HISTORIQUE
Les premières observations relatives au rôle pathogène des vers remontent à une époque reculée de l'histoire de la science. Sans parler des idées des anciens qui avaient à ce sujet des notions très précises, nous trouvons en France, dès l’an 1570, un livre de Jean de Clamorgan, paru à Lyon, dans lequel est décrit avec détails l’eustrongylus gigas qui « par succession de temps fait mourir le loup ». Nous possédons même dans une lettre de Guy Patin, écrite en 1650, une observation très nette d’appendicite vermineuse où il est question de «vers trouvés dans le boyau cæcum ),
Néanmoins, ce n’est qu'un peu plus tard que l’on voit apparaître dans les ouvrages médicaux la notion du rôle pathogène des helminthes dans l'étiologie de certaines maladies, Sans nous attarder à exposer les différentes phases par lesquelles est passée l'helminthologie depuis cette époque, nous pouvons noter que, .
EE Re en ce qui concerne l'éliologie de certaines fièvres 1nfectieuses, les médecins du xvur° siècle incriminaient nettement le fait des vers intestinaux.
Bonnet de Genève dans son Œuvre d'histoire Re relle et de philosophie, rapporte une épidémie de Bourg en Bresse dans laquelle un certain nombre de personnes succombèrent à une sorte de fièvre et chez lesquelles on trouva des vers intestinaux. Certains auteurs de la même époque font même plus que de voir dans les vers des causes prédisposantes des maladies dont ils rapportent l'observation : ils en font la cause efficiente et l’on trouve dans les ouvrages du xvim‘ siècle la description de la « fièvre vermineuse » semblable en ses symptômes à la fièvre typhoïde. Les malades présentaient dans leurs fèces des helminthes, lombrics ou autres, auxquels les auteurs attribuaient tous les symptômes morbides. Les médecins de cette époque eurent donc une idée de la nocivité des helminthes, mais ne connaissant pas l'existence des micro-organismes, ils faisaient jouer le rôle principal aux vers, alors qu’en réalité nous savons qu'ils ne peuvent rien sans la coexistence du germe spécifique. Nous trouvons l’expression de cette notion forcément erronée dans le travail de Goiffon, membre du Collège de médecine de Lyon, qui en 1721 attribuait à « certains insectes vermineux » la propagation des maladies.
Un peu plus tard les connaissances des médecins se précisèrent à ce sujet par les découvertes des anatomopathologistes. Nous en serons facilement convaincus par ces quelques phrases du rapport de R. Blanchard à l’Académie de médecine sur : «un travail de
ne M. le D' Guiart intitulé : Rôle du trichocéphale dans l'Etiologie de la fièvre {yphoïide! » : « Dès l'année 1762, Rœderer et Wagler donnèrent sous le nom de Morbus mucosus la première relation d'une épidémie de fièvre typhoïde qu'ils attribuèrent précisément au grand nombre de vers intestinaux qu'ils rencontraient aux autopsies. Ces vers déjà vus antérieurement par Morgagni, mais nouveaux pour eux, n'étaient autres que le trichocéphale qu'ils décrivirent sous le nom de « trichuris ».
En 1807, Pinel dans sa Nosographie philosophique indique qu'il faut toujours soupçonner l'existence de versintestinaux dansles fièvres muqueuses. Rokitansky émet une opinion analogue à celle de Rœderer et Wagler. Pour Raspail, le terme de fièvre typhoïde serait synonyme de pullulation du Trichocéphale dans les intestins. Enfin, Davaine lui-même a noté l’abondance frappante des trichocéphales dans la fièvre typhoïde. Cette dernière observation tire un intérêt tout spécial de ce que Davaine, en refusant tout rôle infectieux aux vers intestinaux a entraîné les conceptions médicales actuelles. »
En 1818 déjà, Félix Pascal?, avant Raspail, dans le Bulletin de la Faculté et de la Société de médecine était l’auteur d’un mémoire « Observations sur les vers trichocéphales », où il relatait trois observations d’accidents mortels dus au trichocéphale. Les cas, concernant
! Bull. de l’Acad. de méd., t. LIT, 1904.
? Félix Pascal, Observations sur les vers trichocéphales / Bull, de la Faculté et de la Société de médecine, 1818).
des enfants de quatre à neuf.ans, étaient très démonstratifs.
Dans le dernier tiers du siècle dernier, vint Davaine qui, dans son Traité des Éntozoaires et des maladies vermineuses, s’efforça de démontrer l'innocuité absolue des helminthes parasites de l’homme. C'était un renversement complet des notions déjà très nettes qu’avalent sur ce sujet les médecins du siècle précédent.
En dépit de Raspail qui avait été le véritable apôtre de la parasitologie vermineuse et avait défendu avec une grande énergie le rôle important des helminthes dans la pathogénie des différentes maladies infectieuses, les idées des médecins de la génération qui nous a précédé, furent calquées sur celles de Davaine. Les nombreux travaux qui, depuis une époque si reculée de la médecine s'étaient accumulés pour attribuer à tort ou à raison aux helminthes les méfaits les plus variés furent oubliés. De cet ensemble de documents, à la vérité bien embrouillés, mais qui n'en représentaient pas moins le résultat de l’observation de plusieurs siècles, personne ne songeait à extraire ce que l’on y pouvait trouver de vrai et de fondé.
Tandis que, dans ces dernières années le rôle pathogène de certains parasites élait parfaitement élucidé, que l’on étudiait à fond par exemple les désordres produits par l’uncinaire duodénal, il était un helminthe, le trichocéphale, hôte habituel du tube digestif, autour duquel l’on faisait le silence le plus complet. La plupart des médecins considéraient l’admimistration d’un anthelminthique, comme la médication banale par excellence, et peu assurément se doutaient que l’on en serait