LA CHAMBRE LE L'IMPÉRATRICE
je m'écriai que vous aviez bien choisi !... Oh î si jeune et si dénué de toute puissance dans le monde, je sentais bien cependant, par je ne sais quelle inspiration soudaine, que moi seul pouvais vous sauver de cet abîme irrésistible...
— Vous le sentiez... Et comment?...
— Écoutez !
En ce moment , la foule qui bruissait autour du palais se rapprocha de ses murs, et des flots de la multitude on entendit s'élever ce cri enthousiaste et mille fois répété :
— Vive Lénore, impératrice !
Pâle de saisissement , Lénore ne put que regarder Edgard.
— Voilà , dit le prince , le seul rang auquel n'atteigne pas la puissance du tribunal secret.
— Oh ! l'ai-je bien entendu ? dit la jeune fille ; Lénore impératrice !
— La condamnation des invisibles échoue devant ce nom suprême : il fallait le miracle d'une telle élévation pour vous sauver.
— Comment est-elle^vraie? comment est-elle si rapide?
— Quand la cour et le peuple s'étaient réunis pour offrir des louanges à Dieu dans la cathédrale Saint-Jean , j'emmenai l'empereur Rodolphe, mon père, dans une des chapelles les plus
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retirées de ce temple ; il y avait là un humble et vieux prêtre que j'y avais fait appeler. Je dis à mon père que , ne connaissant en moi naguère qu'un simple chevalier, dans cette chapelle, et par le ministère de ce diacre , j'avais épousé en secret la fille de l'armurier Muller.
— Et l'empereur Rodolphe?...
— A répondu que le mariage consacré ainsi était nul , mais que l'engagement de cœur d'un chevalier était un autre sacrement que rien ne pouvait briser; que ce lien eût-il uni l'empereur de Germanie avec la femme la plus éloignée du trône, il aurait fallu le respecter; mais que l'alliance du prince souverain avec la fille du digne représentant du peuple était un symbole d'harmonie, un pacte d'union entre les divers éléments de la nation et le plus bel espoir à donner à la Germanie... que Lénore devait être reconnue impératrice.
— 0 grandeur et sagesse souveraines !
— Vous l'entendez... mon père a tenu parole.
Lénore leva ses yeux brillants de larmes de reconnaissance vers le ciel.
— Ainsi , dit Edgard en prenant les mains jointes de la jeune fille dans les siennes et en rappelant à lui le cœur qui se portait vers Dieu;
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ainsi, Lénore, cette chambre marquée des attributs de la souveraineté, cette chambre de l'impératrice est la vôtre... Le hasard vous a conduit dans le lieu du palais où vous deviez reposer votre tête, et moi, ajouta-t-il en se laissant tomber aux genoux de Lénore, j'y suis venu rejoindre une femme adorée.
Le couvre-feu , qui se faisait enfin entendre dans la capitale , ramenait la population à ses foyers, et éteignait les lumières.
— Monseigneur, dit Lénore en souriant , il nous reste un chapitre de notre roman à rappeler. Quand, il y a si peu de temps, dans la forge de mon père, notre union a été résolue par nous deux, nous avons voulu nous lier éternellement dans le danger commun, et la mutuelle incertitude de notre destinée laissant à l'avenir le soin de nous apprendre lequel des deux élèverait l'autre...
— Eh bien! nous l'ignorions... et nous ne le savons pas encore.
— Edgard... tu me donnes le trône î
— Et toi, tu me donnes le ciel !
Ce fut immédiatement après le règne dont nous venons d'esquisser quelques tableaux que parut sur la scène d'Allemagne le célèbre Jean Huss , dont les doctrines avaient pris naissance
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au sein du tribunal secret, et qui renfermait en lui seul l'intelligence , le pouvoir et le dévouement aux idées que nous avons vus représentés par les trois grands maîtres de ce tribunal. Les révolutions amenées par ce hardi réformateur étant la suite des événements qu'on vient de lire, nous nous proposons de retracer, dans un prochain ouvrage, une partie de cette époque, dans laquelle se lèvent et se mêlent avec tant d'abondance les grandes poésies de la religion et delà guerre.