix est présent à presque toutes les audiences à partir du folio 140 (Procès de Raymond d'Aire de Tignac, n. XLIV). David de Saverdun est encore plus assidu. On lit son nom au début de tous les actes à partir du folio 21. Celui de Bernard de CentiUis s> rencontre environ quarante fois : folios 23 et suivants jusqu'à 289.

(4) Jean Guillard assiste à six audiences (folios 150 à 167); Guillem Gleïses à quatre seulement (folios 296 B, 308 D, 310C, 242 B).

(5) Son nom ne paraît qu'une fois (folio 99 D).

(6) Présents tous deux aux interrogatoires de Guillem Agasse. Vidal, La poursuite des lépreux, p. 44, 48.

(7) Bernard de Banhuls assiste à deux séances (folios 242 C, 243), Guillem Hugues est témoin dans celles où l'on interroge le vaudois Raymond de la Côte (folios 3 A et suiv.).

(8) Ce religieux assiste à plus de deux cents séances. Nous avons relevé deux cent dix mentions de mïi nom (du folio 15 au folio 314). Il avait été aiuiché «u convient d« S«tiitGiroiiit (Arié^ji, en 1310, puU à celui do Saiut-JomVti (DordcupieK en 1311. (DMâSs. I^ frhts prêcfuutt m Gaacoffney p. 124. 349/. 11 ift partie dn l'asèeuiblée ooniyiiltaiiTO témme i\ Pamiers par rEri-quc ot Je«xi Duprat, en août 1824. (Douais La For- ^uh « Communicato », etc, p. 21).

Kaymond Sanche, Bertrand de Solano, Pierre Duprat, Pierre Sicard, Germain Peyre (Pétri), Athon de Castelverdun, Raymond Bayonue (1). Trois autres Frères Prêcheurs: Bernard Pautonier, Jean de Rieux, et Ayered (2) appartenaient peut-être aussi à la maison de Pamiers. Quant à Guillem de Castillon, sous-prieur de Saint-Girons, il ne paraît qu'une fois (3).

L'inquisiteur Dominicain est toujours accompagné d'un religieux de son ordre, nommé socius, compagnon fidèle, dont le rôle est de l'assister dans ses besoins spirituels, de l'aider de ses conseils, de lui servir de moniteur et peut-être de directeur, et qui prend part naturellement aux audiences du tribunal. Frère Bernard Brice, socius de Jean Duprat, n'assiste qu'à l'interrogatoire d'Arnaud Autier, le 27 janvier 1325 (4). On rencontre

(1) Raymond Sanche et Bertrand de Solan n'assistent qu'à l'audience du 5 mars 1323, dans laquelle plusieurs témoins déposent contre Ayered Boret de Caussou (n** LXXXIV, folio 292 A). Pierre Duprat est témoin dans quatre audiences (folios 2B, 3 A, 71 C, 72 A); Pierre Sicard dans trois (folios 93 B, 101 D. 109C;. Ce dernier, que nous retrouvons, avec le titre de prieur de Béziers. dans les consultations inquisitoriales de Pamiers et de Béziers, en janvier et en mai 1329 (Douais, La Formule 4c Communicato >, p. 43, 46), devint plus tard lieutenant de l'inquisiteur de Toulouse (Douais, Documents pour servir à Vhistoire de V Inquisition, p. xcviii, cxxxiv, cxxxviii). Germain Peyre, Athon de Castelverdun et Raymond Bayonne ne paraissent qu'une fois, le premier à l'interrogatoire de Guillemette Argelier (folio 242 D; cf. Douais, La Formule.etc, p. 41); les deux autres, le 7 juillet 1321 (folio 127 C: Vidal, La poursuite des lépreux, p. 55).

(2) Bernard Pautonier n'intervient qu'une fois (folio 142 B); Jean de Rieux, huit fois au moins (folios 3 A, 72 B, 297 D, 298 A, B, C, 302 C); Ayered suit la cause du vaudois Raymond de la Côte (folio 8 et suiv.) et reparaît aux folios 20, 26 D, 98 A. D.

(3) Audition de témoins contre Raymond d'Aire de Tignac (fob'o 142 B).

(4) Folio 285 B. Bernard Brice entend, le 28 octobre 1^25, à Carcassonne. la déposition de deux dominicains de cette même ville, au sujet de Pierre de Tournemire, prêtre de Montpellier, mort dans la prison de l'Inquisition. Il prend le titre de lieutenant de l'inquisiteur J. Duprat. (Doat, XXXV, folios 11-17).

plus souvent les noms de Jean Etienne (1) et de Pierre de Annoriis (2), compagnons de Jean de Beaune.

L'évêque n'a garde d'oublier les autres communautés de Pamiers. Dans les circonstances solennelles: confirmation des aveux d'un prévenu de marque, assemblées consultatives précédant la sentence, frères Mineurs, Augustins, Carmes envoient leurs membres les plus distingués prendre part aux délibérations du conseil inquisitorial (3).

Enfin, l'inquisiteur a recours aux lumières de canonistes et de juristes, clercs ou laïques de sa ville. Ce sont d'abord les officiers de sa curie ordinaire: Bernard Saissier et Arnaud Docès (4) qui y occupent successivement la charge d'official; Pierre Pons et Gérard Viguier, désignés sous le titre de « procurator domini episcopi » (5) ; maîtres Bernard Bonnet (6), Jac-

(1) Folios 15D, 21 C (Vidal, Une secte de Spirites à Pamiers, p. 46), 23 C, etc. Ce même religieux paraît, le 7 août 1810, à titre de socius de Geoffroy d'Ablis, dans le premier interrogatoire de Bernard Clerc (n** LVI, folio 173 B^ cf. Molinier, Archives des Missions, p. 248, note 3). En 1329,' il assiste aux consultations inquisitoriales de Béziers et de Carcassonne! (Douais, La Formule « Communicato », p. 47, 48, 58).

(2) Assisteà environ sept séances (folios 48D,87, 89, 93, 100. las, 109).

(3) A l'assemblée consultative qui précède la sentence d'Aude du Merviel figurent deux frères Mineurs, le prieur des Carmes de Pamiers assisté d'un tie ses religieux, et deux Augustins. Les couvents de la ville sont aussi représentés à la séance où l'évêque prononce la sentence de la prévenue (folio 138 A, 138 C). Le prieur du Carmel et trois de ses re- Iigieux, le prieur des Augustins, celui des Frères Prêcheurs et quatre Franciscains assistent, le 26 septembre 1320, à l'abjuration du juif Baruc. (Vidal, L'Emeute des Pastoureaux, p. 56).

(4) Saissier devient vicaire général de l'évêque en 1323. Il est désigné parfois sous le titre de « jurisperitus de Savarduno» (folios 282 C, 296 B). Son nom paraît environ trente fois dans le manuscrit (cf. Douais, La Formule, etc., p. 25). Maître Arnaud Docès figure dans les actes de

I année 1325 (folios 296, 306 à 312, etc.).

^5) Gérard Viguier ne paraît qu'à la « confession » de Bernard Clerc (foho 174 D). Pierre Pons assiste à trois séances (folios 306, 308, 309), en 1325.

(6) Procès de Pierre Sabatier (folio 22 A). Nous retrouvons ce personnage dans les assemblées consultatives de Pamiers, en janvier 1329;

II est désigné sous le titre de «officiarius Appamiarum ». (Douais, La Formule, etc., p. 42, 43).

1 iTiiniiTi^itTi II-

qnes Camel (1), Guillem de Saint-Julien, jnriscoDsnltes, («jurisperiti») de Pamiers; Bernard Ganbert, jurisconsulte du diocèse de Narbonne (2), Hugues d'Abelhès, de Mirepoix, juge d'appeaux de Pamiers (3), Jean Bautz, juge de la même ville (4).

La rapide énumération que nous venons de faire permet de se rendre compte du nombre et de la condition des personnages appelés éventuellement à participer aux travaux de r Office (5).

Bien rares sont les séances dans lesquelles le juge n'est pas entouré de quelques-uns de ces hommes respectables (6). Ils sont peu nombreux au début de chaque procès: ordinairement, deux, trois ecclésiastiques et un homme de lois (7). D'autres surviennent et ils forment une petite assemblée pour recevoir les der-

(1) Témoin dans le même procès que le précédent, Camel est en outre l'avocat proposé d'office à Bernard Clerc pour sa défense (folio 180 B).

(2) Témoins dans le procès de Sabatier, ils sont tous deux assesseurs de l'évêque dans celui d'Aude du Merviel (folios 1B3A-138D). Ganbert figure dans six procès.

(B) Ce magistrat assiste également l'évêque dans la cause d'Aude, dans celles de Pieri-e Sabatier, d'Arnaud de Savignac, et dans quelques autres (folios 76 D, 180 B, 224 A, etc.).

(4) Il est présent, ainsi que le précédent, à l'abjuration du juif Baruc. (Vidal, L'Emeute des Pastoureaux, p. 56).

(5) D'autres personnages, figurant dans les actes à titre de témoins de la procédure, sont de condition plus humble et prennent moins de part aux délibérations: Bertrand Barrau, prêtre (folios 106 A, 109 B, 112 D, 161 C, 156 B, etc.}, Pierre Raffin (21 D, etc.), Pierre Carperii, cantor de l'évêque (folio 105 D), Etienne Boio (?), de Mirande (folio 107 C), Raymond Gasc, des Allemans (folio 21 C) et David de Troys, qui assiste au procès du juif Baruc, à titre d'interprète (Vidal, L'Emeute des Pastoureaux, p. 38).

(6) Citons les deux premières séances du procès d'Arnaud Gélis (Vidal,^ Une secte de spirites à Pamiers, p. 29-39, 40-41); les audiences où l'on examine Arnaud de Monesple et Guillemette Bathega (ibid.y p. 47 et suiv.).

(7) Au procès d'Alazaïs den Vernaux figurent Guillaume Audibert, licencié es lois et bachelier en décret; les frères Bernard de Centillis, David de Saverdun, moines de Fontfroide, et le notaire (folio 100 C). A l'interrogatoire de Bernard Clerc (folio 179 C) sont présents Gaillard de Pomiès, Arnaud du Caria, Bernard de Taix et le notaire.

LE TRIBUNAL d'inQUISITION DE PAMIEBS 101

niers aveux et l'abjuration du prévenu (1). Enfin, nous parlerons en son temps de la consultation solennelle que l'inquisiteur pouvait provoquer, à la veille des actes de foi, de la part de théologiens, canonistes, jurisconsultes convoqués en nombre au palais de l'Inquisition et priés de discuter les culpabilités et de proposer des pénitences (2).

c) Notaires. — Après le lieutenant de l'inquisiteur, c'est le greffier qui tient la première place dans un tribunal d'Inquisition. Il est l'auxiliaire indispensable, car l'Office a pour règle de dresser les procès- ver baux de tous ses actes et de les conserver. Le notaire recueille donc par écrit les dépositions, les interrogatoires, note les citations, et jusqu'aux formalités les plus insignifiantes de la procédure. J'ai dit la tâche qui lui incombait dans la rédaction des registres et dans la formation des archives du greffe. On a vu aussi dans quelles circonstances il pouvait être chargé de missions plus importantes,

A Pamiers, la charge de notaire de l'Inquisition n'était pas le monopole d'un seul homme. J'ai relevé les noms de dix-sept scribes, indigènes ou étrangers, attitrés ou non, qui, peu ou prou, prennent part à l'œuvre du tribunal. Il portent les titres les plus divers, se référant à l'origine de leur brevet, ou aux conditions dans lesquelles ils exercent leur charge.

(1) Ils sont sept à la dernière audience du procès d'Arnaud Gélis (folio 21 C); six à celle qui est consacrée au défunt Guillem Guilabert (folio 171 A), et à celle du lépreux Guillem Agasse (folio 147 C; Vidal, La poursuite des lépreux, p. 56). L'assemblée devant laquelle le juif Baruc abjure, le 25 septembre 1320, est composée de plus de vingt personnes .(Vidal, L'Emeute des Pastoureaux, p. 56).

(2) Le Registre de Jacques Fournier n'étant pas un Liber sententtarum n'offre point le texte de pareilles délibérations. Mais nous savons qu'elles eurent lieu pour Aude du Merviel (folios 138 A- 138 C) et pour dix autres personnes jugées en août 1324 (Doat, XXVIII, folios 43 v°-56 ; Douais, La Formule « Communicato », p. 20-24).

"•Ij

Parmi les uoiSLires jurés (1) de l'Inquisition appaméenne, qui suivent les séances et y tiennent la plume, c'est Guillaume Pierre Barthe (2) curé de Vira, près de Pamiers, « notaire de Monseigneur l'évêque >, ou mieux, « notaire de l'office d'Inquisition >, qui instrumente le plus souvent. Il n'assiste pas à moins de soixante-sept procès, et cent-cinquante séances. A partir de Tannée 1323, sa santé ne lui permettant plus de suivre régulièrement les audiences, il est remplacé par Guillem Nadini, de Carcassonne, « de par le roi notaire public, et notaire de Monseigneur l'évêque surtout dans l'office d'Inquisition > (3). Ce Nadini figure dans quarante-six causes et à une centaine de séances. La rédaction du dernier tiers du manuscrit lui appartient presqu'en entier. Avant qu'il ne prît définitivement la place de Barthe, en 1323, le rôle de scribe incombait parfois à Batailhe de Lapenne, < notaire de l'évêque > qui a instrumenté dans treize audiences, et dont le nom est répété plus de vingt fois, à la fin des actes de la procédure (4). Batailhe n'est point, comme les deux précédents, attaché en permanence

(1) Les notaires, comme d'ailleurs tous les officiers de l'Inquisition, prêtaient le serment spécial de bien remplir leurs fonctions et de garder le secret. On les nommait pour cela, jurati, assermentés.

(2; Voici les causes dans lesquelles il remplit son rôle de scribe : les trente-deux premières ''voir l'analyse), les n^" XXXII bis, XXXV à XL, XLIV à LVI, LIX, LXV, LXXI, LXXIII, LXXIV, LXXVI, LXXXII à XC et XCV. Barthe mourut dés les premiers mois de 1326. Sa cure de Vira fut donnée par le pape, le 13 août de cette même année, à Jean Strabaud, son ancien collègue (Reg. Avenion., tom. XXII Joan. XXII, folio c08).

(3) Folio 182 A: « [Presentibus]... et magistro Guillermo Nadini, de Carcassona, auctoritate regia publico et dicti domini episcopi et specialiter officii Inquisitionis heretice pravitatis notario, qui de mandato dicti domini episcopi hec recepit...». Voici l'indication des causes auxquelles il prend part: n^» XLIII, L, LI, LU, LV à LXJV, LXVI à XCVII. (Cf. Douais, La Formule, etc., p. 24, 33).

(4) Causes auxquelles il prend part: n°» XIII, XXV, XXVIII, XXXII bis, XXXIII, XXXIV, XLIII à XLVI, LUI, LXIII, LXXIX.

LE TRIBUNAL d'inQUISITION DE PAMIEBS 103

à l'Inquisition; il remplace Barthe, empêché pour raison de santé (1).

Maître Jean Strabaud, du Sautel, curé de Pradettes (2), dans le diocèse de Pamiers, « notaire public de la ville de Pamiers, et de Monseigneur l'évêque en matière d'Inquisition >, ne fait le plus souvent qu'assister Guillem Nadini, le notaire en titre. Peut-être contribue-t-il alors à la rédaction du «protocole». Néanmoins il instrumente pour son propre compte dans plu-' sieurs audiences (3) et il est présent à quinze interrogatoires en 1323, 1324, 1325 (4).

Arnaud Raymond Falcou, ^ clerc de Pamiers, notaire du roi de France et de l'évêque», assiste tantôt Barthe et tantôt Nadini. Il ne tient la plume que dans trois interrogatoires de Pannée 1325 (5). L'évêque et Barthe lui laissent aussi le soin d'enregistrer les actes dressés par d'autres (6). Devenu pape, Be-

(1) C'est toujours Barthe qui rédige l'acte original, soit d'après son propre protocole soit d'après les notes de Batailhe, son remplaçant. Exemple, folio 86 A (no XXV): « Supradictam autem citationem et etiam dictam sententiam dicte Alazaicis dictus Batalha recepit et in suo protocollo scripsit; quia tune ego Guillermus Pétri Barta, notarius per dictum dominum episcopum in factis fidem tangentibus deputatus interesse non potui propter infirmitatem quam tune patiebar; tamen predicta de dicta nota dicti Batalhe abstraxi et in dicto libro de mandato dicti domini episcopi scripsi et posui ».

(2. Le Sautel, canton de Lavelanet, arrond. de Foix (Ariége)- Pradettes, canton de Mirepoix, arrond. de Pamiers ^Ariége). /ofiJt!^''/ l'examen de l'hérétique Bernard Martin de Junac (n LXXIX, folio 275 A-282 A), le 4 juillet et le 4 août 1324

(4) Voir numéros LV, LXIX à LXXVIII, LXXXV, LXXXVII à XC et XCVn Son nom est mentionné trente fois à la fin des documents, à partir du folio 225 jusqu'au dernier.

Il assiste aux consultations inquisitoriales des mois d'août 1324 et janvier 1B29, à Pamiers (Douais, La formule, etc., p. 24, 43). Il devient recteur de Vira, en 1326, à la mort de Guillaume Pierre Barthe.

(o) Les 22 mars (n. LXXIV), 8 février (n. XC) et 15 février (n. XCII) il prend part à une douzaine de séances.

(6) Folio 161 D (Procès n. L): «Et Guillemmus Pétri Barta, qui predicta recepit, vice cujus et voluntate ego Arnaldus Ramundi Falcoms, clericus Appam., notariusque publicus domini nostri régis Francis

noît XII le retint à son service à titre de familier (1). Clément VI^ qui Ini accordera une grâce, en 1343, aura égard à cette circonstance : « eidem predecessori in caméra et in mensa se asserit per viginti annos fideliter serviisse » (2). Le 20 janvier 1335^ Dominique Grima voulant récompenser dignement les importants services qu'il avait rendus dans Toffice de l'Inquisition^ au temps où Benoît XIÏ était évêque de Pamiers, lui concéda la charge de notaire des causes civiles près de l'oflScialité diocésaine avec la moitié des émoluments. Le chapitre de Pamier» approuva et confirma cette faveur, le 29 janvier suivant; et Benoît XII la ratifia le 23 février (3). Clément VI continua à garder près de lui le familier de son prédécesseur; et comme Falcou avait quelque peine à recueillir la part qui lui revenait des émoluments du greffe appaméen, le pape lui donna des exécuteurs et le confirma dans ses droits (4).

et Navarre et dicti domini episcopi Ai)pam., de mandate ejiisdem dominî episcopi piedicta superius de manu mea descripta in presenti libro ad perpetuam rei memoriam registravi, transcripsi et incorporavi, iuxta ordinationem per dictum dominum Appam. episcopum de premissis transcribendi factam ». Autre exemple, folio 133 A (n. LV) : « Predictas autem confessiones dicti Beruardi de Ortello et processum inde habitum et factum per dictos dominum Guillemmura Petrum Barta, rectorem ecclesie de Virano, et magistrum Guillemmum Nadini et Johannem Strabaudi, notarios dicti domini episcopi, et specialiter super facto Inquisitionis heretice pravitatis receptas et recepturas, vice ac voluntate dicti notarii ego Arnaldus Raymundi Falconis, clericus Appamiensis (sic), vice quorum ego Johannes Jabbaudi supradictus ea de originali transcripsi fideliter et corexi ».

Falcou qui n'était d'abord que notaire royal et épîscopal fut fait notaire «apostolique», le 5 août 1325 (Regest. Avenion. Joannis XXII, tom. XXI, folio lô4).

(1) C'est le qualificatif qu'il lui donne dans la bulle du 23 février dont il va être question.

(2) Regest. Vat., 147, n. 771.

(3) Regest. Vat. 120, n. 849; Vidal, Lettres Com. de Benoît XII, n. 2301. La bulle pontificale reproduit in extenso l'acte épiscopal et celui du chapitre.

* (4) Regest. Vat. 147, n. 771. Ces protecteurs sont l'archevêque d'Arles, les abbés de Lézat et de Saint-Paul de Narbonne.

Le notaire «apostolique» GuiLLEM de Pardellanis n'est point à proprement parler attaché au tribunal de l'Inquisition. Il ne tient la plume qu'au procès d'Aude du Merviel (1), et, hors ce cas, n'assiste, à titre de témoin, qu'à une audience de celui de Pierre Sabatier, de Varilhes (2). On n'a pas oublié que la première de ces causes et une partie de la seconde se sont déroulées de juillet à novembre 1318, c'est-à-dire avant l'organisation définitive du tribunal d'Inquisition.

Quelques autres scribes sont encore plus mal représentés dans le Registre de Pamiers. Guillem Grassi, notaire de la curie des Allemans, assisté de trois de ses collègues: Pierre de Saint- Martial, Hugonet Colombet et Raymond de Malléon se borne à recevoir les aveux du lépreux Guillem Agasse, dans la prison des Allemans (3). Dans une autre séance du même procès paraît Marc Rivel, c notaire du roi de France » (4), désigné ailleurs comme « notaire de la terre du Paréage » (5), ou c notaire de la ville de Pamiers » (6) et qui, à ces divers titres, ainsi qu'à celui de geôlier de la prison des Allemans, figure environ vingt fois aux audiences (7).

Nommons aussi Pierre Joleu, ou Jolieu, dans le procès de Pierre Sabathier de Varilhes (8) ; Pradas Aymeric et Pradas

(1) N*> XLII, folios 133A-138D. iMéme dans ce cas isolé, c'est Barthe qui rédige le texte original de l'acte: « Predicta omnia recepit rGnillemmus de PardelhanisJ et in quodam suo protocollo parvi voluminis scripsit. Tamen ego Guillemmus Pétri Barta, eiusdem domini episcopi pubhcus notarius in factis fidem tangentibus deputatus, predicta omnia de dicto protocollo dicti magistri abstraxi et in hoc libro scripsi de mandato dicti domini episcopi » (folio 138 D)

(2) Folio 22 A: n. IV.

(3) Vidal, La poursuite des lépreux, p. 44, 49. Guillaume Barthe rédige Pacte définitif d'après le procés-verbal de Grassi {ibid., p. 49)

(4) Vidal, op, cit., p. 49. v ^ ^^ ;•

(6) Vidal, Une secte de spirites à Pamiers, p. 46.

(6) Ms. 4030, folio 181 A et passim. Cf. Douais, La formule, etc.,

(7) Folios 166 C, 164, 168 B, 178 D, 179 D, 181 A, 187 D, 195 C, etc. {8} Folio 22 A, B.

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LE THIBUNAL d'iNQUISITION DE PAMIERS

Malet, c notaires do comté de Foix », qui dressent les procèsverbaux de la double citation intimée par le vice-curé de Montaillou aux héritiers de Guillem Guilabert (1); enfin les deux scribes Ratnaud et Jean Jabbaud, dont il a été question.

Les quatorze tabellions dont nous venons de parler, qu'ils aient ou non une part active à Tœuvre de l'Inquisition, sont originaires du diocèse de Pamiers, ou attachés de façon permanente au tribunal de cette ville (2). Trois représentants des greffes inquisitoriaux voisins, venus à Pamiers avec l'inquisiteur dominicain duquel ils dépendent, ne participent qu'aux actes accomplis sous sa présidence. Ce sont Guillem Julien, Barthélémy Albert et Menet de Robécourt (3). Le premier, notaire de l'Inquisition de Toulouse, se rend à Pamiers une seule fois avec Bernard Gui, en juillet 1321. Il est présent, le 30 de ce mois, à la dernière séance du procès de Jean de Vienne (4), et, le 1" août, à la confirmation des aveux de Guillem Fort, de Mon-

taillou (5).

Les deux autres, attachés au tribunal de Carcassonne, ne sont pas des inconnus pour nous. Barthélémy Albert, « auctoritate regia publicus et officii Inquisitionis heretice pravitatis notarius» (6), était, en 1305, lieutenant de Pierre Raoul pro-

(1) « Et ego Pradas Aymerici, notarius publicus comitatus Fuxi, qui hanc cartam scripsit et signavit » (folio 170 B). « Et ego Pradas Maleti, de Pradis, notarius publicus comitatus Fuxi, qui hanc cartam scripsit et signavit» (folio 170 B).

(2) Ainsi Guillem Nadini, qui est de Carcassonne, et qui, probablement, a été «prêté» par le tribunal de cette ville à sa succursale de

Pamiers.

(3) Rohécourt. canton de Lamarche, Vosges.

(4) N° XXXIII, folio 109 C.

(5) N° XXVIII, folio 93 B.

(6) Folio 22 A. Dans le Registre de Geoffroy d'Ablis il est ainsi désigné: « Bartholomeus Adalberti, de Carcassona, publicus auctoritate regia notarius et officii Inquisitionis juratus ». Molinier, L'Inquisition dans le Midi, p. 133, note.

LE TRIBUNAL D^INQUISITIQN DE PAMIEES 107

cureur du roi pour les c encours >. A ce titre, il donna ordre, le 24 décembre de cette année, an baile d'Arqués de rendrj leurs biens confisqués à Marquise Botolh et à Guillem Escaunier (1). En 1309, il se montre aux séances du tribunal présidé par Geoffroy d'Ablis (2). Le 7 août 1310, il écrit les premiers aveux de Bernard Clerc, dont nous avons une copie dans le Eegistre de Jacques Foumier (3). Il se trouve à Pamiers en avril 1320, mars 1321 et mars 1323. Il figure aux audiences solennelles dans lesquelles vingt prévenus environ approuvent leurs précédents aveux ou abjurent (4).

Menet de Robécourt, clerc du diocèse de Toul, « notaire de par l'autorité impériale et royale, notaire de l'Inquisition » de Carcassonne, assiste, le 21 juin 1321, à la réconciliation du bourg de Cordes par Bernard Gui (5). Le 30, le 31 juillet et le 1- août de la même année, il est au nombre des notaires qui dressent le procès-verbal des derniers aveux de plusieurs hérétiques appa-

(1) Ms 4030. folio 116 D. Cette pièce a été publiée par M. Molinier {Archives des Missions, p. 308).

(2) Molinier, L'Inquisition, etc., p. 132.

(3) Ms. 4030, folio 173 B, n*» LVL

9R A^lP^lT" ^^^^ ^^^*^^ ^^^' "• ^^' ^' 7 ^^^« ^321 (folios 21 C, 23A 26D, 36 B, 44D. 53C, 58 A, 61, 76 A, 79C;A,B; 114C, 115C

XXXV-XXXIX; ; le 3 mars 1323 (folios 161 C, 173 C ; numéros LI, LVI) Voir aussi Douais, La formule, etc., p. 58. - Barthélémy Albert fut jeté en' pnson en 1326, pour graves fautes commises dans l'exercice de ses fonctions. Il s'était laissé corrompre par un certain Michel Maury, de Ravenac poursuivi pour hérésie par Tlnquisition de Carcassonne. Deux an* durant 1 éveque de cette ville, Pierre Rodier, et Pinquisiteur Jean Duprat se disputèrent le droit de conduire le procès du malheureux notaire Ce conflit de compétence se termina par un compromis amical. L'évéque et inquisiteur commirent leurs droits respectifs à l'inquisiteur de ToulouBe Pierre Brun (4 mars 1328). Celui^i prononça sa sentence le 24 novembre 1328. Albert était délivré de sa prison et condamné à diver. jeunes, aumônes et pèlerinages (Doat, XXVII, folios 112-118; et Douais documents, etc., I, p. lxxxiv-lxxxvii).

(5) Liber Sententiarum, p. 281.

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méens (1). Il figure, comme greffier ou consultenr dans un certain nombre d'assemblées de théologiens et de jurisconsultes réunies à Lodève (2) (2 juillet 1323), à Pamiers (3) (9, 10, 11 août 1324), à Carcassonne (4) (22 et 23 février 1825), à Narbonne (5) (9, 10 décembre 1328), à Pamiers (6) (13, 14 janvier 1329, n. st.) et à Béziers (7) (19 et 20 mai, 4 juin 1329).

Le 29 octobre 1323, il avait reçu du pape Jean XXII le titre de notaire « apostolique > (8). L'inquisiteur lui déléguait volontiers le pouvoir « d'entendre et d'écrire, en son absence, et en l'absence de ses lieutenants, par manière d'information provisoire, les dépositions et les aveux en matière de foi > (9). Nous avons montré ailleurs (10) que l'usage fait par lui de cette liberté d'initiative fut singulièrement déplorable, à s'en tenir aux trois procès que l'on sait qu'il engagea. Celui de Pierre de Tournemire, mené avec une hâte impitoyable et une brutalité révoltante fut révisé après trente années par une commission de vingt-sept juristes, qui reconnurent la nullité juridique des procèsverbaux de Menet (11). Les poursuites exercées contre les consuls d'Albi, coupables d'avoir dénoncé à la Curie les excès de ce commissaire, furent annulées par Benoît XII, qui condamna leur auteur aux dépens et à la réparation des dommages, le destitua

n.) Le 30 juillet: numéros XXIV, XXV, XXVI, XXVII, XXX, XXXI; le 31 juillet: n« XXXIII: le 1" août, n" XXVIII (folios 87 C, 89C, 9b B, UJOB, 101 D, 1030. i09C, etc.).

(2) Douais, La formule <^ Communicnto », p. 19.

(3) Douais, p. 24, 26.

(4) Douais, p. 29, 33, H6.

(5) Douais, p. 38.

(6) Douais, p. 43.

(7) Douais, p. 47, 48, 49. 55.

(8) Regest. Vat., LXXV, n. 1723.

(9) Germain, Une eonstdtation tnqîiisitoriale ati XIV siècle, dans Mémoires de la Société archéologiqtie de Montpellier, t. IV, p. 336.

, (10) 3îemt de Bobécourt, commissaire de V Inquisition de Carcassonne (1320-1340) dans Maijen Age, 1903. Tiré à part, 25 pages, (li; Op. cit,, p. 3 4, 23-25.

de sa charge et le déclara inapte à s'occuper à l'avenir de quoi ^ue ce fût en matière d'Inquisition (1). Enfin Clément VI fut supplié, en 1343, d'intervenir en faveur de certains bourgeois d'Albi et de Castres odieusement molestés par Menet de Eobé- <îourt et Aymon de Caumont. Le premier était accusé de s'être laissé corrompre par un juif converti, d'avoir essayé, par la douceur et par la violence, d'obtenir la rétractation des témoins accusateurs de ce dernier, et, ne pouvant le leur arracher, d'avoir osé € truquer» leurs dépositions, afin de provoquer l'acquittement de son protégé (2).

Nous ne savons ce qu'il advint du vindicatif et peu scrupuleux notaire. En 1335, il était nanti d'un canonicat à Bourges (3); et, en 1340, d'un bénéfice du même genre dans la collégiale de Montréal, au diocèse de Carcassonne (4).

d) ^ Jurés ^ de V Inquisition ; agents; geôliers, — k\\ àt^^ovL^ des notaires, divers officiers sont attachés au tribunal d'Inquisition, soit à titre permanent, soit de façon transitoire. Il semble qu'on les désigne du qualificatif général dejurati, «assermentés». Le clerc Raynaud Jabbaud. copiste du manuscrit que nous étudions, était un <juratus in negotio Inquisitionis > (5). Les sergents d'armes (servientes), les messagers (nuntii), les espions (exploratores), et les geôliers (carcerarii) sont des jurati, car tous ont prêté le serment spécial.

Les sergents, ou hommes d'armes, étaient chargés de la capture et de la garde des hérétiques, en même temps qu'ils constituaient l'escorte de l'inquisiteur. Ceux de l'Inquisition de Pamiers n'ont pas un rôle très actif. Ils appréhendent quelques fugitifs, comme Béatrix Gleïzes, réfugiée à Mas-Saintes-Puelles (6),

(1) Jbid., p. 5-8, 13-20.

(2) Ibid,, p. 9-10, 21-23.

(3) J. M. Vidal, lienott XU, Lettres communes, n. 1266. (4j Vidal, Menet de Eobécourt, p. 15-16.

(5) Folio 31 B.

(6) N« X, folio 37 A.

LB TRIBUNAL d'iNQUISITION DE PAMIERS

Guillem Baile, saisi à Sainte-Suzanne (1), et Guillem MauM, ramené de Puycerda à Pamiers (2). La plupart des prévenu» examinés par Jacques Fournier se présentent sur une simple citation; et, pour se saisir des réfractaires, il ne faut pas oublier que les agents de la force publique, officiers du roi ou du comte de Foix, peuvent être réquisitionnés. Les sergents de Tévêque se bornent donc à garder le palais et les prisons, à maintenir l'ordre dans les salles d'audience et à surveiller les accusés mis en état d'arrestation.

Quant aux fugitifs dont on ignore la retraite, le soin de lea débusquer incombe aux espions du tribunal. Le Kegistre de Jacques Fournier présente le type accompli du policier d'Inquisition, tenace autant que rusé et peu scrupuleux sur le choix des moyens, dans Arnaud Sicret, d'Ax, (\m s'empare, par trahison, de l'hérétique Bélibaste, réfugié en Aragon, et de plusieurs de ses croyants. Mais l'odyssée de ce curieux personnage sera racontée ailleurs. Nous nous bornons, ici, à constater que Jacques Fournier n'hésitait pas à profiter des officieux services de gens de cette espèce (3).

Nous nous réservons aussi de parler des prisons de l'Inquisition de Pamiers en traitant des pénalités infligées par ce tribunal. Il ne peut s'agir, pour le moment, que du personnel préposé à leur garde.

Pierre Reganh est le geôlier des cachots que l'évéque possède dans une des tours de la ville. Il est témoin de toutes les citations de prisonniers que l'on y vient faire (4). Mais les détenus laissés à sa garde sont en petit nombre, car la prison est très restreinte. Le vrai « mur > de l'Office, situé aux Allemans, est confié à un personnel plus nombreux. Il semble que le vignier, qui réside en cette localité, ne se désintéresse pas

(1) N*» LXÏV, folio 197 A.

(2) Folio 198 D.

(S) N** XLl, folios 119C-1B3A.

(4) Folios 69 B, 86 A, 103 C, etc.

de la garde de cette maison de détention. C'est Marc Rivel, son lieutenant, qui en est le custode en chef: « Custos mûri de Alamannis > (1). En cette qualité il est témoin de divers interrogatoires et citations qui y sont faits (2). Sous ses ordres se trouvent deux et peut-être trois « carcerarii », geôliers: Garnot, qualifié ailleurs de « serviens terre Pariagii > (3), Guillem de Belena (4), et probablement Raymond Gasc, des Allemans, juré de l'Inquisition, qui assiste à plusieurs audiences dans la prison (5). La femme de Rivel, Rsclarmonde, assermentée elle aussi, et celle de Garnot secondent leurs maris dans la garde des ca* chots (6). Les uns et les autres, bien que placés au rang inférieur de la € hiérarchie > de l'Office, n'en sont pas moins des auxiliaires indispensables. Leur part de responsabilité étant grande, il n'était pas indifférent qu'on les choisît avec soin et qu'on exigeât de chacun d'eux les qualités essentielles: fidélité, discrétion et désintéressement.

e) Incorruptibilité des officiers de V Inquisition, — Puisque nous avons prononcé le mot de désintéressement, on nous permettra de dire en quelques mots ce qu'il faut penser de l'intégrité et de l'incorruptibilité des magistrats et des fonctionnaires que nous venons de passer en revue.

D'abord, le juge. Il est à peine besoin de dire qu'il est luimême au-dessus de tout soupçon sur ce point, et qu'il n'aurait pas toléré le moindre procédé malhonnête de la part de ses subordonnés, s'il en eût été averti. Un de ses accusés, Bernard

(1) Folios 162 A, 109 C et passim,

(2) Voir plus haut les références.

(3) 4<Garnoto servienti mûri» (folio 177 D); «Garnotua carcerarius dicti castri de Alamannis» (folio 109C); «Garnoti servientis dicte terre Pariagii » (folio 21 C).

(4) Folios 160-162.

(6) Folios 21 C. 145 D, 286 D, etc.

(6) Folios 109 D; Procès de Jean de Vienne: sa citation; folio 162 A: «Confôssio Amaldi Textori*».

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€lerc, lai rend justice: « Dictus dorainns episcopus raala persona €st et frustra rogatur, quia nichil facit ad preces alicujus, vel aliquorum et quanto magis rogatnr, tanto minus valet > (1). Cette déclaration est la conclusion d'un récit très suggestif dans lequel ce prévenu — à vrai dire, un peu vantard — se fait gloire d'avoir dépensé beaucoup d'argent pour obtenir la mise en liberté de son frère, Pierre Clerc, curé de Montaillou. S'il faut l'en croire, plusieurs personnes honorables n'auraient pas pu résister à la séduction de son or. Le seigneur de Mirepoix aurait reçu trois cents livres, plus les frais d'un voyage à Avignon: 8oit cent cinquante livres. Constance de Foix, sa femme, aurait mérité de recevoir une mule, en récompense d'une intervention auprès de l'évêque de Pamiers. Quatre cardinaux, cédant aux instances de ce couple reconnaissant, auraient, avec d'autres personnages de marque, adressé quatre lettres d'intercession en faveur du curé prisonnier, à l'évêque, < qui n'avait tenu aucun compte de leurs prières ». Alors Bernard Clerc avait donné la forte somme à Loup de Foix, au prévôt de Kabat, bien en cour, à l'archidiacre de Pamiers, Germain de Castelnau, familier de l'évêque. Au total c'étaient 14,000 sols jetés à l'eau en une année. Et l'évêque était demeuré inflexible (2).

Un autre jour, cet accusé est moins convaincu du désintéressement de Jacques Fournier. Kaymond Vayssière et lui l'accusent d'avoir confisqué les biens de beaucoup d'innocents, pour se venger des gens du Savarthès qui refusaient de payer la dîme (3).

(1) Paroles de Bernard Clerc, folio 176B.

(2) Folio 176 B.

(3) « Raymundus Valsiera dixit . . . qiiod multum mirabatur quia multi qui sunt in muro de Alamannis erant immurati et perdiderant bona sua, cum hereticos non vidissent; quod tamen non solebat fieri in Carcassona. Et tune dictus Bernardus dicebat quod magnam malitiam super hoc episcopus fecerat; et praedicta fecerat commotus contra populum Savartesii propter carnalagia que ei denegabantur per dictum populum. Fecerat etiam hoc ut haberet possessionem de habendis mûris hereticalibus» (folio 176 C). L'évêque avait, paraît-il, excommunié les réfrac-

Voila, certes, une explication bien inattendue de la fondation d'un tribunal d'Inquisition à Pamiers. Malveillante ou non, cette insinuation ne contredit nullement l'appréciation donnée par Bernard Clerc, au sujet de l'incorruptibilité de l'évêque dans le cas qui l'intéressait.

S'il faut croire ce même individu, certains membres « adventices > du tribunal: consulteurs ou témoim d'office, dignitaires et religieux, auraient éprouvé moins de scrupules que l'évêque. En tout cas ce mauvais exemple ne fut point suivi.

On ne voit pas non plus que les notaires appaméens aient mérité le reproche de vénalité et de cupidité auquel nous avons vu que leurs collègues carcassonnais, Barthélémy Albert et Menet de Robéconrt ne donnèrent que trop de prise (1). Mais certains officiers inférieurs ne demandaient qu'à rendre service, pourvu qu'on leur en sût quelque gré. Le limier inquisitorial, Arnaud Sicret attendait, comme prix de ses exploits, le recouvrement de son patrimoine, confisqué pour cause d'hérésie (2). Un geôlier de la prison des Allemans se laissait gagner par des cadeaux. « Bernard Clerc donne quatre peaux de mouton avec leur laine à Garnot, sergent du mur, et, dès lors, fait tout ce qui lui plait dans la prison. Il reçoit les clefs des cellules où sont enfermés les prisonniers des mains de la femme (?) de Garnot, et, en l'absence de ce dernier, s'en va causer à loisir avec les détenus » (3). Ce même Bernard Clerc, qui, en vérité, ne doute de rien, n'aurait pas eu de meilleur ami que le geôlier du mur de Carcassonne, Jacques de Poloniaco, Une recommandation de lui, accompagnée d'une étrenne congrue, aurait pu être le Sésame, ouvre-toi, pour certains détenus qui avaient l'heur de lui plaire,

taîres : « Tempore quo homines de Savartesio fuerunt excommunicati per dictum dominum episcopum, vel ejus commissarium pro eo quia dicti homines recusabant solvere décimas et primitias carnalaffiorum » rfo- Ho 182 D).

(1) Voir plus haut.

(2) Folios 119D-120A.

(3) Folio 177 D.

114 LE TBIBUNAL d'iNQUISITION DE PAMIERS

tandis qu'elle eût rendu plus lourdes les chaînes de ceux qui n'avaient pas sa faveur (1). Nulle part on ne voit, cependant^ que Jacques de Poloniaco ait subi à ce point le charme du pourboire. Quant à ses collègues de Pamiers et des AUemans, il ne paraît pas que leur complaisance, récompensée ou non, allât plus loin que de permettre un certain relâchement dana la discipline du mur, quant à la surveillance et à la séquestration des prisonniers, et probablement au régime de leur alimentation.

On conviendra que l'Inquisition ne peut être tenue pour directement responsable des abus commis, à son occasion, par de» personnes qui lui étaient étrangères. Le curé de Montaillou, Pierre Clerc, triste sire, dont il n'est que trop souvent question dans le Registre de Jacques Fournier, reçoit cent sols tournoi» d'un certain Guillem Mondon, d'Ax, qui désire être dépouillé des croix d'infamie. Des femmes achètent d'une autre façon le silence de ce malheureux, sur leurs relations avec les hérétiques. Ce qui déconcerte le plus, c'est que ce curé, dont on craint les dénonciations et qui passe pour avoir quelque influence à révêché, nous est signalé presqrrà chaque page du registre comme étant un des plus fervents adeptes de l'hérésie (2).

A côté de cet ecclésiastique, certains officiers civils, mêlés plus ou moins directement aux procès d'Inquisition, à titre, par exemple, de procureurs fiscaux, ne sont pas exempts du reproche de cupidité. Guillem Courtet, de Fanjeaux, procureur du comte de Foix, accepte 15 livres tournois pour surseoir à la démolition d'une maison souillée par des cérémonies hérétiques (3).

(1) Folios 176 A, 177 B.

(2) Folio 51 C.

(3) Pierre Peyre, de Quié, demande à une certaine Mengarde: « Quomodo potest fieri qnod istod hoepitiura vestrnm non »it destractiim, cum MabiHa, soerus vestra, fuerit in dicto hospitio bereticata? Et tune dicta Mengardis respondit ipsi loquenti, quod ideo quia dictus Petrua den Hugoul dederat Guillermo Corteta, de Fanojove, qoi tune erat procurator dom. Comitis Fuxi, XV libras turonensinm parvorum; ideo dictum hospitium non fuit destructum ». (Folio 298 D).

Au temps de Geoffroy d'Ablis, Pierre Raoul, procureur royal des € encours », avait, pour une outre de miel et une provision de viandes salées d'Andorre, arrêté la procédure entreprise contre le défunt Pierre d'Aire, de Quié (1).

En résumé, si le chef de l'Inquisition de Pamiers ne peut être suspect d'improbité et de partialité vénale dans l'exercice de sa charge, quelques-uns de ses subordonnés ont prêté le flanc à la critique sur ce point particulièrement délicat, sans qu'il y ait pourtant des exemples bien caractérisés et bien avérés de marchandages de conscience.

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