‹ Le Tribunal révolutionnaire (1793-1795):Chapitre 2 sur 14 · H AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

H AVANT-PROPOS

événements ne me guidait et j'ai dû, pour conduire à bien ce travail minutieux et quelquefois décevant, puiseràmaintes sources jusqu'à présent inexploitées : une ligne d'un rapport, une phrase d'un procès-verbal , un renseignement précis relevé dans une déposition, les comptes d'architectes, les devis d'entrepreneurs, et jusqu'aux mémoires des fournisseurs et des ouvriers m'ont procuré des indications se contrôlant, se complétant l'une parl'autreetdontl'ensemble constitua, en quelque sorte, une réédïfîcation.

Par bonheur, nos archives abondent en documents de ce genre ; je les ai patiemment dépouillés, afin d'évoquer, dans son décor vrai, la cohue de magistrats, de jurés, de greffiers, d'employés, d'huissiers, de gardes, de geôliers, de comparses, de subalternes de tout genre qui participèrent à l'œuvre du tribunal. Par bonheur, aussi, l'obligeance des archivistes égale leur infaillible érudition, et j'exprime ici ma reconnaissance à MM. Daumet, Gauthier, Le Grand, Schmidt et Tuetey qui, loin de me tenir rigueur de mon importune obstination. Font stimulée de leurs conseils et assagie de leur expérience.

Je me permets d'adresser également mes respectueux remerciements à M. le Premier Président Forichon, dont la haute bienveillance m'a

D.nt.zedbïGoOglc

'■ AV&NT-PBOPOS m

aulorisé à explorer certains locaux du Pdais, ordioairement inaccessibles au public; à M. Maury, inspecteur des servicesdépartemenlaux;àM.Pourret, directeur de la Conciergerie, qui m'ont guidé dans ce dédale ; à MM. Boucher, conservateurs de la bibliothèque des Avocats, si riche en documents judiciaires ; à M. Pierre Chevrier, qui a bien voulu me communiquer de précieux papiers inédits : les notes personnelles de Liger de Verdigny, le courîigeux magistrat qui présida les quarante-cinq audiences du procès de Fouquier-Tin ville.

Et si quelque lecteur, plus curieux des grandes fresques que des tableaux de genre, estimait que je me suis montré trop soucieux des détails et des menus faits, je me retrancherais derrière Descartes qui pensait juste, je crois, lorsqu'il écrivait : — « S'ils ne changent ni n'augmentent les choses pour les rendre plus dignes d'être lues, les historiens en omettent, presque toujours, les plus basses et les moins iUustres, d'où vient que le reste ne parait pas ce qu'il est. »

fbïGoogIc

fbïGoogIc

fbïGoogIc

Au début d'une vieille comédie, dans un décor de petite Tille, certain passant aborde deux bourgeois qui flAnent.

— Où se trouve le palais de Justice, s'il vous plaît?

— Monsieur, la Justice n'a point de palais ici ; tous voulez dire la maison oit l'on condamne.

A Paris, pendant la Révolution, l'antique demeure du Parlement a, semblablement, perdu son vieux nom de Palais de Justice, appellation naïvement conflante, où Justice semblait évoquée b l'égnl d'une personnalité, une dame de haut rang, secourable et protectrice. En 1793 on dit communément, le T}-ibunal. Justice est absente; son palais senl, — sa maison, — car il n'y a plus de palais, subsiste.

Sur la rue de la Barillerie, derrière la belle grille ouvragée et dorée qui a coûté plus de. 600.000 livres', il dresse ses trois façades, encadrant la Cour du Mai ; façades toutes blanches, que le temps, la pluie et les fumées n'ont pas encore ternies*. Par le haut perron, de soixante pieds

' Rapport àM. U comte de Chabrol, par A. M, Peyre. WiS. Ce bel ovvrage de sermrerie avait été eiécnté par Ëigounet sur les dessins de l'arcbilecte du Palais, DeamaiaoDs.

* Les coDBtmctiom actuelles de la cour du Haï, ordonnées après l'incendie de 1776, dtalent à peine (et-niiuées en 1787. Elles d'oui pas élé modiCûes depuis cette époque.

fbïGoogIc

4 LE TRIBUNAL RÉVOLUTIOÎINAJRK

de large', aa bas duquel, chaque anoée, sous l'aDCien régime, les clercs des procureurs plantaient au printemps UD mai enrubanne qu'ils allaient processionnellement choisir parmi les plus beaux chênes de la forêt deBondy', on monte à la galerie Mercière, aboutissant, sur la droite, au cœur du rieur Palais, la grande salle des Pas perdus^. An temps du Parlement, la salle des Pas perdus était la capitale du monde Judiciaire : le pourtour de l'immense galerie et la base de chacun de ses piliers étaient garnis d'échoppes que louaient, — très cher, — libraires, bijoutiers, écrivains publics, cordonniers, fourbisseure^ voire des p&tissiers et des dentellières : c'était là une sorte de foire, une cohue bruyante, un remous continu dès sept heures du matin, heure de l'ouverture des audiences*. Autour du Gros Pilier, une sorte de cour, jadis, tenait ses assises : on le nommait ainsi, « non parce qu'il était plus gros que les antres, mais parce qu'il servait de rendee-

' Thierry . Guidt dti amateurs et d«> étrattgert, 1TS7.

* Lu clercs dea procaranrs dUient nn corps (lisciplfoâ qui prenait le nom de Baiaehe. a Le gr&ail privilège de U Busoclie consistait i se rendre tons les ans au mois de mal, en grand appareil de baiaille, la drapeau déployi, tambour battant, dsjis la faràt de Bondy, 4 la conquête du plus beau chêne qu'elle pouvait choisir. Elle le faisait enlever avec toutes aes racineE, par un loog haqnet mont^ sur des roues éleTtea. garni de ntbans et de gairlandes de fleurs .- plusieurs basocbiens, tenant le* eitrdnités de larges banderoUes, veiÙaient au retour à ce que les branches ioférlenres fussent assez sospenduas pour Stre garsntjes de toute souillure et d'élagage accidentel. Le préeieai trophde était introduit avae pompa dans la coor du Palaii, ^te du Mai. a cause de l'implantation qu'on y faisait du nouvel arbre a la place de celui de l'année précédente... s Souveitiri de M. Berryer. lùyen de* aaocaU de Parte de U74 à 1778. Bmiellei, 1839. La Baaocbe avait ses statuts, ses râglements, son uniforme militaire, ronge écarlate, soo drapeau, sas armes, etc.

■ On l'appelait indifféremment tallt Um Procurêun on eaUe 4*f Iribfoireê.

•SaufMtrt de H. Berrytr, 187», p. It. . Citait à l'audie^çf 4* sept hanrei du matin,,, u

fbïGoogIc

ifJ

bïGoogIc

.uiuCUBRAM

fbïGoogIc

LA MAISON DE JOBTtCE 5

▼Dus, depuis un« loo^e suite d'années, aux pins fameux arocats, et h des personnes distinguées par leur esprit et leurs ouTTages ' n. Dans l'angle nord-est de la salle des Pas perdus, derrière deux grilles, entre les statues de saint Louis et de Charlemngne, était un autel doré, bous l'inTocation de saint Nicolas ; c'était la chapelle des procureur», ob, tous les matins, depuis ciuq Giècles, t'ofBoe divin était célébré : là avait lieu, chaque année, le leudemaia de la Saint-Martin (11 novembre), la traditionnelle ffiess« rouge.

A l'extrémité opposée de la salle, deux portes donnaiest accès à la Grand'Chambre du Parlement; l'une, s'ouvrant directement sur la salle des Pas perdus, était réservée aux Pairs*; l'autre, percée dans l'axe de la galerie Mercière, desservait une antichambre ovale, appelée le parquet dei hmtsier$, d'où l'on pénétrait, à gauche, dans la Grand'- Chambre'. Entre ces deux portes, dans la salle des Pas perdus, était le banc des huissiers, chaque jour, de midi k deux heures, a inondé du Qot des significations que lui vomissaient les quatre cents études de procureurs* ». Par une ouverture, en forme de fenêtre, le parquet faisait aux clercs la délivrance des arrêts expédiés : « il 7 avait toujours, à cette fenêtre, encombrement de plusieurs heures, causé par les lenteurs de la numération des espèces* ».

■ Germain Brice, Detcriplion de la Mie de Paris, IV. S9S. — c II y avB.it. écrit d'&ulre p&rt Berryer, dans la, Gnuide EaJle, un pilier appelé la Pilier des conaultatioru... Le» anciens s'y réunissaient habituel le ruent pour conférer entra eux et pour donner, au premier venu des indigents, de vive voii, les avis qu'il venait demander. >

■ Gatelte des TribuTiaia, 19 octobre 1866.

* Voir le pl&Ui page E, Celte &nlicbanibre ovale est depnii loog- [erops détruite. De la cour servant actuellement d'entrée & Is Conciergerie, on voit encore, âans le mur de la Grande Salle, a Ift hauteur du premier âlage, quelques traces de la porte qui y donnait accès-

' Souvtniri de M. Berryer, p. 33 .

* Id«m, p. 34.

fbïGoogIc

ft LC TRIBUNAL RËVOLUTIONNAtRE

La Grand'Chambre, tabernacle de la Justice, en quelque sorte, était un lieu célÈbre dans le inonde entier, par la majesté de sod histoire et la sévère richesse de sa décoration. En raison de ses proportions, les trois hautes fenêtres, prenant jour sur une cour étroite, n'y répandaient qu'une demi-lumi%re, favorable au recueillement : le Bol était dallé de carrés de marbre blanc et noir : de grandes pièces de velours fleurdelysé tendaient les murs au-dessus de sombres lambris, chargés de vieux ors; de deux tribunes vitrées, dites lanternes^, réservées aux étrangers de marque, les balustrades d'appui figuraient un déâlé de personnages, présidents, conseillers, avocats et procureurs dans leurs costumes des siècles passés*; an-dessus de la porte, un lion de pierre dorée, accroupi, tête basse, symbolisait n la soumission des pluspuisaants à la Justice^ »; le plafond, — la merveille du Palais, — était formé de placages de chêne, peints de bleu et d'or, entrelaçant leurs ogives et retombant en cnls-de-lampe, chefd'œuvre de Uu HanoD, menuisier fameux au temps de Louis Xll'. Lee sièges des magistrats, symétriquement rangés, suivant une hiérarchie séculaire, précédaient le parquet, haute marche, recouverte d'un tapis Qeurdeljrsé,

' De CM deut lonteraes, l'aue, aituéo en face des lenètras, était désignâe sous le nom du lanterne de la cheminée, l'auLra, située au fond de la aulla, dans l'angle voiam de la. dernière croisée, élait appelée laateme &a la buvette, en raleon da la proximitii du Is. taur de Ciiar dans ki|iialle était installéu! la bnvett» où le!> miLgialrals EO reliraJant pend&ut les suspensions d'audlûnccs : l'oxpresslon pendant la buttlle sigciillait ptndanl la lutpeniien. ilaselle de» Tribunaux. 19 oclobn 1S66. C'est par erreur que la rtidactcur de l'article, a Dominé tour d'Argeol la lour siluéu à l'est du pignon de la G raod' Chambre.

'Germain Brlce. Oeteription de la eille de Parit. IV, SM. (176!).

'Thierry. Guide du voyageur et de l'Etranger ilil, et Germain Brice. toe. cit.

fbïGoogIc

OÙ se plaçait, dans l'angle da Tond, opposé au c6té des Tenêtres, le siège occupé par le souverain, lors des lits de Justice : c'était l'endroit saint, le coin du roi; au bas du parquet, se voyait la chaise à bras sur laquelle prenait place, aux séances de cérémonie, le chancelier de France, drapé dans une épi toge à bandes de velours rouge et tenant le sceau royal sur un tapis de velours violet, brodé de lis d'or'.

Sur la tapisserie des murailles, un tableau du Crucifiement, attribué k Albert Durer'; un autre Christ dans le banc des gens duroP; en face, près de la porte des Pairs, et adossée au mur de la salle des Pas perdus, une hante cheminée, décorée d'un bas-relief de Coustou, Louis XV entre la Vérité et la Justice * ; des trophées de bronze doré l'encadraient et ces nobles décors, harmonisés par le temps avec les séculaires souvenirs et les traditions augustes, faisaient de cette Chambre un lieu vénérable, une basilique », dont un de nos souverains disait : a En voyant de telles choses, on est Ûer d'être roi de France ' ».

Quelque aride que soit cet aperçu topographique de l'ancien Palais, il est nécessaire d'en poursuivre l'exposé sommaire, puisque ces lieux vont servir de thé&tre au drame que nous entreprenons de raconter.

' Elude sur Us Tribunaux de Pai-a, par A. H. Cftzenave, conseiller à la Cour de caesatioD .

' Ce tableau, qu'on at-tribua ensuite à Van Eick était oagnàre encore placé à la premièru CbuQbre Je la Cour d'appel.

' Thierry. Guide du voyageur et de l'étranger, 1787.

* Cet emplacemeDt de la chemioée datait des râparatioas opëré«s pir BolTraad en 17^2 : auparavant la cheminée de la Grand'- Chambre était située en tace des fenêtres, prés de la lanterne qn avait, depuis lors, et malgrâ ce changemant, conservé l'appellation de lanterne de la cheminée.

* Coin mission départementale faisant fonction de conseil général do département de la .Seine. Froeii-uerbaux, 185S-)8S3.

fbïGoogIc

\. Ctiapelle des Procureurs.

Page 1