‹ Le tribunal d'inquisition de Pamiers [microform]Chapitre 8 sur 32 · Activité du Tribunal de Pamiers · texte numérisé non relu

Activité du Tribunal de Pamiers

Jacques Fournier et son tribunal déploient une activité extraordinaire. Pour avoir une idée de leurs travaux, rien de mieux que de faire le compte des jours d'audience, des causes traitées,

(1) «De XIII usque ad XV [anni] esse possunt, et aliter non recordatur de tempore, cura frater Gaufridus de Ablusiis, condam inquisitor Carcassone citasset heredes et propinquos Pétri de Area, alias vocati Peric de Querio, jam deffuncti, qui dicebatur decessisse hereticus, in causa deffensionis Guillemma de Area, uxor eius, comparuit coram dicto domino inquisitore bis vel ter, ut postea dicta Guillemma dixit ipsi loquenti; tande[m] procurante Guillemmo Durandi de Maloleone, qui tune morabatur cum magistro Petro Radulphi condam, tune procuratore heretice pravitatis; procurantibus etiam Petro et Bernardo Augerii fratribus de Tarascone, tantum factura fuit cum dicto magistro Petro Radulphi quod supercessura fuit procedi contra dictura deffunctum ; et, ut audivit îpse loquens a dicta Guillemma, dicta Guillemma, ut non procederetur montra dictum Guillemmum maritum suura, dederat dicto magistro Petro Radulphi unum utrera mellis et aliquam quantitatem de carnibus saisis ;le Andorra. Petrus etiam Augerii dixit ipsi loquenti in Tarascone, circa Hlem tempus, quod dictus magister Petrus Radulphi ei proraiserat quod de cetero non î»rocederetur contra dictum deffunctum, nec de hoc homo îoqui audiret, quia ipse tantum fecerat quod omnino a dictum (sic) ne- ^'ocium dimitteretur. Et ex tune non fuit processum contra dictura deffuncîum...». (Folio 302 B).

LE TRIBUNAL D*INyUISITION DE PAMIERS

des accusés et des témoins entendus, et des localités visitées. Nous donnons ici les conclusions de ce travail. Il est bien entendu qu'elles ne s'appuient que sur le cycle de dossiers contenus dans le Registre de Jacques Fournier; et, par conséquent, elles ne sauraient être définitives.

Si l'on additionne les jours de travail de la cour appaméenne, on obtient le chiffre de 370 journées réparties dans sept ans : du 15 juillet 1318 au 9 octobre 1325 (1). Durant ces 370 jours, dans 488 audiences différentes, le tribunal procède à 418 interrogatoires de prévenus et entend 160 dépositions de témoins (2). Au total, témoins et prévenus comparaissent 578 fois. Le nombre des causes n'étant que de 97, on voit que chaque prévenu se présente plusieurs fois à la barre (3). C'est durant l'année 1320 que l'Inquisition chôme le moins. Elle siège 106 jours. Puis viennent les années 1321, avec 93 journées d'audience; 1322, avec 43 jours; 1323, avec 55; 1324, avec 42; 1325, avec 22 jours d'audience.

L'année 1320 est consacrée à l'examen d'une vingtaine de causes dont la plupart se terminent le 8 mars 1321 par le prononcé de la sentence (4). Le printemps de l'an 1321 est rempli par l'expédition de quinze procès environ, clôturés le 2 août. Quinze autres occupent le tribunal pendant une année. Huit d'entre eux se terminent le 5 juillet 1322; neuf autres prennent

(1) Nous ne comprenons pas dans ce chiffre de 370 journées, Il audiences du tribunal d'Inquisition d'Aragon dans les causes de Jean et de Pierre Maury : 8 juillet, 6 août, 13-16, 22 septembre, 16 décembre 1323.

(2) Nous comptons parmi les 160 dépositions de témoins celles de l'espion Arnaud Sicret, les 21 octobre, 12 novembre 1321, U janvier 1322.

(3) Le Vaudois Raymond de la Côte paraît, à lui seul, 21 fois (n. I), Guillem Austatz d'Ornolac (n. IX) et Béatrix, femme d'Eudes Gleïzes (n. X), chacun 9 fois; Jean de Vienne (n. XXXIII), 11 fois; Huguette de la Côte, 9 fois (n. XXXIV), etc.

(4) La sentence d'Aude du Merviel (XLII) est publiée le 3 août 1318; celles de R. de la Côte, d'Agnès Franco, d'Arnaud Gélis, de Pierre Sabatier (numéros I, II, III, IV) le 1" mai 1320; celle du juif Baruc, le 3' décembre 1320 (VIII); celles des numéros VI, IX, X, XI, XII, XIII, XIV, XXII, XXXV, XXXVI, XXXVII, XXXVIII, XXXIX, le 8 mar8l32L

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fin le 19 juin 1323. Durant les années 1323, 1324, 1325 on examine environ 25 prévenus.

Sur 370 journées, 314 fois le tribunal siège à Pamiers, 34 fois aux Allemans, cinq fois au prieuré d'Unac (1), trois fois à Tarascon (2), trois fois à Saint-Paul de Jarrat (3), trois fois à Ax (4), deux fois à Carcassonne (5), une fois dans chacune des localités suivantes: Foix, Eabat, Lordat, Lieurac, Aston, Verdun, Sabart, Puj-Saint-Pierre (6). Les audiences tenues en dehors de Pamiers et des Allemans n'ont qu'une importance relative. En faisant la visite des paroisses de son diocèse l'éveque recevait les dénonciations, les aveux, les témoignages des gens qui se présentaient, ou qu'il mandait lui-même. La procédure ouverte de la sorte se poursuivait dans la ville épiscopale.

A Pamiers, le siège ordinaire de l'Inquisition est la maison de l'éveque: « sedes episcopalis; domus episcopalis », etc. (7). Dans cette maison, c'est tantôt la chambre épiscopale (8), tantôt une chambre quelconque (9), ou bien « le portique voisin de

(1) Les BO juillet, 5, 18, 28 août 1321, le 6 août 1322. Le i août 1322, l'éveque se transporte d'Ax à Unac et reçoit des témoignages dans ces deux localités, le même jour.

(2j Le 9 mai 1320, les 21 et 26 juillet 1323. Le 9 mai 1320, il interroge pour la première fois Arnaud Savignac, « in domo Arnaldi de Anhanis, in qua domo hospitabatur » (folio 25 C).

(3) Le 19 septembre, les 4 et 8 octobre 1321 (n. XLVIII).

(4; Les 2, 3 et 4 août 1322 (n. LXIII).

(6) Déposition d'Arnaud Sicret (n. XLII), le 14 janvier 1322; interrogatoire de Guillem d'Aire, 26 février 1326 (n. XCV).

(6) A Foix, dans la prison du comte, Gaillard de Pomiés interroge Aycréde Boret, le 16 avril 1323 (n. LXXXIV ). ARabat, le 21 avril 1320, interrogatoire de Pierre l'Ancien (n. XVII); à Lordat, le 26 août 1321,' déposition de Guillem de Corneillan, dans l'église de ce lieu (n. XLIV) ; à Lieurac, 23 septembre, confession d'Arnaud Tisseyre (n. XLVIII): à Aston, « in hospitio Pétri Arnaldi de Castroverduno », le 6 août 1321 (n. LXI)à Verdun, 11 mai 1320 (numéros VI, IX, XII); à Sabart, U juin 1325 (n. XCIV ); à Puy-Saint-Pierre, 29 juillet 1321 (n. LXI).

(7) Folios A, B, 114 B, 116 B, 116 B, etc.

(8) « In caméra episcopali ». Folios 146 C, 147 C, etc.

(9) «In caméra sedis episcopalis Appamiensis ». Folios 31 A, 19D, etc. — «In caméra quadam sedis episcopalis...». Folio 159 A.

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l'appartement de Pévêqne > (1), ou encore la cour de Pévêcbé (2) que Ton choisit pour y tenir audience. On spécifie quelquefois que tel prévenu a été examiné dans une salle de Tétage supérieure (3), ou dans une pièce située dans la grande tour du palais (4), ou bien dans une autre placée dans la petite tour (5); enfin on reçoit une déposition de témoin jusque dans la chapelle de révêque (6).

En dehors du palais épiscopal, on ne voit pas que la cour se soit transportée, à Pamiers, ailleurs que dans la maison possédée par les moines de Boulbonne (7), dans la rue de Villeneuve. C'est, exceptionnellement, le 4 mars 1320, pour le deuxième interrogatoire de Mengarde, femme d'Arnaud de Pomiès (8).

Aux Allemans, les audiences ont lieu, dans le château où se trouvent les prisons de l'Inquisition (9), dans la cour ou la salle

(1) «In porticn camerae episcopalis sedis Appamiensis». Folios 172 A, 187 D, 189 C. — « In porticu superiori sedis episcopalis Appamiensis...». Folios 225 C. 226 A, B, 227 D, etc.

(2) «In aula episcopali sedis Appamiensis». Folios 21 D, 149D, 152 B. (S) « In caméra superiori sedis episcopalis». Folios 276 A, 282 B,C, etc.

— «In caméra episcopali superiori domus episcopalis...». Folios 214 A,

(4 ) « In caméra média turris superioris sedis episcopalis ». Folios 240C,D, 298C, B03 A, 304 A, :i05A, 306 D, B08A, 310 A,D, etc.

(5) « In caméra média turris inferioris sedis Appamiensis». Folios 301 B, 306D. — «In caméra episcopali inferiori sedis Appamiensis». Folios 306D,

(6) « In capella domus episcopalis Appamiensis ». Folio 314 B.

(7) «Die XIIII mensis martii, dicta Mengardis... confessa fuit in domo de Bolbona, de Appamiis ... ». Vidal, Une secte de Spirites à Pamiers, p. 57. Voir de Lahondés, Annales de Pamiers, I, p. 54. Nou3 ne parlons pas ici des endroits où se tiennent les sermons publics, et qui sont, tantôt le château des Allemans, tantôt le cimetière Saint-Jean,

tantôt l'église du Camp.

(8) En 1308, Geoffroy d'Ablis, inquisiteur de Carcassonne, avait tenu deux séances dans la maison des Frères Prêcheurs de Pamiers: « in quadam caméra, in quadam aula conventus fratrum Predicatorum ». Molinier, L' Inquisition dans le Midi, p. 135.

(9) Folios lA, 2B, 18 A, B, 21 A, etc. Jean Koques de la Salvetat, malade, est interrogé « in caméra in quo captus detinetur . . . ». Folio 168 B.

d'honneur de ce château (1), ou sur la place du bourg (2). A Lieurac, à Unac, Péveque loge chez le prieur (3) ; à Eabat, chez le prévôt, où il reçoit les gens cités pour faits d'hérésie. A Lordat, à Puy-Saint-Pierre, à Sabart (4) il les reçoit dans Péglise même,' ailleurs, à Aston, à Tarascon par exemple, c'est dans une maison particulière (5).

4. — Les prévenus. Etat actuel de leurs dossiers; localités AUXQUELLES ILS APPARTIENNENT; LEUR SEXE ET LEUR CONDITION ; SECTES DONT ILS SONT LES ADEPTES ; ERREURS QUI LEUR SONT IMPUTÉES.

Le nombre des dossiers contenus dans le Kegistre de Jacques Fournier est de quatre-vingt-dix-huit (6), chacun desquels porte un titre spécial. C'est par cet en-téte, dont nous avons donné la transcription en faisant l'analyse du volume, que nous les distinguons.

Sur ce nombre, trente- un offrent la suite de la procédure dans son intégrité, moins la sentence. L'interrogatoire de l'inculpé y est donc précédé des dépositions des témoins (7). II en

(1) «In aula mûri castri de Alamannis . . . ». Folio 29^)B, 309 A, 312 A. — «In aula dicti mûri inferiori... ». Folio 311 B.

(2) «In platea ville de Alamannis...». Folio 245 D.

(3) «In prioratu de Unaco...». Folio 143 D, 118 A. — «In prioratu de Liuracho...». Folio 151 A.

(4) «In ecclesia B. M. de Savarto ». Folio 310 C.

(6) « In Castro de Taraschone, in domo Arnaldi de Anhaus, in qua domo hospitabatur tune dictus dom. episcopus . . . ». Folio 25 C. — « Apud Aston, in hospitio dom. Pétri Arnaldi de Castro Verduno, militis. » Folio 234 B.

(6) Noas comprenons dans ce chiffre le dossier n° XIII bis, qui a trait à quinze individus dénoncés par Raymond Vayssiére.

(7) Voici l'indication de ces dossiers: n"« V, VI, VII IX X XII XIII, XIX, XLII, XLIV, XLVII, XLVIII, L, LIV-LVI,' LVIII,' Lixi LXI, LXIII, LXVIII, LXX-LXXII, LXXIX, LXXXIII, LXXXIV, LXXXVII-LXXXIX, XCVII.

est soixante-trois qui ne présentent qne la confession du prévenu (1). En ajoutant ce dernier chiffre au précédent nous obtenons le nombre des coupables qui ont comparu en personne devant la cour de Paraiers: quatre-vingt-quatorze (2).

Ce total ne représente point encore celui des prévenus dont, cette cour s'est occupée. Le procès de Raymonde Buscailh (LU) hérétique défunte, ne contient ni l'interrogatoire de l'accusée, ni même le texte des témoignages dénonciateurs: il faut chercher ces derniers dans les aveux d'autres inculpés (3). Le procès, de Bertrand de Taix (LXXXII) se borne aux dépositions reçue» à sa charge. Il faut en dire autant des seize individus dénoncés par Raymond Vayssière et par huit témoins appelés sur son indication (4). Parmi ces seize, trois furent poursuivis dans la suite pour hérésie (5), et plusieurs sont morts (6). Enfin le dossier n° LYII renferme les attestations de neuf personnes à la charge de six autres, dont une seule, Raymond de Laburat (LVIII) comparaît devant les juges. Sur les cinq qui restent, Mengarde Alibert est déjà décédée.

Si l'on ajoute au chiffre des accusés examinés directement par l'Inquisition, ceux dont la culpabilité lui est dénoncée ou dont elle cherche à établir le crime, on atteint le chiffre total de cent-quatorze personnes dont on sait qne Jacques Fournier s'est occupé.

(1) Ce sont les n- I-IV, VIII, XI, XIV-XVIII, XX-XLI, XLIII, XLV, XLVI, XLIX, LI, LUI, LX, LXII, LXIV-LXVII, LXIX, LXXIII- LXXVIII, LXXX, LXXXI, LXXXV, LXXXVI, XC-XCVI.

(2^ Arnaud de Savignac compte pour deux sur ce nonabre, car deux procès hii furent successivement intentés Cn«" VI, LXVIII).

(3) Par ex. dans la deuxième confession de Mengarde Buscailh

(XXXII bisj.

(4) On voudra bien lire leur nom dans la petite analyse que nous avons faite du dossier qui les concerne (XIII bis).

(5) Ce sont Bernard Clerc (LVI), sa femme Gausie (LXXXV) et Arnaud Autier (LXXXI). Nous savons aussi que Pierre Clerc, curé de Montaillou fut enfermé au château des Allemans où il mourut; mais le Reg. de l'Inquisition ne contient pas son procès.

(6) Sybille den Balle, Stéphanie de Castel-Verdun, etc.

'if-L-^i.

Il y a, sur ce nombre, six prêtres : Pierre Clerc, cnré de Montaillon et Barthélémy Amilhat, dn diocèse d'Urgel (XIII bis et XI), qui n'ont pas péché seulement contre la foi, mais aussi, gravement, le premier surtout, contre les mœurs; Arnaud de' Monesple, bénéficier de Saint-Antonin de Pamiers (XXXV), compromis avec le nécromancien Gélis; Amiel de Eieux, vicaire d'Unac (LXX), et Guillem Auriol, ou Auricol, recteur de Pradières, inculpés d'hérésie; enfin Guillem Tranier, de Verdun, qui a déjà subi la dégradation canonique pour faux témoignage' (LXXXVI). On compte aussi un diacre Vaudois, Kajmond de la Côte(I); un sous-diacre, apostat de l'ordre franciscain Arnaud de Verniolle (LXXI), inculpe de crimes contre natureet deux clercs: Bernard Franc, de Goulier (XIX), accusé d'hérésie' et Guillem Agasse, « commandeur de la léproserie de Lestang »' La condition des autres inculpés est très humble. Si l'on excepte Bertrand de Taix, chevalier (LXXXII), Béatrix, épouse d'Eudes Gleùes, fille de Philippe de Planissoles, femme en premières noces de Bérenger de Koquefort, seigneur de Montaillou (X), et peut-être Aude du Merviel, riche puisqu'elle a une nourrice et des servantes (XLII), le tribunal n'interroge que des pâtres, des cultivateurs, et de très modestes bourgeois, gens peu redoutables, qui seraient inoflFensifs, s'ils n'étaient hérétiques ou ne l'avaient été! On peut remarquer parmi tous ceux-là, si l'on veut, deux hommes ayant une profession plus relevée: un notaire Arnaud Tisseyre de Lordat. et un jurisconsulte, maître Guillem' Gautier, de Tarascon (n- L, XCII). Enfin, un témoin dépose contre iMcarde, femme de Bernard Gouzy, notaire, de Pamiers (XIII bis). Sur un chiflfre de cent-quatorze prévenus, on compte quarante-huit femmes (1). Hommes et femmes, neuf exceptés (2), sont

(1) N" II, V, X, XII, neuf dans XIII bis, XIV, XV XVT yvttt Skvn \?v V • ^^""^ ^^'^' ^^' ^^^^' ^^^" S'xîv kS î

(Iséri R, T, ""'' '« J'"f (VIII), un de la Côte Saint-André (isére), Raymond, le vaudois (I), un de Vennelle, Isère (II), deux de

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122 LE TBIBUNAL d'iNQUISITION DE PAMIERS

originaires du diocèse de Pamiers, et viennent de trente localités différentes. Ces localités sont en grande partie groupées dans la contrée autrefois désignée sous le nom de Savartès, actuellement les districts montagneux de l'arrondissement de Foix : Ax, Les Cabannes, Tarascon, Vicdessos (1). Quatre-vingt-douze individus sont issus de cette circonscription; treize seulement de Pamiers et de trois localités de son arrondissement: Le Mas- Saint-Antonin, Varilhes et Dalou. La raison de la disproportion existant, à cet égard; entre la haute vallée de l'Ariège et la plaine de Pamiers, n'est pas à chercher ailleurs que dans la propagande active menée dans le Savartès par Thérétique Pierre Autier et ses compagnons, propagande dont les résultats provoquèrent, je l'ai dit, la création dli tribunal d'Inquisition de Pamiers.

Vienne, Isère (XXXIII. XXXIV), un d'Arqués, diocèse d'Alet (LXVII), un de Labastide-de-Sérou, diocèse de Couserans (XCVII), un de la Salvetat, diocèse de Cahors (LUI), un de Lladros, diocèse d'Urgel (XI).

(1) Voici, groupés par cantons, les pays d'origine de nos inculpés.

Arrondissement de Foix (92 inculpés):

a) Canton d'Ax: 52 inculpés. Ax: n»- V, XIII, huit dans XlIIbis, XL XLI, LIX, LX, LXXXI; Montaillou: quatre dans n^ XIII bis, un dans les n - XIV, XV, XVI, XVIII, XXII à XXX, XLIX, LIV, LVI, LXV, LXIX, LXXIII, LXXIV, LXXV à LXXVII, LXXXV; Prades: n- XXXII, XLVI, LU; Tignac: XLIII, XLIV, LXIV; Vaïchis: XLVII;

Ascou: LXIII, LXVI. LXXX.

h) Canton des Cabannes: 10 inculpés. TJnac: LXX, LXXXIII; Caussou: LXl, LXII, LXXXIV: Lordat: XXI, L; Vernaux: LI; Piiy Saint-Pierre: XXXI; Verdun: LXXXVL

c) Canton de Tarascon: 24 inculpés. Tarascon: VI et LXVIII, trois dans LVII, un dans LVIII, XCII, XCIII: Bédeillac: LXXII; Quié: LXXXVII à XC, XCIV, XCV: ^Sfabarf: deux dans LVII: Arnave:XX; Ornolac: IX, XII; Jimac: LXXV III; Rabat: XVII, LV; Surba :XCL

d) Canton de Vicdessos: 1 inculpé: Goulier: XIX.

e) Canton de Lavelanet: 1 prévenu; Le Merviel: XLII.

f) CantondeFoix: t prévenus rFojVr: VII, LX XIX; CeZZc^; XLVIII;

Pradirres: XCVI.

Arrondissement de Pamiers: 12 inculpés.

g) Pamiers: un dans XTIIbis, XXXV à XXXIX, XLV, LXXT, LXXXII; Mas- Saint' Antonin: III; Varilhes: IV; Dalou: X.

En fait, c'est bien à combattre ces résultats au milieu de ces populations que s'attache l'évêque Jacques Foiirnier; et l'on peut affirmer que la plupart de ses prévenus tiennent de près ou de loin à l'albigéisme de Pierre Autier. Beaucoup d'entre eux ont connu et fréquenté cet hérétique; d'autres professent ses erreurs, ou des doctrines qui en dérivent; quelques-uns enfin sont simplement compromis avec ses partisans ou dans des cérémonies de la secte. Quel que soit celui de ces griefs que l'on articule contre eux, quatre-vingt-cinq individus environ sont mculpés d'albigéisme. Sur ce nombre, soixante-deux comparaissent personnellement devant l'Inquisition (1); cinq sont morts avant l'ouverture de leur procès, ou meurent quand il est à peine commencé (2).

Nous nous réservons d'étudier ailleurs, dans le détail, les erreurs professées par les derniers ministres cathares et leurs partisans. Les récits faits par quelques-uns de ces derniers devaut le tribunal appaméen sont d'un intérêt capital. On y trouve jusqu'aux canevas des allocutions adressées par les c parfaits » à leurs croyants, si bien que l'on n'a point, je crois, à regretter beaucoup que nul de ces ministres n'ait comparu devant l'Inquisition. Le manuscrit reste plein de leur nom, de leurs actions, de leurs dogmes, de leurs cérémonies (3). Nous ne pouvons nous dispenser de noter ici les * confessions y^ de Bernard Franc, de Goulier (XIX), de Guillem Fort, de Montaillou (XXVIII), d'Arnaud Sicret, d'Ax (XLI), de Guillem Maurs, de Montaillou (XLIX), de Guillem Baile (LXV), de Jean et de Pierre Maury (LXIX,'

Yr TV .^T Tr^J'' ""^^ ^^ ^ ^^^"^ ^^' ^^"^' ^LIV, XLVI, XLVII,

Syyv t vvlv";^^' "^^^'^ ^ ^^^"^ ^^^^' ^^^' LXXII à LXXXI LXXX\, LXXXVI, LXXXIX, XCI, XCIV, XCVI

(2) No. LU à LIV, LVII (une femme), LXXXIL

(3) La plupart des prévenus inculpés d'albigéisme sont disciples de i;ierre, de Guillaume et de Jacques Autier, de Pradas Tavernier de Philippe Talayrac et de Raymond de Saint-Papoul; il en est (,ui 'ont fréquenté tous ces hérétiques; d'autres n'en ont connu qu'un seul. Il serait tacile de dresser au dessous du nom de chaque parfait, la liste de ses «ueptes.

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LXXYII) de Montaillou, de Sibille d'Arqués (LXYII) et de Bernard Martin, de Junac (LXXVIII), comme étant les plus curieuses, les plus étendues, et les plus riches en renseignements sur les idées et les hommes du catharisme.

Nous rattachons volontiers à cette erreur, contemptrice des sacrements, des prêtres, des cérémonies du culte, des pratiques pieuses, des censures et des indulgences de TEglise catholique, cinq prévenus, dont deux, Aude du Merviel et Pierre Acès, de Labastide-de-Sérou (XLII, XCVII), ont des doutes sur la présence réelle, et les autres: Pierre Sabatier, de Varilhes (IV), Arnaud Tisseyre, de Celles (XLVIII), et Pierre Guillem, d'Unac (LXXXIII) ont tourné en ridicule les gens et les choses d'Eglise, méprisé l'excommunication, ou protesté contre la dîme. Autier et ses compagnons enseignaient les mêmes erreurs et donnaient l'exemple de semblables railleries. « Ce sont là, si l'on veut, les premières tentatives de la libre pensée, telle que pouvaient la concevoir ces temps lointains et de pareilles intelligences » (1).

Arnaud de Savignac, dans son second procès (LXYIII), est inculpé de négligence méprisante à l'égard des sentences de l'Inquisition. On lui reproche de cacher et même de ne point porter du tout les croix dont il a été marqué à sa sortie du mur. En vain explique-t-il qu'il vaque journellement à des occupations pénibles pour lesquelles il ne peut conserver que sa tunique, il n'en est pas moins condamné au mur étroit (2).

A l'albigéisme se rattache très indirectement le fait de six faux témoins subornés par le notaire tara^^connais Pierre de Gaillac, contre son confrère et rival, Guillem Tron, dans le but de prouver par devant les inquisiteurs Geoffroy d'Ablis et Jean de Beaune, que ce notaire fréquentait chez Guillem d'Aire, de Quié, refuge bien connu des hérétiques. Le but non avoué de ce complot était de ruiner le notaire G. Tron au

• (1) M. Ch. Molinier, Etude sur quelques nmnmcriUf etc. des Missions, IIP série, t. XIV, p. 231. (2) Op. cit., p. 235.

taire P. de Gaillac. Pierre Peyre (LXXXVIII), Pierre den Hugol (LXXXVII), Raymond Peyre (XC), Guillem d'Aire (XCV), de <3uié, maître G. Gautier, jurisconsulte (XCII), et Pierre Lombard (XCIII), de Tarascon, avaient trempé, avec pins ou moins de responsabilité, dans cette machination. Il faut également mettre sous la rubrique des faux témoins Aycrède Boret, de Caussou (LXXXIV), qui, après avoir oté la vie à son ennemi, Guillem de Planissoles, avait tenté de charger sa mémoire du crime d'hérésie. Le prêtre Guillem Traniei , de Verdun (LXXXVI), interrogé, en avril 1325, sur ses relations avec Pierre Autier, subissait à cette date la peine du mur perpétuel pour avoir lui aussi trempé dans un complot de faux témoignage (1). Les suborneurs étaient nombreux en matière d'hérésie, et nombreux aussi étaient les malheureux, qui, à prix d'argent, ou pour pas grand'chose, consentaient à participer à l'œuvre de haine (2). 11 faut attribuer à l'ignorance et à la rusticité, plutôt qu'à k malice, les pratiques et les croyances singulières reprochées à Arnaud Gélis (III) et à ses cinq compagnons, Arnaud de Monesple (XXXV), Guillemette Bathega (XXXVI), Mengarde Pomiès (XXXVII), Raymonde Faure de Saint-Bauzeil (XXXVIII) et Navarre Brun (XXXIX), tous de Pamiers. Gélis est presque un € spirite >. II est, en tout cas, persuadé qu'il a des relations avec les morts; que ceux-ci lui parlent, le suivent partout: qu'il «e promène et mange avec eux. lis lui font des confidences sur le monde qui est le leur et sur le sort de ses parents et amis; sur le purgatoire et les modes d'expiation qui y sont en honneur. On perçoit des réminiscences de catharisme dans les révélations doctrinales faites par ses funèbres amis à ce nécromancien: l'altération du dogme du purgatoire, l'universalité du salut, l'erreur qui consiste à prêter aux âmes une forme, des mem-

(1) Cf. Douais, La Formule «Communicator, etc, p. 25-29.

(2) Vbir un exemple curieux de machination de ce genre dans Doat, XXVII, folios 204-210, publié par Douais, Documents, etc, 1. 1, p. cxviii-

gp^», note; cf. Vidal, Un inquisiteur jugé par seis victimes (Paris, Pi-

%M:), p.;::16, note g.

bres, des besoins corporels. Gélis servait d'intermédiaire entre les vivants et leurs parents ou amis défunts. Le prêtre Arnaud de Mouesple et les quatre femmes que nous avons nommées paraissent avoir été les seuls adeptes de cet homme dont, néanmoins, on disait couramment à Pamiers qu' « il allait avec le»

morts » (1).

Quelques femmes s'adonnent aux rites grossiers de la sorcellerie, du sortilège et du maléfice, comme Jacquette den Carot (V) ; improvisent des porte-bonheur avec des herbes, des cheveux et des ongles coupés à un mort, ou avec d'autres ingrédients encore plus grotesques (2), comme Béatrix Gleizes (X), Alazais, femme d'Azéma (XV), Brune, femme de Guillem Porcel (XXII), de Montaillou (3), Mengarde Alibert et ses compagnes (LYII, LVIII). Ce groupe est peu intéressant, sans compter qu'il n'est rien de plus banal, à cette époque, que de rencontrer des gens de cette sorte, simples et affamés de merveilleux.

Les crimes reprochés à Baruc, le juif (VIII), et à Guillem Agasse (XLV), le lépreux, sont plus spéciaux. Nous avons essayé, ailleurs (4), de les rattacher à des faits historiques déjà connus et à la pleine connaissance desquels les confessions de ces deux personnages apportent une contribution digne de remarque. Baruc a été contraint de recevoir le baptême à Toulouse, lors de l'invasion sauvage des Pastoureaux. Le danger ayant disparu, il était retourné, à Pamiers même, aux pratiques judaïques. Il n'en avait pas fallu davantage pour le rendre justiciable de l'Inquisition.

(1'; Voir mon mémoire. Une secte de Spirites à Pamiers, où se trouve le texte des interrogatoires de ces six prévenus.

(2) On confisque à Béatrix Gleïzes un sachet contenant deux nombrils d'enfant (!) et deux linges imbibés < de primo sanguine menstruo

puerulae ».

(3) Cf. Molinier, Études sur quelques manuscrits, etc., dans Arch. des

Missions, p. 231, note 1.

(4) Voir nos deux mémoires: L'Emeute des Pastoureaux en 1320; lettres du pape Jean XXII; déposition du juif Baruc devant l'Inquisition de Pamiers; et La poursuite des lépreux en 1321, d'après des documents nouveaux. Nous y publions les procès de ces deux accusés.

Ce docteur allemand, féru de la Bible et du Talmud, mit à l'épreuve la patience autant que la science théologique de Jacques Fournier. On discuta les textes scripturaires embarrassants: Baruc objecta en hébreu; l'évêque répliqua en s'aidant d'un interprète. La démonstration de la Trinité des personnes divines prit quinze jours; celle des deux natures dans le Christ, huit jours; la preuve de la venue du Messie, trois semaines. Il ne fut point aisé de lui faire admettre la résurrection des corps et de lui expliquer l'état glorieux dans lequel cette résurrection s'opérera. Enfin, non sans hésitation et beaucoup de répugnance, il renonça au judaïsme et prononça son abjuration. Il eût été bien curieux de connaître le dispositif de sa sentence, prononcée le 3 décembre 1320 (1).

Guillem Agasse, chef de la léproserie de Lestang, à Pamiers, est accusé d'avoir empoisonné les fontaines et les puits de cette ville. Il se reconnaît coupable de ce forfait, dont l'actuation avait, dit-il, été décidée dans une assemblée de chefs de léproseries tenue à Toulouse, l'année précédente (1320). Ses compagnons et lui voulaient exterminer tous les chrétiens, pour prendre leur place. Des philtres préparés mystérieusement chacun avait eu sa part, pour l'empoisonnement des eaux. Au préalable, pour complaire au roi de Grenade et au sultan de Babylone, intéressés au complot, on avait renié la foi chrétienne et piétiné le Crucifix. Guillem Agasse, tenant sa promesse, avait répandu les poudres et attendu avec patience que se réalisât le rêve de domination par lequel on avait eu raison des scrupules de ces naïfs. Nous avons dit, en publiant son interrogatoire, ce qu'il faut penser de ce récit et l'appoint dont pourrait lui être redevable un historien, qui ne serait ni trop crédule, ni trop légèrement enclin à traiter de légende un fait dès qu'il est simplement anormal (2).

(1) Vidal, L'Emeute des Pastoureaux, p. 57 58.

(2) Vidal, La poursuite des lépreux, p. 20-83.

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LE TBIBLNAL d'iNQUISITION DE PAMIERS

Avec le sous-diacre, franciscain défroqué, Arnaud de Verniolle, de Pamiers, et le clerc Arnaud de Bédeilhac (LXXI, LXXII), tous deux accusés de crimes contre nature, nous ouvrons la série, courte heureusement, des gens d'Eglise pour lesquels l'accusation de mener une vie scandaleuse se greflFe sur celle de n'être point d'une orthodoxie irréprochable. Arnaud de Verniolle est particulièrement repoussant; on comprendra que nous laissions dans l'ombre ses faits et gestes. Barthélémy Amilhat, prêtre espagnol, à qui Ton reproche ses relations avec Béatrix Gleïzes, apporte comme excuse que de l'autre côté des Pyrénées on se montre tolérant à cet égard et qu'il en a usé en France comme chez lui (1). Cette Béatrix Gleïzes, qui partage si facilement sa manière de voir, accordait jadis ses bonnes grâces au curé de Montaillou, Pierre Clerc, type bien singulier, s'il faut en croire les révélations de ceux qu'il a gagnés à la secte albigeoise et de celles qu'il a compromises. Grâce à lui, ses paroissiens sauf deux ou trois exceptions, avaient passé au camp ennemi. Des témoins peuvent affirmer devant l'inquisiteur que non moins rares étaient les femmes dont il n'avait point sollicité des faveurs (2).

L'habileté de cet homme était telle qu'il dissimulait ses sentiments intimes sous les dehors trompeurs d'un zèle exagéré contre l'hérésie. Afin que l'on ne doutât point, en haut lieu, de la rectitude de ses intentions et de la régularité de sa conduite, il savait à l'heure propice devenir le persécuteur de ses paroissiens et le dénonciateur des croyances dont il n'y avait pas, à Montaillou, de plus fervent adepte que lui. Il est inutile de dire que son zèle hypocrite ne choisissait ses victimes que dans les maisons ennemies de la sienne. Aussi, ce < petit évêque >, comme on le nommait couramment, était-il souverainement dé-

(1) Conf. Bartholomeij de Ladros (XI).

(2) Conf. Baymundi Valsiera (XI II), folio 51 et suiv.; Depositiones testium contra personas nominatas per Baymundum Valsiera (XIII bis), folio 55 B; conf. Grazide, uxoris Pétri Licerii (XIV). Cette dernière avait été sa concubine.

testé de ceux dont il avait troublé le repos (1). Son pouvoir prit fin lorsque de nombreuses dénonciations eurent fait découvrir la vérité. Incarcéré aux Allemans, il y mourut. Son frère Bernard tenta en vain d'organiser un complot dans le but de ie réhabiliter (2). Sa mémoire fut exécrée dans l'acte de foi du 16 janvier 1329; et les ossements du mort furent exhumés et livrés aux flammes (3).

La secte des Vaudois est représentée, dans la série des prévenus du tribunal de Pamiers, par quatre hérétiques parfaits: Raymond, de la Côte Saint-André (Isère), diacre de la secte. Agnès, femme d'Etienne Franc, sa nourrice, Jean de Vienne et Huguette, sa femme (I, II, XXXIII, XXXIV), et par deux croyants: Bérenger Scola, de Pois, et Arnaud de Savignac, d« Tarascon (VI, VII). On ne sait si c'est i)our échapper à l'Inquisition que les quatre premiers quittèrent leur pays d'origine, et vinrent, isolément, et sans avoir pris rendez-vous, s'établir^ après des étapes plus on moins longues, dans la ville de Pamiers. Après cinq années de sérieuse probation et d'instruction religieuse, Raymond avait reçu l'ordre du diaconat des mains de Jean le Lorrain, ministre majoralis de la secte. C'était vers l'an 1299. Après son ordination, il s'était fait initier à la théologie, deux années durant, par le même Jean le Lorrain, et sept antres années par un autre ministre majeur, Michel l'Italien. Il avait étudié en compagnie d'un diacre, Barthélémy, et d'un prêtre, Jean Moran (4). Son séjour en Languedoc datait de cinq

(1) « Petrus Clerici, rector de Monte Alionis in Savartesio vocabatnr episcopus parvus; et... totam terram destruebat propter inquisitionem » (folio 261 C). <c Ipse loquens [Petrus Maurini] dixit quod illi Clerici de Monte Alionis multum divites erant, et quod Petrus Clerici, rector tune de Monte Alionis, habebat magnam potestatem in terra et persequebatur hereticos et credentes » (folio 264 A).

(2) Conf. Bernardi Clerici (LVI).

(3) Doat, XXVII, folios 146-149.

(4) Conf. Baym. de Costa, folios 16 C, 17 B.

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LE TRIBUNAL d'iNQI ISITION DE PAMIERS

années, et sa venue à Pamiers, de Tautomne de 1318. Agnès, sa nonrrice, l'ayant rejoint à Castelsarrasin, avait séjourné avec lui à Beaumont de Lomagne et à Toulouse (1). C'est là que Jean de Vienne et Huguette, sa femme, disciples de Girard d'Arles, avaient connu jadis Jean le Lorrain, qui avait complété leur instruction. Après un séjour à Arles, ils s'étaient de nouveau dirigés vers le haut Languedoc en passant par Beaucaire, Montpellier, Saiiit-Tibéry, Narbonne, Carcassonne, Mirepoix, Pamiers. Dans cette dernière ville, établis dans la même maison que leur diacre, ils formaient une communauté vaudoise minuscule. Ils gagnaient péniblement leur vie, les femmes en filant, les hommes en exerçant des métiers modestes (2).

Ils n'étaient pas les premiers Vaudois réfugiés en Languedoc. Beaucoup de leurs compatriotes et coreligionnaires y avaient cherché refuge, ainsi qu'en Gascogne, dès le XIIP siècle. Bernard Gui les pourchassa, de 1316 à 1323; ses actes de foi en témoignent (3). On a vu qu'un de leurs chefs, Jean le Lorrain, résidait à Toulouse (4). Mais il ne paraît pas que, sauf dans les environs d'Auch, la propagande vaudoise ait enregistré beaucoup de conquêtes, ni même qu'elle ait été bien active. A en juger par les rares prévenus appaméens dont les croyances sont quelque peu imprégnées de vaudoisie, le peuple confondait facilement cette religion avec le catharisme, dans les dogmes duquel il avait été nourri et auquel il conserva ses préférences. Les Pauvres de Lyon eurent pour apanage les provinces d'au delà du Rhône, la Franche-Comté et la Lorraine (5).

Nos quatre exilés viennois font devant l'Inquisition de Pamiers de curieux exposés des croyances et des pratiques de la secte. Je doute qu'il en existe de plus détaillés et de plus vivants.

(1) Conf. Agnetis, folios 17-18.

(2) Conf. Joan. de Vienna, folio 108 B; conf. Huguete, folio 110.

(3) Limborch, p. 254, 262, 289, 379.

(4) Conf. Joan. de Vienna, folio 108 B.

(ô) Voir Lea, Histoire de V Inquisition au Moyen- Age (trad. franc.), t. II, p 171 et suiv.

LE TRIBUNAL d'iNQLISITION DE PAMIEES 131

Jurer, pour un Vaudois, est un péché mortel, en toute circonstance. Chose étrange! bien que mortel, ce péché n'est pas très grave: « crederet peccare mortaliter, licet non multum graviter» (1). Obliger un homme à prêter serment est une faute; le persécuter, le mettre à mort pour ce motif, c'est en faire un martyr du Christ, l'émule de saint Etienne. Et, en fait, Jacques Fournier n'obtient rien de ces quatre sectaires sur ce point, sinon des prétextes ingénus de leur refus: l'un redoute d'être atteint du mal caduc, s'il prête serment, l'autre craint un avortement (2). — Les Vaudois ne nient pas avec moios d'énergie l'existence du Purgatoire. Raymond de la Côte ignore le sort des âmes qui ne sont pas pleinement purifiées, lors de leur séparation d'avec leur corps; mais il affirme que les prières, les aumônes, les messes, faites et dites à leur intention leur sont de nul secours; il ne comprend pas pourquoi les catholiques ensevelissent les cadavres de leurs défunts dans les cimetières et les églises (3). — Il est défendu de tuer et de mutiler son prochain, fut-il un malfaiteur dangereux; cela n'est même pas permis aux magistrats civils. La guerre est par le fait condamnée (4).

Les doctrines de notre Vaudois sur l'Eglise, ses sacrements et leurs ministres présentent des côtés plus originaux et plus personnels. L'Eglise Romaine, qui enseigne la légitimité du serment et de l'homicide dans certains cas, ainsi que l'existence du Purgatoire, n'est point la vraie église: «est ecclesia malignantium ». Il est douteux que les sacrements administrés par elle soient valides. Le catholicisme est dévoyé de la route tracée par le Christ; l'église vaudoise, conforme dans ses dogmes et ses pratiques aux Ecritures divines, est vraiment celle que le Christ

(1) Articuli hereticales Raymundi de Costa; errores contra juramenium, folio 16.

(2) Folios 107 B, 109 D.

(3) Errores contra Purgatorium et suffragia Ecclesie que fiunt pro defunctis, folio 16 D.

(4) Errores contra justam occisionem malefactorum, folio 17 A.

LE TfilBUNAL d'iNQLTSITION DE PAMIERS

a choisie et que Pierre et Paul ont fondée. Le pape, Raymond de la Côte le concède, est le chef de TEglise. Qu'importe? le ministre général (majoralis) des Vaudois échappe à sa juridiction. Il ne tient son pouvoir que de Dieu et « ne doit obéissance au pape que lorsque ce dernier ordonne illud idemquocïDeus » (1). Les Vaudois sont, il en convient, séparés de l'Eglise et excommuniés, mais cette sentence fut injuste et nulle, car elle frappa des innocents et de bons chrétiens. 11 s'ensuit que ces derniers, bien que rebelles à l'autorité du pape, sont exempts de toute faute. Les clefs du royaume des cieux dont le pape s'est servi sans discernement dans cette circonstance n'ont rien fermé du tout. Seules, ses mauvaises actions retranchent l'homme de la communion des fidèles et, à sa mort, du Paradis. Raymond de la Côte est en contradiction avec lui-même lorsqu'il affirme plus tard la justice des censures qui frappent les Vaudois, et dont il trouve la raison dans le refus obstiné des chefs de la secte à observer les règles liturgiques prescrites par le pape pour la célébration de la messe. Cette désobéissance et le mépris de la sentence pontificale, dont ils n'ont cure de se faire absoudre, leur vaudra d'être damnés (2).

Il n'y a que trois ordres dans l'Eglise de Dieu: celui des diacres, celui des prêtres, et celui des évêques. L'évêque vaudois se nomme major, majoralis, ou ministre; il ordonne ses confrères dans l'épiscopat, les prêtres et les diacres. Un simple prêtre, sur le consentement des deux ordres inférieurs, pourrait même ordonner un pontife, si tous les évêques de la secte disparaissaient. Le choix des membres des trois ordres se fait au suffrage et leur ordination tient dans un rite d'une simplicité remarquable. Tous les assistants, pontifes, prêtres et diacres récitent, à genoux, le Pater noster à plusieurs reprises; puis le récipiendaire confesse ses péchés, d'abord à voix basse et inté-

Ç\)IHd., folio 16 B.

(2) Errores contra Ecclesiam Bomanatn, folio 16 A, B.

gralement au chef de l'assemblée, ensuite, à haute voix, en s'en tenant à un aveu sommaire et général. Après quoi, le pontife, ou celui des prêtres qui en tient lieu impose les mains au futur ministre en récitant le Pater. A son exemple, s'il s'agit de l'ordination d'un pontife, les membres des deux ordres inférieurs font l'imposition des mains; s'il ne s'agit que d'un prêtre, cette cérémonie n'est accomplie que par ses pareils; enfin pour un diacre, seul l'évêque la remplit. Et tout est terminé. Il n'y a ni onction avec l'huile sainte, ni imposition du Livre des Evangiles, ni tradition des insignes de l'ordre. On se borne à en faire à l'élu la remise « spirituelle ^ par la récitation solennelle de prières où il en est question. Les apôtres, les premiers prêtres et les premiers diacres n'ont pas été ordonnés autrement.

L'évêque vaudois administre les trois sacrements de la pénitence, de l'ordre et de l'eucharistie. Il absout, non seulement de tous les péchés qui lui sont confessés, mais aussi de la peine qui leur est due, s'il le juge à propos. Il use de la formule suivante: «Deus absolvat te ab omnibus peccatis tuis ; et ego injungo tibi contritionem de peccatis tuis usque ad mortem, et talem penitentiam ». Il n'y a que l'évêque qui puisse célébrer la messe, et il ne la célèbre que le jour de Pâques, selon le rite employé par le Christ lui-même.

Les prêtres se bornent à entendre les confessions. Ils remettent les péchés, mais non la peine qui les suit. Le diacre n'a d'autre rôle que de servir, et de pourvoir aux besoins de ses supérieurs; mais sou ordination et les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance qu'il fait en la recevant le placent dans un état qui n'est autre que celui des Apôtres. Les Vaudois n'admettent pas l'existence d'un état de perfection en dehors des trois ordres sacrés. Il n'y a point de place, dans leur religion, pour les veuves et les vierges consacrées au Seigneur. Il est indifi*érent, pour recevoir les trois ordres, d'avoir ou non l'usage de ses facultés intellectuelles; les idiots ne sont

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pas exclus. Kaymond de la Côte nomme deux majoraïes connus de lui qui se trouvaient dans ce cas (1).

L'évêque vaudois tient de Dieu même, par saint Pierre, le le pouvoir de prêcher TEvang^ile, qu'il communique à ses prêtres. S'il n'était en lutte avec le pape, c'est de ce dernier qu'il devrait le tenir. Les prêtres en obéissant sur ce point au pape plutôt qu'à leur «major» commettraient une faute (2).

Les ministres vaudois n'ont pas de demeure fixe; ils ne doivent pas en avoir, ayant tout quitté. Les réunions de leur église se font dans les maisons des fidèles, ou en plein air. Il n'y a ni temple, ni local déterminé pour cela (3).

Kaymond de la Côte explique longuement la manière dont les ministres de la secte récitent l'office divin. Les heures en sont celles de l'Eglise romaine, avec cette différence qu'on n'y dit ni antiennes, ni leçons, ni répons, ni hymnes, ni oraisons. On se borne au Psautier avec la distribution des psaumes selon l'usage romain, et au Pater noster qui tient lieu de tout le reste. Le € bréviaire » vaudois n'admet point d'offices propres, les dimanches et les fêtes n'existant pas pour la secte. Raymond explique que leur manière de célébrer les solennités consiste à s'abstenir, ces jours-là, de tout péché. Ils observent néanmoins les jeûnes et les vigiles du carême, des quatre-temps, du vendredi et des jours qui précédent les fêtes de la sainte Vierge, des Apôtres, de la Toussaint, de Noël, de l'Ascension, de la Pentecôte, de saint Jean et de saint Laurent. Les prières avant et après le repas sont fort longues. On a la coutume de réciter à genoux cinquante fois le Pater noster avant de prendre la nourriture, et autant de fois en se levant de table (4). L'oraison dominicale tient une grande place dans cette religion simplifiée; le Vaudois fervent la répète à satiété.

(1) Errores contra sacramentum ordinis, folio 16 B, C, D. Errores contra vota, folio 16 D.

(2) Errores contra missiones ad predicandum, folio 17 A.

(3) Conf. Raym. de Costa^ folio 17 B.

(4) Ihid,, folio 17B,C; cf. Practica, p. 249.

Une observation s'impose après la lecture de l'exposé doctrinal et liturgique de notre diacre vaudois, c'est que, tout en conservant dans leur intégrité certains principes capitaux de la secte, tels que la négation du purgatoire et de plusieurs sacrements, l'horreur profonde du serment et de l'homicide, mêipe justifié, les Vaudois contemporains de Eaymond de la Côte ne professaient plus la morne intransigeance et, peut-être, n'avaient plus la même unité de vues sur leur situation à l'égard de l'Eglise romaine. On est surpris d'entendre ce diacre déclarer équivalemment, et non sans beaucoup de grossières contradictions, qu'il se pourrait, après tout, que les Vaudois fissent fausse route en demeurant rebelles à l'autorité du pape. En tout cas, il n'est plus question de lancer l'anathème sur tous les dogmes et toutes les pratiques du catholicisme. Notre diacre admet qu'il a du bon, voire du meilleur que la Vaudoisie, puisqu'il regrette, sans trop le dire d'ailleurs, de n'en être pas. Evidemment la secte, du moins certains de ses membres (1), ont passi^ de l'exclusivisme primitif à une compréhension plus large de leur situation réelle. Ils restent néanmoins des révoltés, et le sont doublement puisqu'ils ont une demi-conscience de leur rébellion. Bien ne peut cependant dompter leur obstination. Jacques Fournier essaye de la persuasion et du raisonnement pour convaincre et ramener ceux-ci, il perd son temps. Ils montent au bûcher convaincus et obstinés.

(1) D'autres, au contraire, paraissent avoir professé la doctrine vau- Jloise dans sa sévérité. Voir Practica de B. Gui, p. 245 et suiv.; et Limborch, Lib. sentent., p. 201, 207, 222, 263; cf. Lea, op. cit , II, p. 176

5. — Les témoins (1). Leur nombre; leur sexe et leur condition; LEUR SITUATION PAR RAPPORT AUX ACCUSÉS; LEUR • PAYS d'origine.

L'audition de témoins à charge constitue la base de tout procès d'hérésie, puisque c'est d'après le résultat donné par cette formalité essentielle qu'on articule l'acte d'accusation. L'interrogatoire du prévenu est donc logiquement précédé de l'examen de ses accusateurs. Si la marche du procès l'exigeait, on provoquait, même après la comparution de l'accusé, un supplément d'information testimoniale: d'autres personnes pouvaient être entendues, tant que duraient les débats. On devrait donc s'étonner de ne point trouver, en tête de chacun des quatre-vingt-dix-huit dossiers du Registre de l'Inquisition de Pamiers, le texte de ces pièces importantes;.j'aiditqu'elles n'existaient que pour trente-un, c'est-îi-dirc pour moins du tiers d'entre eux. Il en est parmi les autres pour lesquels cette omission n'en est point une, à la vérité; car l'acte d'accusation des hérétiques auxquels ils se rapportent se fonde sur les dépositions et les interrogatoires de témoins ou de prévenus précédemment entendus. Il ne faut point oublier que tout individu qui paraît devant ce tribunal comme accusé, y est, par le fait aussi, comme témoin accusateur, et que le serment qui lui est déféré à l'ouverture de chaque audience domine, dans sa formule, l'une et l'autre de ces situations. Effectivement beaucoup de gens examinés pour leur propre compte par Jacques Fournier, lui font, par la même occasion, l'examen de conscience d'autres personnes: parents, amis, connaissances, dont la culpabilité est liée intimement à la leur. C'est dans le dossier de ces amis indiscrets qu'il faut chercher les motifs de la nouvelle accusation. Citer ici des exemples de ce fait serait lîien superflu;

(1) Douais, Documents^ etc., J, p. ciii-cri.

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nous avons signalé ceux qui nous ont le plus frappé dans l'analyse des pièces du manuscrit (1).

L'enchaînement des procès entre eux n'est point cependant, il s'en faut bien, une règle absolue. Si l'on en peut constater l'existence pour la plupart de ceux dont une accusation de catharisme a provoqué l'ouverture, il n'en est pas de même pour quelques-uns des autres. Pour nous borner à des exemples, on ne sait par qui le juif Baruc, le lépreux Agasse, les quatre Vaudois exilés, les cinq habitants de Pamiers inculpés de nécromancie ont été accusés. Le registre d'Inquisition présente évidemment ici une lacune. Les actes testimoniaux se référant à ces causes n'y ont point été admis, et il est superflu de rechercher la raison de cette omission.

II ne peut être question ici, on le comprend, que d'une courte notice sur les témoins ne figurant qu'à ce titre dans les trente-un procès (2) vraiment complets du manuscrit 4030. Les autres nous sont connus par ce qui a été dit dans le paragraphe qui précède.

Ces témoins sont interrogés à la charge de cinquante prévenus (3). Ils sont eux-mêmes cent-quarante-deux ; sur ce nombre figurent trente-une femmes (4). La condition de ces gens est modeste comme celle des accusés. Ce sont de pauvres cultiva- , teurs, des artisans, de petits marchands (5). On peut distinguer.

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(1) On remarquera d'abord ceux qui ont. pour titre: « Confessio et depositio...»; ce double substantif est très clair. On se reportera ensuite aux numéros suivants du sommaire: X, XIII, XlIIbis, XVI, XLI, XLIX LXV, LXVII, LXIX, LXXVII, LXXVIII, etc.

(2) A la vérité, les numéros XIII bis et LVII ne renferment que des dépositions de témoins contre des personnes dont le procès de la plupart fait défaut.

(3) En y comprenant ceux dont les charges sont groupées dans les deux dossiers dont il vient d'être question.

(4; Une dans chacun des procès suivants: V, VIT, L, LV, LXT, LXXXIV; deux dans XII, LIV; trois dans LXXXII; quatre dans IX,' XIII bis; cinq dans XLII, et LVI.

(5) Dans LXXIX et LXXXIL

si Ton veut, de cette majorité, quelques personnages plus intéressants: le maître d'école d'Ax, Gérard de Calvignac (LXXIX); un scriptor, Gérard, de Ventenac, qui figure dans deux procès (VII, XLII); deux notaires, Pun de la châtellenie des Pujols, Fabre de Montant (VII), l'autre, de Tarascon, Pierre de Gaillac, jadis poursuivi pour hérésie par Geoffroy d'Ablis (1), et qui témoigne dans trois causes (XIII, XIII bis, L). Deux témoins appartiennent à la petite noblesse rurale, Béatrix Gleizes (LVI), qui paraît ailleurs comme accusée (X), et Guillem Bernard, damoiseau de Luzenac (LXXXII). Enfin on remarquera un certain nombre d'ecclésiastiques: Bernard Hugues, prieur d'Unac (LXXIX), Pierre Bougé, recteur de Mérens (V), Guillem de Montant, recteur de Dalou (X), Guillem de Sila, recteur de Lordat (L), Pierre Bêle, recteur de Puy-Saint-Pierre (L), Kaymond Frézat, recteur de Quié (LVII), Bernard Déjean, recteur de Bédeillac (LXXII), Durand de Freshiteria, recteur d'Orlu (LXXIX). Le recteur de Ventenac envoie son procureur déposer contre Bérenger Scola (VII). Nommons encore le vicaire perpétuel de Verdun, Guillem Castel (L); les trois sous-chapelains du Merviel (XLII), de Celles (XLVIII), et d'Unac (LXX); deux prêtres: Barthélémy de Ecclesia, de Sorjeat (V) et Barthélémy Amilhat, du diocèse d'Urgel (LVI), prévenu lui-même d'hérésie (XI); un moine apostat de Tordre des Carmes, Pierre Eecord (LXXI); et un clerc, Raymond Barrau, d'Ornolac (IX). Il est intéressant de remarquer que plusieurs de ces prêtres ayant charge d'âmes sont appelés h témoigner contre leurs paroissiens, ainsi le curé de Dalou, contre Béatrix Gleizes (X); le sous-chapelain du Merviel, contre Aude Faure (XLII); celui de Celles, contre Arnaud ïisseyre (XLVIII) ; le curé de Lordat, contre le notaire Arnaud Tisseyre (L) ; celui de Quié, contre Raymond de Laburat (LVII); celui de Bédeillac, contre Arnaud de Bédeillac (LXXII). Il est non moins curieux de constater que

(1) Ms. lut. 42G0 de la Bibl. Nationale, folios LIV-LIX,

les parents se font les accusateurs de leurs parents. Guillem Faure témoigne contre sa femme Aude (XLII); et Guillemette Tisseyre, contre son mari, Arnaud (L) ; Bernard Gombert et sa sœur Bernarde, femme d'Amiel de Rieu, s'accusent mutuellement (LIX, LX); Bernard Boret dépose à la charge d'Aycrède, son frère ou son cousin (LXXXIV). Enfin, des serviteurs sont appelés dans les procès intentés à leurs maîtres (XLII, LXX, LXXXII) et Pierre Bernard d'Alavac l'est contre son serviteur, Pierre Acès (XCVII).

Ce sont là des cas exceptionnels, il faut le reconnaître. Le coupable est, plus ordinairement, dénoncé par des gens étrangers à sa famille, venus de son village ou des villages voisins, qui le connaissent et l'ont fréquenté. Les cent-quarante-deux témoins appelés à la barre du tribunal de Pamiers sont originaires de quarante une localité, dont six seulement se trouvent en dehors du diocèse de Pamiers et cinq en dehors du département moderne de l'Ariège (1). On peut dire des accusateurs ce qui a été dit des accusés. Ce sont les districts de l'arrondissement de Foix qui les fournissent en très grande partie, et, parmi ces districts, ceux de l'ancien Savartès: Ax, Les Cabannes, Tarascon: cent vingt quatre pour tout l'arrondissement; quatrevingt-dix-sept, pour ces trois cantons; tandis que la circonscription de Pamiers en revendique douze à peine (2).

(1) Un est du diocèse d'Urgel (LVI); un autre de celui de Clermont (LXXIX); deux sont de Eibouisse (LXXI); un de Plavilla(LXXI); un enfin de Bouriége (LXXI), localités du département de PAude. La commune de Gaudiés, patrie d'un des jeunes gens qui accusent Arnaud de Verniolle (LXXI), fait aujourd'hui partie du département de l'Ariège.

(2) Voici les noms des localités d'où viennent ces témoins:

Arrondissement de Foix: 124 témoins.

a) Canton d'Ax: 37 témoins. Ax, un dans numéros V, XLIV, L, LIX, LXIII, LXXXII, LXXXIII; cinq dans XLVII; deux dans XIII et LXXIX; six dans XIII bis. — MontaiJlou, deux dans LIV; trois dans LVI. — Sorgeat, un dans V. — Mérens, un dans V. — Tignac, trois dans XLIV. — Ascoii, quatre dans LXIII. — Orlu, un dans LXXIX.

La preuve testimoniale est rarement complète par la déposition d'un seul individu ; le tribunal en appelle au moins deux, et, si c'est possible, un plus grand nombre. Il n'est pas rare d'en trouver quatre, cinq, ou huit; dans le procès d'Aude du Merviel il y en a jusqu'à onze (1). 11 n'était point aisé, on le soup-

b) Canton des Cabannes: 22 témoins. Lmenac, un dans XIII bis et LXXXII. — Lordat, deux dans XLIV, trois dans L. — Garanou, un dans L. — UnaCy deux dans LXX, un dans LXXIX et LXXXIII. — Lassur, deux dans LXI. — Verdun, un dans L. — Puy- Saint- Pierre, un dans L. — Caussou, six dans LXXXIV.

c) Cant, de Tarascon: 37 témoins. — Tarascon, un dans XIII, XIII bis, L; trois dans VI et LXXXII.— Quié, huit dans LVII; trois dans LXVIII, un dans LXXXII. — Saurai, un dans V. — Ornolac, sept dans IX; trois dans XII. — Arnave, un dans LVI. — Rabat, deux dans LV. — Béddllac, deux dans LXX II.

d) Cant. de Vicdessos: Goulier, huit dans XIX.

e) Cant. de Lavelanet: 13 témoins. — Ventenac, un dans XLII et deux dans VIL — Merviél, dix dans XLII.

f ) Cant. de Foix : 7 témoins. — Foix, un dans VII. — Celles, trois dans XLVIII. — Ganac, un dans XCVJI. — L'Herm, deux dans XCVII.

Arrondissement de Pamiers: 12 témoins.

a) Cant. de Pamiers : 5 témoins. — Pamiers, un dans LXXI, LXXXII; deux dans LXXXVII. — Les PiijoJs, un dans VIL

b) Cant. de Varilhes: 5 témoins. — Variïhes, un dans XLVIII. — Dalou, deux dans X, un dans LVI. — Gndas, un dans XCVII.

c) Cant. de 3[irepoix: Laroque d^Olmes, un dans XLVIII.

d) Cant, de Saverdun: Gaudiès, un dans LXXI.

(1) Procès où Ton n'entend qu'un seul témoin: numéro LIX; Deux témoins: numéros X, LIV, LV, LXI, LXX, LXXII, LXXXIII, LXXXVII;

Trois témoins: numéros VI, XII, XIII, LXVIII;

Quatre témoins: numéros V, VII, XCVII;

Cinq témoins: numéros XLVII, XLVIII, LXIII, LXXIX;

Six témoins: numéros XLIV, LVI, LXXI, LXXXIV;

Sept témoins: numéros IX, LXXXII;

Huit témoins: numéros XIII bis, XÏX, LVII;

Neuf témoins: numéro L;

Onze témoins: numéro XLII,

LE TRIBUNAL d'iNQUISITION DE PAMIEBS 14l

çonne, de récuser tous ces témoignages quand ils étaient con- <îordants. Le malheureux qu'ils atteignaient, qu'il fît ou non l'aveu de sa faute, en restait convaincu. Il était douteux que «a défense, s'il consentait à l'essayer, modifiât à son égard la conviction de ses juges, aussi solidement fondée.

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