ACTE II
Me bâillonner! Monsieur ne sait-il pas vraiment La coutume et les us de ce gouvernementr Le seigneur peut changer avec la Seigneurie; La loi reste toujours la loi, bien qu'on en rie.
Les femmes de Sienne ont le droit de parler, Mais madame en abuse.
BARBERINA.
Ah! tu peux t'en aller!
Mais moi je parlerai ! car c'est mon privilège : Les femmes de Sienne ont conquis, dans un siège, Le droit de parler haut, ayant bien combattu, Et si je veux parler, j'ai pour moi le statut.
Le statut est de trop — et la loi fut mauvaise. Parlez puisqu'il le faut, parlez tout à votre aise ; On pourrait empêcher un fleuve de couler, Mais qui peut empêcher la femme de parler ?
BARBERINA.
Eh bien ! je te dirai, serviteur lâche et traître,
Que tu sers plus méchant encor que toi, ton maître.
Il vient d'empoisonner son oncle Barnabo;
Il dépose aujourd'hui le doux Cavakabo.
Que reste-t-il encor des maisons souveraines
Qui gouvernaient le peuple et qui tenaient les rênes
Quand nous avions chez nous le bon gouvernement?
Marquis, comtes, barons, podestats seulement,
Aucun, hormis le duc féroce de Mantoue,
Et la Savoie à qui personne ne se joue;
Mais les autres, Rusca, Brusati, Benzoni,
Les Scotti, les Rossi, les Pallavicini
Et les Correggio... disparus comme un rêve !
Autour de Galeaz, tout croule, tout s'achève;
Plus rien !... Je me trompais... Il règne la terreur;
Et cela veut singer le Pape ou l'Empereur!
Pour succéder aux rois, pour porter la couronne,
Il trahit son serment, il tue, il empoisonne;
Il a des généraux venus de l'étranger
Qui pressurent les gens afin de se gorger...
Il nous prend nos enfans, nos biens, ce qu'il en reste.
En attendant, le Turc avance avec la peste !
Si bien qu'on aimerait bien mieux en nos remparts
Les Goths, les Wisigoths, les Francs et les Lombards.