ACTE PREMIER
Oscille à chaque effort, penchant de tous côtés,
Comme un arbre battu par les vents irrités,
Qui gémit et s'en va crouler sur notre tête!
Chacun voit le péril imminent et s'apprête
A fuir, à déserter, sans avoir combattu
Le combat de l'honneur, du droit, de la vertu !
Chacun a fait sa part; on tue, on se décime,
Mais on laisse égorger le voisin qu'on estime,
Et l'on reste chez soi, comptant que le malheur
N'osera pas frapper l'homme ayant si grand'peur !
De ce que les géants de notre République
Avaient fondé de droits par leur vertu civique,
Au prix de quels efforts, de veilles et de sang.
Par combien de périls — tu le sais, Dieu puissant !
Non pour eux, mais pour nous, pour l'avenir auguste.
Il n'en reste plus rien que le nom, et tantôt
Tout s'évanouira... Plus rien... même le mot !
Ah ! le gouvernement du peuple par lui-même,
C'est superbeet c'est vrai... mais c'est un dur problème :
Chacun veut être maître, imposer son avis,
Commander, régenter, partager l'indivis,
Diviser ce que l'homme eut dans son héritage,
La vertu, la santé, la force, le courage ;
Imposer à chacun sa croyance et son Dieu,
Sans demander d'abord l'universel aveu.
Rêves déçus! D'abord se dépeuple la ville ;
L'intelligence a fui, l'âme se fait servile ; L'argent se cache : on sent je ne sais quel effroi Secret, le plus hardi se tait et se tient coi ; La licence aujourd'hui, demain la servitude! Il vient quelque soldat heureux, à la main rude, Un traître, un imposteur, ayant tout déserté, Et qui te met au cou la corde, ô Liberté !
Tout ce que tu dis là, c'est de l'histoire ancienne, Mon cher Malavolti; mais Sienne, Sienne:
MALAVOLTI.
En tout temps, en tout lieu, le soleil nous a lui, Et l'histoire d'hier est celle d'aujourd'hui.
Le grand Conseil est fort.
M\LAVOLTI.
Très-fort... contre lui-même Faible avec les partis. Est-ce peur ou système.'