SCENE II
CARLO
carlo, s accoudant contre la treille.
Oui, la lune se lève; Le ciel à l'horizon dans la brume s'achève, L'ombre du soir descend épaisse des grands monts. L'étoile Sinus perce les hauts plafonds: (Quelle tranquillité sereine et délectable De silence et d'oubli couvre au loin notre étable ! Qu'il est bon, qu'il est doux de respirer ainsi ! Comme le paysage est splendide d'ici !
Dans la poussière d'or scintillant 6ur les chaumes, Florence se révèle et nous montre ses dômes : Comme l'horizon rose a de charmans lointains! L'Arno coule là-bas sous les ormes hautains; Ainsi qu'une couleuvre, il glisse dans les herbes, Essuyant aux brouillards ses écailles superbes. Ah! cher pays, n'était le despote inconnu Qui te guette et te saigne au cœur et met à nu,
Les antiques discords des jeunes Républiques, Comme Ton t'aimerait dans tes vieilles chroniques !
Il ouvre un livre.
Justement voici l'un de ses auteurs : j'y lis Cette histoire d'amour plus pure que les lys.
« Au commencement de ce siècle, à l'époque où Bar- « tolomeo délia Scala était seigneur de Vérone, ily avait « dans cette ville deux familles qui se haïssaient d'une « haine de vieille date : entre les Cappelletti et les Monte tecchi les provocations étaient continuelles, et c'était à « grand'peine que le Podestat était parvenu à les faire « cesser. Pendant cette trêve éphémère, le chef de l'une « de ces maisons, Antonio Cappelletti, avait réuni tous « ses partisans dans une fête de nuit. Un jeune homme « qui appartenait à la maison rivale, Romeo Montecchi, « n'hésita pas, en dépit du danger, à pénétrer dans la « salle de bal. A peine s'y était-il présenté que la fille « du vieux Cappelletti, la belle et touchante Juliette... »
77 referme avec violence le livre et s'écrie amèrement :
Maudite soit la haine et maudit soit l'amour ! Quoi ! deux enfans si beaux, si jeunes, tour à tour