‹ Le triomphe de l'amour, drame en trois actes et en versChapitre 77 sur 91 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Car une pauvre J uive, atteinte de folie,

L'avait prise mourante et l'avait recueillie;

Dans quelle abjection et dans quel dénûment !

Je la revois enfin en ce triste moment.

Un spectacle pareil ferait pleurer les anges!

Oh! ce siècle maudit a des retours étranges!

Elle était là, debout, sur le seuil délabré,

Roulant un fauve éclair en son œil égaré,

Le sein meurtri, la joue en sang, grande et farouche :

Un sanglot convulsif tordait sa jeune bouche,

Ses cheveux dénoués et qu'agitait sa main,

Souillés, déshonorés, volaient comme un essaim

D'abeilles en fureur assiégeant une ruche;

Soudain elle me voit, se recule et trébuche,

Plus livide, plus morne et plus farouche encor

De sentir sous son pied un reptile qui dort.

Oh! qu'elle était ainsi terrible et singulière!

Elle semblait de loin une statue en pierre

Qui garde un monument funèbre, et je crus voir

Sous le ciel flamboyant l'ange du désespoir.. .

C'était toi, toujours toi, belle et douce patrie !

C'était ton grand front pâle et ta bouche flétrie,

Si bien que je restai pétrifié, sans voix,

Et que je crus la voir pour la dernière fois.

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