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les recevoir à la Barrière le jour de |eur arrivée : à l'égard de mon frère Quentin je l'ay laissé à la garde de M. Boucly qui l'a conduit dans la communauté de Sainte-Barbe où il reste, n'ayant pas été possible qu'on le fît entrer au Plessis ainsy qu'on vous l'avait à propos fait espérer. Quant à mon frère Louis, je l'ay conduit le même jour de son arrivée che^ le procureur pour lequel je le destinais : la semaine s'est écoulée insensiblement sans qu'il eût sortit, mes occupations ne m'ayant pas permis de l'aller prendre ; mais dimanche arrivé, nous fûmes ensemble voir mon frère Quentin dont je ne peux vous dire la place ne devant être donnée que dans le cours de cette semaine et, de là, chez le cousin Vinchon où nous avons soupe : hier au moyen de ce qu'il était fête, je lui ay fait voir la comédie de laquelle il fut enchanté ; à l'égard des promenades, il ne les a pas encore vues mais cela ne tardera point, on ne peut pas tout voir à la fois ; il me parait jusqu'à présent qu'il se fera assez à Paris, malgré la grande assiduité que notre état exige : cela ne me surprend pas à son égard, étant naturellement porté au travail : c'est ce dont je suis bien charmé pour lui ; car il n'est personne qui ne dise qu'il faut être dévoué entièrement a cet état pour faire quelques progrès,
It m'a remis 54 livres qu'il m'a dit luy avoir été remises de votre part pour moy, mais je n'ai pas été plus surpris de voir qu'il n'était question ny de chemises, ni de robbe de chambre, ni de rhodinguotte ; cependant je crois vous avoir exposé dans ma dernière lettre que les trois chemises fines que j'ayes.
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36 LE TRIBUNAL R^TOLUTIONNAIBe
deux sont totalement usées tant le corps que les manchettes et que d'ailleurs vous m'aviez promis l'année dernière de m'en envoyer deux : je ne me serais jamais attendu à ce refus : étant constant que je ne peux être sans chemise et j'y suis si bien que si vous ne m'en envoyez, je seray obligé d'en acheter et avec quoy, c'est ce que j'ignore ; à l'égard de la robbe de chambre il est également impossible que j'en passe, étant dans une place qui exige pour éviter le froid d'être en robbe de chambre et en robbe de chambre du moins non trouée telle qu'est la mieune à delTaut d'avoir de pièces pour la faire raccommoder, et d'ailleurs il n'existe plus de doublure, de façon qu'elle est hors d'état d'être mise ; cependant il faut que je sois depuis sept heures du matin jusqu'à neuf demies du soir vêtu ou non vêtu. A l'égard de la rhodingotte, si je vous l'ay demandée, c'est plutôt pour me mettre à l'abry du froid lorsque je sors, que pour la parure; peut-être me direz-vous à cela que vous m'avez envoyé de l'argent il y a deux ans pour en acheter une : mais je crois vous avoir mandé qu'au lieu d'acheter cette rhodinguotte, j'avais acheté l'habit avec lequel j'ay été en vacances; de façon que par ce moyen je suis sans et n'ay pour passer mon hiver que ce petit habit : de là, il est aisé de voir que c'est avec raison que je demande les objets cy-desaus et qu'il ne peut y avoir aucune difficulté de me les envoyer, du moinsl'argentnécessaire pour les avoir; car, en un mot, rien n'est plus naturel que je demande des chemises, une rhodinguotte et une robbe de chambre au moment où j'en manque : j'espère
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qu'il n'en sera pas de même de la présente que de ma dernière, c'est-à-dire que j'auray au moins quelque réponse d'une façon ou d'une autre : au surplus j'y suis accoutumé : néanmoins it n'est guère possible à celui qui a besoin de garder le silence; je vous l'avoue franchement je désirerais de tout mon cœur avoir quelques ressources pour pourvoir à mes besoins ; je vous réponds que vous ne vous plaindriez pas si tost que je ne cesse de vous demander : mais encore une fois, la nécessité me force de parler. Sans ces chemises, une robbe de chambre et une rhodinguotte, je ne peux passer l'hyver ; aussi j'ose me flatter que vous voudrez bien faire attention à ce que j'ay l'honneur de vous dire et que vous adherrez à ma demande, c'est dans cette espérance que j'ay l'honneur d'être, avec le respect et la vénération la plus respectueuse,
Madame et très chère Mère, votre très humble et très soumis flls,
Fuu(}ui£it Dbtinville.
Mes frères ainsy que moi vous prions de vouloir bien agréer de nos très humbles civilités et de faire bien des compliments à mes frères et à ma sœur.
A Paria, ce itt octobre 1769-
Les cousins Vînchon vous font bien leurs compliments ainsy qu'à mes frères et à ma sœur ■.
* Itimoire* de la SoeUti oeadimiqu» dt Saint-Qutntin, 1379.
D.nt.zedbïGoOglc
38 LE TRIBUNAL HÉVOLUTIONNAIRE
Le 28 jaDvier 1774 , Fouqaier-Tinville acquérait, moyennant 32.400 livres, l'étude lîe son patron, M' Coi^ nillier, procureur au Châtelet de Paria ' et s'installait rue du Foin -Saint- Jacques dans le local occupé par son prédécesseur, au collège de maître Geroais ', local qu'il quitta bientAt pour ae loger rue Parée-Saint-Sauveur.
Fouquier était un habile homme de lois, « possédant parfaitement l'art de conduire une affaire, quelque injuste qu'elle soit, à travers toutes les tortuosi tés de la chicane^». Ed dix-huit mois il réalisa un bénéfice évalué à iB.OOO livres'. Voyant sa situation prospère et sur le conseil d'un oucle*, chanoine en l'église catliédrale de Noyon, il épousa une cousine germaine, Dorothée Saugnier', dont le père, ancien orfèvre à Péronne, s'était retiré à Saint- Quentin. Le contrat fut passé h Paris : Dorothée Saugnier n'apportait en dot que 4.000 francs, versés en avance
* L'aclc de cession fat signé pur dev&nl M* Magnior. Fouquier- Tinville pay& comptant Si.tOb livres : sa mère lui en &vut avanci; 1S.OI)0, dont elle lai nt abandon déiinilif lors de la liquidation ; l'abbé CollÎRr de la Morliére pnUa lî.OOO livres, sur lesqnellos Fou*|uier en employa 4.600 i. son insLallalion. Il s'eiiBanfait h. payer, audit abbé, nno rente viagère de 200 livres. Archives de il' BreuiUaud).
'Almaaack royal pour i'T!i, p. 336. La rue du Foin- Saint-Jacques, supprimée par nu décret du 11 août 1855, commençait rue Saint- Jacques ut finissait rue de la Harpe iNotnenclature dis ooUs publiques et privées de la ville de Paria). Le collège de maître Gervais existait depuis 1370. Il était particuliAremenl affecté aux étudiants du diocèse de Baynux, d'où était originaire Gervais Chrétien, son fondateur et comportait dii-hnil bourses. Les bùlinienls dn collège, a vastes et solides u. étaient adossés, seiiible-t-i1. au coWirtfB de Cluny. Dictionnaire historique de la ville de Paris, par Hurtaut et Magny. 1769.
'Desessarts, Procès fameux.
'Contrat de mariage passé le 3 mai 1775 devant M* Girousl. notaire à Paris entre le sieur Foui]uior de Tinville et la demoiSBlle (ieneviève-Dorotbée Saugnicr Archives de M' Bi-emllaud.
'Charles Martine de la Hotte, frère do M"* Fouquier niérc.
'La m^re de Dorothée Sangnier, Marie-Barbe Martine, était la sœur de M" Fouquier mère.
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d'hoirie par l'oacle chanoine qui faisait, en outre, ud don copiptant de S. 000 livres.
Ud bref papal ëtait indispensable pour lever l'empêchement canonique résultant de la consanguinité de? futurs : Pie VI l'accorda, le lî.juin 1775 et, le 19 octobre, Fouquier de TinviJle et Dorothée Saugnier, h s'étant préparés au sacrement du mariage par la réception de ceux de péûit«Dce et d'Eucharistie», furent utiis dans l'église de Hont- Saint-Hartin, près de Sfti ni- Quentin '.
Les deux familles Martine et Saugnier étaient très pieuses et comptaient nombre «^'ecclésiastiques éminents. C'est un prêtre, l'abbé Collier de la Harliëre qui fournit k Fouquier une partie des fonds nécessaires h l'acquisition de sa charge ; un prêtre, lui choisit une femme et prit soin de la doter; la jeune M"" Fouquier^ avait, elle-même, UD frère qui, bachelier en théologie, était chapelain des églises de Noyon et de Péronne. Cet abbé Saugnier, résidant habituel ienient à Paris, habitait le séminaire Saint- Firmiu. Dorothée retrouvait, à Paris également, l'une de ses sœurs, Adélaïde-Isabelle, mariée & un épicieir du faabourg Saint-Martin, nommé Depille.
Après deux ans passés rue Pavée-Saint-Sauveur*, le ménage Fouquier s'établit dans un confortable appartement de la rue Bourbon-Villeneijve '. L'étude était au pre-
' L'acte de mariage a. été publié intégr&leaiunt dons nue étude sur M» Fouquier-Tluville. Vieilles maitons, vieux papiers. DonxîËnie série, p. S54, note.
' GuDeviùveJ)orolliéo (ou Doruline) Saugnier était née lo S septeoibre 1753, Elal civil de Péronne (paroisse deSaiat-Jean-Bapliste). Elle avait donc, en 177G, vingt-deux ans.
' C'est l'adresse indiquée par Fouquier dans son acte de mariage.
* Bail de neoF années, à compter du i" Juillet 1778, passé à Paris le 14 avril 1778, d'un appartement au premier âtage, d'un loyéf d« l.SOO livres et 60 livres pour ie portier. |EtudedeM*BreuillaudJ-Lsru« Bourbon-Villeneuve est aujourd'buila rued'Aboukir. La m&isoD qu'habitait Fouquier était aitnéc presque à l'angle de la rue Sainl-Phitlippe.
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40 LB TRrBDNAi. RÉVOLUTIONNAIRE
mier étage, enr la cour ; le cabinet du procureur*, preaait vue sur la rue, ainsi que le salon * à deux fenêtres. En retour, sur lacour, était la salle à manger, puis la chambre à coucher' suivie d'une garde-robe et d'une pièce où couchait la cuisinière, Françoise Darnois. Le valet de chambre, Éloy Chambertin, dit La Jeunesse, était logé an rez-de-chaussée.
Ce fut le bon temps de Fouquier-Tinvilie : Dorothée, figure très effacée, n'a pas, en quelque sorte, laissé de traces de son court passage dans la vie : elle était de ces honnêtes bourgeoises dont il n'y a rien à dire: maison peut juger ses qualités d'après la rapide prospérité du ménage. Un fils naquit dans l'été de 1776 : on le nomma Pierre- Quentin. Puis vinrent trois filles, Geneviève-Louise Sophie*, Emilie-Françoise * et Adélaïde*. En quatre ans,
'Heablé d'an btireg.u de bois noirci, d'une bibliothèque en bois de rose k deux batlanU grillés, d'un secrétaire eo bois de rose, d'une coQBole en bois doré i dessus de marbre, de trois faulenila en velours d'Otrecht Jaune, six chaises et deux fauteuils de canne, etc. {Archiœa de U' BreviUaud).
*n Une gisce & trumeau au-dessus de la clieminée. entre deux appliques de cuivre doré; une glace semblable entre les fenêtres; une table garnie de drap vert, chifTonnier d dessus de marbre, un bouquet de (lears artificielles sous un globe de verre : un trictrac de bois noir, une table de jeu ronde garnie de drap vert ; dix fauteuils, une olbimane, une chaise -longue couverts de velours d'Utrecbt cramoisi ; une pendule en cartel, de cuivre doré, deux paires de rideaux de tafTetas cramoisi ; un écran de bois peint garni d'une feuille de taffetas cramoisi. »
'n Glace k trumeau; une commode en bois de rose; trois fauteuils et une bergère de .velours d'Utrecht jaune, deux couchettes à bas piliers, etc., n
Inventaire après le dicèi de GenevièBe-DorollUe SaugnUr, 10 septembre 1782 {Archive» de M' Breuillaud],
'Baptisée k la paroisse Saint-Sauveur, le 3 janvier 1778. Archive* nationaies, T 28'.
'Baptisée i. Notre-Dame de BonDe-Mouvelle, le 18 décembre 1776,
'Baptisée le 8 décembre 1779, idem.
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POUQOIBH-TINVILLE 41
Dorothée Fouquier avait donné le jour à quatre enfants.
Pour passer les dimanches de la belle eaison, Fouquier avait loué & Ecouen une petite campagne ', dont il se lassa vite et qu'il remplaça, bicnt&t par une maison et un jardin sis à Charonne^ endroit champêtre alors, en bon air et très fréquenté des parieiens, en raison de ses beaux ombrages et de sa proiimlté des barrières. Au début de 1783, naissait au mt!aage une fille encore, Aglaé-Joséphine'et, trois mois après, la mère, épuisée, mourait. Dorothée Fouquier fut inhumée au cimetière de l'église Notre- Dame-de-Bonne-Nouvelle, sa paroisse, le 25 avril 1782 *.
11 semble que, avec elle, disparut le bonheur de Fouquier-Tinville. Il resta seul dans la maison de la rue Bourbon-Villeneuve, caries enfants nese trouvaient pas là: l'aîné, Pierre-Quentin, avait été mis en pension à Villierale-Bel* ; les fillettes étaient en nourrice dans les environs
' Bail par lequel Cierre-Gilbart de lu ChiLusaéc. marchand de boÎB k Ecoaeo. loue 6 M. Fouquier de TinviUe. pour trois, six ou neuf ans. qui ont commença au \" octobre 1777 une portion de maison EÎtis à Econea, moyennant iOO livres par an. ArchivM de M' Brevil-
'Bail par lequel M** Marguerite Bacqnet, venve du sieur Etienne- François Sarres, ancien officier de marine, loue à M. fouquier de Tinville, pour trois, tis ou neuf années, uoe maison avec jardin & Cbaronne pour 600 livres, à compter dn 1" octobre 17K1. Archives de M' Breuillaud.
•Baptisée le ÏO janvier 1783 à Notre-Dame de Bonno-Nouvelle. Arcfiieet nalionalea, T S8'. Af;laù-JosûphiDe mounit en très bas &Se à Bellenglise (Aisne), le â2 juin 178!.
'Inhumation de Doroihée Saugnier, épouao du sieur Fottqnior de Tinville, Agàe d'environ vingt-huit ans, décédiïu hier, me du Bourbon (£5 avril 1782). Archives nationales. T SH'. C'est sur l'enipiacument de ce cimetière qu'a bl& é\evé le théâtre du Gymnase.
'Quittance en daU du 4 juillet 17SI par laquelle le sieur Hemart, maître de pension i, Vitliers-le-Bol a reconnu avoir reçu de M. Fouquier de Tinville lu somme de 73 livres pour un quartier d'avance de la pension de son tlls qui était entré chez lui le 13 Juin précédent {Archive* de M* Breuitlaudl- Pierre-Quentin avai^ eu )7S1, cinq ans.
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de Saint-Quentin. L'iBolement pesa lourdement sur cet homme d'un tempérament manifestement impérieux et brutal. Comment fut-il mis en relations, dès les premiers temps de son veuvage, avec une dame Gérard d'Aucourt, dont le mari, originaire de Limoges était mort & Lille trois ans auparavant ? Quelle était la situation véritable de cette dame qui ne put fournir son acte de mariage, lequel acte fut remplacé par un certificat de notoriété signé de deus amis complaisants, attestant que, lors du décès du dit Gérard d'Aucourt, le nom de sa femme a été mal indiqué^ ï Ce sont là des points restés obscur^.
Cette dame Gérard d'Aucourt, qui vivait rue des Postes, avait une fille, encore mineure, non point très jolie, « mais douce et bonne, l'œil assez fin, le front haut et intelligent' » ; elle se nommait Henriette. Fouquier demanda sa main, quatre mois après la mort de sa première femme, et le mariage fut aussitôt décidé. L'inven*
' Il peut se Taire que ce soit là une de ces form&lilée telles qu'eu imposaient lu diflicultâ dos cnratuunic&UoDS et I& lenteur des correspondances. Quoi qu'il en soiL. voici ce cerliliost : — • Notoriété concernant le sieur Dsacourt, S octobre 1783. Sont comptriu Claude de Hontauzon , comte de ^aint-Cyi- et seigneur de Pindegaud. demeurant ordinairement en son cli&teau do Timolas, en Périgord. logâ de présent à Paris, rue Jcaii-Pain-Mollel, paroisse SainlrMerry et sieur François-Louis Marais de Sanson, bourgeois de Paria, y demeurant, place de Louis-le -Grand, paroisse Saint-Rocb. Les(]uols ont certillû avoir partailemeut connu Elienne (iûrard, écnyer, sieur d'Aucourt. né à Limoges. le 10 juillet 1T21, du mariage de M. rïiculas Gérant, écuyer, Bieur d'Aucourt. intéressi^ dans les (enneB et de <lanio Prani;.oisc Fcneinaud (ou Seneinaudj son épouse, marié la H septembre 1T51, sur ia paroisse Saint-Louis, de Grenoble, avec demoiselle Madeleine d'Arimuil. Lequel est décédé il Lille, le S3 juin 1T79 et inhumé sur la paroisse Sainto-Calberine de la dite ville, sous le nom d'Etienne Gérard, et cerliQonl que... dans l'acte dressé pour ce décès, le nom de la Tummo est mal indlqui!'. . . {Archives de Jtf* lioucket, notaire à Parlsj.
*Lecoci|. Noies fur Foiiquier-Tinv'Ule.H. Lecocq a eu connaissance d'un portrait d'Uonrictto Gérard d'Aucourt, dessiné en 1790 par Adélaïde l'ujos.