LES CONCESSIONS RELIGIEUSES
L'édit de Milan ne troubla pas la tranquillité des païens de rOccident. Rome éleva des temples aux divinités et les dieux furent fêtés avec le même zèle. L'a r>stocrat ie était aux aiTaires et toute puissante avec ses nombreux clients, ses afiranchis et ses esclaves; elle pouvait tenir longte mps en échec la religion reconnue. L'Église ne devait donc pas Tattaquer au point de vue politique ; nous avons montré qu'une révoljjlion de s a partlaurait tuée. Il lui fallait employer d'autres moyens pour arriver à prendre l'avantage. C'est par l'éva ngélisa tion^ en s' efforçant d'attirer à elle le plus grand nombre de païens, aidée par les édits des empereurs orientaux, qu'elle allait peu à peu obtenir la prépondérance. Elle se hâta même ; on aurait dit qu'elle avait conscience des terribles invasions qui allaient venir à la fin de ce siècle et des hérésies qui se dressaient déjà contre elle. Argent et honneurs, promesses et concessions, actes de vertu et de courage, rien ne fut épargné. Elle distribua de l'argent, elle eut ses pauvres, sa matricule |ij mais cela n'aurait pas suffi. Il fallait plus encore, et c'était de \ concessions religieuses que cette foule avait besoin. Cette religion simple, ce maître suprême, créateur du ciel et de la terre, ce Christ rédempteur et sauveur de l'humanité tout entière, mourant sur la croix pour la racheter,^ ne pouvait convenir à un peuple habitué depuis si longtemps à avoir des
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sanctuaires si nombreux, si divers, à murmurer une prière qui s'adressait à la fois à plusieurs dieux. Misérable, grossière, inculte, délaissée et dédaignée par l'Empire romain, cette foule n'avait aucune religion. Pour la posséder, pour lui permettre l'entrée de ses temples, pour qu'elle pût y trouver la réalisation de ses désirs, l'Église se vit obligée de lui accorder les divinités secondaires, plus humaines, qu'elle avait l'habitude de prier. Elle rendit nécessaire l'institution d'un second culte. L'Église se montra indulgente, mais ne fut pas dupeTEltè fit de grandes concessions pour opérer un rapprochement : ainsi naquit le^ culte des saints, qui se développa de plus en plus à partir de cette époque.
L'ancienne religion, avec ses nombreuses divinités, continua donc sous le. couve rt de ce culte. Le saint réunit autour de lui les adorateurs qui s'adressaient aux anciens dieux païens ; ce sont les mêmes prières qui s'élèvent vers lui, les mêmes bienfaits qu'on en attend. Comme Mercure, il favorise les entreprises, garde les propriétés; comme Esculape, il donne la santé aux malades ; enfin il réunit tous les pouvoirs des dieux. Le culte des saint s devint même la senle^eligion, car les dogmes étaient quasi inconnus à la foule. Ils formaient le lien entre Dieu et les hommes. Les Pères de l'Église, l'auteur de l'Apocalypse avaient déjà réuni le ciel à la terre.
Le peuple les aima et les sanctifia. Chacun d'eux apparut un être divin; sa puissance, il la tint de Dieu.
Toutefois , on pourrait se demander si , dans les idées de cette époque, le saint possédait un pouvoir propre, s'il était considéré réellement comme un dieu, ou s'il n'était pas plutôt le médiateur entre Dieu et l'humanité. Ce point est bien délicat. Nous pouvons cependant affirmer que le saint devint de plus en plus l'objet exclusif de toutes les préoccupations. L% divinité est obscurcie par lui, on ne lui rend presque aucun culte. L'église est l'église du saint, les prêtres
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sont ses prêtres. C'est toujours le temple antique. Là se voient les registres de ses miracles , preuve de sa puissance , là se trouvent amoncelées les chaînes des prisonniers délivrés par lui , témoignage de sa bonté. L'église est son domaine , les biens qu'elle possède, sa propriété. Lorsqu'il descend même sur la terre, annoncé par des possédés, c'est dans l'église qu'il se rend tout d'abord, prêt à accomplir des miracles.
Le culte des saints était aussi 4e^jplus accessible à tous. Le chrétien osa plus et fut moins timide. Il pouvait se rappeler leur vie, les comprendre, les imiter. Ils avaient souffert de nos douleurs, compati à nos misères; pauvres, élevés aux plus hautes dignités; riches, se dépouillant de leur fortune, ils avaient parcouru les villes, guérissant les malades, soulageant les malheureux. C'était saint Martin embrassant un lépreux, déchirant une partie de son manteau pour le donner à un pauvre; saint Gall abandonnant sa fortune; saint Portien, saint Quintien, arrivant aux plus grands honneurs.
Aussi le peuple désira-t-il avoir l'histoire de la vie du saint qu'il vénérait. Il voulut connaître ses actes, ses miracles, son martyre. Grégoire de Tours les raconte, Fortunat les chante, les légendes se développent, et un jour viendra où Jacques de Voragine les réunira, en recueillant avec un soin ingénu tout le merveilleux des superstitions naïves et charmantes de ces époques de foi. Déjà même, dans les églises, les peintres reproduisaient les principaux miracles accomplis par saint Martin, par les saints les plus célèbres. C'était le bréviaire des simples qui s'extasiaient à toute cette féerie de miracles, dont le déroulement fait sourire et charme comme les contes de Perrault d'un âge de foi.
Désormais le christianisme pourra lutter contre la religion païenne, et ses armes seront égales. L'Église catholique a la même splendeur dans ses édifices, la même richesse dans ses ornements, les mêmes pratiques religieuses.
V L'évangélîsation de TOccideiit ^ est un fait historique des plus complexes. Nous ne pouvons ici le décrire complètement. Ce -- qui nous intéresse surtout, c'est de nous rendre compte des
C^ /I moyens employés par l'Église pour arriver à un triomphe com-
^ V^ plct- H y a lieu de distinguer deux modes différents d'éyangé-
^^V, lisation qu'elle employa : l'évangélisation des villes et celle des
campagnes. Ce fut tout d'abord dans le s vil les que la religion catholique commença sa propagande. L'aristocratie se montra très longtemps hostile au nouveau culte, et si quelques nobles âmes , vraiment pieuses , furent attirées vers elle par la doctrine chrétienne , par les psaumes , par les prophètes , dont la lecture les ravissait, s'il se trouva des grands qui furent séduits par les caresses et les prières de leurs femmes ou de leurs filles devenues chrétiennes, d'autres patriciens, moins sensibles aux beautés purement spirituelles de la Bible, y furent conduits par l'espoir d'obtenir à ce prix la faveur impériale. On désira les hautes fonctions ecclésiastiques , comme on briguait les charges civiles. Mais ce qui paraît certain, c'est que la première conguMe ji£j!JÉ^is e dans les villes fut les simples, les pauvres, les esclaves. C'était là peut-être qu'il y avait le plus de douceur native, d'enthousiasme religieux, et que l'éducation païenne avec ses écoles n'avait pu avoir aucune influence l dissolvante. Grande aussi fut sur le monde des villes l'impression que fit le coup hardi de Constantin : voir l'empereur, souverain pontife de la religion païenne, reconnaître une nouvelle doctrine !
I Protégée par l'édit de Milan, comblée de faveurs et de dons par Constantin, l'Église établit dans les principales villes de î ^^ l'Empire des centres de propagande religlfeuse. La encore, il
\y^^ J\- n'y eut aucune entente pieuse et déterminée, mais les villes (y qui reçurent des évêchés furent généralement les chefs-lieux
I des cwitates. Il paraît certain qu'il n'y eut aucune mission
\ particulière, et que Rome resta étrangère à la propagande
religieuse dans TOccident comme au m® siècle. Ce qui entrava beaucoup dans ces villes les efforts de TÉglise, ce fut la cillture antique, les amusements, les jeux du cirque, que la religion païenne permettait et que la religion chrétienne défendait, enfin les lettres cultivées encore avec zèle. Elle dut aussi compter avec la force d'inertie, l'esprit conservateur de la foule. On ne change pas facilement les habitudes d'esprit et la manière de vivre.
Mais nous avons dit que TÉglise dut se montrer indulgente. Elle vit bien la religion grossière de ces nouveaux convertis , mais elle n'attacha de p rix qu'à le ur nombre. On peut dire aussi qu'elle ne fut pas complètement l'âme de la transformation qui s'opéra dans son sein et que ce fut elle qui, à la fin de ce drame terrible, fut complètement transformée. Nous ne pouvons décrire ici la longue lutte que la religion catholique engagea contre le paganisme. Elle ne commença que fort tard en Occident 2. Qu'il nous soit seulement permis de dire que l'attaque fut rendue publique, révélée par les mesures sévères de Valentinien II , et que Théodose se montra l'ennemi du paganisme. La religion catholique doit, en effet, beaucoup à cet empereur, qui fit tous ses efforts pour imposer à l'Occident une religion qu'il ne voulait pas accepter. Honorius enfin suivit son exemple, et les invasions qui arrivèrent dès le commencement du v® siècle rendirent la lutte impossible et donnèrent l'avantage a la religion chrétienne, seule en ce moment capable d'une grande force, pourvue d'une immense fortune et placée sous une haute direction. ♦
L'aspect des villes ne changea pas après la victoire de la religion catholique ; les lampes brûlèrent aux coins des carrefours , l'église hérita de la vie du temple d'Esculape ; les chrétiens y allèrent chercher des songes. Rome même devint de plus en plus une ville célèbre, la plus vénérée de l'Occident. On y allait en pèlerinage et on y faisait provision de reliques et
d'huiles saintes brûlant aux tombeaux des martjrrs. Le pèlerin arrivé dans sa patrie distribuait une partie de ces objets sacrés aux églises et aux particuliers. Cette passion pour les reliques dura pendant tout le moyen-âge et, avec d'inévitables fluctuations, s'est maintenue jusqu'à nos jours. Rome n'y perdit pas. Une petite industrie naquit. On fit des fioles pour contenir les huiles, on fabriqua des capsae ou reliquaires pour renfermer les étofies qui avaient touché les tombeaux des martyrs. Mais à cette époque, comme nous le verrons au vi® siècle, le culte des reliques n'avait pas pris l'importance qu'il aura plus tard, comme moyen de se préserver aussitôt d'un danger imminent. Le signe de la croix était tout puissant et n'avait pas perdu de sa popularité. Le chrétien pouvait donc, sans porter des reliques des saints, se préserver de tous les dangers, grâce à ce simulacre redouté des démons.
On a vu les concessions que l'Église fit à cette foule, aux habitants des villes. Elle était très superstitieuse, comme le païen de l'Empire. Sa maison, ses moissons, ses vendanges elles-mêmes étaient sous la protection des dieux. Â chaque détermination, le dieu était consulté. Dans toutes les villes s'étalait un culte inférieur, une religion populaire, à côté des grands temples élevés aux dieux supérieurs. On la reconnaissait, dans les carrefours, aux lampes éclairant une représentation des dieux, aux petits sanctuaires, aux arbres enlacés de guirlandes de fleurs, aux statues des divinités placées sur le chemin et auxquelles le païen adressait des prières en partant pour un voyage. Cette tourbe croyait à la divination par les astres, par le vol des oiseaux. Elle entra dans l'Eglise, et personne ne peut s'en étonner, avide de nouveauté, désireuse d'une religion qui promettait des joies célestes, une résurrection, mais apportant ses passions^ sa manière d'adorer, ses idées sur les dieux. Elle s'accommoda de la vie chrétienne et en reçut des bienfaits. Quelques
ëvèques, les plus grands esprits du iv® siècle, reconnurent le danger de ces concessions religieuses ; ils virent le formalisme religieux qui allait en être la conséquence. Mais ils ne pouvaient faire autrement. Ils furent même les premiers à faciliter l'entrée des églises à cette foule. Ils crurent pouvoir Tévangéliser, mais il fallait pour cela une longue paix, une action très intense et sans trêve; malheureusement pour TÉglise, les invasions rendirent impossible l'instruction religieuse de ce monde grossier, et une fois le niveau intellectuel de l'Empire abaissé, il se trouva que les évêques, aussi bien que les fidèles, eurent les mêmes croyances et les mêmes super- J stitions.
Sans les invasions, saint Augustin, du reste, se serait c trompé dans ses prévisions optimistes; la foule serait restée toujours la même. On ne transforme pas une société d'une manière aussi brusque. Le recrutement du clergé se faisait encore difficilement et les hommes qui entraient dans les ordres ne possédaient pas d'autres croyances. On peut même dire , en lisant les Vies des saints , les œuvres des Pères , que c'est, dans toutes les classes, la même foi, le même désir de voir partout des miracles. Comme l'Hébreu et le païen, le chrétien ne discuta pas ; cette ignorance de la critique a passé au christianisme. Elle est restée pendant de longs siècles et empêcha tout progrès. La culture antique persistait aussi, et nous voyons alors de nombreux évêques, comme Sidoine Apollinaire, faire revivre dans leurs panégyriques la mythologie tout entière. Les études classiques n'étaient pas, du reste, des ennemies bien redoutables des idées superstitieuses, et celles-ci n'étaient plus attaquées par la philosophie devenue éclectique. On connaissait enfin fort mal la doctrine chrétienne dans le monde nouvellement converti et il était nécessaire de faire de petits résumés de la Bible que pussent lire les gens lettrés. Sulpice Sévère le comprit. . ^
Pour révangë lisation des vil lages, il fallut employer d'autres procédés. Les habitants de la campagne étaient très attachés à leurs dieux. Le paganisme avait encore sur eux une très grande influence. C'était même une fidélité sincère. Dans ce monde, on ne pouvait douter, comme on ne pouvait se passer de dieux nombreux. L'intérêt, le désir sans cesse renaissant de demander quelque faveur à la divinité, la peur procurée à cette époque par toutes les perturbations de l'atmosphère, poussaient le païen inculte à croire à ses dieux ; Rome même ne s'était pas montrée hostile à ce culte inférieur, aux divinités des sources, des bois et des forêts, et le christianisme se trouva en présence de populations qui n'avaient guère dépassé un certain fétichisme. Cependant ce n'est . que vers le milieu du iv® siècle que nous voyons saint Martin commencer une véritable croisade contre les dieux des villages. Son champ d'action fut la Bourgogne et la Touraine. Il trouva une foule très incrédule, mais très dévouée aux dieux païens. Il leur déclara ouvertement la guerre et donna même la manière de convertir les paysans. Il renversa les statues des idoles, détruisit les temples des dieux et construisit des sanctuaires là où ils s'élevaient. Les monastères qui s'établirent ensuite de tous côtés furent, aussi un foyer de propagande religieuse et imitèrent la manière de conversion de saint Martin. Nul doute qu'en Gaule les moines ne rappelassent aux populations du Centre et du Nord ces anciens druides qui n'avaient pas encore disparu ; médecin comme le druide , le moine prie dans la solitude et jeûne. Il est regardé par le peuple comme un thaumaturge. Les miracles qu'il opéra facilitèrent l'œuvre du clergé, mais ce n'est qu'au milieu du v® siècle qu'on peut dire que l'évangélisation des campagnes commence à prospérer. L'arrivée des barbares fit beaucoup pour convertir les plus tenaces. Les Germains furent considérés tout d'abord comme envoyés par les démons. On se mettait, à
leur venue , sous la protection du saint. Ils pillèrent aussi les églises et les temples, mais il est inutile de dire que ces derniers ne furent pas rebâtis. Les œuvres hagiographiques, et en général tous les documents de cette époque, nous racontent les nombreux baptêmes administrés à Tapproche des envahisseurs.
L'Église fit aussi aux populations de la campagne de nouvelles concessions religieuses. Elle avait de nombreux devoirs à remplir : Assurer la moisson, purifier les rues, la ville toute entière en cas de pestes , protéger les champs contre les intempéries , demander la pluie au Seigneur, en un mot rendre les mêmes services que le culte païen qu'elle avait vaincu.
Devenue puissante l'Église catholique institua les Rogations, créa pour ces populations des lieux de pèlerina ge, permit L>J8-<vi--*'tA* d'adorer les petites divinités tutélaires pour lesquelles cette foule avait un grand amour. Elle alla même jusqu'à baptiser les sources, divinités païennes, et inventa des légendes sur les anciens lieux vénérés. On peut donc se rendre compte du paganisme qui pénétra dans l'Église ; on peut ainsi voir quelles idées nous allons trouver dans le sanctuaire. L'homme est resté le même, si la religion a changé. La conscience n'y . a pas tout de suite gagné. Mais cela était inévitable, nous ne j pouvons faire remonter aucune responsabilité à l'Église.
Les barbares vinrent à la fin de ce siècle et apportèrent un surcroit de souffrances 3. Des maux qu'on ne peut décrire \ / ^
furent subis et rendirent toute instruction religieuse désormais impossible. Les nations nous apparaissent alors ce qu'elles étaient en réalité, et si Rome, avec ses colonies, avait fait croire à un grand éclat, les Sulpice Sévère, les Grégoire de Tours nous montrent au contraire les usages, les habitudes, les croyances d'un peuple encore grossier. Ce ne fut pas l'Eglise, comme on l'a dit, qui paralysa l'industrie, qui détruisit l'activité humaine ; une religion ne peut avoir sur la vie qu'une influence relative ;
c'est au contraire Tempire romain qui avait épuisé tout le pays conquis par des charges trop lourdes. Les colonies disparues, les invasions terminées, le village triompha. Désormais la vraie histoire des peuples de TOccident commence, un processus régulier se montre dans ses annales.
Le peuple resta le même, avec sa superstition grossière, son culte bas, ses manifestations religieuses peu élevées. Il est là, occupé aux travaux des champs, à l'agriculture qui va devenir la base de l'économie politique, mais toujours tremblant aux moindres perturbations de l'atmosphère, au moindre bruit du dehors, au moindre songe. Il ne reçoit aucune instruction. L'Église hérita à ce point de vue des idées romaines, elle resta aristocratique dans le sens antique et ne fit rien désormais pour instruire cette foule si digne d'intérêt et pour améliorer son degré inférieur de culture. Elle vécut au milieu de ses fidèles, grands et petits, comme une aristocratie intellectuelle isolée et unique. Elle a même sa langue, qui s'éloigne de plus en plus du latin vulgaire parlé par les laïques. La pauvreté s'étend partout, et l'Occident ne cherche pas à s'instruire. Elle a donc pour mission de conserver intact l'héritage de l'antiquité, précieux legs qui lui a été confié, mais qui coûta tant de larmes et de travail à ces populations agricoles.
Un changement s'est produit pourtant à la fin du v® siècle, il s'accentue dans la période suivante. Un grand nombre de fidèles, fatigués de la vie, abandonnèrent les œuvres d'ici-bas pour se retirer dans les monastères. Xe v® siècle en vit beaucoup. La charité se répandit, les hôpitaux pour les malades se fondèrent^ bien des pauvres furent soulagés. Si l'homme est resté aussi superstitieux qu'auparavant, s'il croit encore plus au surnaturel qu'un païen des derniers temps de l'empire, ce qui ressort pourtant de nos études, c'est le désintéressement de la vie poussé même jusqu'à l'excès, jusqu'au mépris de ce monde. Il y eut à cette époque le même mouve-
ment que nous décrirons plus tard au xi* siècle, et qui fiit dû, lui aussi, à l'influence des monastères nouvellement créés. Dans ce petit monde du v" siècle, comme dans celui du xi^ siècle, les dignités et la fortune ne servent de rien, la naissance n'est plus considérée; le nombre des clercs augmente, Taffaiblissement de l'esprit militaire se montre, les grandes familles devenues chrétiennes ne désirent plus le mariage ou tout au moins ne cherchent plus à avoir des enfants. L'aristocratie gallo-romaine de cette époque a mal interprété les paroles du Christ, elle les a plutôt exagérées ; sachant que la fin du monde est proche, que la résurrection est promise aux justes, elle ne désire pas les biens terrestres et ne cherche qu'à gagner le ciel. Elle possède les hautes fonctions ecclésiastiques, élève des églises, construit des oratoires; le coup est porté, on sent une nouvelle société qui commence.
NOTES
1. L'évangélisation de la Gaale et de l'Occident, nous l'avons dit, est un fait très complexe que nous ne pouvons , dans cette dissertation , décrire complètement. Nous indiquerons seulement les moyens et les procédés par lesquels l'Eglise catholique opéra les conversion^;. On verra, d'après le petit tableau reproduit ici , que la doctrine chrétienne resta au dernier plan et que ce ne fut que par 'des miracles; par le désir des hautes fonctions, par l'habileté de l'Eglise qu'on obtint un nombre assez important de chrétiens, à la fin du iv* siècle, pour que les empereurs ne se vissent plus obligés de compter avec le parti païen. Nous avons distingué dans notre mémoire deux évangélisations, celle des villes et celle des campagnes. Il faut admettre cette distinction , car les procédés furent différents, comme les aspirations des deux mondes. Le paysan ne demandait pas à être un fonctionnaire épiscopal . il n'avait pas besoin d'être attiré à la religion chrétienne par l'appât des faveurs , il ne pouvait être converti ni par les beautés deTEvangile, ni par les prières; ce qu'il lui fallait, c'était un culte' aux cérémonies à peu près immuables , qui pût lui assurer ses moissons , ses vignes , sa maison contre les dieux malfaisants, un dieu enfin qu'il pût consulter chaque jour et rendre responsable de ses actions. En lisant les documents contemporains, les vies des saints de cette époque, nous voyons que la conversion des villes fut facilitée par l'influence des livres saints. Cela n'eut guère lieu avant la
fin du rv* siècle. Solpice Séyëre les fait connaître aa public lettré ; les Evangiles , les Ties des saints , à la fin du rv* siècle , commençaient à se vendre. Les libraires étaient très contents , car cette vente rapportait gros : « Deinde cum tota certatim urbe raperetur, exultantes librarios yidi : quod nihil ab bis quœstuosius haberetur, siquidem nihil illo promptius , nihil carius venderetur. » On les portait avec soi : « Agnosco id quidem , Posthumianus inquit , neque unquam a dextera mea liber ille discedit Nam si agnoscis (aperit librum, qui sub veste latebat), ipsum. » Sulpice Sévère, Dialog-., ï, XXIIJ. Paris, 1651. On les lisait dans les villes où Ton s'arrêtait et oh les faisait copier. Les bibliothèques des nobles les possédaient. Sidoine Apollinaire, II, livre Y, lettre XV. Le chrétien même les plaçait sous sa tête en se couchant. En lisant ces miracles si nombreux, quelques sceptiques souriaient , à la fin du nr* siècle, mais le plus g^and nombre y croyait. Sulpice Sévère, EpiHola ad Euêebiuniy p. 1.
^ On peut dire que les membres des grandes familles , qui furent séduits par la doctrine chrétienne , allèrent dans les monastères ou entrèrent dans les ordres. Les monastères , dès la fin du iv* siècle , sont déjà florissants en Occident. L'aristocratie de* cette époque se montre atteinte d'un très grand nervosisme et elle commet des excès.
Nous ne pouvons faire ici l'histoire des premiers monastères ni raconter la
Woaissance de ceux-ci en Occident.
1 La société qui entra dans les églises des villes fut fort peu religieuse au début.
' Nous la voyons hésitante : elle se convertit, pour retourner ensuite à ses anciens
dieux. Il était difficile à cette foule de reconnaître le vrai dieu au milieu de ces
noms si divers. De là, bien des vacillations; de là, bien des rechutes. Les
f convertis de la veille n'étaient pas au courant des fêtes chrétiennes, et ne pouvaient transformer aussi vite leurs idées. L'ancienne religion reparait bien souvent ; ils célèbrent le jeudi consacré à Jupiter, d'autres oubliaient le jour du Seigneur. Ceux-ci pleuraient les morts encore à la manière antique , ayant les idées du passé sur la mort. La phraséologie, encore toute païenne chez les auteurs du vi* siècle, le prouve suflSsamment. La nouveauté amena enfin un g^and nombre de païens , mcds la plupart retournaient bien vite à l'ancien culte. Beugnot, II, 90. Théodose fut obligé de publier un édit contre de tels apostats.
La religion catholique , au commencement de son triomphe , parut trop simple pour plaire à cette foule habituée à avoir des spectacles , considérés comme faisant partie de la fête. Elle accorda des agapes , mais ne put détourner le peuple des jeux du cirque. Certains païens ne voulaient pas se convertir à une foi qui vouait sa haine à ceux-ci. S. Augustin, Conf., VIII. Les pantomimes durèrent encore jusqu'à la fin de l'empire. Pour le cirque, cf. Concile de Carth., 5 (401). Cod. iheod., XY, 15. Salvien, tout le chapitreVl^avec sa belle page sur les habitants de Trêves courant au cirque au milieu de la ville en ruines. Les femmes surtout rendirent de grands services à l'Eglise. S. Jérôme leur conseilla de se jeter au cou de leurs pères ou de leurs époux et de chanter malgré eux l'alleluia. S. Jérôme, V, 2 p., p. 590, cité par Beugnot, II, 103. Quelques légendes nous j ont conservé l'activité des matrones ou des jeunes patriciennes. Aussi les fidèles, '■qui arrivaient ainsi à l'église, montraient-ils une foi tiède et une certaine indifie- -rence. De là les plaintes des Pères de l'Eglise. Ils nous montrent une église toute kroublée , des hymnes païennes chantées dans les temples chrétiens , la messe interrompue par des disputes , les conversations commerciales , les divertisse-
menis , même au moment du culte. Des cette époque , les femmes , nous raconte S. Augustin , allaient à l'église pour étaler un beau costume , pour montrer la richesse de leurs ornements précieux ; elles prêtaient une attention peu soutenue à l'office. L'Eglise se montre très corrompue dès son triomphe. Sulpice Sévère se plaint de la fainéantise des éyéques , qui perdaient toute chose , de leur jalousie , de l'arrogance de la noblesse et de son indolence. Sulpice Séyère, H. S., II, 4. Les jeunes filles chrétiennes aimaient beaucoup la parure et les bijoux. Lettre & Claudia dans Sulpice Sévère. Salvien Ad ecclesiam I, p. 120: « Ac sic, nescio quomodo pugnante contra temetipsam tua felicitate , quantum tibi auctum est populorum, tantum pêne yitiorum, quantum tibi copias accessit, tantum disciplinae recessit et prosperitas yenit quaestuum cum magno fœnore detrimentorum. Multiplicatis enim fidei populis fides imminuta est et crescentibus filiis suis mater segrotat, factaque es, Ecclesia, profectu tuae fecunditatis infirmior, atque accessu relabens , et quasi yiribus minus valida. » Les Pères de l'Eglise ont bien vu la foule toute païenne qui entrait dans l'église. Augustin, De ritib. eccles. cath.f I, 31. Augustin; In Joh. tract., XXV, 4. Eusèbe, De vit. Const., IV, 54. Même idée chez S. Jérôme, In vita Malch Prolog. « Et postquam ad Ghristianos principes (ecclesia) venerit potentia quidem et divitiis major, sed virtutibus minor, facta sit. » Vitœ PatrutUy p. 93. a Aliud est quod docemus, aliud quos sustinemus, aliud quod prœcipere jubemur, aliud quod cmendare prsecipimur et donec emendamus, tolerare compellimur. Alia est disciplina christianorum, alia luxuria yinolentorum , vel error infirmorum. » Augustin, contra Faustum , XX. 21. Faust dit à S. Augustin, XX, 4 : « Vos, qui desciscentes a gentibus monarchiœ opinionem primo vobiscum divulsistis, id est, ut omnia credatis ex Deo; sacrificia vero eorum vertistis in agapas, idola in Martyres, quos votis similibus colitis, defunctorum umbras vino placatis et dapibus ; solemnes gentium dies cum ipsià celebratis, ut calendas et solstitia; de vita certe mutastis nihil, estis sane schisma, a matrice sua divers um nihil habens nisi conventum. » Il serait fort intéressant de rassembler tous les re proches yie Ifts nn^piçhéena font à la religion catholique , ^ I nous aurions la doctrine de ceux-ci dans les citations de S. Augustin et nous I pourrions nous faire une idée de ce que les sectes et le paganisme pensaient de la / doctrine chrétienne. Augustin , Ad Januarium , lib. II , ^ist. 55, p. 35 : a Quod autem instituitur prseter consuetudînem , ut quasi observatio sacramenti sit, approbare non possum, etiamsi multa hujusmodi propter nonnuUarum vel sanctarum vel turbulentarum personarum scandala devitanda liberius improb are non audeo, etc. »
Par les biens du clergé. — L'Eglise , dès l'édit de Milan , se trouva en état de recevoir des héritages, et elle eut bientôt une fortune considérable; nous avons vu déjà les abus dont cette fortune fut la cause. 11 n'est que juste de dire qu'elle la servit heureusement sous d'autres rapports : l'Eglise put faire un grand nombre de conversions. Quelques légendes nous ont conservé le souvenir des distributions faites aux pauvres et nous montrent aussi les membres , quasi tous plébéiens , qui forment alors l'Eglise. Légende de S. Laurent (IV). Légende de S»» Cécile (V). Légende de S. Sylvestre (VI, fin).
Constantin se montra impolitique en accordant à l'Eglise les droits et les devoirs obligatoires de l'Etat.. Désormais l'Eglise distribuera le froment que l'empire accordait au peuple , et ce dernier perdra ainsi son caractère généreux et n'apparaîtra aux populations souffrantes que comme un commandant de
rccratement oa comme on ezacieur impitoyable. Biurckbardt, op. c. La charité lai fat donc nécessaire , obligatoire même. Sans elle, elle n'aurait pas eu toat de suite cette plèbe aCFamée et misérable qui , jusqu'à l'époque de S. Jérôme ,. formait la base la plus solide de son édifice. Aussi M. Uhlborn, Die chrUtliehe LiebeathmtigktU in der aUen kirche, I. Eine Welt ohne Liebe a exagéré, selon nous, le monde sans amour de l'empire romain. L'empire s'est soutenu pendant longtemps en donnant la nourriture à un plus grand nombre. C'était , il est yrai , une autre conception, mais il n'en soulageait pas moins les pauTres et les infortunés. Il 7 avait encore bien des nobles qui aimaient les pauvres , qui faisaient le bien. Le II* siècle se montre plus doux, plus charitable. Orelli parle, n* 114, de 300 vases de médicaments et d'une somme d'argent laissés par un habitant de Coeré pour distribuer des secours gratuits à ses concitoyens pauvres et malades. Le Blant, Inscriptions de la GauU, I, p. 173 : a Ob egregiam ad omnes homines mansuetudinem.» Une autre : a Hominis boni misertcordis amantis pauperes. Adefectionis plen» erga omnes homines.» Boldetti , p. kkZ, Cf. Egger, Journal de tinsirudion publique f 26 février 1853. L'Eglise, après la conquête du monde païen, ne se montra pas, durant le moyen-âge, aussi secourable ni aussi humaine. Mais nous sommes d'accord avec M. Uhlhorn pour constater l'influence bienfaisante de la doctrine chrétienne , qui était un progrès immense pour l'humanité. La robe blanche, donnée par l'église lors du baptême, était, on le scdt depuis longtemps, un appât pour. cette foule. Le baptême fut à cette époq ue conjf idéré I comme ayant des pou voirs magiques, et un grand nombre ^THaHitants des yilles j différaient leur conversion. Ils attendaient la vieillesse , le moment où l'homme ^ fatigué de vivre , commence à mener une vie plus réglée. Des maladies graves - hâtaient bien souvent l'administration du baptême.
Par les miracles que V Eglise fil devant le peuple, — Ce procédé s'applique aussi bien aux villes qu'au plat pays. Les conversions furent très nombreuses. Les vies des saiâts ne racontent que des scènes de miracle , et l'on soufiire même de lire à chaque feuillet les prodiges qu'ils firent , les guérisons qu'ils procurèrent. On arriva bientôt à un raffinement, à des subtilités vraiment étonnantes. Les contemporains distinguèrent les miracles que de simples confesseurs pouvaient accomplir, et les grands prodiges qui n'étaient que du ressort des grands saints. On catalogua les élus de la Jérusalem céleste. Ressusciter un mort était, à cette époque, le dernier terme du pouvoir d'un saint. Que de martyrs n'ont pu avoir cette puissance ! On les compte dans les annales ecclésiastiques. Malgré les prodiges opérés par les moines d'Egypte, S. Martin leur était supérieur : a Et tamen cum prœclara, retuleris, a nemine retulisti mortuum suscitatum : quo uno utique te necesse est confiteri Martino neminem conferendum. » Sulpice Sévère , Dialog., I, XXIY. Les moines mêmes accomplissaient à cette époque plus facilement des miracles : « Quod verum esse, vel ex his qu« comperta nobis sunt, ncc latere potuerunt , possumus sstimare ; si quidem ante Episcopatum duos morluos vit» restituent, quod liber suus plenius est locntus, in Episcopatu vero, quod prœtermisisse te miror, unum tantummodo suscitaverit. » Dialog., II- Y. y Une lutte s'engagea entre le monastère et l'évêché. Les saints du dernier triomphèrent et augmentèrent le pouvoir de l'évêque. Dans le Culte des Saints nous montrerons les commencements de cette lutte et ce qui aida au triomphe de ceux-ci. Nous sommes obligé de ne pas donner les passages des vies des saints se rapportant aux miracles. L'énumération serait trop longue et n'ajouterait rien à ce fait historique déjà connu.
Pur Ut monoêièreê que VEglUe catholique créa autour det viUaget. — Genz-ci eurent une tr^ sérieuse importance. Ils furent considérés comme ayant une grande action sur le diable et toujours en relation utcc le ciel. Des légendes accréditaient ces idées; des anges venaient leur apporter la nourriture, Dieu leur accordait un pouvoir supérieur. Dans les vies des saints ermites , ce ne sont que récits des victoires remportées sur des serpents, qui furent considérés comme l'enveloppe des démons, sur les esprits immondes. L'épouvante naquit de plus en plus dans les esprits. L'homme se vit entouré sans cesse d'esprits malfaisants et cela s'accentua avec le temps. Le moine , mé^j^ an v* siècle , commenga à être considéré comme priant sans cesse, nes'^c cupant <p ie de fléchir la colère de la dividité et des saints. La société'se montra généreuse pour ceux qui priaient pour elle.
Nous ex pliquons a insi les immenses doQationis faites aux monastères. Dans les cartulaires on peut se convaincre de l'exactitude de cette notion, déjà évidente au temps de Sidoine Apollinaire ; « Hic qui nominatur, inquiunt, non episcopi, sed potius abbatis complet officium, et intercedere magis pro animalibus apud cœlestem, quam pro corporibus apud terrenum judicem potest. » Tl j^at T^T^t*^ au VI* siè cle ent re les monastères et le clergé séculier, mais ce dernier l'emporta. NottsTSevôns ajouter aussi qu'à cette époque, les monastères permettant aux riches de faire abandon de leurs idées aristocratiques étaient remplis de hauts personnages , qui eurent une grande influence par leur fortune et par leur instruction. La discipline du monastère ne plaisait pas aux clercs : « Inter hsec monasterialibus disciplinis «gre subditur vel popularium cervicositas , vel licentia clericorum. » Cf. le discours de Sidoine Apollinaire si intéresssant au point de vue religieux et à celui de l'état des esprits en Gaule, éd. Gollombet, II, page 195.
Destruction des temples païens , en les faisant servir au culte nouveau , en construisant sur leur emplacement une église , en baptisant les sources , et en constituant des fêtes semblables à celles du paganisme. Ces procédés furent employés surtout pour les campagnes qui reçurent à la fin du iv* siècle la doctrine chrétienne , mais qui ne commencèrent vraiment à être évangélisées qu'au milieu du v* siècle. S. Martin est le premier qui attaque le paganisme des villages. Cette croisade devint la plus efficace et rendit de grands services à la foi catholique, mais elle entraîna des abus. Des sépulcres furent détruits, des temples pillés, des ornements volés par le bas peuple. Pour les sources baptisées, Grégoire de Tours, De gloria conf., II. Fortunat, Vita S. Martini, IV, vers 245, 210, sq., 234, I, 230. M. G. H., Vita S. Maxentius, 10. Sidoine Apoll., II, livre VI, lettre II. Grégoire de Tours, Miracula S. Juliani, V. Sidoine Apollin., II-IV, lettre XIV. Pour les églises construites sur l'emplacement d'un temple. Grégoire le Grand indiqua le même moyen. En parlant de S. Martin : « Nam ubi fama destruxerat, statim ibi aut ecclesias aut monasteria construebat. » Nous connaissons les églises qu'il fonda dans les villages ou dans les bourgs. Les églises que ce saint éleva furent : Giran-la-Latte , Hist, Franc, , X, c. XXXI, p. 3. (Voir pour l'identification des localités , Longnon, Géographie de la Gaule au vi* siècle. Paris , Hachette , 78, p. 270.) Dolus (Indre-et-Loire), Hist, Fr., X, c. XXI, p. 4. Marmoutiers (Indre-et-Loire), H. F., X, c. XXXI, p. 3. Sornay (Indre-et-Loire), H, F., X,^. XXI, p. 2. Gandes (Indre-et-Loire), H, Fr., X, XXX, p. 3. Son action fut beaucoup plus grande , et ce ne sont que les églises mentionnées par Grégoire de
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Tours. M. Beugnot a fait remarquer, dans son histoire du paganisme, que S. Martin ne choisit pas les villes du Midi et que peut-être là il n'aurait pas réussi. Nous hésitons à partager l'opinion du sayant historien. Les campagnes étaient aussi bien là qu'ailleurs fort crédules et les miracles étaient aussi facilement acceptés. Peut-être aurait-il trouvé dans le Midi un peu moins de naïveté , de crédulité et aurait-on été surpris de cette nature fougueuse et trop ardente. On détruisit aussi des temples ; de leurs débris les architectes chrétiens élevèrent des églises , mais ce ne fut que dans les provinces et dans les villes ou petits bourgs qui n'avaient pas sans doute des monuments magnifiques. Cependant Tiilemont, Mémoires ecclésiastiques , tome XY, p. 23, le constate pour Vienne ; tome XY, p. 5, pour Arles. Les autorité^u ^purent difficj jfiffîft"^ «^ »'endre maîtres de ce vandalisme cau sé par le ftta atisme. L'Eglise ne peut être responsable de ces destructions qui ne furent pas ordonnées et faites d'une manière systématique. Ce qui hâta ^surtout la conversion des campagnes, ce fut l'exemple donné par les nobles / païens, lorsqu'ils acceptèrent la religion catholique. Les légendes nous ont I conservé ces souvenirs ; ils convertirent leurs serfs, leurs colons, leurs fermiers. I II y eut dans chaque famille patricienne des conversions nombreuses. M. Lœning fait remarquer qu'au vi* siècle les populations gallo-romaines n'avaient pas évangélisé tous leurs esclaves et qu'il restait encore beaucoup à faire ; mais cela ne doit pas nous étonner de la part de ce monde tout aristocratique, peu habitué à s'occuper de la plèbe et des esclaves qui travaillaient pour eux. L'Église même ne se montra qu e théoriquement excellente pour ce petit monde, elle n'affranchit pas même ses esclaves , et ne leur épargna pas les mauvais traitements. Elle était dans l'impossibilité de faire autrement. Elle ne sut pas interdire les châtiments corporels. Concile d'Elvire, canon 5. Renan. Marc Aurèle, 608, cf. les lettres de Grégoire le Grand pour l'administration des vastes domaines de l'Eglise romaine , cf. Fo u rn ier, Revue histor ique , 1882 : les Affranchissements. Elle ne fit rien pour le paysan , et elle se soucia très peu de l'esclave. Elle vécut de l'un et fut servi par l'autre. Le ciel fut le désir de cette société , du petit monde des prêtres. La religion catholique se jpréoccupa fpjrt peu de^J.'égalité devant les h^inm es ; ce fut le ciel qui devint accessible à tous.
Par les inuasions. — Celles-ci furent considérées comme envoyées par Dieu qui voulait châtier l'Occident. Des possédés annonçaient leur venue. La ville alors de baptiser les enfants nouveau-nés, de s'enfermer dans les églises, d'attendre l'ennemi en prière. Les plus récalcitrants , effrayés de la panique générale et voyant quelquefois l'efficacité des prières et l'influence qu'avait sur les Germains le nom des saints les plus vénérés, devenaient chrétiens. Les invasions eurent aussi pour effet de renverser les églises , de détruire les temples, de forcer l'aristocratie à s'enfermer dans les monastères , à s'enfuir même de l'Occident après le sac des grandes villes. Le christianisme alors trouva moins de résistance, car ceux qui auraient pu soutenir la lutte, c'est-à-dire les patriciens, étaient ou chrétiens ou fugitifs ou ruinés. Les monuments détruits , les temples avec les théâtres ne furent plus reconstruits et l'Eglise y gagna encore.
2. La lutte du paganisme. — A l'édit de Milan , l'Occident ne considéra pas l'importance de la décision de Constantin. Rien ne fut changé : les temples recevaient des offrandes et des sacrifices , les dieux étaient célébrés comme jadis. Quelques milliers de chrétiens étaient à Rome. Cette ville se montra même fort
deux ^ ence ^^
dévouée aux anciens dieux puisqu'elle éleya de nouyeaux temples dans son enceinte. La liberté des cultes fut respectée par les fils de Constantin. Les fêtes païennes furent maintenues, les empereurs mêmes mis au rang des dieux. Cf. Beugnot, op, c, I, 109. Les cultes étrangers sont en très grand honneur, Mithra surtout est à l'apogée de sa puissance. Lactance ne peut nier le pouvoir du culte païen. Inst. Z)., III, 30, et montre aussi toutes les populations dévouées au paganisme. Les empereurs se voyaient obligés d'adopter une politique plus douce : les habitants étaient encore païens, ils ne pouvaient se montrer fort sévères contre cette religion. Ils ne devaient pas attaquer ouvertement le paganisme , mais bien au contraire faciliter l'entrée au plus grand nombre pour pouvoir un jour se montrer impitoyables. Aussi M. Beugnot a-t-il raison de distinguer deux politiques : les mesures prises en Orient par les empereurs et leur indifférence pour l'Occident. Cf. A. Marignan, Etudes d'Iconographie religieuse, I, chap. Société chrétienne.
La noblesse antique continue à traiter de sa hauteur le culte nouveau et le christianisme ne peut encore se glorifier de ses conquêtes. Le paganisme lutta avec des retours heureux, comme sous Julien et sous Eugène. L'Eglise ellemême se trouvait amoindrie. Elle était paralysée par les hérésies qui naissaient dans son sein. Elle aurait dû combattre le paganisme, mais elle n'en trouvait pas la force. Les successeurs des fils de Constantin continuèrent la politique tolérante de ceux^i, les Valens, les Jovien se montrèrent favorables à ce culte des anciens \ dieux. Ce n'est que sous Gratien, au dernier quart du iv* siècle, que nous voyons i déjà l'affaiblissement des forces païennes. Des mesures sévères commencent / à être prises. Gratien alla même jusqu'à vouloir enlever l'autel de la Victoire , / malgré la majorité païenne des sénateurs, selon le témoignage même de S. Augustin. Nous entendons alors les plaintes de Symmaque. Mais l'Eglise catholique avait encore besoin de ménager le parti païen, d'attendre les jours plus sereins du règne de Théodose. La réaction païenne, sous Eugène, lui montra \ même combien ses conquêtes étaient peu sûres , et S. Ambroise n'avoua-t-il pas ) plus tard qu'il avait cru tout perdu ? Beugnot , op, c, I, 409. /
Par ses lois sévères , par les édits ordonnant la fermeture des temples , et ses faveurs accordées à la religion catholique , Théodose paralysa de plus en plus l'ancien culte, il augmenta encore le nombre des chrétiens. Viennent les invasions, et la lutte est désormais impossible. Honorius, en donnant au fisc les biens des temples, porta à l'ancienne religion le dernier coup. Au commencement du v« siècle nous avons une majorité chrétienne , et le paganisme , qui avait triomphé en obligeant l'Eglise à le recevoir dans son sein , n'a plus que des fidèles sans aucun lien entre eux. Il vit encore dans les campagnes , se montre dans quelques villes , et dure ainsi jusqu'à la fin du viii* siècle.
L'aspect des grandes villes ne changea pas pour cela. Les petites chapelles aux coins des carrefours , les cierges allumés devant les petites divinités populaires brûlèrent toujours. Les statues furent seules changées. Prudence parle au commencement du V* siècle , d'un grand nombre de familles patriciennes qui étaient devenues chrétiennes. Contra Syminach , I, v. 566.
Sexcentas numerare domos de sanguine prisco NobiUum licet ad Christi signacula versas, Turpis ab idoîii vasto emersisse profundo.
Il 7 * <!• rtxagération , mait noae salroiM qiM lu patrieicni , ttli qtt« Us Aaket, les Frobi, lee Olybriaci, Paultni, Balii, ««aient dévoaét à la. raHgioii ^atholi«ple.
Lat jeux du oir^e, les tpactacles contiftttaîeat toujours. Le ohrétiati comme le païen en était trèi avide. Prud., Conir, Symmaeh , lUv, 94^ ; y, 808. Gres^roTiut» Gtêchichtê der Stadi Rom in MiUelaUer, I, 1** éd., 1875, Stuttgart, p. 69. ( noUf ne pofesédonf pas la 2* éd. ) , a montré Taspeet de Rome au v* siècle en utilisant les traraux de Beognot. On a donc raison de dire ^a, pcudant le jour comme pendant la nuit, l'aspect de Rome devait être celui d'Une cité où Taaden culte dominait Beugnot, op.t II, 189. S, Jéromt in têuiam, Vf, 678. Prudence contte Spmmack., II, 455, 850. v. Prudence pourait dono s'éerier alors : Gaihemer, Hymn., XII, v, 201
Gaudete , quidquid gentium est , Judxa , Roma et Grtecia, MgyptCf Thrax, Pehaj Scytha, Rex unuë omnes possidet,
L'Olympe disparut peu à peu et les Pères de l'Eglise le transformèrent «n enfer. Désormais les dieux sont les démons de la religion eatholi^e. Les documents nous permettent de suivre cette idée jusqu'à la An du Vir siècle. Nous cite, roui les textes les plus curieux , car nous ne comptons pas moins de cinquante passages pris ohes les Pères de l'Eglise et chei les historiens contemporains. Sulpiee Sévère, Dialag., II, XIY : « Jam pero dœmonèn, ptoui ad eutn çuisfue vtniêâêiy êtti* nominibUi inerepahai. Mercurum maxime patiebatur inftitum; Jopetti éi-ututn atqae heheUrn eaêe dicebat. % Fortunat, M. G, H,, lY. Vita S. Martini, IV, y, 188, V. Les possédés,
Crimina vel mérita edentêê eubjudiee nUéèoe St eua prmcipitet examine faeta flUentee lUe Jwftm MtoUdum, hic se iêstûtur Anubem^ Yaea mmieterii te dtsmohiie eeêe nefkndi.
Fortunat, VUtiS. Martini, II, V, 188, p. 319.
Àddiiur hinc eiiam rerum mirabilis ordo : Mille nocendi artes dum perfidus exerit hostie, NuncJovis in faciem, nunc se mentitus Anuhem, Ssepe habita Veneris , sxpissime fronte Minervse, Sedulus insidiis sancto sua séria rumpens Diversis formis , se, ut terror cresceret , offert Et vacuus gênent specie pariante timorem.
Qui virtute nequit, superatus ut arte rebeUet,
V. Concile de Tours, II, qui définit Janus : ffomô gentitis fait, rex quidem std dêus esSt nonpùtuit*
Le paganisme, enfin vaincu , se montre encore çà et là an vu* et au viii* siècle. Les vies des saints suffisent à renseigner sur sa durée dans les différentes contrées de l'Occident. Le Nord conserva naturellement le plus longtemps l'ancien culte. Nous ne pouvons tracer ici la carte géographique du paganisme au vu* et au viii* siècle. Ce travail serait certainement intéressant et fort utile pour
l'Iiisti^ife de I4 oiTilisatiop en France. Roth, Gênkiehtê 4^9 Beneficiahive94n9, p. 6S, a rassemblé un gran4 nombre 4e preayee dans les vies de saints conr t^mporaines.
W. Amdt, JfClein€ Dênkmmler, Leipsig, a publié quelques vies intéressantes h et p^înt de yue. Rotb, Fo» dem Einflu99 der Gei9llichkeit, a mentionné aussi certains puisages importants, et Lopning a consacré un chapitre à cet objet dans son premier volume. Nous même, dans le Culte de9 9fiint9, noos donnerons les localités restées païennes jusqu'à la fin du vi* siècle.
3. Pendant les trois premiers siècles, les yilles gallo-romaines s'étaient très développées. L'antiquité cûmait alors les grandes places , la vie extérieure. Les riçbes , suivis de nombreux esclaves , se promenaieitti^ travers les belles rues de ^| la cité et recevaient les hommages du bas peuplÀLes plans de Narbonne , de j
Toulouse , de Bordeaux nous montrent que les cités s'étendaient au loin avant le TV* siècle. Pendant les invasions en Gaule, il fallut s'enfermer dans des enceintes, entourer les villes de remparts; quelques-unes mêmes étaient déjà pourvues d'un système de défense ; Autun avait alors ses murs en ruine , Lyon pouvait résister ^ux barbares à l'époque de Julien. On chercha avant tout .un refuge, on construisit des fortifications à la hâte et tous les matériaux furent utilisés, lies J^ pimetières procurèrent les pierres nécessaires; des inscriptions, des tombeaux, / qii|i servirent à cet usage, ont été découverts de nos jours et ornent les musées épigraphiques de France. Pour ne pas exagérer le degré de civilisation de la Gaule, il faut avant tout distinguer le Midi et le Nord. La vie intellectuelle ^'arr^te j 4 Lyon. Les Ausone, les Sulpice Sévère, les Sidoine appartiennent au Midi et an ^ Centre. Le Midi, à l'abri de toute surprise , jouit encore , au iv* siècle , d'une eep^ taine prospérité. Ausone fait l'éloge de quelques-unes de ces villes, mais il a recourt» le plus souvent à des formules générales, qui ne peuvent rien nous donner. Kn lisant cet écHTain , si sujet à l'enflure , on conçoit que la critique se trouve bien souvent embarrassée. Il parle de l'enceinte de brique de Toulouse, ^n com merce de Narbonne qui fut jadis si grande, avec son beau temple déjà détruira de Bordeaux avec son enceinte carrée, ses tour^ élevées, ses rues inen alignées, ses larges places, ses belles portes et sa fontaine, célèbre par les nom-r breuses guérisons qu'elle procurait. Monumenta Germanise hiaiorica, Ausone, tome y, p. 98, 180, 101. Cf. aussi pour la culture de la Gaule. Mommsen. Uœmi9çhe Ge9chickie, V. B. 2 Aufl, Berlin et J. Jung. l>ie Romanifçhen Laud9ch^fte de9 Roem{9chen Reickea. Innsbruck, 1881. On peut difficilement se servir ouvrages parce qu'ils n'offrent qu'un caractère général et sans distinction époques.
Notre écrivain nous raconte aussi la vie des Universités, les cours qui y étaient faits. Il nous a légué les noms des professeurs célèbres. Ce sont Bedatus, rhéteur à Toulouse, Luoiolus à Bordeaux, le grammairien Marcellus |l Narbonne, Thabassus à Bordeaux, Magnus Arbonius, le grammairien Népotien, Altipus ^grœcîus. Des étrangers venaient aussi en Gaule ppur enseigner; le Sicilien Citarius professait la langue grecque. M. Q. H., Ausone, tome V, XVI, p. 55. Néanmoins rien d'original n'est sorti de ces écoles. Elles nous ont légué un éclactisBse philosophique, une rhétorique apprêtée, une déclamation de ina«ws goût. La science était dédaignée. On ne recherche plus les grands problèmes métaphysiques, on se contente de critiquer les anciens systèmes. Ces
is Bom-r Lusone, \ mmsen. I tch^ften I de ces I ion des |
Universités s'appliqaaient surtout à étudier l'art oratoire, les règles de la poésie; Virgile est analysé, Térence appris par cœur, Ovide récité, Plaute et les Gatilinaires commentés. Les auteurs mêmes, les professeurs n'écrivaient plus pour exprimer des idées , pour développer un système philosophique , mais pour étaler un savoir de mauvais goAt, emprunté aux anciens cpie, bien souvent après les avoir appris, ils copiaient sans le savoir. Qu'on lise Ausone et on se rendra compte de ce qu'était cette pédante et fatigante littérature. I La société des villes était superficielle, l'aristocratie vaniteuse et hautaine, ' sans énergie morale comme sans influence. Elle avait façonné le peuple à une obéissance passive. L'empereur, devenu de plus en plus puissant, tenant* tout dans ses mains, avait éloigné par cela même la noblesse des affaires. Elle perdit bien vite le goût des fonctions publiques, elle s'en moqua. Delà tout un monde de ' désœuvrés. La tribune se tait, aucun homme d'état ne se montre, et dans un tel - milieu , les grandes vertus politiques ne peuvent se développer. Nous ne savons ' pas si après la conquête la noblesse gauloise afflua dans les colonies, si elle copia tout de suite la vie romaine , mais t6t ou tard il y eut contact et emprunt facile. Les vétérans, les commerçants, les quelques grandes familles italiennes qui vinrent habiter la Gaule lui donnèrent bientôt l'exemple. En lisant Ausone et plus tard Sidoine Apollinaire, nous pouvons nous rendre compte de l'emploi du temps de cette noblesse. Sa vie était monotone ; les jours se succédaient à peu près les mêmes. Levé de bonne heure , habillé par ses esclaves qui lui présentent l'un sa robe de lin, l'autre ses chaussures, le Gallo-Romain sort après avoir prié les dieux Lares ou va lire jusqu'à l'heure du déjeuner dans sa bibliothèque. Le repas du matin est léger, il se compose généralement de viandes froides ; obligé de plaider, de professer, il doit se montrer sobre et manger peu. Après ce déjeuner, il joue quelque temps à la paume ou à l'arc, ou bien il fait la sieste pour se reposer. Vers trois heures , il sort pour aller se montrer aux thermes ou faire une promenade à cheval. Il est toujours de retour à cinq heures. Il attend dans sa bibliothèque le repas du soir en lisant quelque ouvrage. Ce repas est plus copieux. Des mets rôtis, des viandes cuites dans leur jus, des légumes forment généralement le menu. Entouré de sa famille , le maître de la maison cause > raconte les nouvelles politiques, se fait lire un ouvrage par un esclave, tâche de réjouir les convives. Nous devons cependant ajouter que le dîner n'était pas toujours aussi intime. Des invitations apportées par des esclaves réunissaient aussi les amis, les relations du maître. La salle à manger était, pour ces jours de fête, garnie de tapisseries représentant des combats, des paysages, les tables couvertes de fleurs. Les convives couronnés, revêtus de tuniques blanches, prenaient place sur des lits de pourpre. Le repas était bruyant , les invités se portaient des santés , proposaient des énigmes , des parasites égayaient par leurs vers, par des bons mots, les convives faciles à s'amuser; des musiciens; des danseuses les récréaient. Au rv* siècle nous trouvons les mêmes besoins dans la noblesse des villes méridionales , les mêmes plaisirs et les mêmes voluptés que chez les Romains de l'empire.
A ne voir que les quelques écrivains aristocratiques de la Gaule , Ausone ,
Sidoine Apollinaire, on pourrait croire, malgré les récits tristes et sombres du
I dernier, que la Gaule a joui d'une prospérité relative. Rîfti;^ l'*f«t plus faiiT. Les
f vices de l'administration se montrent à chaque pas. Pour se rendre compte
I de la désolation de nos contrées il faut étudier pas à pas l'histoire contemporaine
et classer d'une manière chronologique les sources que nous possédons. ïl est nécessaire même, autant qu'on le peut, de n'accepter que des documents relatifs à la Gaule et de voir si nous pouvons nous représenter le processus historique de j celle-ci jusqu'à l'arrivée des barbares» Nous devons aussi séparer le Midi et le I Nord de la Gaule; les motifs de décadence ne furent pas les mêmes. Le premier, à l'abri des invasions, périt victime des vices administratifs; l'autre était déjà, au commencement du iv* siècle, attaqué et ruiné par les hordes germaniques.
Malgré les descriptions données par Sidoine, qui pourraient faire croire à une vie encore brillante, à une prospérité relative, les colonies à cette époque* cachaient une profonde misère. Une noblesse oisive avait, il est vrai, à peu près disparu ; les grandes familles , obligées sans doute de surveiller les travaux des champs , abandonnaient les villes pour vivre à la campagne. V. Lettres de Sidoine Apollinaire, éd. Gollombet, liv. VII, ép. XV-XVIII-XIII ; livre VIII, ép. IV-VI-VIII.
La vie est devenue plus calme , les mœurs plus austères. Les repas sont moins copieux, les convives plus décents. Quelques-uns même se font remarquer par leur attitude sérieuse, les prières récitées pendant le repas. A table même les anecdotes risquées ont fait place aux récits religieux. La lit térature légère de Tempire a disparu. Elle est rempl acée par les Pères^à e l'Eglise. Les évangiles, les vies des saints rapportent déjà beaucoup aux libraires et se propagent. Sulpice Sévère fait connaître l'histoire sainte à ce monde de désœuvrés. Les matrones mêmes lisent des ouvrages pieux et consacrent leur vie à de bonnes œuvres. L'épithète de religiosus apparaît, quand on décrit le portrait moral d'un patricien.
Mais on a la conscience que cette société encore fine et délicate, aux sentiments élevés, qui a reçu l'influence bienfaisante de la religion catholique, va disparaître, qu'elle n'occupe qu'une place secondaire dans la vie du temps; elle se réfugiera de plus en plus dans les monastères, ou désirera les fonctions épiscopales. Déjà nous voyons tout un monde d'évêques recruté dans cette noblesse au \ temps de Sidoine.
Le monde d'alors eut à souffrir beaucoup. On dirait même que Sidoine ait voulu cacher la misère qui sévissait partout. Nous ne trouvons aucun attendrissement vrai, touchant, chez cet évêque façonné par la littérature païenne, tout aristocratique et fort dédaigneux du vulgaire. 11 fai Ulire cntre lesligfies , récolter cà et là dans ses lettres des passages relatifs aux maux'sù&lS pour être convaincu qu'il est complètement d'accord avec les écrivains contemporains qui nous ont parlé des invasions. V. Sidoine, livre IV, lettre 11; IX-V; IX-IX; A , ^
VIII-XV; VI-X ; VII-IX; VII-VI, si intéressante. L'Eglise eut à souffrir beaucoup /tTIVtuUM^ des doctrines arie^ines des barbares : « Nulla in desolatis cura diœcessîbus parochiisque. Videas in ecclesiis aut putres culminum lapsus^ aut palvarum cardi" nibus avulsis , basilicarum aditus hispidorum veprium fruticibus obstructos. Jpaa , proh dolor! videas armenta non modo semipatentibus jacere vestibulis ^ sed etiam herbosa viridaniium altarium latera depasci. Sed jam nec per rusticas solum parochias solitudo , ipsa insuper urbanarum ecclesiarum conventicula rarescunt, » V. ép. VII, liv. VII.
Les villes n'étaient p a s du reste . ^ gargnées. Sedt quod fatendum est^ Prœfatum regem Gothorum , quanquam ait ob virium menta terribilis , non tant romanis mœnibus quam legibus christianis insidiaturum pavesco. Cf. Félix Dahn, Z>i> Kœnige der Germanen. V. Die aussere Gesckichte der Westgothen, Leipsig, 1885, pour le Midi de la Gaule. Pour la ^division des terres , les conquêtes antérieures du
royaume burgonde , cf. Karl Binding, Doê BurgundUch-Romanische Konigreich, Leipsig , 1868. Il a rassemblé tous les passages des auteurs , particulièrement ceux de Sidoine qui parle des conquêtes et des misères subies par les populations. Inutile de les reproduire. Cf. Havet^ Revue hisiorique, 1878 (?) Partage de» terres en Burgondie.
Une certaine activité dans les villes, les beaux monuments qu'elles renfermaient, dissimulaient, sous les restes d'une opulence évanouie, la décadence et la dépopulation. L'art ne produit plus rien , le goût est altéré et tend à disparaître , la science n'est plus cultivée , les nobles s'envoient de petits billets , quelques
(lettres qui montrent la vaine rbétorique de cette époque, pour se relater les événements historiques. (M. Fustel de Goulanges a donné avant nous la description de la vie des nobles du v* siècle. Revue de» Deux-Mondes, août et septembre 1886. Nous avions préparé un travail sur le même sujet et nous nous sommes permis d'ajouter ici et là dans ces dissertations quelques détails omis par le savant historien. Les conclusions, il est vrai, ne sont pas les mêmes.) Partout on voit des signes de décadence , la langue même avait perdu de sa pureté : le latin vidgaire allait triompher.
La connaissance de cette p auvreté explique la vie du moy en-âge , elle nous fait comprendre ce que doit ^ètre l'art de cette époque et ce que nous devons attendre de cette société. Cette dissertation n'a pas d'autre but. Nous sommes . déjà bien loin de la floraison des colonies, du temps où elles élevaient, dési- / reuses d'imiter la ville étemelle , les monuments superbes que nous possédons \j encore, des siècles où les empereurs se montraient bienfaisants pour elles. ! / Aujourd'hui FEtat réclame toujours. L'argent manque partout et il faut élever ^ ' pourtant la capitale de l'Orient, au dépens et aux frais des provinces. Constantin ne recula devant rien, il enleva même les terres qui appartenaient en particulier aux villes. A. Marcellin, XXY» 4. Julien les leur rendit, meus ses successeurs ne furent pas aussi sages. Tout allait à l'encontre de la prospérité des colonies. Le domaine de l'Etat s'élargissait, ses attributions devenaient de plus en plus étendues. Il avait une nombreuse administration sous ses ordres, il devait s'occuper du blé , du soin des pauvres , des jeux , de l'entretien des édifices , de la cour, de tous les services publics. L'armée coûtait beaucoup, l'Eglise ellemême réclamait sans cesse. Celle-ci, devenant de plus en plus nombreuse et très riche en peu de temps , porta un grand préjudice à l'Etat. Aussi voyons-nous les villes ne pouvoir entretenir leurs édifices au milieu du v* siècle. Hegel, op. cit., chapitre III.
Les lois nous les montrent très pauvres et jépeup lées . La ville, avec son domaine, groupant autour d'elle de petites localités, des villages ou viciy des I forteresses ou castella , des maisons de campagne ou villse , formait un tout politique. La noblesse avec ses honneurs , le clergé avec ses privilèges , la curie avec ses charges, les corporations avec leur activité, formaient les principales classes de la cité; les colons, les Ueti et les esclaves, la partie ag^ricole. Les impôts les atteignaient tous , la pauvreté seule en exemptait. Salvien nous montre la classe des non libres devenant de plus en plus nombreuse. Aussi se forma-t-il bien vite un prolétariat. La plèbe, maintenant fort nombreuse, ne put être nourrie aux frais des villes ruinées , une partie émigra aux champs et devint agricole, l'autre resta \ dans la ville. L'importance de la cité tend à disparaître , la conception du village y avec sa vie agricole va triompher. Le prolétariat des villes devint de plus en
plus nombreux, car Tempire romain ne fit rien pour conserver les sujets libres et les préserver du fisc. Il les livra à l'arbitraire d'un puissant et ce ne fut , malheureusement trop tard , qu'à la suite de gaspillages finan<;iers inouïs qu'il nomma un defensor pour surveiller la justice ainsi que les deniers publics. Cette plèbe des villes devint dangereuse , s'allia avec les paysans oppressés et ruinés , et se souleva. C'est autour des villes que se concentra la lutte.
La dépopulation se montre aussi dans les lois sévères contre le célibat, dans les récompenses accordées aux pères de famille ^ dans les latifundia qui se développent et absorbent la petite propriété , dans la disparition des petits propriétaires et dans les fortunes devenant de plus en plus grandes.
L'aristocratie de ces villes resta toujours hautaine et dédaigneuse : un peuple esclave, façonné à l'obéissance passive, travaillait pour elle. Gomme les Curiales f les Poasesêorea, les Honorati formaient l'aristocratie, elle fut très mélangée et quelque peu douteuse. L'empire alors n'avait pas à se montrer difficile. La curie fut considérée comme un châtiment infligé et non comme un honneur. Hegel, op. c, chapitre III. Exil, perte de la liberté, service militaire retraite cachée , tout paraissait préférable. Et pourtant il fallait à l'Etat des membres dont les biens garantissaient les impôts. Il ne recula devant rien. Les ecclésiastiques reconnus indignes, les personnes marquées du fouet, les marchands , les fils non mariés , même nés de l'inceste , ne sont pas indignes d'entrer dans la curie. Ce corps, comme on le voit, avait perdu tout son éclat et son prestige.
Le compie rce de s villes du Midi était aussi en décadence. Quelques villes de la Gaule avaiënfeuSes industries particulières : Fabrication de la laine , du lin , des étoffes tissées à l'aide de ceux-ci , confection des vêtements et surtout des manteaux avec capuchon , ainsi que les pantalons qui devinrent à la mode sous l'empire. Les unes travaillaient le fer, le bois , l'argile. Les autres construisaient les armes , les vaisseaux, forgeaient les métaux. Hugo Blumer, Die gewerbliche Thœtigkeit der Voelher des Klassischen AUerihums. Leipsig , Hirzel , 1869, p. 139- 40-41-42. La fabrication de la pourpre fut importée en Gaule par les derniers empereurs. Nof. Dign. Occid., c. X, p. 49. Narbonne posséda la première un atelier. Stack, Stadtleben und Kunst AUerihums in Frank reich , s. 153. Les produits de luxe disparaissent peu à peu avec la vie élégante d'autrefois.
Le Centre et le Nord, à côté des vices administratifs et de la cupidité des grands, se virent la proie des barbares. Chaque ville fut obligée de combattre séparément, de fermer ses portes et de laisser les Germains ravager ses campagnes. Elle dut organiser un système de défense. A Autun nous trouvons, au temps de Julien , une garnison de soldats laissée dans la ville : « Agens itaque negotiosam hiemem apud oppidum ante dictum inter rumores qui volitabant adsidui comperit Augustodini civitatis antiquœ muros, spatiosi quidem ambitus sed carie vetustatis invalides barbarum impetu repentino insessos, torpente prœsentium militum manu, veteranos concursatione pervigile défendisse... » Am. Marcellin, XVI, II.
Cette misère apportée par les incursions des Barbares fut augmentée aussi par les guerres civiles. Le prolétariat des villes fit cause commune avec les paysans malheureux. Combien grandes étaient alors les souffrances du menu peuple. L'invasion ne fut rien à côté de celles-là. La race s'appauvrissait sous l'effet des privations, la dépopulation augmentait chaque jour, et, malgré la
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misère, les impôts et les redevances étaient toujours exigés avec la même rigueur. Les petits propriétaires avaient disparu» la grande propriété avait absorbé toutes les autres. Les douleurs étaient si cruelles que les paysans se soulevèrent. Ils s'unirent donc avec le prolétariat des villes et leur action se concentra autour de celles-ci. Les villes ne purent se défendre. Esclaves , serfs , colons, fermiers, toute la campagne s'agita dans un même élan de protestation. Preuss, Kaiser Diocletian, p. 25. Ces soulèvements furent appelés Bagaudis. Panéffyr.f II. (Mamertin, Ad Max. H.)^ c. 4 : « Cum arator peditem , cum pastor equiterriy cum hoslem barbarum suorum cultorum ruaiicus uaaiator imitatus eat.» On démolit les temples , brisa les statues , chassa les habitants des villes et les plongea dans la misère.
Les chefs étaient iElianus et Amandus : (rHelianum, Amandumque per Galliam exuta manu agrestium ac latronum quos Bagaudas incols vocant populatio late agris. Aurel. Yict. Gaes. 39. » Bagaude ap. Ducange : troupe, bande. Histoire de la Gaule, A. Thierry, p. 434. Autun fut dévastée et ruinée : « Civitatem istam tum denuncgravissima cladeperculsam quum latrocinio bagaudicœ rebellimis obsessa, auxilium romani principis irrogaret. » Eumène, pro restaurandis ScholiSf 4. Cette insurrection nécessita l'envoi de troupes et la présence d'un empereur. Le fer, la peste, la famine eurent raison de ces pillards; Maximien les soumit. Gomme la misère était toujours la même, des soulèvements partiels, moins dangereux il est vrai, eurent lieu jusqu'à l'arrivée des barbares. Burckhardt, Die Zeit Consiantin*s des grossen, p. 73. Au \* siècle, nous les voyons renaître. Salvien parle longuement a des souffrances endurées par les paysans, les serfs et les colons, des iniquités des riches, de leur égoïsme ». (Monumenta Germanise historica , I , Salvien : De gubernatione DeiJ) V. les pages si intéressantes que nous, ne pouvons ici reproduire sur la fuite chez les barbares des Gallo-Romains ruinés par le fisc et par les grands propriétaires. V. V, p. 69. Des Bagaudes : a Quibus enim aliis rébus Bacaudse facti sunt nisi iniquitatibus nostris, nisi improbitatibus judicum, nisi ëorum proscriptionibus et rapinis qui exactionis publics nomen in qusstus proprii emolumenta verterunt et indictiones tributarias prsedas suas esse fecerunt. ? » Y, YI, p. 60. Gf. YII, page 60 : «( Leniores his hostes quam exactores sunt. Et res ipsa hoc indicat; ad hostes fugiunt, ut vim exactionis évadant. » Gf. les impôts payés par les pauvres : « Adjectiones tributarias ipsi interdum divites faciunt pro quibus pauperes, solvunt. Y- YII, p. 61. Decernunt potentes quod solvant pauperes, decernit gratia divitum, quod pendat turba miserorum; ipsi enim in nuUo sentiunt, quod decernunt,» p. 61. Gf. Y-X, p. 65. Les hommes libres disparaissent déplus en plus. YIII-IX, 62, 63. Misère profonde de la Gaule, nécessité de se réfugier dans les places fortes à cause des barbares : « Nil ergo mirum est, quod vastationes sunt atque excidia civitatum. Y-IX, 63. Ac sicut soient hi qui hostium terrore compulsi ad caslella se conferunt.» YIII, p. 63. La Gaule devient très pauvre. YII- YIII, p. 74. Les dévastations des barbares : a Yastata est diu Gallia,» qui sont amenés par la colère de Dieu, a Et ideo compulsus est criminibus nostris Deus ut hostilis plagas de loco in locum , de urbe in urbem spargeret et excitas pêne ab ultimis terrœ finibus gentes etiam trans mare mitteret qus Afrorum scelera punirent. » YII, XII, 93, 94. Nous ne pouvons donner ici les nombreux passages que nous avons relevés chez cet auteur si intéressant à tous les points de vue et si vrai, malgré l'accent déclamatoire qui ressort de son
ouvrage. Les inyasions ont ea lieu, et les barbares se sont emparés d'une grande partie du sol de la Gaule. Voyons maintenant si les témoignages de Salvien s'accordent avec ceux des autres écriyains. Paul Orose : « Ut inyeniantur... quidam Romani, qui malent inter Barbaros pauperem libertatem quam înter RomanoB tributariam servitutem. » M"* de Lezardière, Théories des lois politiques de la Monarchie française, J. Preuves 267. « Provinciales, egestate victus atque
alimonie inopia laborantes liberos suos vendere cognovimus. » Cod. theod,,
liv. XI, tit. 27, 2. Cf. S. Jérôme ad Rusticum. a Juxta miserias hujus temporis et ubique gladio sœvientes ; satis dîves est qui pane non indiget, nimium potens est qui servire non cogitur. o De nombreux témoignages nous prouvent la fureur des barbares , la désolation portée par ces hordes. Ils dévastent tout et pillent les villes. Grég. de Tours, Degloria martyr., II, chap. 7. Cologne, Trêves, Mayence, sont pillées et deviennent la .proie des barbares. Le Midi eut aussi à souffrir beaucoup. Chronique de Prosper d'Aquitaine, Dom Bouquet, Historiens des Gaules, I. p. 629, p. 632. Sidoine Apollinaire, Dom Bouquet, I, 805. Chronique dldace. Bouquet, I, p. 617. Isidore, Hist, goth., Bouquet, I, 207, 622, 623, 209. M"* de Le zardière , o. c. Preuves 280-201. Pour les conquêtes des Wisigoths et des Burgondes^cf. Félix Dahne, Die Kœnige der Germanen. Y. B., Die Verfastung der Westgothen , I. (Belle bibliographie.) ^
Les Vies des saints et (xrégoire de Tours nous ont laissé les souvenirs des sièges isolés que durent supporter un grand nombre de villes avant de devenir la proie des barbares.
Nous pensons avoir démontré la dépopulation de la Gaule et expliqué la misère des cités , le triomphe de la vie des bourgs. La population du v* et du VI* siècle, malgré les invasions, resta assez faible. Il faudra attendre encore deux ou trois siècles pour la voir augmenter. Partout nous rencontrons les Germains domiciliés , aussi bien dans le s villes du Midi que dans celles du Nord. Les cartulaires de Nîmes, ceux de Marseille, les chartes de la ville de Maguelonne, en jmre iaédi^ es , nous prouvent combien grand fut le nombre des barbares établis dans les cités. Cf. Sohm, Frankisches Recht und Rœmisches Recht. Weimar-Bœhlau , 1880. Les Germains n'arrivèrent pas en Gaule affaiblis; ils eurent à soutenir de grandes luttes, et les procédés des barbares sont partout les mêmes : le m assacre des no^)^e s , la servitude pour les assiégés , la destruction des édifices publics. La Gaule eut à souffrir beaucoup , mais ce qui allégea un peu ses souffrances , ce furent les cessions de territoire que Rome lui avait déjà 1 1 faites. Les agrandissements de ces états naissants furent très préjudiciables et 1 1 ^
très pénibles aux populations indigènes. Nous ne pouvons donc comprendre la * théorie de M. Fustel de Coulanges ; elle ne s'étaye ni sur les faits généraux ni sur les écrivains contemporains. Cf. la réfutation de Monod , Reuue critique , 1878 (?) Nous avons vu avec plaisir, après avoir fait nos propres recherches , que nos vues .s'accordaient entièrement sur ce point avec celles de M. Monod , notre illustre Maître.