‹ Le tribunal secretChapitre 8 sur 10 · LA CHAMBRE DE L'IMPÉRATRICE · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE DE L'IMPÉRATRICE

régnantes , à en juger par les inscriptions tracées en dorure sur les corniches et les manteaux de cheminée , ainsi que les attributs de beauté et souveraineté peints et sculptés dans de gigantesques trophées. Lénore ne connaissait point cette partie du château ; la princesse de Bavière, dans le peu de temps où elle était demeurée à Prague entre son retour des monts Granort et la révolution , n'avait point occupé cet appartement d'honneur, trop vaste, trop somptueux pour l'état précaire de la cour, et ni elle ni les dames de sa maison n'y étaient jamais entrées.

En ce moment, Lénore remarqua que ce séjour princier, fermé depuis le dernier règne, n'avait point l'air d'abandon que cette longue solitude aurait dû y imprimer, surtout dans un édifice généralement délabré. Il était arrangé avec soin, et des ornements de fraîche date semblaient l'avoir préparé dans la soirée même pour une réception.

L'intérieur de l'appartement n'était éclairé que par les reflets de l'illumination et du feu de joie de la place publique. Ces écussons souverains , ces figures riantes de la tapisserie , ces aigles impériales déployant leurs ailes, ces massives guirlandes de fleurs, et, au milieu, ces de-

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vises où respirait l'orgueil souverain, toutes ces images de la grandeur dévolue à la femme, flottant au milieu des larges reflets rouges d'une fête nationale, fascinèrent peu à peu la jeune fiile, firent battre son cœur et lui donnèrent une espèce d'étourdissement fiévreux qu'elle ne pouvait s'expliquer.

Cependant, elle allait s'arracher à cette contemplation, et pensait à diriger ses pas dans le dédale de ces longues galeries, quand un homme entra et referma la porte derrière lui.

Il y avait assez de lumière pour que Lénore ne fût point effrayée de cette apparition, car elle pouvait, au premier coup d'œil, reconnaître Edgard.

Le jeune prince s'avança souriant et portant toutefois sur les traits une vive exaltation. Tous deux se regardèrent avec une émotion nouvelle ; ils avaient tant de choses à se dire qu'ils restèrent longtemps muets, sous l'impression de sentiments énergiques et tendres.

Edgard , prenant Lénore par la main , la fit asseoir dans un grand fauteuil blasonné et se plaça près d'elle ; puis , au lieu de parler des événements palpitants de cette journée, il alla chercher ses pensées dans les plus anciens souvenirs.

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Il était en ce moment simple, candide et ferme comme le jeune page de Wenceslas.

— Vous souvenez-vous , Lénore , dit-il , du commencement de nos amours?... Il n'y a pas bien longtemps de cela... Mais tant de bouleversements incroyables se sont succédé depuis, que ces jours semblent remonter au passé le plus reculé.

— Et vous-même , monseigneur, quelle mémoire en avez-vous gardée?

— Écoutez... Je me souviens que c'est dans notre excursion aux montagnes de Conrad-Burg que je vous parlai de la triste et obscure destinée qui m'était promise , à moi , enfant abandonné, sans aïeux ni fortune...

— Votre plus grande ambition alors s'élevait au rang de chevalier... Je vous dis en riant que l'or de vos éperons était encore au fond de la mine... C'était une couronne qui devait en sortir !

— Le soir même , Lénore , vous fûtes citée à comparaître devant le tribunal secret... Dans les dangers terribles que vous alliez courir, héroïque jeune fille, vous prîtes pour chevalier celui que tout le monde appelait un enfant, le page qui n'avait pas encore tiré son épée... Mais moi, le cœur rempli d'un mystérieux avertissement

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