ACTE PREMIER
Frapper en mendiant au logis de mon père, Je serais repoussé d'une façon sévère, Et peut-être mon chien ne me connaîtrait pas ! Ah! l'exil est affreux! De tous les attentats Qu'un tyran peut rêver contre l'espèce humaine, Qu'excite la vengeance et que forge la haine, Le plus épouvantable est aussi le plus vil, Et je ne craindrai pas de le nommer : l'exil!
Mon frère, calmez-vous; notre pauvre Italie
Est frappée aujourd'hui de la même folie;
On proscrit le vieillard, on chasse l'orphelin.
L'exil est pour le Guelfe et pour le Gibelin,
Mais personne ne vit sur la terre étrangère.
C'est là le véritable exil..., et passagère
Est la fortune adverse hostile à la vertu.
Sienne n'est pas loin d'ici, frère, et, vois-tu,
Quand on est deux à vivre, unis comme nous sommes,
On peut bien mépriser la colère des hommes,
Et mon amer courroux sera vite adouci
Quand j'entendrai la langue où résonne le si.
Ah! ce n'est pas pour moi, de ma fortune ancienne
io LE TRIOMPHE DE L'AMOUR.
Que je veux retrouver les débris à Sienne;
C'est pour l'honneur du nom, et c'est pour toi, ma sœur,
Qu'à restaurer mon toit j'aurais quelque douceur.
Car la maison fut grande, et célèbre et guerrière;
De grands faits et d'exploits elle était coutumière,
Riche de ses vertus, riche de ses enfans :
Bien des combats ont vu nos pères triomphans.
Aujourd'hui la charrue a remplacé l'épée,
Et la moisson d'août est ma seule épopée :
Voilà le vrai combat, cher à tout laboureur,
Dont je veuille sortir, ma sœur, à mon honneur!
ANGELICA
Bravo, mon paysan, bravo, mon capitaine! Mais il faut soutenir cette valeur hautaine. Pour être fort, demain, au sillon, il vaut mieux Boire un grand coup de vin que parler des aïeux : La table vaut la gloire avec ou sans fumée,
Et soutient mieux son homme à l'heure accoutumée
Vois, sous la treille ombreuse où la vigne est en fleurs,
J'ai disposé la nappe Allons, sèche tes pleurs;
Je vais tout préparer.
Elle sort.