SCÈNE PREMIERE
SALIMBENI.
Montanini captif, Malavolti pendu, L'État républicain trahi, souillé, vendu, Pius Tolomei, ce héros d'un autre âge, Chargé de fers, gardé pour la mort en otage, Barberina la sainte, aïeule aux cheveux blancs... Le tonnerre n'est pas tombé des cieux croulans!... Et moi-même, moi-même... Est-ce que je me compte : Mais Sienne avilie ! ô désespoir, ô honte! Tout cet horrible drame et cet effondrement — Un siècle tout entier s'enfuit moins promptement ! Se sont passés en peu de jours, une quinzaine; C'est le dernier répit que nous permet la haine :
i4o LE TRIOMPHE DE L'AMOUR.
L'échafaud est debout : c'est pour Montanini;
Encor quelques instans, et ce sera fini !
Quoi donc ! tant de vaillance, avec tant de jeunesse,
Tant de fleurs et de fruits perdus! Quelle tristesse!
Tant de bonheur promis, tant de gloire... ah! vraiment,
C'est à se demander s'il est un Dieu clément !
Cela ne sera pas : cela ne peut pas être...
Si son orgueil pouvait s'oublier à paraître,
S'il voulait accepter mon aide et mon secours,
Comme je l'aimerais, lui qui me hait toujours!
C'est décidé. Luttons; dans un effort suprême
Sauvons-le de la mort, sauvons-le de lui-même!
Gardons-le pour les jours prochains, pour le bonheur,
Moi vivant, de sauver Sienne et son honneur!
Payons pour lui. Combien doit-il? La somme est forte.
Mais grâce à mon crédit, quêtant de porte en porte.
Et vendant à vil prix le meilleur de mes biens,
Priant, pleurant, pressant ses amis et les miens,
Les trois mille florins sont là... je les possède,
Et l'espoir du salut à la fièvre succède.
Dans le ravissement du succès, j'ai voulu
Revoir Angelica, je l'avais résolu,
Lui crier : Ton Carlo sera sauvé, chère âme !
Si je n'ai ton amour, épargne-moi ton blâme :
Je cours, j'arrive enfin frissonnant, éperdu,
Dans le recoin caché d'un noir Ghetto perdu,