‹ Le Tribunal révolutionnaire (1793-1795):Chapitre 14 sur 14 · S0 I.G TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE · texte numérisé non relu

S0 I.G TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE

on ne juge plus; nous y passerons tous, nous sommes tous perdus ' I » Et l'on vit, au parquet, un portier de prison, Blanchard, fondant en larmes, déclarant, à travers ses sanglots, qa'il en avait asses, qu'il dëmissionnait, « qu'il n'était pas fait pour occuper une pareille place et que cela le readait malade ■ ».

La 9 thermidor on jugeait à la Grand'Gbombre vingttrois accusés : M** de Maillé était du nombre : elle aurait dA passer l'avant-veille avec son flls. Le jeone homme fit partie de la fournée ; mais quaad on appela sa mère au quartier des femmes de la Conciergerie, les huissiers se trompèrent et amenèrent au tribunal, à sa place, une dame Mayet ; on reconnut l'erreur, et on passa outre. M" Mayet fut condamnée, « puisqu'elle était là * », et le surlendemain M*** de Maillé retrouva son tour. En apercevant les gradins sur lesquels s'était assis son flls, un enfant de dix-sept ans, elle fut prise de convulsions nerveuses Hi violentes, que quatre hommes réussirent avec peine k la maintenir et h l'emporter dans la salle des témoins. Elle resta là, sans soins, exposée aux regards des paseants, tant que dura l'audience ; on ne la reconduisait pas k l'infirmerie parce que le président Scellisr attendait qu'un moment de calme permit de la mettre en jugement. Mais la crise fut plus longue que les débats, et it fallut bien renvoyer M"" de Maillé au lendemain *.

A la salle Saint-Louis *, le même jour, autre incident : Onmas préside, entouré des juges Maire, Deliége et Félix.

' Proçii Fouquier. DâpoeilioD de Gomel, employé.

* Procit t'qiiquier. Déposition de Goroel.

' Wallon, V, III.

* Le Joademain était le 10 thermidor : H'* de Htillé eut la vie

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LIGER DE VERDIGNr

l'résident du tribunal, lora du Procès do Fouquier-Tinville.

(l)-«pni un lablMii arparleiifiiil h 1i lairillcj

D:|-z..l:,G0Oglc

HEBSE8 R0DGE6 281

Fouquier est h son siège : ringt-quatre accusés ont pria place sur les banCB. Vers trois heures, des agents du Comité de Salut public se prégeDtent à l'audience, et iolerrompent les débats. Qu'y a-t-ilî Ordre de la Convention d'arrêter le président Dumas. Très pâle, oelui-ci se lève de son siège et dit — : a Je suis perdu ! » Dumas, en eftet, n'a pas la conscience tranquille : il sait que, depuis cinq jours, on l'a signalé au Comité de Sûretë générale comme ayant fait acquitter à prix d'argent, un accusé traduit au tribunal rëvolutionnairc'. C'est à cette dénonciation que, dans sa pensée, il attribue son arrestation ^. Il suit les agents qui l'emmènent. Les gens d'alors vivaient dans l'inattendu et dans l'incroyable : ils y étaient faits : aussi le départ de Dumas ne causa point d'émoi. Maire prit sa place au fauteuil, et prononça la condamnation de toua les accusés, moins un. Comme Fouquier sortait de l'audience, à trois heures et demie il rencontra, dans le corridor, l'huissier Simonet. Celui-ci l'avertit qu'on battait la générale dans la rue Saint-Antoine et qu'il y avait peut-être dnnger h faire sortir les condamnés pour les conduire au supplice. Fouquier qui était pressé, car il allait diner & l'tle Saint-Louis, répODdit que ce n'était rien, qu'il fallait procéder comme k l'ordinaire.

n quittait donc son cabinet où il avait déposé son manteau d'audience et son chapeau à plumes, quand il fut abordé par Comtat, employé au greffe qu'accompagnait Saason, l'exécuteur, fort perplexe. Constat, lui encore.

' Le Uxte de la déDODcisUon a élA publié pu- H. Campardon, I,

' Od do savait ennore va Paiftia rien de ce qui ss pasMJt à la Conrentioa : « Le 9, à trois henrea, j'ignorais ce qui se passait à Paris, Robespierre, à cetle heure-là, n'était pas encore arrêté, et la géné^ raie a'avait pas encore été battue dans ce qaartier-ci. > Déclaration de Fonqnier, ion de son procAs.

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383 LE TRIBONAL BI^VULOTIONNA-IRE

représenta qu'il y avait des mouTements dans Paria et qu'il serait prudent de remettre au leodemain l'exécation. Pouquîer s'adressaut au bourreau, répliqua : — « Va ton traiD, il faut que la justice ait sou cours ' » .

Puis il s'éloigaa. La dernière tête qu'il avait obtenue, ce jour-là était celle de la veuve du paralytique aveugle, Puy de Vérioe. C'était, depuis un mois, la millième que lui accordait le jury. La millième t

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L'ÉCROULEMENT

DintizedbïGoOglc

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L'ÉCROULEMENT

Le citoyen Vergne*, chez qui Fouquier allait dîner et qui habitait l'Ile Saint-Louis, a en face- du Pont rouge », n'était pae un ami de l'accusateur public.

Us s'étaient rencontrés pour la première fois, trois jours auparavant, le 6 thermidor, dans un dîner offert par Tampon la Jarriette, qui fêtait sa récente nominatioD & la présidence du tribunal du troisième arrondissement *■

Acedtnerda 6, chez la Jarriette, rue Heslée, où s'étaient trouvés Coflinhal, et trois députés. Cochon, Goupilleau de Fontenay et Mauriceau, Vergne avait proposé de recommencer la partie prochainement, chez lui, et invité Fouquier, en lui laissant le choix du jour. Celui-ci avait indiqué le 9 Me tribunal ne siégeant pas aux jours de décades, il pouvait prendre, les nonidis, quelques heures de distraction.

On se mit donc k table, chez Vergne, il quatre heures, et le dîner commença tranquillement. Les convives étaient

' ■ Vergne, demeurant lie de la Fr&temité u {SainL- Louis). C'était un ami de CotBnbalet nnusidu dntribnn&l. Bûchez et Roux, XXXIV, S41.Cofflnhalb&bitut, oomme Vergue, l'UeSaiat-Loaiï.rus La Regrat-

' Phlllppè-Marle Tampon, dit La Jarriette, ni tn 1767, mort en iSU. Il avait «te nomme, t« 30 jub 1794, préaident do tribunal dn III* arrondUsement. en remplacement de itan-JacquesNloteph Hillet de Qravelle. A.Donarcbe, II, 643.

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S8ft 1.E TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRR

k table depuis une heure, lorsqu'on entendit un rappel de tambour battu dans le loiotain. Le domestique, envoyé aux informations, rapporta que « c'(!tait k cause du rassemblement des ouvriers sur le port, relativement au maximum' ».

On poursuivit le repas, sans trouble, et la conversation n'aborda point la politique. Coffinhal, qui avait eu. le matin même, une entrevue avec Robespierre, n'eu dit mot : la présence des citoyennes Vergne et la Jarriette interdisait les conâdences compromettantes. Un peu avant six heures, le bruitdes tambours se rapprochant, Fouquier s'en inquiéta de nouveau, et presque aussitôt on apprit que les frères Robespierre, Couthon, Saint-Just et Lebas, étaient en arrestation et que de très graves ëvënemeots se passaient à l'ABsemblée.

Le dtner fut en désarroi; Fouquier se leva de table aussitôt, prit congé de ses hôtes et regagna le Palais par le plus court chemin ^. Sur le quai aux Ormes, il rencontra Oudart, président du tribunal criminel ordinaire, qui se rendait, lui aussi, au Palais : ils firent route ensemble, traversèrent la Cour du Mai, montèrent le grand perron, et suivirent, de compagnie, la galerie des prisonniers. Arrivés au pied de l'escalier de l'ancienne Chambre des Requdtes, ils se séparbrent a pour se rendre chacun à leur

' Uëmoire pour X.-Q. Fouquier.

* Le Pont rouge qui unissait la pointe de lu CiU d la pointe de l'Its Saint- Lonia, c'était pus utilisé k celte époque et sa dâmolilion était déjb, Binon terminëo. du moins entreprise. Le fuit est que les piétons n'y passaient plus. Il n'est pas Indiqaii sur le plan de Verniqaet, terminé en 1792 : Fouquier dit Ini-iuâme, dons aon Mémoirt : ù ci-deBartl pont rouge. Bon itinéraire d'allIoDrs, pour reveoir de cboz Vargne au Palais, marque que ce moyen de commuolcalioD était aboli; car i] passa bot le qnoi aux Ormes. 11 sortit donc de l'tle Baint-LoDis par le Pont Marie, langea la rive droite de la Seine et revint an Palais, soit par le Pont Notre-Dame, soit par le Pont au Change.

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l'ÉCROULBHBM '287

tribunal » : Oudart prit à gauche; Fouquier, it droite, s'engagea dans la galerie des Peintres (actuellement galerie Saint-Louis) et courut & son cabinet '.

11 fut mis sur-le-champ au courant de ce qui s'était passé pendant son absence : peu après quatre heures, on avait appris que Botot-Duménil, le commandant de la gendarinerie des tribunaux étaitarrété par ordre de la Commune; une demi-heure plus tard, la nouvelle du trouble qui régnait h la Convention était parvenue au tribunal, mais suns précision et les bruits s'étaient succédé, très contradictoires, jusqu'à cinq heures et demie du soir. Lescot- Fleuriot, maire de Paria, s'était présenté, & ce moment, réclamant l'accusateur public, bod intime, ainsi qu'on s'en souvient. Sur la réponse que Fouquier étaitabsent, Fleuriot iivait inetammant recommandé qu'on enjoignit, i celui-ci, d'aller, dès son retour, & l'Hûtel de ville où sa présence était vivement désirée '.

A peine Fleuriot avait-il quitté le tribunal, que Fouquier y rentrait, revenant de chez Vergue. Il dépêcha sur-lechamp un des secrétaires de son parquet, Ualarme, vers le Cou^ité de Salut public pour en informer les membres « qu'il était à son poste et prêt à exécuter tels ordres qui lui seraient transmis ' ».

* «... Oud&rt... avec lequel je suis reveaa jaaqn'èi la galerie des Prisonniers, au Palais, que nous nous sommes séparés ponr nous rendre cbacnn à notre tribunal, s llémoire pour A.-Q. Fouguier. C'est encore là un indice certain que personne, si ce n'est le public, qui se rendait aux audiences de la Grand' Chambre, n'entrait au tribunal révolutionnaire par la salle des Pas perdus. Tous ceux qui y avaient allai re : lèmoins, Jures, magistrats, employés, n'y pénétraient que par la galerie des Prisonniers, la galerie des Peintres (actuelle galerie Saint-Louis) et le corridor du b&Ument vieux qui lui faisait

' Mémoire pour A.-Q. Fouquier.

■ Elude lur Fouc^é, par U. le Comte de Martel, H, 3ST.

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288 LE TRIBUNAL RËVOLUTIONNAIRB

Puis il moDta à son logement de la tour Bonbec ponr attendre les éréneiiieiits.

II s'y trouvait avec Scellier, le vice-préaident, et Grébeauval, son substitut, quand le lioutenant Debusse, qui avait accompagne leB condamnés du jour jusqu'au lieu do supplice, vint rendre compte, vers huit heures du soir, que « l'exécution avait eu lieu avec le calme ordinaire' j>. Fonqaier, vers dix heures, ae montra k la buvette ; c'est là que le rencontiërent, au cours de la soirée, les émissaires de la Commune accourus à diverses reprises pour l'iaformer que « toutes les autorités constituées se réuaissaientà l'Hôtel de ville, et l'y convoquaient lui et les membres du tribunal'», maisàchacune de ces démarches, Fouquier renvoyait Halarme au Comité, tant pour être informé des nouvelles, que pour protester de son dévouement à la Convention. Il avait installé chez Morisan, le buvetier, son quartier général; on venait là lui readrecomptedes bruits qui circulaient.

A tous les arrivants il déclarait « qu'il resterait à son poste, quoi qu'il advint ». Bolot-Duméail, après trois heures d'arrestation, reparut an Palais vers onze heures du soir, annonçant que ta guerre civile était dans Paris; que le pouvoir exécutif siégeait, en la personne de Robespierre et de ses amis, à la Maison commune, et que la nuit ne se passerait probablement pas sans que la Convention, privée de défenseurs, ne fût réduite à merci. A lui aussi Fouquier déclara qu'il demeurerait fidèle a sa mission.

Pourtant, comme il était fort perplexe, il se résolut à quitter le Palais pour voir par lui-même où en étaient les choses. A minuit et demi, accompagné de l'huissier Uegaignié et de plusieurs gendarmes, il se risqua par les rues.

* Mémoir» pour A.-Q. Fouquier, 'Papierê itxédiltAë Liger de Vardifiiy.

l'écboOlehent 289

L'air était oragenx, le ciet chargé de nuages: les sections armées occapaient les quais et le Pout-Neuf : un député, h cheval, escorté de citoyens portant des torches allumées, lisait, h haute voix, une proclamation de l'Assemblée au peuple de Paris, et, docilement, les groupes armés, sans ordre, traînant des canons, Be repliaient vers leurs sections; exode de bataillons débandés, sans entrain, se perdant par les rues noires.

Au Carrousel, d'autres, en masses compactes, gardaient tes Tuileries, les canons pointés vers te débouché de la rue Saintr-Nicaise, déserte et silencieuse. Manifestement le conflit attendu ne se produirait pas. Quand Fouquier parvint aux Tuileries, le triomphe de la Convention était assuré : il pouvait être une heure du matin ; d'une extrémité du chdteau k l'autre, du Comité de Salut public dont les locaux touchaient au pavillon [de Flore jusqu'à la salle où siégeait l'Assemblée, voisine du pavillon de Marsan, on restait en grande rumeur. La Convention avait résolu, en cas d'attaque, de gagner, par le cours la Reine et la route de Sèvres, les coteaux de Bellevne et de s'y cantonner comme en une forteresse inexpugnable ■ ; mais l'assaut redouté ne s'était pas produit et c'étaient, mainteoant, au contraire, les troupes de la Convention qui, sous la conduite de Barras, de Bourdon de l'Oise et de Merlin de Thionville, marchaient en tumulte vers l'Hûtel de ville.

Au moment où s'opère cette manœuvre décisive, Pouquier-Tinville pénètre au Comité de Salut public. Barëre, CoUot d'Herbois, Prieur, Carnot sont là; Billaud-Varenne a dormi sur un matelas jeté à terre; sur ta table sont les reliefs d'an repas sommaire, du vin, des fruits, des côtelettes ^ ; certains membres du Comité de Sûreté géné-

' Ch. d'Hâric&nlt. La révolulion de thermidor. * Archive* nationalet kP" 32.

390 LE TBIsrNAL RÉVOLUTIONNAIRE

raie se sont réunis h leurs collègues : Vadier, Lavîcomterie, Amar, Voulland, Louis du Bas-Rhin. David n'a pas depuis paru le matin : il se cache. Des députés, à chaifue instant, surviennent, apportant ou cherchant des nouvelles ; Pouquier reconnaît Thuriot et Merlin de Thionvllle, ce qui donne à croire qu'il resta longtemps au Comité, car Merlin dut n'y reparaître qu'aprëg;Ia défaite de la Commune : il est probable que c'est par lui qu'on apprit aux Tuileries la prise de l'HOtel de ville et l'arrestation, dëSnitive cette fois, des rebelles.

Pourtant Fouquier-Tinville devait avoir dëjii regagné le Palais, lorsque, k trois heures et demie du matin, des pompiers apportèrent & la Convention sur une planche Robespierre, blessé ; Barras assure, en elTet, que, h ce moment, les membres du Comité étaient allés prendre du repos et qu'aucun d'eux ne futmisen présence ducollègue vaincu'. On retendit sur une table dans le vestibule voisin dn Pavillon de Flore.

Au tribunal la besogne ne chômait guère quoiqu'on fût au décadi, jour de vacances, la liste des accusés du lendemain avait été dressée et leur acte d'accusation se trouvait prêt : il englobait quinze noms, un amalgame d'aristocrates, d'hommes de loi, de marchands de vins et de domestiques'. Mais un travail plus urgent réclamait les soins de Fouquier : d'abord il s'agissait de se prononcer, nettement, en faveur des triomphateurs, et, dès dix heares du matin, il prit le chemin delà Convention en compagnie de son personnel, déjk réduit par les événements de la nuit, cai- quelques-uns de ses juges et de ses jurés, membres ou partisans de la Commune, étaient mis hors la loi avec

' Mimoirtt lU Bai-raa, I, 196. note.

' M. Caïuptu'doD a. pnblié la liste da ci 9 Ihorinidor sauva 1& vie. I, iS.

L'ÉCROtLEHENT 291

elle. Domas arrêté le 9, puis délivré, avait été découvert, à moitié évanoui sous une fable de l'Hôtel de ville et tenant à la main un flacon d'eau de méliEse. Coffinhal, autre séide de Kobespierre, avait disparu. Lumière, Besuard, Nicolas étaient arrêtés.

Néanmoins le tribunal révolutionnaire, quoique entamé, se présenta à la barre de l'Assemblée : il félicita les Conventionnels de leur triomphe, les assura de son absolu dévouement, renia les traîtres « qui s'étaient glissés dans son sein » et sollicita les ordres pour le jugement des conspirateurs'. On applaudit ce petit discours qui semble être de la manière de Fouquier et que le vice-président Scellier prononça, sans doute, Fouquier prit ensuite la parole : il était bien aise de faire connaître aux députés combien étaient grands ses scrupules d'homme de loi, méticuleux et strict observateur des formes : il signala donc une dit^culté qui se présentait relativement & Robespierre et ses complices : comme ils étaient hors la loi, il suffisait pour rendre la condamnation valable de constater leur identité, encore fallait-il que cette constatation fût faite pardeuxofficiersdelaCommune: or la Commune tout entibre était Aors la loi; quelle marche suivre? La Convention tomba d'accord sur un point : c'est que rien ne devait retarderlesupplicedes rebelles :Robespierrequoique blessé et prisonnier, faisait peur encore. Le tribunal fut donc, par décret, dispensé de l'assistance des municipaux et l'on ordonna que, pour la circonstance, la guillotine serait reportée à la place de la Révolution ; on l'en avait retirée, depuis six semaines, pour la dresser en permanence ii la barrière deVincennes.

Le premier soin de Fouquier, en rentrant au Palais, fut de donner des ordres au charpentier du domaine,

' Wallon. V, KO.

M£ LE TRIBUNAL RÂVOLUTIONNAIfiE

pour le transport et le remontage de l'instrument des supplices, cette opération devant exiger beaucoup plus de temps que la condamnation k mort desmaltresde la reille. De tous les pointe de Paris, des gendarmes les amenaient, depuis le matin, à la Conciergerie; Robespierre et Couthon venaient d'y être apportés, après un séjour de quelques heures dans l'antichambre du Comité du Salut public. Saint-Just les accompagnait. Le Comité deSAreté générale y avait expédié Dumas, Hanriot, Robespierre le jeune, Payan, Lescot-Fleuriot, le cordonnier Simon ; d'autres y étaient venus directement de l'Hôtel de ville. Au total vingt-deux, qui devaient composer la première fournée. Il semble bien qu'aucun de ceux-là ne pénétra dans la prison proprement dite : ils Turent placés dans le Côté des Douze, joignant le quartier des femmes. D'après une tradition, Robespierre occupa un cachot voisin de celui qu'avait habité la reine. A peine l'y eut-on déposé, car il ne pouvait se tenir debout, on le vit, par signe, — sa tête blessée était entourée d'un bandage, — réclamer une plume et du papier ; mais les comités avaient commandé qu'on lui refus&t toute occasion d'écrire. Dumas hurlait de fureur dans sa cellule : voyant passer Hanriot, il cria : — « Si ce dr&le ne s'était pas saoulé hier, nons serions aujourd'hui à l'ordre du jour', n

Tandis que ces éminentes recrues s'entassaient dansson rétenoir, Fouquier, à la pensée de la cérémoraie qui se préparait, était « dans une agitation qu'on peut difficilement se représenter' ». Condamner ceux, dont l'avantveille, il prenait les ordres, c'était là un de ces revirements inquiétants dont s'émeuvent les plus endurcis. Il montraitpourtantsonzèleaccoutumé.carBarras, le maître

• ProuMinalle. HUtoire tecrète du tribunal révolutionnaire.

• Barros. Mémoirei, 1, 197.

l'ëgroolehent 393

«lu jour, était au tribunal, afin de h&ler les choses. Fou- <]i:Lier, tiumble, obséquieux, déférent, l'entretenait d'un ton de confiance intime : il cherchait à excuser sa subite TOlte> f&ce.

— « Je eais bien, disait-il, que ce n'est pas moi qui condamne ces messieurs » : il se reprit ; — «les citoyens, puisqu'ils sont hors la loi et qu'ici le tiibunal n'est qu'applicateur : je sais bien que c'est mon devoir et même Kaon droit de donner l'impulsion et la direction k la justice; que ce que je fais aujourd'hui est moins, soua un rapport, que ce que je faisais hier, puisque, hier, nous rendions des jngements de propre mouvement, et qu'aujourd'hui nous ne faisons qu'exécuter celai de la Conrentioa nationale... mais enfin '... »

Barras le réconforte, lui recommande de faire rite ; Fouquier court aussitôt jl son parquet, « met son petit manteau, son chapeau relevé à la Henri IV, appelle les juges, leur donne le mot d'ordre > », et monte k l'audience.

U faut faire gravir, au brancard de Bobespierre, l'étroit escalier de la tour Bonbec. Le blessé passe maintenant, dans ce couloir qui conduit à la tirand'Chambre : pour la première fois, sans doute, il pénètre dans ce tribunal auquel il envoya, en pâture, tous ses rivaux. Il ne semble pas, en elTet, qu'il ait jamais eu la curiosité ou le loisir de voir fonctionner cette usine de mort dont il fut si longtemps le principal fournisseur. Un autre brancard suit le sien : Couthon y est étendu ; un troisième encore où gtt Robespierre le jeune ; puis viennent, entre les gendarmes, Lescot-Fleuriot, auquel le local est si familier, Dumas qui, la veille encore, y siégeait tout-puissant. Ils prennent place, dans la Grand 'Chambre, aux gradins des

■ Barr&B. Uémoires, 1, 193.

* Barna. Mémoiret, 1, 199.

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accuEés, ou ils ont vu trembler, au son de leurs voix, tant et tant de malheureux. Il y a Satat-Just, Haariot, Payan, Gobeau, Cochefer, Vivier, la Valette, ceux qui faisaient la Terreur, et aussi le cordonnier Simon, qui est veou là, déposer contre la reine...

Afin de compromettre avec soi tout son monde, Fouquier a requis huit magistrats, au lieu de trois qui lui sunisaient d'ordinaire, lorsqu'il n'avait à juger que des contre-révolutionnaires. Scellier préside, ayant pour assesseurs Foucault, Bravet, Félix, Importe, Haray, Maire, Deliëge et Garnier-Launay *.

11 est une heure de l'après-midi quand les premiers accusés sont introduits h l'audience, où on ne les fait paraître que par petits groupes. A Robespierre, Scellier pose la question :

— n Es-tu Maximilien Robespierre? »

Hais l'accusé, pour réponse, montre du doigt sa m&choire brisée, entourée de linges sanglants, indiquant ainsi qu'il ne peut parler.

— « Es-tu Maximilien Robespierre? » répète le président. Robespierre remue la tête en manière d'affirmation '. Deux témoins s'approchent et certifient son identité : ce sont Lecoin, un employé de la commission des Relations et Fabre, employé au greffe.

La même formalité est remplie pour les autres. Quand arrive le tour de Lescot-Fleuriot, qui a été son ami, Fouquier se lève, dépose sur sa table son manteau et son chapeau à plumes et sort du prétoire. Le substitut Liendon qui l'assiste, requiert à sa place.

Les ringt-deux furent ainsi, en une demi-heure', condamnés à mort. On les redescendit à la Conciergerie :

•Campudon, I,i2i.

* Proussinalle. Hitloitt ueriU.

' Barru. Mémoire*, 1, 199.

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l'écrouleuent 295

loraqne, « les bottes graissées ' », ils traversëreot, en longue tlle, le préau de la. prison, cinq cents dëtenuB exultant de joie, faisaient la haie sur leur passage.

— « Place à l'Incorruptible ! u cria un guichetier^.

La foule s'écarta, stupéfaite de Toir, en cet appareil lamentable, passer ces quelques hommes, dont la plupart étaient inconnus, et qui étaient toute la Terreur. Ceux auxquels allaient les regards étaient les chefs, anéantis, sanglants, les vêtements en lambeaux, sordides, hideux, étendus déjà comme des cadavres : les autres suivaient, piteux, atterrés.

Barras cependant, resté au tribunal, pressait les préparatifs de l'exécution : Fouquier, respectueux, incliné, ne quittait pas le général. Quand celui-ci indiqua le parcours que devaient suivre les charrettes, — la rue Saint-Honoré, dans toute sa longueur — , aân qu'elles passassent devant la maison Duplay, et que fût accomplie la prédiction de Diintou mourant'.

— 1( Pauvre Danton, gémit Fouquier d'un air attendri : c'était là un patriote ' ! »

' Barras. Mfmoirt), I,1S9.

* Ch. d'Héricanll. I.a révoMiûn de thermidor, SM. Cette IravorEée dn préau esl nu nouvel et sûr indiceque c'était parTescatier Boubec qua tas condauDés desceDdaïeut du tribunal, pour gagner lo gielle

■ Passant devant la maison Duplay, dans la charrette qui le condnisait à l'écharand, Danton avait crîâ : T-u nous suivras !

* Il y a bien des inexactitudes dans le récit de Barras. 11 a, par exemple, assnre-t-il. ordonné que l'exécution de Robespierre et de ses complices aurait lieu sur la place de la Révolution. Or la Convention l'avait dÉcriitiS la veille. Fouquier, en outre, loi aurait dit que, depuis huit jours, les exécutions s'opéraient & la place dn TrOne: et il y avait six semaines que la guillotine s'y trouvait à demeure. Enfin jo ne crois pas <iue les corps des Robespie iris tes furent portés an cimetière de la Madeleine (Barras, I, 200) ; la tradition assnre qu'ils forent jetés a la Tosse commune des Erraocis, en haut de la rue dn Rocher.

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LE TBIBONAL RÉVOLUTIONNAIRE

Le 11, en deux aadiences furent envoyés à la mort soixante-dix membres, commissaires, officiers ou partisans de Itt Commune de Paris ; le jour suivant on en fit passer douze encore -. au nombre des condamnés étaient quatre jurés, Besnard, devenu administrateur des Etablissements publics, l'imprimeur Nicolas, le sabotier Desboisseaux, et le musicien Lumière qui avait été le secrétaire de Fouquier. Celui-ci, on doit le dire, apporta, k remplir sa t&che, une impassibilité antique. Ceux qu'il donnait ainsi à l'échafaud, c'étaient ses amis, ses soutiens, ses prdneurs, et il les expédia aussi allègrement qu'il le faisait, la décade précédente, des aristocrates.

Hais il gardaitun gros souci. Son ami Cofftnhal, disparu lore de l'invasion de l'HOtel de ville par les agents de la Convention, son ami Coffinhal s'était échappé et, malgré toutes les recherches, on avait perdu sa trace. Fouquier ne s'en cachait point : cette évasion « lui pesait extrêmement sur le cœur' ». Il témoigoait « hautement le désir le plus ardent » que ce vieux camarade fût retrouvé.

Ce n'était point \k sa seule inquiétude. Le tO thermidor, un député avait proposé une réorganisation du tribunal, — « ouvrage de Couthon et de Robespierre » ; — mais la motion s'était perdue dans la joie causée par t'annonce de la mort des conspirateurs. Le 11 la proposition fut reprise et l'Assemblée vota i'épuralion des magistrats et des jurés.

Le i% Fouquier fonctionna cependant, ainsi qu'on l'a dit; mais, ce jour-là Barère soumit à ses collègues une liste de bons citoyens, destinés k former le tribunal régénéré. Quand, à la séance du 14 thermidor, cette liste est

' Mémoire pour A.-Q . Fouquier.

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L'&CnonLEHENT 207

mise en discussion, nombre de députés s'étonnent d'y voir Fouquier-Tinville désigné comme devant conserver ses fonctions. Frëron, en quelques paroles indignées, établit que l'accusateur public partage la culpabilité de Damas, envoyé, avec Robespierre, h. l'échafaud. — <i Je demande, dit-il, que Fouquier aille expier dans les enfers le sang qu'il a versé. Je demande contre lui le décret d'accusation, o Et, comme le décret d'accusation est mis aux voix, Tarreau interrompt, criant : — a Je m'oppose au décret d'accusation. Ce serait faire trop d'honneur h ce scélérat 1 Je demande qu'il soit mis simplement en arrestation et en jugement, traduit au tribunal révolationaaire. «Le décret, ainsi formulé, est voté d'acclamation, au bruit des applaudissements'.

Fouquier, depuis la veille, n'a pas quitté le Palais : il rôde, suivant son habitude, parlescorridors et les bureaux : mais que tout cela semble vide I Les employés inoccupés, les salles d'audience désertes, les couloirs sans animation, les gendarmes oisifs ; plus de bourreau, d'huissiers empressés ; plus de costumes ni de panaches : des fronts soucieux, des miues préoccupées ; les jurés ne se montrent plus, les solides eux-mêmes se terrent. Du tribunal silencieux l'entrain a passé au préau de la Conciergerie, d'où montent des clameurs de joie et des bravades ironiques. Les commis, eux aussi, prennent de l'audace : trois d'entre eux devisent, dans la Chambre du Conseil, sur la rédaction des jugements rendus les 10, 11 et 12 thermidor, qu'on n'a pu compléter, l'accusateurjpublic ayant négligé de fournir les pièces. Fouquier entre & ce moment dans la salle, accompagné de Grébeauval et de Scellier. 11 s'emporte : frappant sur la table, h son ordinaire, et l'un des commis, Wolf, sort en haussant les épaules ,

'WolIoD, v,2st-ses.

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S98 LE TRIBDNAL RÉVOLUTIONNMBE

— « Comme les circonstances les rendeiit insolents n, gronde Fouquier consterné.

« Je n'étais pas insolent, remarquait Wolf : seulement je n'avais plus peur de mourir ■. » Ce mot d'un subalterne résume toute l'histoire du tribunal révolutionnaire.

Or, ce 14 thermidor, vers deax heures et demie de l'aprËs-midi, un adjudicateur aux ventes de l'encan national, François Cauchois ', vint au tribunal, où il se montrait assez souvent : Poioquarrë, secrétaire du Parquet, était son neveu. CauchoisarrivaitdelaConvention; il rencontra Poinquarré dans la chambre des témoins, l'informa du décret rendu contre Fouquier -Tin ville. Un petit bossa, employé au Parquet, et qui se nommait Jean Feuillet, surprit la couridence et fit remarquer qu'il était urgent d'aviser l'accusateur public.

— « Je ne me charge pas d'annoncer une pareille nouvelle », répliqua Cauchois^.

Mais le bossu, empoignant l'autre par la manche, insiste : Fouquier est là, à la buvette, il faut l'avertir. Cauchois, bien malgré lui, le suit : Fouquier se trouve à la buvette, en effet ; il boit tranquillement un verre d'eau-de-vie en compagnie du vice-président Deliëge : le bossu le tire k part, lui glisse la nouvelle et de qui il la tient.

— « Voilà un citoyen qui vient de la Convention et qui a été témoin de ce qui s'y est passé. »

Cauchois, fort embarrassé de sa contenance, rapporte, de mémoire, le texte du décret.

— « L'as-tu entendu? fait Fouquier.

' Procès Pouqiàer. DépositioD de Robert Woli.

' Demeurant rue Meuve-de-l'Egalité.

" Proeit-verbai de rarrestalion de Fovquier-Tinviile, par les eom-

■ --■ de la Sielioni-évolulionnaiTt. Campardon, 1,433.

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l'écbodlehent 299

— Oui', a

Sur quoi, sans émoi apparent, l'accusaleur public lampe son eau-de-vie.

— rc Je suis tranquille, dit-il, je ne suis point coupable^ j'attends qu'on vienne m'arrôter. »

Un instant après il est & son cabinet, annonce à ses attachés le décret, ajoute qu'il ne craint rien, qu'il va monter chez lui et que, de là, il ira Ji la Convention.

Au logement de la Tournelle habite, comme en un ermitage, Henriette Gérard d'Aucourt, la femme de Fonquier- Tinville, si indifférente, semble-t-il, aux fonctions qu'occupe son mari, si effacée, si obscure, qu'on ne l'a pas vue apparaître une seule fois dans cette longue histoire. Elle n'est pas recluse, pourtant ; elle sort de chez elle, et, pour gagner la rue, il faut qu'elle traverse cette galerie des Peintres, toujours pleine de rumeurs, encombrée du va-etvient des soldats et des condamnés. Son logement n'a pas de fenêtres ouvrant sur le préau de la prison ; mats elle ne peut ignorer, cependant, te grouillement des détenus, si voisins ; elle entend leurs chants, le bruit de leurs pas traînant dans l'escalier de la tour, le fracas des grilles, te sinistre appel du soir; de son salon, elle a vu quelquefois passer sur le pont et suivre le quai, de l'autre cOté de la rivière, les longues aies de charrettes allant vers l'échafaud: mais non, elle n'a rien surpris, elle ne s'est émue de rien ; elle reste la bonne ménagère, toute à ses deux jumeaux, un gardon et une fille de vingt et un mois'. Les enfants du premier mariage de Fouquier ne sont point là : le ûls est h l'armée du Nord, les allés habitent Saint-

■ Cs dialogue eat, comme bien on pense, eilrait textuellement du procès- verbal.

* Probablement Henrietlt Fouquier, qui éponsa, pLos tard, un certain Pinel et qui mourot d'une façon subite et inexpiiqnée, à Bourges, après IBII et Antoine-Benri Fouquier qui mourut jeune.

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300 LB TRIBDN&L RÉVOLUTlONNAïaS

Quentin ; mais H'°* Fouquier a recueilli chez elle uoe de ses tantes, ea marraine probablement, Henriette Gérard d'Aucourt ' ; elles vivent là, isolées, h l'abri du tourbillon, respectueuses même des pieux usages de l'ancien temps, s'il est vrai que, dans l'alcôve où le lit de Fouquier voisine avec celui de sa femme, sont pendus au mur un reliqoaire et une image bénite, qui restèrent ïk tant que dura la Terreur ^.

Fouquier informe donc sa femme et sa tante de son arrestation imminente ; puis il se sépare d'elles pour se rendre à la Convention. A peine a-t-il quitté le Palais, qu'un commissaire de police, assisté de deux agents du Comité de Sûreté générale et de six membres de la section, se présente porteur du mandat d'arrêt. Il monte d'abord au logement de la tour Bonbec et interroge M"" Fouquier qui ne sait rien, sinon que son mari est & l'Assemblée et que les garçons de bureau diront peut-être l'heure k laquelle il reviendra.

Le commissaire, suivi de son escorte, redescend donc au tribunal : le gardien de bureau, Halparty, le pilote : il trouve à la buvette Cauchois et le bossu, les interroge, recueille leurs réponses et les envoie sous bonne garde à la Conciergerie, comme prévenus d'avoir contribuée l'évasion de l'accusateur public. Il fait comparaître Bernard, le lieutenant de gendarmerie de service, pose des factionnaires k toutes les portes, s'assure que les dossiers du greiïe sont h l'abri d'un pillage, questionne les sobstituls Grébeauval et Lîendon, qui déclinent, en sous-ordres, toute responsabilité ; le commissaire remonte enfin chez M"' Fouquier, qu'il oblige à vider ses poches ; la tante 'uboIsenl'anXEV. BtnseigaemenU par-

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L'tCROBLBHENT 304

Henriette est soumise au même traitement' ; puis on place sous scellés touB les papiers en a une armoire de la salle d'entrée, à droite de la porte, dans une encoignure^ », y comprig sis feuillets qu'un gendarme avise sur ane petite terrasse surplombant le quai de l'Horloge et qui semblent y avoir été jetés k dessein'.

En redescendant au tribunal, le commissaire apprit, des officiers de gendarmerie, que Fouqnier-Tinville, rentré de la Convention, venait de se rendre, de son plein gré, tt la Conciergerie, et s'était lui-même constitué prisonnier. Quand, après avoir donné son nom au greffe, il pénétra dans le préau, tous les prisonniers s'ameutèrent. L'homme qui, de sa fenêtre, là>haut, les avait nargués si souvent, 6tait maintenant parmi eux : il fut accueilli par des invectives : les geôliers accoururent, l'entraînèrent : on l'enferma dans UD cachot sans jour pour le soustraire aux f^ireurs, on lui donna, pour gardien, le gendarme Robiquet. Alors seulement, dans l'ombre, réduit à l'immobilité, passant d'une fièvre intense de seize mois à une inaction forcée, il retomba sur lui-même et se mit h. penser.

Il pensa qu'il était, pour tout être humain un objet d'horreur; si l'idée de fuir ne s'était pas présentée & son esprit, c'est parce qu'il avait compris qu'aucun homme sur terre ne lui donnerait asile. Et peut-être se prit-il & envier ceux qu'il avait immolés, et qui eux,

■ ■ Les cltoyeDDes Poaqnier mirt et filU », dit le procèa-verbal : IL semble bien que la citoyeane Fouijuier mère, dësignââ pu- \et coiDinissairea, aoit !& tante Henriette Gérard d'Aucourt.

■On voit cette armoire figorée dans le plan do deuxième étage, p. 239.

* Cette ternBse pouv^t être le toit plat d'nne des barragaes accolées aux bàtinenta dn Palais, et qui, du cAtti da qaai, l'enserroienL dans loate sa longueur. Voir enr ces vieiiles masures et eur les doléances de leurs locataires: A. Tneley, Répertoire géniral, X. VI, introdoc-

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30a ' LE TRIBDNAJ. RirOLDTIONNAIBE

du moine, étaient morts innocente, regrettés sans cloute. Il fallait lutter pourtant, Binon pour la vie, du moins pour la posture à prendre devant l'avenir : et, tout de suite, il lutta. La. première lettre qu'il écrivit de sa prison est bien humble : elle est adressée k l'nn des membres du Comité de Silreté générale, Louis du Bas-Rhin.

Citoyen représentant,

Uoyeonant les nouvelles précautions prises par le concierge pour éviter que je sois attaqué par les contre-révolutionnaires détenus à la Conciergerie, le gendarme mis près de moi devient inutile; mais je jouirais d'un peu d'air si le Comité voulait autoriser le conciei^e à me mettre dans une pièce contiguS & son logement : cette pièce n'a aucun rapport avec tes pièces nécessaires pour le service. Je vous invite à donner des ordres pour cet objet, comme pour retirer le gendarme. Salut et fraternité.

Le 17 thermidor A.-Q, FoUQUIEB*.

Le même jour, amorçant sa justification il insinue : o Moi qui ne trouverais dans aucun pays un pouce de terre pour y poser ma tâte, moi, l'ennemi né des contrerévolutionnaires qui me hacheraient s'ils pouvaient... devais-je m'attendre à un pareil sort, moi qui, depuis seize mois, n'ai pas fréquemment dormi trois heures par nuit?... »

Durant ces premiers jours de captivité, il écrit, écrit sans cesse : l'homme de loi a pris le dessus : il chicane ; ne sachant l'heure oii il montera an tribunal, il veut être

■ Arckiwa nalionalei, W. S(K>. CiUe p&r Wallon, V, 26S,

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l'ÉCROULEMBOT 303

prêt, et, ignorant encore de quoi il sera accusé, d'après ce qu'il a entendu, ce qu'il prévoit, il ébauche, en h&te ce long mémoire explicatif de ses actes, qu'on a plusieurs fois reproduit : son thème est celui-ci : « Je n'étais pas le complice de Robespierre » et « je n'ai fait qu'obéir ' ».

Dans an cachot voisin du sien était détenu CofRnhal, écroué durant la nuit du 17 au 18, vers deux heures du matin. L' ex-vice-président du tribunal s'était échappé, on s'en souvient, de l'Hôtel de ville au moment ou les agents de la Convention envahissaient la salle du Conseil général. Pendant six jours on l'avait inutilement cherché : déguisé en batelier, il s'était réfugié dans l'ile des Cygnes et avait vécu Ik en Robinson : quelques planches, par lui disposées en abri, le protégeaient mal contre la pluie : après être resté cinquante heures sans manger, la faim l'avait poussé à ronger des écorces d'arbres et des morceaux de bois. Enfin, défaillant, transi, anéanti par le besoin et par le froid, il so résolut à rentrer dans Paris et alla demander à l'un de ses amis « du pain, des vêtements et un peu d'argent ». L'ami le fit entrer, le mit sous clef et courut avertir la police'.

En arrivant à la Conciergerie, le colosse, réduit k l'état le plus misérable, demanda à manger : a Rien ne peut peindre, disait-il, les tortures que j'ai subies; la mort que l'on me prépare est un bienfait et une douceur en comparaison de ce que j'ai souffert. » De sa cellule, distante de dix pas k peine', Fouquier entendait geindre son ancien acolyte : celui-ci déblatérait contre les conjurés du 9,

• Désessdrta. Procès fameux.

' Mémoire pour A.-Q. Fouquier.

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304 tE THIBUNAL RiVOLUnONRAIRC

contre leur ioeplie et lear manque de résolution, ae vantant d'avoir eu, àea disposition, dix-sept compagnies de canonniers : l'ivresse d'Hanriot avait tout perdu ', On lui apprit que Fouquier était son voisin, mais il ne l'associa pas h Damas et k Robespierre dans ses récriminations.

Cofflnhal étaithors la loi ; par suite il suffisait de la constatation de son identité pour l'envoyer h l'échafaud ; mais la tribunal révoIutioDuaire n'était pas reconstitué : an décret de la Convention autorisa le tribunal criminel du département à procéder contre le proscrit et, le 18 thermidor, Oudart, président de ce tribnnal, sur le témoignage d'un commissaire de police et de trois anciens commis de Fouquier*, condamna, sans autre forme, à mort son cidevant collègue. Ceci laissait à Fouquier quelque espoir : du moment que la Convention n'agissait pas envers lui avec cette brutalité, c'est qu'elle ne le considérait pas coupable au même titre que les conspirateurs. Cette mansuétude lui permettait de gagner du temps, d'émouvoir des amis, peut-être : mais avait-il eacore des amis t

Il s'imaginait alors, semble-t-il, et non sans raison, que le gouvernement redoutait certaines révélations sur un passé trop récent; tous les membres des Comités n'avaient pas été emportés par l'ouragan de thermidor, et ceux qui restaient au pouvoir étaient, tout autant que les disparus, responsables des atrocités ordonnées. Manifestement ils ménageaient Fouquier; comme il avait sollicité d'être admis à la barre de la Convention, l'Assemblée consentit

' Mémoire pour A.-Q. Fouquier.

* Etienne L&croix et Bernard Lefebvre, garçons de bureau au tribunal révointionnaire, Anne Ducret, commiB-greffler. Archimt de la Seine. Fonds des Domaines. Le même dossier contient au procès-verbal delà vente des effets de Cotânbal,meRégretiére, n* 5. On y volt: « nne carmagnole, nne épée, deni pistolets, un pot à tabac... etc. b

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L ÉCROULEMENT 3U5

Il y fut amené, par les gendarmes, le 21 thermidor, y plaida adroitement sa cause, alléguant les ordres reçus, faisant retraite derrière les comités, auxquels il a obéi, non sans quelque velléité de résistance, et se représentant comme une victime du despotisme de Robespierre : quelques députés lui adressèrent des interpellations; il y répondit; après quoi le président ordonna qu'il fût reconduit à sa prisou. Il y rentra persuadé que la journée n'avait pas été mauvaise et se remit aussitôt h. la rédaction de ses jusliâcations.

La Convention fixa, le 23 thermidor, la nouvelle organisation du tribunal révolutionnaire : la loi du 22 prairial était définitivement abolie ; la procédure restait telle que l'avaient fixée les décrets antérieurs, mais, à la fin des débats publics, la question intentionnelle devenait d'obligation : c'était donner grande part k la clémence du jury.

Le choix du personnel fut laissé & la Convention : h la séance du 2â thermidor, an imprimé ainsi conçu avait été distribué à tous les députés.

NOTB IMPORTANTE

Chaque représeotant du peuple est invité à écrire au bas du présent billet les noms des citoyensde sou département ou de Paris qu'il croit propres aux fonctions déjuges et de jurés du tribunal révolutionnaire avec le lieu de sa naissance, le nom et les qualités civiques des citoyens indiqués. Il voudra bieu reu-

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306 LE THIBUKA.L HÊVOLOTIOKNAIRE

voyer au Comité de Sûreté générale, daas le jour, la présente note avec sa réponse.

Sigtié Ut membres des Comiléi dt Sâreté çiiiérale cl de Salut public :

B. Babëre, m. Bayle, Collot d'Hbrbois, Voul- LAND, Brëard, Merlin de THtoKvtLLE, ThdrioTt Laloi, Legbndre, Billaud-Varenre, Elie Lacoste .

Le résultat de ce scrutin fournit le personnel du tribunal régénéré. Dobsen était nommé président ; il avait llguré comme directeur du jury au tribunal du 17 août, il avait été juge au tribunal de Fouquier-Tinville ; mais son exclusion h l'époque du 22 prairial lui valait cette réintégration inespérée >. On retrouvait également le nom de Bravet, qui de juge passait vice-président : Deliège conservait sa place ainsi que Maire, Ardouin et Denizot. L'ancien greffier Paris-Fabricius, arrêté, comme on l'a vu, après le procËs de Danton succédait à son successeur Lécrivain, nris en arrestation à son tour.

Parmi les jurés on ne retrouvait que Snmbat, Topino- Lebrun et Presselin, dantonistes avérés : le parquet était entièrement renouvelé : Leblois, accusateur public au département des Deux-Sèvres, remplaçait Fouquier-Tinville, ayant pour substituts cinq magistrats : Bordet, de la Moselle, Couturier, de l'Isère, Granger, du Nord, Petit du cinquième tribunal de Paris, et Sembauzel de Lot^t- Garonne. Les jurés étaient au nombre de cinquante-neuf, administrateurs de départements, juges de districts, cultivateurs ou commerçants.

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l'écroulehbnt 307

Le 39 thermidor ', dès la fin de la première audieDce, on augura bien de l'esprit qui animait les nouveaux venus tous n'étaient pas encore arrivés, il est vrai, et ceuj habitant Paris assuraient seuU, en attendant l'iastallation des provinciaux, toute la besogne ; apprenant que, dans leurs rangs, se trouvait un ex-prétre, nommé Matleyj naguère condamné aux galères pour assassinats, ils refueërent de siéger. Hattey essaya de plaider sa cause ; le tribanal ne consentit pas il entendre ses explications : le président annula las débats de ralTuire dans laquelle le Juré indigne avait opiné, et soumit le cas à la Convention, qui prononça sur-le-champ la radiation du défroqué.

Les cboset!, on le voit, étaient grandement changées.

La métamorphose était complète, en effet; jugeant d'après les mêmes lois qu'avait appliquées antérieurBment au a prairial, Fouquier-Tin ville, le nouveau tribunal, sur neuf cent quarante-deux affaires qu'il étudia, en quatre mois-, prononça quarante-six condamnations capitales, — quarante six seulement , seiait-on tenté d'écrire ; et cette proportion fournit la mesure de la responsabilité qui incombe au tribunal de Robespierre. On envoie encore h l'échafaud les prêtres obstinés, les royalistes incorrigibles, même les auteurs de propos contre-révolutionnaires ou liberticides, mais on ne tue plus, comme auparavant, les simples suspects, les ivrognes, les malinlentionnés, les détenus traduits là par caprice ou ponr faire nombre.

De ces divers jugements on n'en mentionnera ici que deux : celui de Moatané, l'ancien président du tribunal, incarcéré depuis plus d'un an. A cette occasion Fouquier- Tinville revit la Grand'Chambre : il y fut amené comme

' 16 saùl lT9i.

' Du 21 thermidor an II au ii rrimaire aa III.

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Umoin et reconduit aussilAt à sa prison. Montané fat acquitté'. L'autre cause paseioana tout Paris durant troîg mois^ celle de Carrier et du Comité révolutionnaire de Nantes. Il serait hors de propos de conter ici ce long procès qui se termina par la condamnation du proconsul de la Loire-Inférieure', et par l'acquittement de vingt-sept, de ses complices, convaincus, mais sans intention criminelle, d'assassinats, de noyades, d'exactions, et de crimes de tous genres : pour cette fois, te sentiment populaire se révolta, mais contre l'indulgeiice du tribunal ; la Convention décréta que les complices de Carrier, acquittés par le jury, seraient sur-le-champ réincarcérés. Le jour où elle rendait ce décret, — c'était le 18 décembre 1794 — on nouveau procès s'engageait : celui de Fouquier-Tin ville. Il venait de prendre place sur les gradins, lorsqu'un huissier de la Convention entra dans la Graad'Chambre et remit un pli au président : c'était le décret de suppression du tribunal : le président Dobsen en donna aussitôt lecture et leva la séance, Fouquier, une fois de plus, reprit le chemin de son cachot.

Depuis bientôt cinq mois qu'il est incarcéré il a connu bien des prisons : pendant vingt jours on l'a laissé k la Conciergerie, puis il a passé deux mois à Sainte-Pélagie', d'où on le transfère au collage du Hessis, — le Pleseis d'où il tira tant de victimes et qu'on appelait jadis, au temps de son omnipotence, le magasin de Fouquier. — Partout on est obligé de le soustraire aux regards, de le cacher. Unjour les détenus du Plessis, se promenant dans la cour, aperçoivent la face de l'ex-accusateur public collée

' Le 37 fructidor, 13 septembre 1794.

■ Du 2X fructidor an II aa 26 frimajre an III.

■ Avec lui périrent Pinard et Grand maiEon.

' Procès Fouquier. Dépoeition de Vill&io d'Aubigay.

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l'écroulexent 309

aux barreaux d'une fenêtre : le malheureux prend l'air. Souffleta par une bordée d'invectives et de huées', il plonge derrière ses grilles et disparaît. On le transporte à la prison de l'Archevêché ; c'est là qu'il a incarcéré tant de jeunes femmes, sur le point d'être mères : il semble que le destin veut l'amener au châtiment, par tous les endroits où son nom a été exécré, où ont été appelées sur lui les malédictions du ciel.

L'avant-veille de sa comparution devant les juges, ramené à la Conciergerie, il compte que l'heare enfin est venue : la suppression du tribunal la retarde encore et il continue sa misérable existence, sans espoir désormais, se sachant honni de tous, et voué au supplice. Il ne dort plus*, il mange à peine ; sa femme, réfugiée avec ses enfants et sa tante dans un petit logement rue de la Harpe, lui envoie chaque jour on repas tout préparé ; il remet & la servante qui le lui apporte, son linge et de courts billets : quelques-uns ont été conservés; ils fournissent certains détails sur sa lamentable agonie : — « Continue h m'envoyerce que tu estimeras le mieux : tu sais que je ne suis pas difficile pour le mangé. Je mange parce qu'il le faut. Envoie-moi du sel, du poivre et débouche la bouteille, car je n'ai ni couteau, ni ciseaux, ni tire-bouchon. Je te fais passer des bas de soie, deux torchons, une chemise, un mouchoir, une bouteille. Je garde l'écuelle pour la fricassée. »

Un autre jour, il écrit : « Je n'ai plus de bougie que pour aujourd'hui, les soirées deviennent très longues, i

Et encore — « Lss épinards étaient bons; je les ai mangée tout de suite, au moins la plus grande partie.

' /.a Vedette, citée pu CampvdoD, II, 138.

■ Noiet et documtntt tur Fouquier-TinvUle, par Georges Lecoq,

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810 LE TRIBnrCAi HéVOLBTIONNAIRE

Envoie demaiD deux serTÎeUes, moins de raisin, un petit fromage et point de pois. — Le poulet me servira anjour^ d'hui et demain. — Je voudrais avoir une bouteilie d'eaude-vie, car on ne se soutient qu'enen prenant un peu' ». Depuis longtemps il a adresse ses adieux à sa femme et à ses enfants ; la lettre est touchante et vaut d'être citée :

De la maison d'arrêt du Ptessis, dite rÊgoIité, c« 2S brumaire de l'an lil de la Rëpabliqus une et

io divisible.

Quoique non interrogé, je dois m'attendre, ma bonne amie, à être bientôt mis en jugement. Dans un temps difFéreot, fort de mon innocence, je n'aurais Qullement à redouter l'approche de ce jugement. Hais dans les circonstances fâcheuses où nous nous trouvons, et après les horribles diatribes, les calomnies et les vociférations de tout genre qui sont accumulées sur ma tfite, depuis ma détention, par Fréron et ses lieutenants, intimes amis de Danton et de Camille Desmoulins, et ceux de Dumouriez et d'Arthur Dillon, dois-je me flatter de faire entendre une défense, quelque juste et quelque légitime et quelque fondée qu'elle soit? Non!

11 est inutile de se livrer à l'illusion : toutes ces effroyables vociférations et odieuses qualifications d'exécrable, de conspirateur et de tîgre altéré de sang sans être étayées d'aucun fait, sont le prélude de mon jugement. C'est une tactique de la part de cette faction liberticide pour me perdre avec plus de certitude.

' Lecocq, passim.

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L KCRODLBMEIfT 311

Aussi, ma bonne amie, je ne peux ie dissimuler que, dans cet état de choses, je m'attends à une fin prochaine. Ma conscience me dit que je ne l'ai pas méritée. Je sais, que si les jurés, que je ne connais pas, sont des hommes probes, mon innocence doit triompher. Mais cette foule d'aristocrates, mis en liberté depuis le 9 thermidor, les parents et amis de ceux qui ont été frappés du glaive de la loi sont répandus dans Paris; ils ne manquent pas d'émettre sur mon compte une opinion semblable à celle des vils journalistes, opinion qui produit d'autant plus d'effet sur la partie du peuple crédule que la qualité et les intérêts de ces émetteurs d'opinion ne leur sont pas connus. Ainsi je m'attends à être sacrifié & l'opinion publique, soulevée et excitée contre moi par toutes sortes de moyens, et non à fiire jngé. C'est un parti pris que je calcule depuis longtemps et que je t'ay toujours voulu taire pour t' épargner, te plus tard possible, le coup que cet événement peut te porter. Je mourrai donc pour avoir servi mon pays avec trop de zèle et d'activité, et m'ëtre conformé au vœu du gouvernement, les mains et le cœur nets.

Mais, ma bonne amie, que vas-lu devenir, toy et mes pauvres enfants? Vous allez être livrés aux horreurs de la plus aflreuse misère, ce sera au moins la preuve parlante que j'ay servi mon pays avec le désintéressement d'un vray républicain. EnÛn que deviendrez-vons les uns et les autres? Voilà les sinistres idées qui m'accablent et me tourmentent le jour et la nuit.

J'étais donc né pour le malheur. Quelle affreuse

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idée ! Mourir comme un conspirateur, moi qui n'ai cessé de leur faire la guerre. Voilà donc la récompense de mon zèle patriotique ! Si, & travers tous ces événements funestes, il me reste encore un rayon de satisfaction ou plutôt de consolation, c'est de savoir que tu as la conviction de mon innocence ; du moins cette conviction me donne l'espoir que tu ne manqueras pas de répéter à nos enfants que leur père est mort malheureux mais innocent, et qu'il a toujours eu ta confiance et ton estime.

Je te recommande bien de ne pas t'abandonner au chagrin et de ménager ta santé pour toi et nos pauvres enfants. Oublies les petits différends que nous pouvons avoir eus : ils ont été l'effet de ma vivacité, mon coeur n'y est pour rien, et il n'a jamais cessé de t'être attaché, sois-en bien persuadée, comme je sais que le tien n'a jamais cessé de m'être attaché. Hélas ! ma bonne amie, qui auraitjamais dit que j'aurais une pareille fin? moi qui n'ai jamais connu l'intiigue et n'ai jamais été tourmenté de la soif des richesses !

Il est dur, ma bonne amie, de t'entretenir d'idées aussi sinistres ; j'ai beaucoup balancé; mais considérant qu'une fois en jugement il ne me serait pas possible de te faire passer aucune lettre, je me suis déterminé à te transmettre mes derniers sentiments pour toi, et mes remerciements de toutes les peines que tu t'es données depuis ma détention. Je te réitère à ne te point laisser gagner par le chagrin, et je t'engage à ne point rejeter les occasions qui pourraient te procurer un sort plus heureux. Les larmes aux yeux et le cœur serré, je le- dis adieu pour la dernière

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l'ëcroulbmbnt 313

fois, & ta tante et & nos pauvres enfants. Je vous embrasse tous, je t'embrasse mille fois. Hélas ! quelle douce satisfaction n'éprouverais-je pas de pouvoir le revoir et de te presser dans mes bras ! Mais, ma bonne amie, c'en est fait, il n'y faut plus penser ! Adieu, mille fois adieu, et au peu d'amts qui nous sont restés, et surtout h la bonne par excellence. Embrasses bien nos enfants et ta tante pour moi ; sers de mère à mes enfants que j'exhorte à la sagesse et à t'écouter. Adieu, adieu, ton fidèle mari jusqu'au dernier soupir,

A. Q. FotQUIEH'.

De ceux qu'il a connus, seul l'ex-procureur Bligny ne l'a pas oublié : il vient parfois le voir dans sa prison, comme il allait jadis dans son cabinet, au tribunal'; tous les autres le renient : son frère Fouquier de Foreste, honteux du nom qu'il porte, s'est retiré « dans une province éloi' gnée^ B ; ses deux filles aînées, réfugiées aux environs de Saint-Quentia « refusent de revoir leur pfere* »; son fils, qui est an service, jure a de ne jamais rentrer sous le toit paternel'»; ses beaux-frères Depille se rangent au nombre

' Lecocq. Nota et documents sur Fouguier-Tinmlle,

' B&talll&rd. Hitloire des Procarturs et des avoués, U, 361.

' ProDsainaJle, H, HW.

' Sur ses vieQT joars, Emilie Pouqnier conservait de son père nn lOnveair attendri. BuHetin des sociétés archéologiques de Veraita et de Château-Thierry.

' Concernant Piorre-Qncntin Fonqniar. qui servait, comme nous l'avons dit, & l'armâe du Nord, se troave, aux Archives nationaiee, C. 299, la pièce suivante :

n La Cou reution décrète que le Citoyen Poaqvel de Tin ville, nommé itlâgaleroent p&T le Conseil exécutif à une sovs-Iieatenonce dans le quatnème réglmentde chasseurs à ctioval et révoqué par les commissaires à l'armée du Nord, sera déRuitiveinenl destitué de sonomploi;

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314 LE TRIBUNAL RÊVOLDTIONNAIBE

de ses pires ennemis ; sa vieille mËre, elle-môme, accablée de douleur quitte le village d'Hérouël qu'elle habite depuis cinquante ans et va cacher son déshonneur dans une bourgade Tâisine'.

Fouquier se résigne à être exécré : il n'a qu'une pcnsëe, sa justification : elle est maintenant imprimée, répandue dans Paris, par les soins de sa femme ; il sait que, bientôt, il va comparaître devant le tribunal, pour la cinquième fois remanié.

Dans les derniersjoure de 1795' la Convention en a voté la réorganisation ; mais celle-ci a été soigneusement étudiée ; un délai d'un mois fut accordé aux magistrats et aux jurés pour rejoindre leur nouveau poste : ils ont été choisis parmi des citoyens appartenant, pour la plupart, à la bourgeoisie, et présentant toutes garanties. De l'ancien personnel, le greffier Paris seul est conservé : — il avait, ponr jamais, renoncé au surnom de Fabricius. — Le président, Agier' ancien avocat au Parlement et député* de Paris aux Etats généraux, puis Juge au tribunal du deuxième arrondissement, avait abandonné ses fonctions au 10 août 1792 pour ne les reprendre qu'après le 9 thermidor. Jadis, même, on avait prononcé son nom, lorsque l'Asseni-

<pie la sous-ofncier qai devait avoir cette place sera maintenu et que 1b citoyen Xavier Andonin sera mande à la barre siiance tenante pour rendre compte de cette nomination arbitraire et des ordres vetatoires qu'il a donnés pour la maintenir. tS septembre (1T93). » ' Elle se retira t Ham. C'eat là. qu'elle mournt le 4 juillet IBtH, i. l'Age de qnetra- vingt-quatre ajis.On rapporta aa dépouille k HérouSi et on l'inhama dans l'église du village. Etat civil de la commune de

* Le !8 dâcembre, 8 nivAse ou 111.

' En remplacement de Uourtcault, commissaire national do troisième arrondissement, qui n'accepta pas, Agier mourut 4 Paris, on ISIS ; il élait président de chambre à la Cour d'appel.

* Suppliant.

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L'ÉCROtILEHENT 315

blée constituaDte cherchait pour le dauphin, fils de Louis XVI, UD précepteur.

L'un des vice-prësidents était Liger de Verdigay, ancien cODseiller du roi, lieutenaut de l'élection de Montargis, Juge h la Haute Cour d'Orléans en 1791 et nommé, depuis lors, préaident du tribunal criminel du Loiret *. Judicie, le président du tribunal criminel du Lot était désigné pour remplir les fonctions d'accusateur public ; presque tous les juges nommés, le 8 oirOse, et un grand nombre de jurés étaient également magistrats de carrière. On le voit, le nouveau tribunal n'avait plus de révolutionnaire que le nom.

Dans les trois mois qui suivirent sou installation, le 27 janvier 179K, il ne prononça qu'une seule condamnation capitale; mais il se préparait posément h accomplir nue besogne vengeresse.

Le 1" mars Fouquier amené au Palais fut conduit par les gendarmes dans cotte vaste salle, voisine de la Grand'- Chambre, qui avait été, au temps du Parlement, la quatrième Chambre des Enquêtes ; elle avait servi au tribunal révolutionnaire de salle du Conseil, en attendant que Fouquier y aménageât son cabinet *. Depuis le 9 thermidor, le

' L)g«r de Terdlgny. nâ & Ghatllton-Coligny, le S janvier 1734, était le Qti d'un avocat aa Parlement, Il fut nommé en 4T&T, juge au tribunal de CassuUon. Chevalier de la Lâ^lon d'honneur en 1S04, chevalier de l'Empira en 1808. 11 est mort du choléra, rue Ventadonr, n* 1, la 31 aofltlSSS, couMlUer & la Cour deCaaaation; il était resté c^batAire.

' Il se logea dans l'appartement aa deuxième étage de la Tonrnelle, vacant depais l'arrestation de Fonqaier. Archivt* nationale).

Tir.

' Ce qni noiis fait croire que Fonqniar-Tin ville inetaHa, pour nn temps, son cabinet dans l'ancienne Qualrième de* Enquêtes, c'est précisément le procàa-verbal de cette comparution du 1" mars. On introdnisit en effet l'accusé dans un cabinet, occupé par le prétident.

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316 LE TRiaUNAL RËVOLVTIOKNAIRE

prësideDt Dobsen, et, après lui, Agier s'y étaient installés '. C'est là que, par Gaillart-Locart, l'un des nouveaux juges <, Judicis, l'accusateur public et Jacques Moniac, commissaire des domaines nationaux, fut opérée en présence de Fouquier la levée des scellés sur les armoires contenant certains dossiers et les bijoux saisis sur les condamnés. L'inventaire ne se passa point sans que l'accusé protestât ; si peu soucieux, jadis, du respect des /"ormes lorsqu'il s'agissait des autres, il s'en montrait fort jaloux, aujourd'hui que sa propre tête était enjeu. Il déclara a ne donner

et donnant *ar la salle d'audience, & l'eUel de procéder à la levée des Bcelléi. Or noe seole pièce dorme bot la salle d'aadience, c'aat l'aucleane Qu&triâme des linqDAteB. 11 psrftfl évident, en outre, que Bi l'on amenait Fouquier dans cette salle, c'est parce qu'eJle avait été son cabinet, puisqu'il déclare qne le jour de ton arrestation, lapiict dans laquelle nouf lommet a été gardée par deux gendarmes el let clef» remiws à Vofficier de garde. Il ajoute que, le 24 ou Î5 Uierml.lor il a déjà éli conduit dan» cette mime pièce pour y voir procéder à Cintienlaire de te» papiers.

Ou objectera qne si Poaqnier occnpa pendant quelque temps la Quatrième des EDqnétes, dont les fenËtrea ouvraient sur la CktocieT' gerie: il n'avait pae besoin d'aller à la fenêtre du corridor, pour y KOetter les promonades dos prisonniers. Mais on pent répondre que les feDètres de cette salle, comme toutes celles du bâtiment neuf, étaient et sont encore munies, à la base, d'une cloison de bois, qui intercepte la vue du préau. Toutes les fenêtres de l'étage, y compris celles du greOe, étaient lambrissées de la sorte jusqu'à une certaine hauteur, i Vilate vint un jour au bureau des huissiers, il monta sur un fauteuil pour voir par-deeaui la cloison les maltienreux qnll allait dévouer à la mort u, dit un témoin an procËs. Bucbei et Etonz, XXXV. p. N7. L'ancienne Quatrième de» Enquête) est anjourd'hol la Chambre des sections supplémentaires. Les sallea occupées jadis par le gi'eilo du Iribunal rcvolulïonnaîre sont devenues la Chambre de» criées. Le greffe des criées et des salle d'enqaétea occupent l'étage supérieur, remplatanl ainsi la buvette du tribunal révolutionnaire, la salle des jurés et lee bureaux du parquet.

' Archives nalionaies, T 28' ; « lorsque le citoyen Dobsen. olorB président du tribunal, a prie possestion de la pièce où nota sommes... » etc.

L ÉCHOULEHENT 317

son approbation ni ne prendre aucune part k l'inventaire », attendu que « les scellés avaient été apposés hors de sa présence, et les ciels remises aux employés du tribunal ». On passa outre ii ses réclamations : des armoires furent extraites les dépouilles arrachées aux suppliciés : « un couteau et un cachet liés d'une jarretière, — un paquet de lettres noué d'un ruban de cheveux, — une boîte d'e'caille brisée sur laquelle sont un portrait de femme et un portrait d'enfant, — une chaîne d'encensoir de cuivre argenté — un eac contenant vingt-cinq fleurs de lis et un Christ en argent, — une botte de sapin renfermant une paire de bracelets à portraits d'hommes, montés en or, entourés de diamants, — un calice et sa patène, — des bagues, des tabatières, des boucles de col, un fichu de linon brodé de fleurs de lis et armorié, un paquet de bardes roulées dans un mouchoir '... », reliques intimes d'aristocrates, de nobles femmes, de prêtres, de paysans, tout un déballage de pieux souvenirs, adressés h des ëti'es chers, et jamais transmis, d'héritages brutalement interceptés, dont l'aspect faisait revivre, aux yeux de Fouquier, la cohue des grandes fournées, et défiler, dans sa mémoire hésitante, la longue liste de ses victimes.

Le 26 mars on lui délivra copie de son acte d'accusation, le substitut Cambon* l'interrogea; ces formalités présageaient l'imminence du procès public : sans doute Fouquier s'imaginail-il que les débats seraient courts, et qu'une seule audience suffirait à éclairer la conscience des jurés, ainsi qu'il était d'usage au temps où il requérait, car, ce jour-l&, ou le lendemain, il adressait à sa femme ses suprêmes recommandations :

Tu savais, ma bonne amie, l'atTestation qui

• ArchiK

• Juge ai

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318 LE TniBnNA.L nftVOLDTIONMAIBE

s'était faite et qui se faisait des juges Dommés par la loi du 32 prairial, et tu ne m'en as rien dit ; pourquoi me taire les mauvaises nouvelles; comment veui-tn qu'en mêles cachantje puisse me préparer à répondre à l'attaque ? Tu crains sans doute de m'aETecter, lu te trompes, car je m'attends à tout et j'y suis décidé. Je présume que tu as été très surprise en apprenant cette arrestation, et moi je suis surpris qu'elle n'ait pas eu lieu plus tût, parce que Granger m'ayant dit, lors de mon interrogatoire, que, s'il avait voulu déférer à différens désirs, j'aurais vu bien autre chose, en lui repondant que je m'attendais à tout, il me répliqua que cela ne me concernait pas personnellement, réplique qui m'a fait soupçonner que le plan dès lors était d'aller beaucoup plus loin ; ensuite, me rappelant que Glauzel avait demandé le changement de tous les juges, il ne m'est plus resté de doute que ce soit le plan qui s'exécute en ce moment, lequel a été conçu d'après la dénonciation mensongère du monstre de Paris, que les juges et les jurés se rendaient dans mon cabinet et que là on y marquait ceux des individus que l'on jugeait coupables et encore d'après lejugement du 8 thermidor, qui ordonne l'exécution du jugement de mort de la femme Monaco et autres. Au fond, ces arrestations ne nuiraient nullement à mou affaire si d'un côté elles ne me privaient de témoins nécessaires, et, de l'autre, si dans ce nombre il ne s'y trouve pas quelque peureux. Uans tous les cas, si justice était rendue, il n'y aurait rien & craindre pour les uns ny pour les autres.

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l'âchoulehent 310

Mais aussi je t'affectes, ne pouvant te transmettre mes pensées que de mon vivant, je te déclare qu'au point où en sont lea choses, il est évident que ce procès se fait et se fera à tous les patriotes énergiques qui ont occupé des places dans ta Révolution etque par là ou fera le procès b tous les actes de la Révolution, etque ce qui était vertu il y a six mois et un an, estaujourd'huiuncrime irrémissible; ainsi je n'ai aucun espoir que mon innocence triomphe. Je regarderais, comme un miracle cet événement, s'il arrive : il faut donc se résoudre à une séparation étemelle, elle me coûtera autant qu'il m'ea coûte de te le dire. J'aurais encore gardé le silence si je ne savais qu'il est nécessaire que tu prennes des précautions avant l'événement, pour qu'au moins pendant uu temps tu ne meures pas de faim et que tu aies le temps de te retourner. As-tu vendu te Moniteur? Si cela n'est pas, transfères-le dans un autre endroit, ie-tout de c6té; car les scellés seront mis. Il est vrai qu'au terme d'un dernier décret, les meubles et les effets seront rendus & toi et aux enfants; mais* " est créancier, c'est le seul ; il peut t'inquiéter. Garantis ton linge surtout et quelques hardes ; fais pour le mieux et t&che de ne point rester au dépourvu, toi et la petite. Quanta Sophie et Emilie, et Tinville, ils ont des droits à excercer sur la succession de M"' Saugnier. Les papiers sont chez Hacquart, et leurs oncles, sans doute, oe les délaisseront pas. Suis mes conseils, et dis à mes enfants de ma part qu'à moins qu'ils n'aient ny cœur ni âme ils ne peuvent jamais voir Depille et sa femme, qui ont déjà fait

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320 LE TRIBOKAL RÉVOLUTIONNAIRE

mourir leur mère de chagrin et qut, par leurs propos malins et méchans auprès de Paris, ont contribué à m'assassiner. Je désire bien sincèrement me tromper dans mes sinistres conjectures; j'en aurois plus de plaisir à te revoir et à t' embrasser mille fois , mais, hélas ! dans un moment où la Convention vient de décréter que la statue de la Liberté, tenant une massue pour assommer le fédéraliste, sera abattue, est-il permis à un véritable républicain d'avoir un rayon d'espoir ? Dis bien des choses pour moi à ta tante et aux enfants, embrasses-les et ta petite que je regrette bien de ne pouvoir voir ; mais le temps et tes circonstances s'y opposent.

Je suis à concevoir pourquoi, d'une part, tu as été si longtemps à aller chez M. et pourquoi, en y allant, tu t'es arrêtée chez la Foucault et tu n'as pas continué ta route. Est-ce qu'il t'aurait mal reçue ? Quel est cet ouvrage qui parle de lui, de Foucault et de moi ? Il en est paru un hier de Etarère ; mais on m'a assuré qu'il n'y était pas question de moi, tu n'auras pas trouvé Paris au Châtelet, parce que les juges changent tous les mois. François, Simon Leclerc sont-ils conservés? On dit que je dois paraître le 9. Je n'ai encore vu personne ; si ce mauvais temps te permet de t'en informer, tâches de le savoir. Vomi du Peuple n'a pas paru hier, tu ne me l'as pas envoyé. Serait-il arrêté aussi ? Je te donne bien de la besogne, umie. Salut, bonne santé, mille baisers'. »

Fouquier se sent perdu : il sait sa femme et ses enfants

' Lccocq. Nalei et doeumtnU mr Fouguitr-Tînmtle.

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L ECROULEMENT 321

privés de ressources ; de tout ce qu'il a possédé, il ne lui reste qu'une collection du Moniteur ; c'est le seul héritage qu'il va léguer aux siens, inexorablement voués à la

Le lendemain, S8 mars, & dix heures et demie du matin ', il montait au tribunal.

' Papiers inédils de Liger da Vcrdigny,

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DintizedbïGoOglc

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S'il prévoyait que son jugement serait expédié en un après-midi, Fouquier dut être rassuré, dès qu'il eut gravi l'eBcalier de la tour Bonbec, et qu'il se retrouva dans les couloirs du tribunal : ils avaient, en effet, leur animation des grands jours. Une foule de témoins, — plus de quatre cents, — attendaient l'ouverture de l'audience ; les gendarmes amenaient continuellement des accusés, sortis de la Conciergerie, et qui en composaient, presque seuls, toute la population' ; les commis, empressés, distribuaient les assignations, les greffiers procédaient aux appels; de cette foule en rumeur, Fouquier pouvait mettre un nom sur chaque visage : c'étaient, pour la plupart, ses anciens acolytes, les habitués de la buvette, ses flattenra de jadis, ceux qui riaient de ses facéties', venus là pour déposer maintenant contre lui, évitant ses regards et se détour-

I Ploréal ta III, il ne restait plus ft la Conciergerie que tronto et un diStenus. Courrier républicain du 4 floréïi, DanB ces trente et un dtït«nui comptaùent Fouquier-Tiaville et ses vEngt-trois co-accuïés.

■ Nous n'avons pas eu «onrent l'occasion do citer les bons mots lie Pouquier. il parait qu'il en était prodigue. Laurent Pictiat racontait l'anecdote suivante qu'il tenait directement de Lamartine.

< Pendant que le grand poêle préparait son Hittoii-e des Girondins, il apprit m» jour qu'un vieui curé des environs de Saint-Point avait beaucoup connu 1' a abominable * pourvoyeur de la guillotine. Il

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nant ii son passage : il serait précieux de savoir combien peu, ce jour-là, l'ex-accusateur public reçut de saluts ou de poignées de mains.

Dans la chambre des accusés, sont entassds tous ceux qui, naguère, l'assistaient dans sa besogne : iU sont là, réunis de nouvenu, les juges Deliègc, Delaporte, Foucault, Maire, Sceliier, Harny, Giirnier-Launay, Naulin, les jurés Lohier, Trinchard, Leroy Dix-Août, Renaudin, Pigeot, Aubry, Vilate, Duplay, Prieur, Chdtelet, Brochet, Chrétien, Girard, Tray et Ganoey, au total vingt-quatre accusés. Le substitut Liendon», les juges Bravet, Félix et Barbier, les jurés Didier' et Gauthier, également décrétés d'accusation étaient en fuite.

Ensemble les vingt-quatre furent introduite dans la Grand'Chambre et prirent place sur les gradins : Fouquier-TinvilIe avait, comme bien or pense, les honneurs du fauteuil — on disait le pot, de son temps ; — devant lui avait été aménagée une tablette pour poser les dos- Biers qu'il estimait indispensables à sa défense. Au bas

court aussitôt chei le prduieni liiinoiD, et, an premier mot d'interrogation, le bon cnrù de répondre :

— 1 Ah ! oui. ce pauvre Fouqaier. je l'B.i bien regrstti!, c'était mon vieil ami I Quel homme gai ! Voyez-vous, monsieur do LamarUtw, vous n'avez jamais connu un homme aussi gai I s

■ Ce furent la toua les renseignements que l'Iiistoricn put obtenir du vieux curé, qui ne sorlit jamais de son refrain. > Le Figarv, 11 novembre ISOG.

' Ijundon termina sa carrière comme juge au Iribunal do ChaHros : il fut retraité en ISIO. A. Uouaiebe, U, 917,

* Didier avait dtû urUé cependant. Aux Archivei naiiontUei. W liOO, se trouve une lutlre de Louise Aubcrl. sa femme : elle exposa i|ue son mari est détenu au l'iossis : elle est mère de quatre enfants dont l'alnê A huit ans et le plue jeune quinze mois. Ils sont presque sans vi^tements comme sans pain, n réduite à vendre de nips effets, iDQulesjourâ pour pourvoira leurs besoins lea plus pressants... pour moi. depuis cinq mois que je verse des larmes ainères, allïs formenten partie manonn'iture, d

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LB PROCÈS «r TRIBUNAL 387

des gradins s'assirent les défenseurs, Gaillard de la Ferrière, Cressead, Villain, Boutrou, Gobert et Domangé. Les jugea prirent place au prétoire : Liger de Verdigny présidait, ayant comme assesseur Bertrand d'Aubagoe *. Godard, Gaillard-Locart et Grand'. Les substituts Cambon et Ardeooe occupaient le siège de l'accusateur public Judicis ; quatorze juréB se rangërent en face des accusés : le décor depuis les grandes fournées de prairial et de messidor n'avait aucunement changé; les prévenus pouvaient voir les places qu'ils avaient occupées, leurs tables à pied de griffon. Derrière la barrière la foule entassée semblait être la même, elle aussi ; mais combien différante, cependant.

IjC président IJger déclara les débals ouverts, et, tout de suite, interrogea les accusés qui déclinèrent leurs nom, prénoms, âge, demeure et professions, avant et depuis la Révolution. Puis le greffler* donna lecture de l'acte d'accusation, ainsi que de la loi sur le faux témoignage. L'appel des témoins terminés, Fouquier demanda la parole pour une profession de foi générale : il n se plaignit amèrement de la loi du 22 prairial », affirmant qu'il avait osé représenter aux Comités, il Robespierre même, que cette loi tt était injuste et meurtrière »; mais que Robespierre l'avait éconduiten « le traitant de contre-révolutionnaire*». Tous les accuËés firent chorus ; assurant qu'ils avaient offert leurs démissions; s'ils s'étaient résignés Rappliquer la loi, ils y avaient été contraints par des menaces.

' Précûdemnient juge uu distrkt do MyuDï.

* Président du tribunal criminel k Briancon.

' Le gremeriiu tribunal élti'A Pui'is-Fobrkius, nuis je ne atiii s'il sitgeft durant toutea Iob dudioncee, ni ei c'est lui qui prit In parole cejoor-là. 11 était d'ailleurs témoin au procès.

' Papier» inédits. Notca d'audience du président Liger de Verrtl-

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32B LE TRIBUNAL BÈVOLUTIONNAIRE

Fouquier très agité reprend la parole : il accuse son exgreffier Paris, inscrit au nombre des témoins i chaîne, d'être l'instigateur du procès : mais, ici, le président lai impose le silence : les reproches et accusatiODs contre les témoins no devant être formulés que a lors de leur comparution et audition ' »,

Fouquier-Tinville a pour défenseur Gaillard de la Perrière, désigné d'office : il sTatt sollicité l'asEistaDce de Laflenterie, qui refusa; puis i) s'était adressé à La Vareone', lequel déclina également cette lourde tAche : obligé de déclarer a qu'il ne connaît plus personne qu'il puisse charger de sa défense », — aveu pénible pour un homme qui, depuis vingt ans vit du Palais, — il avait accepté Gaillard nommé par le tribunal'.

Après quelques pourparlers entre la défense et le président, l'audience fut remise au lendemain : it était trois heures et demie de l'après-midi*.

Le 9 germinal (29 mars), à neuf heures, commença l'audition des témoins : c'était, au vrai, tout te procès. Les gardiens de prisons paraissent les premiers h, la barre : Lesenne, porte-clefs du Luxembourg, Brocherieux, Stral, guichetiers ou hommes de peine; c'est la préface : puis défilent les moutons, c'est-à-dire les mouchards, qui, emprisonnés avec les suspects, dénonçaient, soit ponr sauver leur vie, soit par sans-euiottisme, les malheureux sans défiance avec lesquels ils vivaient : c'étaient les faiseurs de listes, les pourvoyeurs de l'échafaud : ils avaient noms lioyenval, Benoit, Verney, Guyard, Dupaumier, Valagnos, et Beausire, personnage louche qui, lors de l'affaire du

' Papiers Liger ; notes d'auJiuoce.

' ProassinaJe. llisloire secrélt du li-iàunat révolutionnaire.

* lDt«Trogah>ira do Pouquier-TlnviJls. CampsrdOD, II, SSS.

* Papiers Llger : notes d'audience.

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collier, avait dressa sa maîtresse, la fille Oliva, a jouer le personnage de ta reine, afin deduperle cardinal de Rohan. De tons, la déposition est embarrassée, confuse, pleine de réticences. PépinDesgrouettesparexempIe, ancien collègue de Fouquier au tribunal du il août, a dressé les listes de Saint-Lazare : il déclare que « les méchants l'ont calomnié » ; qu'il fut, en effet, appelé au tribunal, lors de la fournée du 8 thermidor qui comprenait ti-ente-trois de ses co-détenus ; et qu'il remit à Fouquier « une liste accompagnée de notes »; on l'avait, d'ailleurs, bien traité et fait diner trois fois h la buvette. Pour conclure il innocente tous les accusés présents et déplore l'acharnement de ceux qui ne sont pas là, Dumas, Cofflnhal, Llendon...

Ces révélations, enveloppées, sont pour le public absolument inattendues. Le peuple de Paris imaginait bien que le tribunal de Fouquier-Tinville avait une louche et sanglante histoire; mais ce déballage d'horreurs, & peine entrevues, permet de présager le drame ténébreui dont on ne connaît rien encore. L'impression s'impose que ces magistrats n'ont été que des bourreaux, que le sanctuaire de ta justice, fut, durant leur proconsulat, le théâtre de crimes elîroyableR, et que la Révolution est venue échouer dans cette salle oti tes plus éloquents amis du peuple n'ont pas trouvé une voix pour prendre leur défense. Dès cet instant le branle est donné; on veut tout savoir : on pressent que le procès entamé est le procès de ta Terreur, et que ce qu'on va apprendre vengera tous les morts calomniés.

Qu'il parait mesquin, le pauvre homme qui est là, au premier gradin du tribunal, et sur lequel se concentrent tous les regards et toutes tes indignations : la planchette qui lui sert de tnble est encombrée de deux gros cartons dont il se fait un pupitre : il écrit, sans cesse, fébrilement ; Quand il va parler, il fronce les sourcils, il plisse le front ;

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330 LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRIS

sa voix est haute, rude et menaçante, ou bien, tout à coup, il pose une question du ton le plus insinuant en s'ëcoatant parler'. Il est maigri par huit mois de détentions il est misérable, vaincu déjh., quoiqu'il lutte encore, le contraste est angoissant entre sa pitoyable mimique, ses yeux plissés, ses lèvres mielleuses, son agitation contenue, le mat qu'il se donne, et le formidable entassement de crimes qui l'écrase.

Au début de la sixième audience, le président Liger demande aux jures si leur conscience est sufQsammenl éclairée : leur réponse est négative; vingt-quatre témoins seulement ont été entendus, il en reste quatre cents encore, et l'on veut que toute la vérité soit connue : l'émouvant défilé se poursuit : chacun des témoins qui, k l'appel de son nom, pénètre dans la salle et s'avance a. la barre porte aux accusés un coup qui semble âtre décisif; mais celui qui vient apiès frappe plus rudement encore ; et le suivant de même, et ainsi toujours. On ne croit pas pouvoir aller plus avant dans l'épouvante et pourtant elle grandit sans cesse.

Un employé h la commission d'instruction publique, raconte que, de visite un jour au tribunal, il vit apporter à Dumas un billet ainsi libellé :

« Homme de sang, égorgeur, homme abominable ! Cannibale infâme ! Monstre, scélérat, vil et lâche assassin, tu as fait périr ma famille, lu vas envoyer à l'échafaud ceux qui paraissent aujourd'hui au tribunal; lu peux me faire subir le même so7-t;carjote déclare que je partage leurs opinions ci leurs senltmetUs.

Signée : Le comte dk Fleurï. »

' Murciur. Le Souveau l'arii.

' Procit Fouquier. DùposiUoD du Coslrcs, omployi: à, la ComniUbion d'instrurtiOD pnbtiiuv.

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Kouquier entra daas le cabinet. Dumas lui dit: — «Voici un petit billet doux, lis-le. — Ce monsieur-là me parait presséj répliqua Kouquier, je vais. l'envoyer chercher. » — « J'arrivai, ajoute le témoin, dans la salle d'audience : quarante-neuf accusés étaient déjh sur ces gradins; le substitut requit que cinq autres accusés leur fussent adjoints. Je vis arriver le ci-devant comte Fleury... On lui demanda ses nom et qualités, voilà tous les débats; Fleury fut condamné à mort avec les autres ; il marcha au supplice avec une robe rouge comme complice de l'assassinat de Robespierre'! »

Une huée unanime accueille c:; récit :Fouqaier, pendant que la foule gronde, feuillette rapidement ses dossiers. Quand le tumulte a cessé, on l'entend grommeler i

— « Je ne me rappelle plus ce jugement. »

Tandis qu'on appelle un autre témoin, il continue h chercher, le nez dans ses cartons.

Voici il la barre un huissier du tribunal. Tripier : il dépose que la citoyenne Feuquières accusée « d'avoir calomnié les municipaux de Chntou, en 1791 », amenée h l'audience, demanda qu'on lui permit d'extraire des scellés, apposés à sa maison de campagne, une lettre, une pièce indispensable à sa défense : les juges lui accordèrent cette faveur et Tripier fut envoyé, séance tenante, à Chatou: il leva les scellés, découvrit la justiQcation et la rapportait au tribunal, quand, passant vers sept heures du soir h In piace de la Hévolution, il vit défaire la guillotine et apprit, du bourreau, que la marquise de Feuquières venait d'être exécutée. . .

— « Je demande, interrompt Fouquier, la représentation des pièces pour répondre.

— Les voici, réplique le substitut Ardenne ; elles ne

' Déposition de Gastrcs.

332 l.e TRIBDNAL RËVOLUTIOKNAIRR

constatant k la charge de la condamnée aacun délit conlreréTolutionnaire. Ottn alTaire Tut présentée doux fois à l'aadience : elle Tut remise la première fois, faute de comparution des témoins; la seconde fois ils ne parurent pas daTantage.

— Si on attaque les procès, je ne pnis plus répondre.

— On ne fait pas ici la rerision des procès : on vous dit que TOUS avez prérariqué dans vos fonctions en ne représentant pas cette lettre. Votre précipitation est un crime. »

Mais Fouquier ne capitule pas.

— a Cette femme, ditril. a été traduite au tribunal ; les débats se sont engagés ; elle a avoué, il n'y a plus de débats. On fait ici le procès au tribunal, comme si un tribunal révolutionnaire était un tribunal ordinaire I On devrait se reporter aux époques des lois révolutionnaires.

— Quelque impérieuses que fussent alors les circonstances, explique le substitut, quelque sévères que fussent ces lois, vous ne deviez pas ajouter h leur cruauté, vous deviez plutôt porter votre tête sur l'échafaud '. n

Toute l'aKsistiince éclate en bravos : dans le bruit des applaudissements et des acclamations, on voit Fouquier se démener : il gesticule : en présence des faits péremptoires, il entre en fureur, et « pousse d'épouvantables rugissements* ». Quand le silence est rétabli, il répète, opinidtre :

— « Vous me rendez responsable deajugementst » C'est Itt son grand argument; il s'y cramponne : vieil

homme de loi, it sait le respect que professent les magistrats pour la chose jugée; il l'exploite de son mieux, discutant pied à pied, tantôt doucereux, tantôt rageur, avec des effels de plaidoirie. — « Il n'y a qu'à annuler tous

les actes, je Buie prêt ! — On me fait ici le procès comme a.ccusateiir public, comme président, comme huissier, comme garçon de bureau ! — Ce n'est pas pour moi que je me défends, c'est pour la postérité t — Ce sera plus tût fait, il faut nous condamner ; condamnez-nous ■ ! »

La plupart du temps il se retranche derrière la délimitation des compétences, cherchant à alarmer l'équité des jurés et des magistrats. Les déclassés pénètrent h fond la claire conscience des honoâtes gens : ils la devinent comme le fauve évente une proie; et Fouquier se rend coQipto que l'étalage do sa justice expéditive rend plus méticuleux et plus craintifs encore les scrupules de ses juges.

Les autres, moins rompus aux roueries de la chicane, se défendent sans arguties : ils nient grossement. a Je ne me rappelle rien », dit Delitige; — « Je n'ai jamais été acharné contre les accusés », affirme Gérard ; — « Je me conformais ^ la loi du 22 prairial», allègue Scellier' : rien ne les excuse, que la Terreur peut-être : ils ne l'ignorent pas et t'invoquent assez maladroitement : — « Les juges étaient ici comme des huches t » crie Scellier ; — « A cette époque tout le monde aurait roté comme nous n, insinue Renaudin. Et comme de violents murmures accueillent ses paroles, il reprend: — « Je sais bien que l'auditoire est différemment composé de ce qu'il était alors et que l'opinion publique est bien changée. — Oui ! Oui ! » clame-t-on de toutes parts.

Le substitut Cambon intervient : — « Comment les exjurés ponrront-ils se justifier d'avoir condamné trente, quarante, cinquante, soixante personnes en uoe demiheure. Vous êtes en jugement depuis un mois : eh bien I

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aat LE TRIBUNAL BÉVOLUTlOnNArRE

je TOUS le demande, citoyens jurés, ëtes-rous en ëtat d> prononcer sur les accusés? »

Les jurds répondent négativement.

— « Ce n'est p.iB la même chose, fait ReuaudiD ; nous jugions d'après la loi du 32 prairial. »

Et le cafetier Chrétien, jadis grand délateur de sa sectioD, a l'inconscience d'ajouter : — «On met de l'acharnement dans cette affaire! « Fouquier que submerge le flot montant des dépositions vengeresses, déclare ; — a Je sais qu'il y a un bureau ouvert dans chaque section pour recevoir contre nous des dépositions, m

Le président Liger, qui, durant ces longues audiences. demeure admirable de patience et d'impartialité, abrège le colloque en invitant les accusés à la méditation et à s'en rapporter h la justice du tribunal.

— n Je demande la mûme chose pour l'auditoire *, ricane Fouquier qui veut avoir le dernier mot.

Et les récits tragiques, sans cesse, se succèdent :

— « Le 2â messidor, Scellier présidait; il demande à Ucselle, l'un des accusés, s'il connaissait la conspiration des priEOQS ; Deselle répondit que non. n Je m'attendais ù cette réponse, repartit Scellier. Etais-tu noble f ne portais-tu pas le nom de vicomte? — On me donnait autrefois ce titre, réplique l'accusé. — Passons à an autre », fit le président. Ce fut tout le jugement, à trois heures Desetle était guillotiné ^ »

— « Ud homme d'affaires était sur le pot ; il s'appelait Balthazar Cart. On ne lui posa qu'une question : « N'astu pas été l'intendant de l' ex- princes se de Marsan dont les enfants sont émigrés?» — Cart réponditqu'il s'était occupé (les intérflts d'une dame Morsan et non Marsan, laquelle

' Procès. li.'i^oîilion île Barapuay d'Hillicrs.

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n'arait aucUD enfant. Mais on ne l'écoutoH plus : Cart fui exécuW le jour même >. »

— a Bénière, ei-curé de Chaillot, était accusé d'avoir fz-équenté madame la comtesse, madame ta vicomtesse, ■madame la baronne une telle : pas un nom ne fut prononcé. Le curé, connu par sa charité et son civisme, allégua que non ministère l'obligeait à voir tout le monde, surtout les riches, afin d'en tirer des secours pour les pauvres. — « Voilà, remarqua le juré Girard, voild ce qu'on appelle de.s 1-uses aristoei-atigues. w Et sur ce mot Bénière fut envoyé h. l'échafaud. m

— « On avilit l'inetitutioD des jurés 1 «clame Leroy-Dii- Août, jouant l'indignation. Des rires et des rumeurs lui répondent du fond de la salle.

Ces vingt-quatre accusés, auxquels furent livrées, durant de si longs mois, tant d'existences et tant de fortunes, semblent stupéfaits de ce qu'ils entendent : ces révélations sont aussi nouvelles pour eux que pour le public : à vrai dire, ils ignorent ce qu'ils ont fait, ils ont requis, prononcé ou votéla mortde deux mille six centsaccusés et cela parait n'avoir laissé dans leur esprit, non pas un remords, non pas môme un souci, mais aucun souvenir, lia n'ont rien raisonné, rien pesé : Fouquier leur présentait la tûcbc ; ils l'expédiaient, en bureaucrates soucieux d'avoir vite fini, et s'il leur reste une impression quelconque, c'est celle de leur activité, qu'ils persistent à déclarer méritante. — a Nous étions plus de cent, nous n'avons aucune connaissance de ces faits », déclarent pIusieursex-jurés,montrantpar là qu'ilsn'étaient même pas renseignés sur leur nombre qui ne dépassa jamais soixante. Ganney n'a qu'un mot, mais qui revient souvent: — «.le ne me rnppclle pas! » Prieur ébahi

* Procts. Il.'posiiion de Baraguay iDlillli-is

D.nt.zedbïGoOglc

336 LE TRIBUNAL RÉVOLUTIOKNURE

d'eotendre rapporter certaines de ses phrases, se l'eipHque ainsi : — « On empoisonne tout ce que j'ai dit 1 d

Fouquier loi-ménie, qni se prétend impeccable, n'est pas mieux informé de ce qui se passait à son parquet. On loi reproche des irrégulariLés, das ratures, des noms estropiés, des actes d'accusations rédigés en blanc, sans qn'on sût à quels accusés on les appliquerait. 11 nie. Hais le substitut Cambon a de l'ordre : prompt à la riposte :

« — Voici, dit-il, un acte d'accusation où se trouve une demi-page en blanc. »

Fouquier hausse les épaules, furieux de la négligence de ses employés. Ah ! s'il les tenait t

Car s'il éprouve un regret, c'est celui d'avoir ménagé tous ceux qui l'accusent aujourd'hui ; on en a laissé vivre trop qui savent les choses. En réponse à la déposition d'un témoin parlant de la hâtive condamnation des Dantonistea, ce mot lui échappe : — « C'est le jugement de Danton qui nous conduit ici : voilà la récompense de la conservation de ces gens-là.»

Toute la salle frémit de ce rugissement de tigre enchaîné : l'accusé, ravalant sa rage et subitement doucereux, répare :

— « J'entends par là, fait-il, que j'ai empâché leur arrestation *. »

De fait, le souvenir torturant du procès tronqué de Danton, lebrutalencagement du lion traîtreusement poussé au piège, plane sur toutes les audiences, réclamant vengeance. On le voit apparaître en une minute de suprême émotion, quand, le 5 avril, qui était, cette année-là. le jour de Pâques, Villain d'AubigDy.déposantà la barre des témoins, raconte, aprfes tant d'autres, la perfide tnachina-

' l'vocii. paieim, cl l'iipiers inédiU de Liger de Verdigny. Notes

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tion d'Herman et de Fouquier. — « Il est important, ditil en termiDant, qu'on connaisse le machiavélisme infernal employé par quelques lâches ambitieux pour égorger ces infortunés^ qui furent assassinés, n Puis, s' avançant vers les gradins ou se tenaient les accusés, muets, il avança le hras et désignant tes bancs : — « 1) y a précisément aujourd'hui un an, à pareille heure, îi cette place,... là... là... »

Il y avait un an déjà, jour pour jour, en effet.

— « Quoi ! poursuivit le témoin, en s'adressant à Fouquier, vous étiez convaincu, par la lecture du décret, de la trahison épouvantable exercée envers la Convention, par quelques-uns de ses membres, pour faire assassiner plasieurs de leurs collègues, et vous avez souffert que cet assassinat se consommât ! Quoi t dans tout le tribunal, parmi les juges et les jurés, une seule voix ne s'est pas fait entendre on faveur de l'innocence t...

Fouquier, piteusement, gémit.

— « Que pouvais-je faire que je n'aie fai t pour les sauver?

— Ce que vous pouviez faire! Requérir les juges, les jurés, le peuple de se transporter avec vous ii l'instant mëoie h la Convention pour l'éclairer sur la surprise horrible qui venait de lui être faite... »

Dans le solennel silence de toute l'assistance, Fouquier se sent pris à la gorge par le spectre de sa grande victime, il tente de se débattre encore ;

— « Je n'aurais pu tenter cette démarche sans danger.

— Sans danger ! Ëh bien 1 Quand vous eussiez dû mourir à l'instant même, être déchiré en pièces, vous eussiez fait votre devoir; vous eussiez donné nn grand exemple de justice et de courage ; vous eussiez dès lors démasqué les traîtres, sauvé votre patrie et empêché des torrents de larmes et de sang!... »

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33g l.l! THlBDNAr, RÉVOLDTIONNAIRF:

Cette fois Fonquier reste una rëpliquc : sans mftine plonger derrière ses cartons, son maiotien habituel dans les cas embarraseaDts, il demetire immobile, les yeux fixes, une grimace aux lèvres, songeant sans doute à des choies glorieuses, vaguement entrevues, qui auraient été possibles peut-^tre avec plus de courage et moins de servilité'.

C'est le seul moment, semble-t-il, où il comprend l'horreur épique de sa situation. Le reste du temps, il ergote, envieux procédurier discutant une affaire de mur mitoyen : il imagine qu'il gag neraf eul-èireea réduisant les moyens de la partie adverse : il a, d'abord, récueé tout joré ayant eu un parent, un ami, un client même, condamné par le tribunal révolutionnaire *. Puis il cherche it détourner les responsabilités : à l'en croire, les juges seuls sont répréhensibles ; lui n'était rien ; peut-on le punir de quelques négligencesf Un jour il lui échappa de dire : « — Dumas dont on connaît la férocité... » Il s'arrête, interrompu par les rires et les murmures de la foule.

Le président Liger dirige d'aillenrs les débats, avec calme et mansuétude ; avec courage aussi, car il en faut ponrouvrir l'écluse à un tel torrent d'incriminations contre un parti, naguère tout-puissant, et qui peut demain reprendre le pouvoir. Quelques incidents du procès sont k noter : k l'audience du 18 germinal, deux des eocusés, les ex-jurés Pigeot et Aubry, gravement malades, sont mis hors les débats. Est-ce une indication pour Fouquier? Ëspère-t-il apitoyer sur son sort en se déclarant souffrant

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Ll PROCES DD TRIBUNAL 330

lui aussi; le mime jour il se dit un peu fatigué, «nrhumé d'ailleurs et incapable de répliquer aux dépositions, et, sur sa. demande, le président lève l'audienos k deux heures et.demie de l'après-midi*. Où est le temps des paralytiques, amenés & son tribunal sur un brancard »t des impotents condamnés sans uvoir prononcé un mot ai ouvert les yeux ? L'un des témoins fait défaut", Caraot. Il adresse & Liger de Verdigny uo certificat médical

' Papier» inédit* àe LigerdeVerdigny.Noasdoniioiu, d'après cette source, le (u^mJlé du billet da Fouquier qn'sTïit conserva le prd~ aident et qui se retrouve parmi ses Dotes d'uudieaces.

' 1 Le 11 Qoréal an 3 do la RËpubliqua une el indivisible.

Camol, représentant du peuple, au président du tribunal révolutionnaire.

n Citoyen président, t Je voos ai prévenu te B de ce mois, qu'ayant rejn une assignation pour comparaître oomms témoÎD au Uibonal révolutioiuairt le 7, je n'avais pu m'y rendre pour canse de maladie, je vous adresse le certiQcat qui te coostitte.

■ Balnt et ftvtemitd.

« Camot. »

H Je Bouislgnë. membre ds Comité de santé de la section des Plqnei, cerilfle donner mes soins au citoyen Caraot, reprMtntaot du Peuple, demeurant rue Florentin, n° S, section des Tbolleriei, pour une maladie très grave dout il est atteint depuis Environ un mois et qui M lui parmet pas da quitter l'appartement.

a En foi de quoi je lui «i délivré le préasnt pour.lnl strvir ot valoir ce que de raison.

• A Paris, le S floréal, l'an 3' de la république une et indivisiblt.

• J. Lacaïc, officier de santé, me Honoré, o* SI. ■ ■ Vue et oerUU Part nom, Hembns Ou Commîtes Clril de la Section des Piques , i& tiignalure cy Uesaa* Locoze être véritable »l attettons que foi doit y être ajouttée. A Parie, le S floréal Ion S* Répnlilicaine.

« Girart.

1 Secrétaire fnIBer. * PapitTi médita de Liger deVerdigny.

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340 LE TRIBUNAL HÉVOLUTIONNAIKE

constatant qu'une grave maladie l'empêche de quitter la chambre; c'est pour Fouquier ua déboire : de tous les membres des anciens comités, auxquels il a obéi, aucun ne consent ^ venir partager l'anathfeme sous lequel il succombe : il est renié parceux-la même qu'il a si dérotement servis.

Le 3K germinal (14 avril) un coup de thédtre : sous la poussée de l'indignation publique, passent de la barre des t^moiBs au banc des accusés, les personnages entrevus aux premières audiences et qui avaient servi à Fouquier d'espions dans les prisons, les moutons Boyenval, Beausire, Benoit, Verney, Guyard, DupaumieretValagnos, auxquels on adjoint Herman, l'ancien président du tribunal et l'ex-jugeLanne, son secrétaire général â la Commission des administrations civiles, police et tribunaux.

De ce renfort de prévenus, le procès devient plus actif : les témoins, un peu craintifs au début, n'hésitent plus à parler, k mesure qu'augmente leur confiance en la justice du tribunal : chacun, maintenant, veut dire son mot, se vider de ce qu'il connaît de l'odieuse bande qui a tyrannisé la France, et d'heure en heure l'épouvante grandit au récit de ces forfaits encore ignorés. L'acteur Beaulieu raconte l'histoire d'un riche commerçant nommé Bézard, « le plus vertueux des hommes i>. C'est lui que le juré Gérard a interrompu dans sa justification en lui disant : — « Si ce n'est toi qui es coupable, c'est au moins ton frère ou ton père. — oJ'étaissi convaincu, poursuit Beaulieu, de l'innocence de l'homme que je connaissais depuis douze ans, que, pendant que les jurés étaient aux opinions, ayant consulté le président, l'accusateur public, les juges, tous me dirent : o Ton ami est sauvé ; il ne devait pas même être mis enjugement. » Je commis une imprudence que je me reprocherai toute ma vie : j'écrivis du tribunal à l'épouse , h l'infortunée fille de Bézard : Calmes vos dou-

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leurs, essuyez vos larmes, dans vne demi-heure je vous reconduirai mon ami dans vos bras... Les jurés lentrenl, Bëzard essuie le feu de (lie. Je dis que Gérard a ioBuencé ce jugemeot et je l'accuse de l'assasEinat de Bézard. »

Une clameur d'eiïroi et de malédictions emplit laGraod'- Chambre et Beaulieu s'adressant & Gérard, affaissé sur son gradin : « — Vous ne pouvez, dit-il, nier aucun de ces faits, ils doivent être présents & votre mémoire. Votre châtiment commence, car, par un hasard particulier, vous vous trouvez assis précisément il la mâme place, où voua avez égorgé le meilleur de mes amis '. m

L'ancien commis-greffier Wolf dépose longuement : il dit la hâte brouillonne de Fouquier, l'insouciance des juges, le cynisme des jurés, les révoltes muettes de ses collègues terrorisés, son épouvante du cauchemar dans lequel il a vécu : — « J'ai vu, pendant six semaines au moins, assassiner pnbliquement dans ce tribunal. Si l'on veut en avoir la preuve qu'on donne aux jurés, pour salles de délibération, la chambre du greCTe où sont conservées les pièces des procès. Que l'un d'eux, les yeux bandés, prenne le premier carton qui lui tombera sous la main : il y trouvera les jugements de quarante, de cinquante personnes, envoyées à la mort après une demi-heure de débats : il eût fallu plus que ce temps-là pourlire seulemen t la nomenclature des accusés; il eût fallu plusieurs jours pour prendre connaissance des pièces. J'ai dit qu'on prenne le premier carton : et si l'on n'y trouve pas la preuve de crimes dont les pareils n'avaient jamais souillé la terre, je consens à monter sur ces gradins b la place des accusés*! »

Une jeune femme de vingt-deux ans, vêtue de deuil, est

' l'rocès. Dt^posttioD de Beaulieu.

* l'apien inédili de Liger de Verdlgny, et Procia. Déposition de

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à la barre : c'est l'uae des condamnées du 1" thermidor ; Amélie-Laurence-Cëleste Saint-Pern, femme du citoyen Cornuillier. Elle a figure, comme ayant été exécutée, sur la Liste générale et très exacte des compîraleurs, au n« 2322. Pourtant elle est là. Sur le point d'être mère, un certificat des oTûciera de santé lui a sauvé la vie. Elle expose qae, mise eh jugement avec sou mari, sa mère et son frère, &gé de dix-eept ans, tous quatre ont étë condamnés & mort : l'enfant contre lequel n'existait aucun acte d'accusation a été « pris pour son père, âgé de cinquante-cinq ans ».

Le substitut Ardennedonne lecture des pièces de ce procès, aussi confuses que sommaires, et remarque : — « Les Juges et les jurés devaient s'apercevoir que le fils, ttgé de dix-sept ans, n'avait pas pour femme, sa mère, Agée de quarante-huit ans : le tribunal a condamné le fils pour le pËre. » — Quels jurés siégeaient ce jour-là? On ne sait : leurs noms ne sont même pas inscrits au procès-verbal d'audience. Mais la jeune femme les désignera, elle : elle n'a pas oublié Renaud in, ChÂtelet, Prieur, qu'elle dévisage et qu'elle reconnaît. Vont-ils nier i Non I elle a contre eux une preuveaccablunte.

— « Je me suis, dit-elle, rappelé leurs noms, parce que mon mari, allant au supplice me remit ses cheveux roulés dans le papier qui contenait la liste des jurés. »

— Là elle étouffe de sanglots : — « J'offre de représenter ce feuillet, il est chez moi.» Tout l'auditoire est en larmes i la scène, note le compte rendu, « est déchirante » ; un citoyen de bonne volonté s'offre à aller chercher la liste : il reparaît bientôt, tout courant, et Ardenne donne lecture du document : les souvenirs du témoin sont exacts, Chdtelet, Prieur, Renaudinsiégeaient ce jour-là'.

' Proeii ut Wallon, V. oi.

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3(t LE TRIBUNAL RliVOLUT10N»A.inR

Voici maintenant, une autre femme en deuil. C'est M" de Maillé, celle qu'une crise nerveuse sauve de l'échafaud le 9 thermidor: — «Je fus, dit-elle, conduite àlamai- Bon d'arrât de Saint-Lazare ; mon âls âgé de seize ans, et qui n'avait pas été arrêté, voulut m'y accompagner ; il fut. le 6, conduit au tribunal; j'ai appris que si je ne l'y suivis pas, ce jour-là, c'est qu'une dame Mayety fut amenée à ma place, et qu'on lui dit après sou jugement : — « Ce n'est pas TOUS qu'on voulait condamner ; mais c'est autant de fait ; autant vaut aujourd'hui que demain ! m Quand vint mon tour, en entrant dans cette salle et voyant ces gradins sur lesquels mou fils avait péri, je tombai évanouie: le peuple indigné, voyant le triste état où j'étais, m'a fait sortir del'audience. ».

— Il Je siégeais ce jour-l&, int«rrompt du banc des accu- Béa, l'ex-juge Lohier; ce n'est pas le peuple, c'est moi qui lit retirer la citoyenne Haillâ... m Hais le témoin rectille :

— (i C'est au peuple que je dois de n'avoir pas été jugée : je restai toute la journée couchée sur des chaises dans la salle des témoins, sans connaissance.

— « Avez-vous la preuve, demande Ardenne, que votre Gis n'avait que seize ans ?

— Voici son acte de naissance : il est né en 1777, le 2S août... Tout son délit était d'avoir jeté un hareng pourri au nez d'un garçon traiteur qui le lui avait servi... il a été condamné àmort. »

Elle pleure: dans l'auditoii-e, des femmes gémissent et s'exclament ; Fouquier chicane : — « Si le jeune Maillé est comprii; dans l'acte d'accusation, c'est qu'il a été traduit par arrêté du Comité de Salut public. — Il ne se trouve dans le dossier, réplique Ardenne, aucun arrétédu Comité.

— Il doit s'y trouver une liste, insiste Fouquier, une liste avec ces mots : à envoyer à l'accusateur public, et signée de trois noms. — Il n'y a aucune liste. — Si c'est ainsi,

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on a soustrait des pièces, je n'ai plus k répondre, u Dans ces moments où il sent « la terre se dérober sous lai », il est effrayant à voir : son regard fait malgré soi baisser les yeux : il nie avec une assurance rageuse : «l'imposture, l'audace, l'opiniâtreté, la colère, sont les seules armes qu'il opposeà la puissance de ia vérité: toutes les passions criminelles s'échappent à la fois du food de sa conscience etle mettent pour ainsi dire «jour auxyeuxdes spectateurs ' ». Le tribunal, dès le 18 avril (29 germinal) s'est déclaré en permanence : il siège maintenant le décadi : à partir du 91 il tientdeuxaudiencespnrjour * ; et le lamentable défilé ne s'arrête pas. C'est encore une femme, voilée de noir; elle tient à In main un feuillet de papier: elle s'appelle M"" de Sérilly, elle est veuve : — « Le 21 floréal, dit-elle, mon mari, moi ot vingt autres personnes, avons été ici condamnés k mort : on se borna à demander nos noms, nos ftges et nos qualités, tels furent les débats: aucun accusé ne fut entendu. Je n'ai conservé la vie que parce que j'allais être mère et que les chirurgiens en fournirent l'attestation. » Et, déployant le papier qu'elle tient à la main : — « Voici, ajoute-t-elle. mon extrait mortuaire : il m'a été délivré par ta police administrative de Paris. »

Le substitut Ardenne reçoit la feuille, la lit : — « l<'ouquier, interroge-t-il, pourquoi la citoyenne Sérilly se trouve-t-elle inscrite sur les registres des décès de la municipalité de Paris '. » Pouquier répond avec insouciance : — « Je l'ignore : c'étaient les huissiers qui constataient les exécutions, n Mais la morte s'est placée en face des gradins : « J'ai vu là mon mari, fait-elle, j'y vois aujourd'hui ses assassins et ses bourreaux' t.. .»

' Mercier. Lt Nouveau Paris.

' Papiers l.igor.

' l'i-oeés FotiguUf. A.-M.-L. Tluiiiias, vcuvi! HaiRiil dr Sérill;-.

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346 LE TBIBDNAL RÉVOLUTIONNAIRE

11 semblait que l'efTet causé par cette apparition ne pût pas être surpassé : il le fut cependaDt : à l'audience du 2 iloréal parut un jeune bomine de vingt-deux ans, Fran- Soie-Simon Loizerollea : il avait étë emprisonné avec son père et sa mère, h Saint-Lazare : le 7 thermidor, à l'heure où les pourvoyeurs faisaient pour Pouquier la provision du lendemain, il eotendit crier son nom : c'était la mort : il courut à la chambre de son pire pour lui faire bcs adieux et trouva un guichetier qui entraînait le vieillard : c'est donc celui-ci qu'on a appelé ¥ Le jeune homme voulut se jeter dans ses bras ; maia le guichetier le repouBsa : — « Tu fais l'enTant, dit-il demain, ce sera ton tour, a

En arrivant k ia Conciergerie, LoizeroUes père reçut son accusation : quelle surprise I Ce n'est pas son nom que porte l'acte, mais celui de son fils : il ne dit mot, met la pièce en poche et attend l'audience : les jugea, les jurés s'aperce vroDt-i] s de l'erreur ? Mais non, pas un d'eux n'a lu mënielee noms de trente malheureux qu'ils condamnent h mort : pas un n'a récUmé, quand, h l'appel du nom de Fi'ançois- Simon LoizeroUes, âgé de vingt-deux ant, bredouillé par le greTâer, un vieillard à cheveux blancs' répondit : C'est moi. 11 fut expédié avec les autres. Avant de monter dans la charrette du bourreau il se conlla à l'un des détenus de la Conciergerie, nommé Pranville : — « Ces gens-là sont si bêtes, lui dit-il, ils vont si vite en besogne, qu'ils n'ont pas le temps de regarder derrière eux, il ne leur faut que des tètes, peu importe lesquelles : au surplus je ne fais pas de tort à mon fila, tout le bien est k sa mère : si au milieu de ce tourbillon d'orage arrive unjour serein, mon fils estjeune, il en profitera. » Et il alla résolument à la mort.

Lorsque, après le 9 thermidor, sorti de prison, le jeune

' Loiierolloa pure avait soUaote-deux ans. Procès FouqitUi:

D.nt.zedbïGoOglc

LE PROCÈS DU THIBUfUL 347

Loizerollea tenta de recueillir quelques reoseignementSBur les derniers moments de son père, il fit la rencontre de Franville qui lui conta l'héroïque sacrifice dont il avait reçu la confidence : Loizerollea épouvanté courut aux comitée, au tribunal se fit délivrer une expédition du jugement... C'était vrai.-t Son père était ceneé vivant et lui-même était déclaré mort I Le voici maintenant à la barre, il est accompagné de Pranviile ; il dit l'héroïsme de son père, en un récit que coupent les sanglota et les cris ; il suffoque; l'assistance entière pleure avec lui; les juges, les jurés, s'essuient les yeux : l'audience est interrompue, et, tandis que Fouquier, du ton d'un homme qu'on tracasse pour des vétilles, explique que l'huissier chargé d'amener les détenus aura pris le père pour le fils et rejette tout sur son substitut Liendon, le président iiiger, très ému, se hâte defermerle^ débats.

L'audition des témoins se termina le 1" mai, à deux heures après midi ; h la reprise de l'audience, le même jour, le substitut Cambon commenta aussitôt sou résumé. Tandis qu'il parlait, Fouquier feignait de dormir ' : à huit heures du soir il se levait & son tour et entamait sa défense. Jamais, au temps oii il avait h. requérir contre cinquante ou soixante accusés, il n'avait parlé avec tant de prolixité : d'une voix haute, menaçante encore, et sur le ton de la colère, il plaida deux heures sans aucune pose. 1 dix heures du soir le prétîident l'interrompit et remit au lendemain la suite des plaidoiries. Le 2 mai, Fouquier reprit la parole à oeuf heures du matin et la garda encore durant quatre heures ^ Chacun des autres accusés prononça quelques mots et ce.s diverses déclarations occu-

' .\!(;i'cii;i'. Le Soueeau Parit.

' Cumpai-don. II, 309.

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348 LE TRIBUNAL HËVOLOTIONNAIRE

përent l'après-midi du 3 et la journée du 4. Foaquier crut utile de reveDir à la charge : il insista sur ce point a qu'il manquait un complément h sa défense : la comparution des anciens membres des Comités. — « Ce n'est pas moi, ajouta-t-il, qui devrais être traduit ici; mais les chefs dont j'ai exécuté les ordres. Je n'ai agi qu'en vertu des loia portées par une Convention invostiede tous les pouvoirs; par l'absence de ses membres je me trouve le chef d'une conspiration que je n'ai jamais connue; me voilà en butte h ia calomnie, à un peuple toujours avide de trouver des coupables »

Une explosion de murmures l'interrompit : de son regard terrible il parcourut l'assemblée : — « Il n'y a que des malveillants, termina-t-il, qui puissent trouver mauvais ce que je dis. »

Un de ses co-accusés, au cours des débats, avait donné à la même idée beaucoup plus de relief : — « Nous n'étions que la hache, avait-il dit. Fait-on le procès à une hache?» L'argument n'était d'ailleurs qu'à demi boiteux : les vrais coupables étaient bien là, seulement ils n'y étaient pas tous.

C'est ce que tenta d'établir l'avocat de Fouquier-Tin ville. Gaillard de la Ferrière; on ne possède pas le texte de sa plaidoirie; mais les notes prises à l'audience par le président Liger permettent de la reconstituer dans ses grandes lignes.

Gaillard commence d'abord par remercier le tribunal de sa patience: «Ce procès, dit-il, fera époque dans lesfastes de la Révolution . En lui consacrant quarante-cinq audiences vous avez comblé la mesure de la justice u. Il apostrophe ensuite Loizerolles, « fils malheureux pour la vie, toi qui la dois une seconde fois h ton përel » l'uis il aborde auBsitût son sujet : les jugements en blanc, les irrégularités, les erreurs..- tout cela est étranger h Fouquier : il n'était que partie requérante : il ne reste contre lui que dea

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jtj'opos : il y a victorieusement répondu. Deux questions seulement méritent d'être étudiées : 1° Fonquier fut-il le complice des tyrans ? S* Fouquier a-t-il agi sciemment?

Touchant le premier point, le défenseur assure que Fouquier n'a jamais rendu visite à Robespierre : il a paru aux Comités; mais ses fonctions l'y obligeaient. Et Gaillard énumfere les lois draconiennes auxquelles le tribunal dut sa naissance et ses diverses extenaioas. Arrivé aux conspirations des prisons, il affirme qu'on ne peut nier au moins l'existence de celle du Luxembourg : obligé de requérir, Fourquier obéit; le surplus lui est étranger. Du reste, il est à remarquer que tant que le gouvernement fut modéré, l'accusé le fut également.

Si le 9 thermidor Robespierre eût vaincu, Fouquier aurait porté sa tête sur l'échafaud : on lui eût reproché d'être resté à son poste le jour de la lutte. « Et si, aujourd'hui encore, — cette supposition est un sacrilège ! — si les omis des conspirateurs triomphaient, pardonneraient-ils h Fouquier d'avoir requis l'application de la loi contre Couthon, Saint-Just, et leurs complices' »?

CressendparlaensuitepourBoyenva], Verney etDupaumier ; Villain pour Benoît et Valagnos ; Boutrou pour les juges et les jurés en masse ; Gobert pour Herman, Lanne et Beausire; ces divers plaidoyers occupËrenl les séances du 5 mai ; avant que, dans l'après-midi de ce jour-là, le substitut Cambon prononçât son réquisitoire, quelques-uns des accusés implorèrent, en peu de mots, la clémence du jury; Renaudin sanglota au point d'émouvoir l'assistance, faisant valoir qu'il était père de famille, et qu'il se repentait.

Le président Uger les laissa parler : puis il présenta le

' Papier» inéilitî de Liger de Verdigny. Notes d'audience.

D.nt.zedbïGoOglc

350 LE TRIBUNAL RlVOLUTIONNAIRE

résumé de l'affaire : k sept heures du soir le jury se relira dans la salle de ses délibérations.

Un cas singulier embarrassait grandemeDl le tribunal : il devait obligatoirement poser la question d'intention contre-révolutionnaire. Or il ne pouvait pas sotroarer un juré honnête pour déclarer que Fouquier et ses complices aralent agi dans un but anti-révolutionnaire. C'était pour tous l'acquittement assuré. Le président en référa au comité, lequel répondit que, aux termes de la loi, a l'accasé, après avoir été convaincu, ne peut être acquitté que si te jury déclare en même temps que le fait a été commis involontairement ou sans mauvaise intention ».

Lesjurés restèrent dix-sept heures en délibération : le 6, à midi, ilB rentrèrent en séance. Liger recueillit les réponses, formalité qui se prolongea jusqu'à trois heures : ce n'est qu'à cinq heures du soir que le président ordonna d'introduire les ex-juges Maire, Ueliëge, Harny, Naaiin, Lohier, les ci-devants jurés Delaporte, Duplay, Trïncbard, Brochet, Chrétien , Ganney.Trey, ainsi que Guyard, Beausire et Valagnos accusés de délation. Il leur signifia le verdict qui les acquittait. Puis on rouvrit les portes et les aeixe autres, escortés de gendarmes, reprirent place sur les gradins.

Liger commença alors la longue lecture, fixant individuellement chacun d'eux sur son sort : — c En ce qui concerne Fouquier-Tinville la déclaration du jury le reconnaît auteur et complice des faits du procès et déclare qu'il a agi avec mauvaise intention ...»

Fouquier ne dit mot.

«... Scellier est complice et a agi avec mauvaise intention.

— Ils en ont menti t hurle Scellier.

— Oui ! Oui ! nous pensons tous de même », crient quelques autres.

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LE PROCÈS DU TRIBUNAL 3&t

Dans son émoi, Scellier s'est couvert ; le gendarme qui l'escorte riavite à plus de respect; mais Scellier prend son chapeau et le lance rageusement par la fenêtre ouverte, dans la petite cour de la Conciergerie.

HermaD, nommé à son tour, saisit une brochure qui se trouve sous sa main et la jette h la tête du président'. — a C'est Herman ! » dénoncent aussitôt ses voisins. Mais Scellier , quoique affaibli par un état continuel de maladie, continue à se débattre : il étrangle de colère et sa gorge serrée n'émet que des cris inarticulés : pourtant on distingue celui-ci : « Votre tour viendra, f..... et ce ne sera pas longl »

Garnier-Launay clame Vive la République I Foucault, en entendant la sentence qui le condamne, crie également Vive la République! et, se tournant vers l'auditoire en rumeur : — « Je lègue aux vrais patriotes ma femme et mes six enfants ! o

RenaudÎD, déclaré coupable, se remet h sangloter : — H Je péris innocent, gëmit-il ; jamais je n'ai eu aucune mauvaise intention. »

Au prononcé de son nom, le beau Vilate s'emporte ; « — 11 est bien inconcevable qu'on BOit assez injuste pour me confondre avec un individu tel qu'un Fouquiert »Puis ses idées se brouillent : il divague, lance, en gesticulant, quelques phrases inintelligibles.

Le président, cependant, poursuit, imperturbable, sa lecture; maison ne l'entend plus : c'estdans le bruit croissant, les cris des condamnés, les murmures du public, que Lero;- Dii-AoUt, Prieur, ChAtelet, Girard, Lanne, Boyenval, Benoit, Dupaumier et Verney sont, eux aussi, nommés parmi ceux que le verdict atteint. Quand l'accusateur

' Telle est lu version dn Moniteur, D'après la Courrier républiaAn du 19 floréal, Herman jeta son chspean par UfenStre et Scellier lança la hrochnre au président.

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352 LE TRIBUNAL HÉVOLUTIOKNAIBE

public réclame la confiscation de leurs biens au proût de la llépiiblique, Scellier, toujours écumant, rdle :

— " Elle n'aura f....! rien de moi! »

— « C'est dans quarante jours, prophétise un autre; encore quarante jours et Ninlve sera détruite'. »

Fouquier demande et obtient la parole sur l'application de la peine :

— « Après une procéduie dans laquelle les seids auteurs des crimes qu'on nous imputait n'ont point paru, diUil, on

prononce contre nous In mort Uù est la justice? Mais

la postérité jugera. Je n'ai plus qu'un mot à dire i je demande que l'on me fasse mourir sur-lc-cbamp et que vous montriez autant de courage que j'en ai. »

Il se tait : I,'ex-juré Giraid parle k son tour : — « Je meurs & la place de ceux qui ont causé les maux de ma patrie. Je souhaite que ceui qui nous survivent soient plus heureux que nous I »

Et, tandis que la sentence, enfin, est lue, Scellier, auquel on n'a pu imposer silence, invective encore le président, dont la vois est mal assurée :

— « Apprends donc k lire ! »

— <( Kb ! Châtelet, fais un peu ta caricature, n ricane quelqu'un à 1 aspect de la mine livide du peintre écoutant son arrât de mort. On se souvient qu'il avait pour habitude de crayonner la tote des accusés sur le sort desquels il allait prononcer. ChÂtelel se redresse sous l'insulte : — « Si je faisais la vôtre, en ce moment. Monsieur, je ferais celle d'un Uche! »

Au moment où le nom de Foucault est prononcé, un cri sort de la foule, un cri poussé par une voix d'enfant -. Scélérats, rendez-moi mon père ! » Et l'on voit se débat-

' Courrier républicain, 10 Morx'al. hui anti'cii incidents aont rap-

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tre UD garçonaet d'une dizaine d'années, que des gpecUteuTS charitables entraînent', tandis que les condamnés sont poussés par les gendarmes hors de cette Grand'Cliambre qui, ai longtemps, a été leur domaine.

Une dernière fois, en troupe tumultueuse, ils suivirent le long couloir de la Tournelle ; par l'escalier de la tour Bonbec, ils regagnèrent le préau vide de la Conciergerie et furent aussitôt dirigés vers le greffe de la prison oîi l'on devait procéder aux préparatifs.

Fouquier-Tinville avait eu efTet sollicité une dernière grâce : celle de la mort immédiate et, par humanité, l'accusateur public Judicis avait décidé que l'exécution aurait lieu Je soir marne. On a l'ordre donné par lui au cAarpentier du domaine de faire dresser à l'instant l'échafaud sur la place de Grève.

Que se passa-t-il entre les condamnés lorsqu'ils se retrouvèrent & la Conciergerie*? Une vive discussion, sans doute, entre eux, s'engagea : quelques-uns espéraient encore sauver leurs têtes; car ils firent demander à Judicis un sursis jusqu'au lendemain, et comme l'ordre & l'exécuteur n'était point encore expédié, l'accusateur public se laissa iléchir, raya, sur sa réquisition, les mots à l'instant et les remplaça par ceux-ci : demain, dix-huit floréal, à neuf heures du malin'-

11 restait donc, aux condamnés, quatorze ou quinze heures & vivre; huit d'entre eux, se raccrochant en déses-

' Courrier Tépuhticain.

' BaUiitnrd, Hùloire dtt Proeureun el det avouât, II, 361, asinre qno Blrgny, l'&cqaérear do rBUcienDO ch&rge do Pouqiiier, u'&baudOQii& pu celui-ci et toutagea ttt demitr* itulanlt-

' Voir VAmalaur tTaulographet, avril lOOS. Lu pièco a été pabliée on fac-simUé par Leoocq : Note* et document* iwr FcoiJuier-TàwilU, Le CooTfitr répubketàn du 19 flordal doIo qao si le luppliCB ftit difléti, c'est p&rcD que a ou ne trouva pu reidcuUnr *.

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au LE TRIBUNAL BÉVOLUTIONKAIRE

pdréi k une fragile et dernière ebaoce, rédigàrwt en hite cette supplique, qua Garnier-Launay, fâbrilament griftoaat :

Aux citoyens représentants du peuple composant le Comité de LÉgiilalion.

Citoyens représentants, Pierre-Prançoia Girard, Pierre-Joseph Boyenval(5tc], Etienne Foucault, Pierre-Guillaume Benoit, François Garnie r-Lauoay, Claude-Louis Châtelet, François du Pommier, Joseph Verney, que {sic) par jugement d'aujourd'hui 17 floréal les susnommés ont été condamnés avec autres & la peine de mort comme complices de la conspiration de Robespierre, Collot, Btllaud et Barrère {sic).

Ces Irois derniers quoiqu'ils ont été condamnés à la déportation, est-il juste que des complices supposés soient condamnés à une peine capitale tandis que les chefs' ne sont condamnés qu'à la déportation; c'est une question que les susnommés ont cru devoir vous inviter à soumettre à la justice de la Convention nationale.

GAnMBR-LA.UNAY, VeRNET, ChàXKLBT,

BoYAVAL [sic), DUPAUMIER, GiRAHD, BbhOIST,

FoocAULT ayant femme et six enfaats=.

11 est émotionaant l'original de ce court billet, tracé dans l'angoisse, par ces mourants dont les minutes sont compttics et qui mettent là leur suprême espoir. On se

* C'eat-Mire Billuuil-Vareiuie. Cotlot 4'Uorbnis, Barâre, dont la Convofiiioa avuL likidd la dcportaUoo, les 1^-13 germiaal.

* L'origlDOl lia oeU«l«(t« foil pwtie dai coUectioai d'oaUgru^M da Musée Caroavftloti

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LE PB0GÈ3 DU TRlBOIUi. 3BI

les représente, groupes autour de ce papier, discaiftot ce qu'on y va écrire, vile, vite ; le temps manque pour chercher des arguments : ie plus frappant sera cet appel de détresse que Foucault joint à son nom, apposé le dernier. Et les autres, pourquoi ne signent-ils pas? S'abandonnent-ils ? Ou plutôt ceux-là, s'imaginant être les moins avilis, ne consentent-ils point à ce que Scellier, Dix-Août, Renaudtn, les fameux, Hcrmau qui a condamné la reine et Vergniaud et Danton, Fou quier-Tin ville surtout, compromettent, en s'y associant, ce dernier recours à la pitié de la Convention. A quelles altercations donna lieu le choix dee signataires? Quelles vérités, quels reproches, quelles injures durent échanger ces hommes violents, éperdus h la pensée de la mort imminente ? Et que dut être pour eux la nuit suprême, dans cette prison vide, hantée d'innombrables spectres, acharnés comme des remords?

Quand l'aube éclaire le ciel, une fraîche aube de mai, ensoleillée et riante, qui dore les toits des vieilles tours laissant dans l'ombre le préau sinistre autour duquel rAdent les moribonds, aucune réponse du Comité de Législation n'est encore parvenue : Taut-il désespérer? Déjà ils entendent le Palais s'animer du grand mouvement qui précède les importantes foumées et dont ils connaissent si bien tous les bruits : vers huit heures la rumeur de la rue et des cours leur arrive, comme une première boulTée de l'exécration universelle ; presque aussitôt les grilles s'ouvrent, les gendarmes paraissent, les gediiers, les aides du bourreau : l'heure est venue.

Fouquier-Tinville, avant de se livrer à l'exécuteur, demanda qu'il lui fût permis de tracer quelques lignes ; voici oe qu'il écrivit : c'est son testament, sa protestation dernière a l'adresse de la postérité :

Je n'uy rien à rue reprocher; je me suis toujours

D.nt.zedbïGoOglc

3Sa LE TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE

conformé aux lois ; je n'ay jamais été créature de Robespierre ny de Saint-Just; au contraire, j'ay été sur le point d'être arresté quatre fois; je meurs pour ma patrie sans reproche, je suis satisfait; plus tard, on reconnaîtra mon innocence.

A. Q. FouguiERi.

Le greffe de la prison était divisé en deux pièces par une grille de bois ; tandis que dans la première, le greffe proprement dit, les tiuissiers s'occupaient k la levée des écrous, dans l'autre, les commis de l'exécuteur procédaient à la toiletle des condamnés : ceux-ci l'un après l'autre s'asseyaient sur un escabeau : un aide ramenait leurs bras derrière le dos, liait les mains et, tout de suite, celui qui allait mourir sentait sur sa nuque, comme un avantgoût du couperet, le fioid des ciseaux, tailladant les cheveux. On ignore tout des réflexions, des fanfaronnades, des malédictions, des railleries forcées, échangées entre ceux qui étaient déjà, prêts et ceux qui attendaient leur tour; mais la réunion, dans cette antichambre de la guillotine, de tous ces hommes qui l'avaient si longtemps repue, dutétre pour les guichetiers, les gendarmes, les bourreaux même, leurs anciens sous-ordres, un de ces spectacles qui ne s'oublient jamais. H semble certain que quelques-ans des condamnés espéraient encore et cherchaient à gagner du tempe, carledépart, indiqué pour huit heures et demie, n'eut lieu qu'après que dix heures furent sonnées. Sans doute attendait-on une réponse du Comité de Législation : rien ne vint ; il fallut se résigner. Trois charrettes étaient dans la cour du Mai : les seize y montèrent, Fouquier prit place sur la dernière ^ et le cortège s'ébranlait

* ArcMoa nationales, W. 4T9. Cité par W&UoD-

' Àulard. Pai-ùi pendant ta réaclion l/itrmidorienne, 1, 707.

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i.E PROCES DU TRIBUNAL 3&7

k pcinequ'uiie formidable clameur Vive lajustke s'éleva de la foule eotassée contre les grilles... Fouquier-Tioville songea peul-ôtre au jour lointain où, pour la première fois, basochien ambitieux et rêvant d'avenir, il avait pénétré, inconnu, dans ce Palais, qu'il quittait maintenant, souffleté par les huéesde Paris tout entier.

La grille franchie, les charrettes tournèrent à gauche dans la rue de la Darillerie, se dirigeant vers le Pont-au- Change.

La veille déjà, 6 mai, à l'aononce du supplice prochain, une innombrable poussée de curieux avait envahi, vers sept heures du soir, les quais, les ponts et la Grève. « L'esprit qui semblait animer cette multitude, conte un espion de police, n'était point cette joie féroce des cannibales, jadis spectateurs journaliers des boucheries révolutionnaires ; la curiosité qui nous porte à voir des monstres extraordinaires paraissait être le seul sentiment de cette foule d'individus de toute fortune, de tout âge et de tout sexe : dans tous les rangs, dans tous les groupes, dans tous les rassemblements, une seule vois se faisait entendre ; — Il ne l'a pas volé ! On lui a laissé tout le temps et tout les moyens de se défendre ! L'un racontait comment le monstre l'avait privé d'un ami ; l'autre, comment il avait égorgé son père; celui-là exposait que, trois jours plus tard, il aurait péri sa victime ; quelques-uns même se félicitaient d'avoir échappé par miracle ii ses nombreuses chairstées. ËnQu on ne rencontrait personne qui n'eût un parent, un ami h redemander à cet anthropophage ' », et quand on apprit que le supplice était différé jusqu'au lendemain, on se promit bien de revenir, en nombre, maudire le monstre au passage.

' Aulird. Paria peiitlmU la réaction thei-mUheUnne. I, 71)7.

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3S6 LE tAIBUKAL BtVOLDTIONnAIBE

Pourtant, dans les cafés, quelques parleurs qui se prétendaient bien informés, avaient colporté que la Convention ne permettrait pas l'exécution ; Fouquier serait déporté; la mesure s'imposait « pour ne pas exposer cet homme aux regards du public, auquel il ne manquerait pas de révéler beaucoup d'horreurs que le gouvernement avait intérêt de tenir secrètes ' ».

I^éanmoina, le 1 mai', dès huit heures du matin, la population presque entiËre dévalait vers les quais et la Grève : a les rues ne pouvaient contenir le flot immense (lu peuple; toutes les croisées qui se trouvaient sur le chemin des charrettes étaient garnies d'une foule de curieux et de curieuses, sur le visage desquels on lisait cette sfitisraction que procure k la vertu la destruction du crime 'o. Quelle inédite et torturante sensation : mourir et voir tout ce qui vous entoure en proie à l'allégresse !

A Fouquier allaient tous les regards et toutes les apostrophes : On val'ôler la parole ! criaitTun. L'autre : Dans deux minutes tu seras hors des débats t Ou bien : Ta fonscience est-elle assez éclairée? Et encore : Le peuple va faire feu de file à son tour ! Et de lamentables ensembles montaient : a Va rejoindre les victimes, scélérat t — Rends-moi mon frère, rends-moi m,on ami, mon père, ma femme, ma sœur, mon époux, ma mère, rends-moi mes enfants InUoi femme, belle etjeune, s'était accrochée aux ridelles de la charrette et, malgré l'effrayant remous de la foule, malgré sa fatigue et son désespoir, elle ne (•ospa,à moitié foile, d'accabler de ses malédictions l'apaassin de son mari *.

' Anlard, p. 70!.

* 13 noriia! an HT.

' Aiilard. Pari» pendant la riacl'ion Ikermidorienne. 1. Ti

' Refit dn Moniteur.

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LE PROCÈS DU TRlBtNAL 3B9

Pooquier, cahota par le mourement heurté des roa«8 qu'ftrrttait louTent et longtemps l'entassement comp&ct des curieux, était pâle et déjà cadavérique : ses yeux, injectés de sang, au regard très tÎT, brillaient de colère, oa semblaient, par moments, égarés, cherchant où se fixer : tous ses muscles étaient contractés : aux fureurs de la foule, il répondait des injures qu'on ne distinguait pas: toutefois ou perçut ces mots : Vile canaille I va chercher du pain! Car Paris mourait de misère à cette époque : les suicides causés par la faim étaient fiéquents et l'on achetait un louis d'or pour quinee cents lîrres d'assigoats'. N'importe, on était content de voir périr celui auquel on attribuaitia plus grande part des malheurs présents, celui, du moins, qui avait été, sinon l'inetigateur, du moins riastrumenl de la Terreur.

Sur la place de Grève, au pied de l'échafaud, les charrettes se vidèrent : tout aussitôt on vit l'un des condamnés émerger du cercle des soldais et basculer sur la planche ; un autre suivit, puis un autre... Quinze montèrent ainsi; debout, renversés, poussés sous le couteau, qui tombait à intervalles réguliers. Chaque fois que le tas des corps tronqués se grossissait d'un cadavre, la foule immense haletait de soulagement : cela dura environ vingt minutes, vingt minutes de piétinement défaillant pour le dernier qui voyait cela, de ses yeux fous, et qui attendait. C'était Fouquier : il parut enfin, bascula h son tour; le puissant triangle tomba, et comme le public réclamait la léie, l'un des eiLéculeurs, plongeant le bras dans l'horrible aac de cuir, la poursuivit parmi les autres, la saisit par les cheveux et la tenant dans ses doigts crispés, l'éleva, bien en vue. On applaudit.

Deus. heures plus tard, aux Tuileries, comme la Conven-

' AnUrd. Réaction Ikermidoiienne . I, 716.

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360 LE TRIBUNAL RÉVULUTIONNAIRE

Uon est entrée en séance et qne l'un des secrétaires donne lecture de la correspondance, on entend un bruit de sanglots qui vient de la barre : grand émoi : un enfant de onze à douze ans, repoussant les buiesiere, s'ourrant un chemin dans tes groupes, se précipite vers le bureau, criant : mon pauvre père I On l'entoure, on s'efTorce aie calmer: tout en pleurs, il présente une lettre au secrétaire : tandis que, dans l'ëmotioD, la lettre est lue àla tribune : chacun s'informe: elle est de lui, le petit Foucault, Qlsde l'un des condamnés: il demande un surbis à l'exécution de son papa qui n a pu commettre des erreurs, mais qui n'est point criminel » et dont la malheureuse femme va rester veuve avec sis enfants t Le président, — c'est Vernier, — attire h lui le pauvre petit qui fond en larmes, le consola, et, pour couper court à l'incident, prononce aussitôt le renvoi au Comité de Législation. Le jeune Foucault est remis &nn huissier, qui l'emmène*...

Des quinze acquittés, sept seulement furent remis en liberté : Maire' Deliëge, Harny, Delaporte, Ganney, Guyard et Beausire. Les autres, c'est-à-dire Naulin,Lohier, Duplay, Trinchard, Brochet, Chrétien. Trey et Valagnos furent, « à la diligence de l'accusateur public n, réintégrés dans les

* Courrier tipablicain du 19 florétù an 111.

' Maire s'installa, en 1B03. & Vitlcaux, CAte-d'Or, et y mourut, d'ooa Taçon tragique, le S5 décembre IBÎi. On racontu que, s'étant endormi pn^a de sb cheminée, il lomba dans le feu st eut la tête carbonisée. Moire qni élajt. comme nous l'avoas dit, fils d'un garde-chasse du domaine royal de Versailles, passait, à ce qu'on prétend, pour être issu d'une fille du i'arc-ani-Cerrs. Voir A. Uouarctie, II, 919, et Ctm pardon, peutim.

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prisons d'où le procès les avait tirés'. Mais bienldt ils furent rendus à la liberté; tous disparureot et se cachèrent si bien qu'il serait difficile, sinon impossible, de les suivre jusqu'à leur fin. En l'an IX, quelques-uns furent inquiétés ' h Toccasion de l'affaire de la Machine infernale : on sait que Foucbë, persuadé que les royalistes étaient coupables de l'attentat, saisit cependant cette occasion de débarrasser Paris de quelques Jacobins survivants; il se souvint des anciens jurés du tribunal révolutionnaire. Brochet, qui avait alors un fils à l'armée d'Italie, fut déporté et s'évada de Gajenne^. Chrétien, également poursuivi, se cacha chez un certain Liard, à Soisy-sous-EtioUes, où on le découvrit ; il fut écrouë au Temple, et expédié aux îles '. Didier, Antonelle, Legros, Château, Jourdeuil furent aussi déportés '. To pi no-Lebrun, qui avait été compromis dans la conspiration d'Aréna mourut sur l'échafaud. Ceux qui

' Regiairt de corrupondance du Tribunal Av. 18 floréal su IM, k la Commission des Administralions civiles.

n Jb voua prévienB qu'un eiËcution du jugement rendu par le tribunal du 17 Doréal présent mois, portant que, à la diligence de l'aC' cusatenr, les cy après nommés serooL réintégrés dans loa maisons d'arrêt d'où ils ont été distraits par mandat d'arrêt de l'accusateur public pour être mis en jugement, comme complicoB de Fouquier et aatrea, j'ai fait conduire du i'icssis les Citoyens Manllin, Trinchard, Lotiier, Trey, Chrétien. Brochet et Duplay. Quant k Vallagnos qui avait été extrait do la maison d'orn^t de BicCtre. je le ferai reconduire dans le mGme lieu aSn de suivre le jut;e ment dans son entier. Je dois vous taire observer que Chrétien a été distrait du chïtean de Ham et je me propose à cet tigord d'en prévenir Is Comité de Sûreté Générale qui décidera si Chrétien sera réintégré à Ham on dans une aulro maison d'arrGt, d

Archives jialionalej, W. Î31-233.

' Le déporté se nommait Jean- 1! tienne Brochet. Esl-ce bien le memef Due simple assonance de nom Bumsait, en ISOO, h désigner un suspect, i, l'inquiétude soupçonneuse de Fouché. Destrem, Lei déportaliona du Consulat et de l'Empire,

' Archives de la préfecture de police. A/faire du 5 nioCie.

' ÀntAuclle mourut à Arlos sous la Restauration.

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parvinrent àsefaire oablieret qui vivaient encore àl'ëpoqae de la Restauration, ne la virent pas, comme bien on pense, sans angoisses. L'un d'eux, Gemon, réclamait, en 1817, un certificat constatant qu'il n'avait pas siégë dans lo procès de la reine '.L'ancien juge Subleyras, devenu avoué à Hootpellier, prenait In mente précaution*. Hais le gouvernement de Louis XVill ne tracassa point loa anciens membres du tribunal et ceux qui avaient surréco purent terminer tranquillement leurs jours. Ce n'est que dans les provinces où ils s'étaient retirés qu'on pourrait, peut-être, recueillit quelques renée ignementa sur leurs dernières années.

Le procès de Fouquier-Tiii ville et de ses complices, marqua, d'ailleurs, la fin du tribunal révolutionnaire. Dès le 40 mar8l79S, Boissj d'An glas rappelant que, au 9 thermidor, la Convention en renversant la tyrannie, avait pris l'engagementd'en réparer les injustices, proposait l'annula- Lion de tous les procès postérieurs au 22 prairial : les morts, évidemment, ne devaient pas bénéficier de cette mesure ; maiselle avait grand intérétaupointdcvuede la confiscation de leurs biens, confiscation inscrite, comme l'on sait, dans toutesles sentences. La Convention npplaudit unanimement le mot de Lanjuinais : — h II est nécessaire de convenir que tous ces individus, innocents ou coupables, n'ont pas été jugés, mais assassinés. » C'était la condamnation de l'institution. Le 31 mai, sur une proposition émanée du Comité de Législation, le tribunal révolutionnaire était supprimé. Depuis la condamnation de Fouquier-Tinville il n'avait pas siégé : quelques non-lieu seulement avaient été prononcés en Chambre du Conseil .

Deux mois plus tard les juges de Cassation reprenaient

• Arehivei nationales, U. IDÎ).

avait éi)ousé le fils de Garât. Bli'm

' Archive» nationales, U. J021.

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LE PnOCftS DU miBUNAL 363

possessioD des anciens locaux du Parlement, si longtemps profanés par le tribunal révolutionnaire ; maiB ce nom mâme, maintenant, faisait horreur: la Convention dëcréta qae« l'inscription portant ces mots, Tribunal révolutionnaire, serait eiïacée partout où elle se trouve'. «Quand le tribunal suprâme, revenu de l'Ecole de Droit, rentra dans son ancien domaine ', d'où Fouquier-Tinville l'avait expulsé, il le retrouva dans un état de malpropreté tel

' 30 thermidor an III. Archim nationales. F" 12S0.

* Pour compléter et contrôler en quelque Eorle, les iltHnils (opogr^phEquiis donnes au cours do ce volume, nouE ajoutons ici deux documents, conctirumi le retour au Palais du Iribunal de Cassation : ils confirmeront ce qui a élu dit des dispositions du Iribunal râ vol Ulionnaire à l'époque de Fouquier-Tio ville.

n i3 messidor an III.

B Le tribunal de Cassation reprend tout l'nncii'U local qu'il oceupait précÉJemment, consistant en l'antielianibre. la gallA d'audlenco dil« (îrand '(Chambre, la pi^cc ensuite pour galle du Conseil et une seconde pour le parquet commun des commissaires nationaux; dans celte pièce sera bouchée une porte de communication avec plusieurs autres pièces où est établi le greffe du ci-devant tribunal révolutionnaire qui peut avoir sou entrée par une grande porte donnant dans la grand» aalle et empi^cber toute communication avec la partie où se restreint le tribunal de Cassation. Lequel doit avoir par Buit« les dites salles qui l'iiisaient partie de son ancmn local ot maintenant \ la disposition des grolTus et dépôts momentaniis du tribunal révolutionnaire. MiLis le tritiunal de Ciuiutlan se ressurrera en attendant que les clrcODstanccs permettront de transporter aux Archives de la {tépubliijue tous les papiers restants du tribuna! révolutionnaire.

« La Grand'Chambro servira de salle d'audience pour une dessec~ lions et poHr cela il faut supprimer les gradins qui y avaient été posés et deviennent inutiles, ainsi que toutes les tables et siâgea qui sont de la piui grande malpropreté et dont les dessus sont en grande partie déchirés et coupiis seront réparés. 11 sera aussi nécessaire derepeindieeo blanc en détrempe lu menuiserie des dits siégus et leurs dossiers ainsi que les appuis au pourtour de la dite salle.

> La salle il'audience pour les aairos seciions dudit tribunal sera celle ci-dcvaul dite daint-I.ouis, à lai{Utillo sera fait les mêmes suppressions et ouvrages qu'A, la précédente, ainsi qu'à la petite ensuite qui servira de cbainbro pour les Uémoiiea.

« Auprès de cette seconde salle sont divers cabinets particuliers

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36i LV. TltlBUNA^L HÈVOLUTIONNAIRE

qu'il fallut, d'urgence, entreprendre des réparatioim : on fit repeindre les sièges maculés et les boiseries crasseuses ; on renouvela les basanes des tables déchirées et coupées, on enleva les faDieux gradins et on laissa seulement à la disposition de l'ancieD grefTe du tribunal révolutionnaire, dont les innombrables dossiers devaient entrer plus tard aux Archives nationales, les anciennes pièces réservées, avant laRévolution aux tribunaux de l'Amirauté et des Eaux et Forêts.

pour chaque jU|;o et coaiine dan» le corridor dit dts primnniert pour ta tûrelé on ea a supprimé pluiitura, mais il en a éli recont- Iruil de nouveaux dam Célage au-dttna cl daru la Tour.

«Dans lo dit corridor et près dolasftlle d'audience pldonl rapproche sera faite au public, eora placé de suit/: Ls diiriSrents ^rcITes nécessaires au dit tribunal ot pour la plus grande Tacllit^ du service, il sera perce trois portes pour communiquer d'un KrelTe à l'&utre... s

( Exlrail du registre det arrêtés du Comilé de» finance* de la Con-

• 25 thermidor an [11.

« Le comilc arnHa qu'il sera mis i, la disposition du tribimal de Cassation les pièces cy-aprés et qui pour la majeure partie soul les mèmeB que celles qu'il occupait, savoir :

R i> Les places servaut d'anticbaïubro, la sollo d'audience dite Grand 'Chambre, une autre piâco ensuite, dite Chambre dnCoDSoU et une autre attenante pour le parquet commun des commissaires nationaux.

n £• Les petites pièces, chamDrea, cabinets et dëgafcemeiits existant fi cM et aa-dossuB du local ci-dessus di'siftaé: 3* la soJle ci-dcssos dite Saint-Louis, les pièce* qui sont à droit» et à gauche de cette salle à partir du corridor vis-à-eis de l'exlrimilé de la ci-devant gratuT' chambre jusqu'à la ifrande gatrrie dite des prisonniers ; t> les cabinets, chambres et dÔKaRcraenis qui existent au-dessus du local désigné au précédent article.

< Les plËcea qui sont k la suit« do celle devant servir de parquet commun aux commissaires nationaux, jusqu'à la gatoris qui conduit au tribunal criminel du département, et dans lesqueiUs ont ité établis le* greffes du ci-dessus tribunal révolutionnaire seront miêt* également à sa disposition. » Archives nationales, F" 1!»0.

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