‹ Le triomphe de l'église au quatrième siècleChapitre 9 sur 10 · C-vD-w · texte numérisé non relu

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antique recueillies et refoadues. Telle est aussi la raison d'un monde cupide qui fit partager à l'Église les idées de son temps. Elle devint une grande puissance et eut une fortune considérable. Un grave dommage en résulta, mais les lois historiques défendaient le contraire. Ne la rendons pas coupable de la nécessité des temps et ne voyons dans cette conquête, pour ainsi dire, du paganisme qu'une fatalité historique.

L'Église accepta ensuite les divisions de l'administration romaine^ elle lui prit aussi ses idées de hiérarchie bien marquée, un désir d'avoir un graild nombre de fonctionnaires, qui l'empêchèrent de plus en plus de penser aux faibles et aux pauvres, mais cela ne se fit sentir que vers la fin de la première partie du moyen-âge, quand, dans les pays du Nord, le défrichement des terres se trouva terminé.

Si nous avons vu quelle fut l'influence du monde romain sur les idées de l'Église et ce qu'elle fut obligée de subir, nous ne pouvons pas méconnaître la part qu'elle garda encore des anciennes doctrines qu'elle avait reçues. Elle conserva avec soin le droit de faire des miracles, de guérir les malades comme à l'époque apostolique. C'est ce qui assura chez le peuple son pouvoir et son crédit. Comme les apôtres, les évêques, les prêtres avaient le droit de chasser les démons. Nous verrons bientôt que les conversions furent amenées par ceux-ci. Elle développa l'idée du sacrifice et alla jusqu'à l'excès, elle répanc^t la charité et la fit souvent sans réserve. Nous préférons cependant la charité telle qu'elle la conçut au V® siècle. Elle aima l'homme comme autrefois, mais sa conception changea. Si elle le suivit dans tous les actes de sa vie, si elle calma ses frayeurs au lit de mort et l'accompagna jusqu'au tombeau, elle se montra de plus en plus distante; une liturgie récitée et chantée tint lieu de tout discours. Aidée par les invasions, la religion catholique rendit la vie plus

sombre, mais elle chercha ensuite à égayer ce peuple qui désertait un peu ses églises.

Nous voyons que le rêve de Constantin n'a pas été exaucé ; la religion catholique n'apporta aucun soutien à TEmpire chancelant. Elle divisa la société encore plus, et, par ses hérésies, fut divisée elle-même. Nous avons vu qu elle ne put soutenir les idées qu'elle avait sur le monde, lors de la persécution, qu'elle devint de plus une religion d'État et se mondanisa. Son clergé ne fut pas ce qu'il y avait de plus honnête dans la société au iv® siècle et la corruption des mœurs fut aussi bien là que partout ailleurs. Une légende de cette époque nous dit qu'un poison était entré dans l'Église , et la légende n'a pas menti.

L'Église ne pouvait sauver l'Empire, parce qu'elle avait à faire triompher des idées de suprématie, contraires au rétablissement de l'autorité impériale ; elle ne put rien créer pour l'humanité pendant cette époque, parce que les doctrines de ce monde vieilli, la dissolution des mœurs, le désir de paraître, la dureté des grands, l'égoïsme dont elle hérita s'y opposèrent. Mais des temps sombres et tristes apparaissent à l'horizon. Ils lui sont nécessaires. Elle connut dès lors des jours de deuil. Elle se vit menacée quant à son existence, elle fut témoin de la désolation des villes, de la misère qui sévissait partout. Elle ne. resta pas au dessous de sa tâche : le V® siècle fut pour elle un des plus beaux de son histoire. Si l'évêque avait été favorisé par les lois de l'Empire, s'il avait vu son pouvoir s'accroître chaque jour, il éprouva aussi combien par son dévouement sans hHfne^a puissance morale augmenta. Dans notre Gaule désol^^^ pillée, ruinée par ^ l'égoïsme impérial, sans soldats pour être défendue contre les incursions des barbares, chaque ville se vit obligée de combattre isolément, comme elle put. Ce fut alors l'évêque qui se mit à la tête de cette défense héroïque. 11 y eut de

belles âmes dans ce siècle, et on est heureux d*en pouvoir lire les vies, les noms, transmis par de simples cpitaphes. Il est grand de voir les saint Jérôme, les saint Ambroise, les saint Augustin et bien d'autres prélats vendre jusqu'aux ornements de rÉglise pour payer la rançon des prisonniers. Il est beau de voir Tévéque se sacrifier pour son troupeau. Il est doux de le voir enfin affronter la colère des rois pour faire du bien à son peuple. Ce n'est pas sans raison que tous les saints influents de notre Gaule ont été des évêques. Les mœurs mêmes deviennent, avec la misère, plus austères; déjà les hommes se font remarquer par la piété, le zèle pour les lieux saints. L'aristocratie fut animée de sentiments plus larges et plus élevés. Une religion , comme on le voit , ne peut avoir une influence immédiate sur une société qui ne faisait pas partie d'elle-même. Cependant nous ne devons pas exagérer l'action de cette aristocratie sur les Germains .domiciliés en France, en Italie, sur la population indigène. Au moment des invasions, elle n'eut qu'un refuge, ce fut l'Église. Les patriciens, les sénateurs romains, devenus évèques, eurent pendant quelqi^e temps une certaine influence sur les fidèles, mais ne tardèrent pas à disparaître eux aussi, et les prélats choisis alors par la société de cette époque furent loin d'égaler en vertu et en dignité les Sidoine Apollinaire et les Grégoire de Tours. .

NOTES

1. Constantin accorda à l'Eglise de grandes distributions de blé. Voir Ensèbe» Hîat. E., X, 6; Sozomëne, I, c. 8; V, c. 5. Ces distributions étaient encore perçues par elle au v* siècle. E. Lœning, Getchichte des DeiUtchen kirchenrechU, Strasbourg, 1878, 1, p. 221. Elle (ut déliTrée des prestations naturelles, des rede- Tances, des fonctions publiques, Eusëbe, Hiat. E., X, c. 7; des munera sordida, Codex theod., xvi, T. II, c. 10 ; c. 2 : a Qui divino cultui ministeria ReUgionis inpendunt, id est, bi qui Glerici appellantur, ab omnibus omnino muneribns

excaseniur. » Godefroid, tome YI, p. 24. Nombreuses lois dans le code théodosien sar left immunités accordées au clergé qui fut tout de suite assimilé aux prêtres païen»* L*Egl i^e ne fut pa » ^^ii-pi*^y dg ^''T"pfrt f^^iriAr nnna Tannée suiyiuite, on fut obligé de restreindre ces privilèges. Y. Burckardt, Lie Zeit Constantin*» det groasen. Leipsig, 1880, p. 366. Constantin reconnaît le clergé comme une yrpora » tion ^ il peut recevoir des héritages : « Habeat unusquisque licentiam sanctissîmo catbolicœ venerabilique concilio decedens bonorum quod optavit relinquere.» Cod, theod., XYI, T. II, lY, p. 26. On constate aussitôt le mauvais usage de cet argent. Nous voyons dès lors la pr ftaa^'nn dy rlerpé sur les fam illes p our capter l es héritages. Les Pères répétèrent sans cesse aux fidèles de don ner à la samte Eglise et Salvien composa , comme ..le. fait remarquer si j[udicieusement Lœning, un petjt traité pour démontrer la nécessité deToffrande. Il fait aussi 1 observation que, dans cet ouvrage ; il n'est question que des donations au lit de mort Tous ceux qui connaissent le moyen-âge peuvent voir déjà le commencement de ces nombreuses donations que nous trouvons dans les cartulaires. Le chrétien de.Salvien donne pour son salut éternel, pour les fautes passées. La donation fut considérée comme une compensation. Il est nécessaire aussi de remarquer que , dans les œuvres de cette époque et celles du vi* siècle , nous ne trouvons pas la mention des dons des fidèles ; quelques rares offrandes soit en argent, soit en objets précieux déposés SQjT le tombeau du saintQifais à ce moment Iw^tpyyA ^t«if. Ta finaft de Téconomie politique, elle était donnée en offrande. C'est ce qui explique la richesse prodigieuse de TEglise , les biens immenses de Tévêque de Rome. Qu'il nous soit pemuU de dire qu'il serait intéj^^santjde bien connaître l'administration de ces im meases d o maine8,^ eut-être pourrions-nous trouver là la survivance de l'organisatîon <i'uh fisc impérial ; peut-être le capitulai re De villis trouverait-il une explication. Cet état dura longtemps , et ce ne fut qu'à la fin du xiii* siècle que l'Eglise se trouva prise au dépourvu. L'économie politique avait changé et la valeur delà terre avait baissé considérablement. Elle se vit appauvrie et impuissante à continuer ses œuvres monumentales. L'argent ayant remplacé la terre au point de vue économique, elle se vit obligée de trouver un remède qui pût lui permettre de percevoir, comme par le passé, des revenus considérables. Elle créa les in dulgen ces.

De tous côtés s'éleva donc la voix des évêques pour encourager^ donner. S. Augustin, S. Jérôme, Salvien eurent une influence sur les hommes de leur temps. Gode froid (YI, p. 54, 55) a rassemblé un grand nombre de citations des Pères de l'Eglise. Il y eut des abus, des scandales, des héritages captés, des pressions sur les veuves, sur les femmes et les jeunes filles. Yalentinîen I fut obligé de défendre au clergé de visiter les femmes et les veuves, et déclara que toutes les donations faites par elles seraient annulées. « Ecclesiastici aut ex ecclésiasticis vel qui continentium se volunt nomine nuncupari , viduarum ac pupillarum domos non adeant : sed publicis exterminentur Judiciis si posthac eos ad fines earum vel propinqui putaverint deferendos. Censemus etiam ut memorati nihil de ejus mulieris , qui se privatim sub prœtpxtu relig^onis adjunxerint, liberalitate quacunque, vel extremo judicio, possint adipisci et omne in tantum inefficax sit quod alicui horum ab bis fuerit derelictum, ut nec per subjectam personam valeant aliquid, vel donatione, vel testamento percipere. Quin etiam si forte post admonitionem legis nostrs aliquid hisdem eœ feminn, vel donatione, vel extremo judicio, putaverint relinquendum, idfiscus usurpet. Cseterum si

^tef:

eamm , qui volantate percipiant, ad quanim saccesionem yel bona jare civilî Tel Edicti beneficiis adjuvantar capiant at propinqui » (370). Codex th,^ XVI, II, XX. Cette loi reçut quelques modifications. Godefroid, p. 71, Codex theod.f XVI-IJ, 28. L'Eglise, malgré ces lois qui n'ayaient qu'une valeur morale depuis que l'Empire était affaibli et impuissant, continua à acquérir des domaines et à voir cbaque jour son patrimoine devenir de plus en plus important.

2. Un gfrand nombre de païens furent attirés vers l'Eglise par les concessions de Constantin. Il avait exempté le clergé des cbarg«s des décurions^ Mais comme l'Empire avait alors peine à trouver des membres pour la curie , et avait été obligé d'admettre des hommes d'une naissance inférieure (Hegel, Getchichte der iialienitchen Verfastungen , I, chap. II), Constantin se vit forcé de reprendre quelques-unes des concessions faites au clergé qu'il avait assimilé trop vite aux prêtres païens. Il défendit aux décurions d'entrer dans les ordres (330 Codex theod., X, YI, tit II, c. 3), mais il était difiScile de triompher de l'abus. Il fallut répéter plusieurs fois cette défense. L'Eglise se montre déjà assez puissante et obtient quelques tempéraments. Le gouvernement impérial exige alors le consentement de la curie ou l'abandon de la fortune du décurion devenu clerc. Nous pouvons suivre jusqu'à la fin de l'empire ces lois qui deviennent de plus en plus nombreuses et sévères , mais qui indiquent aussi leur impuissance. Dans la pensée de Constantin et de ses successeurs , comme le prouve Loening , le recrutement des prêtres devait se faire dans les classes pauvres, qui seules se consacraient à Dieu. Codex theod., XVI, tit. II, 17 (364). Novell» Valent. , III, tit. III, p. 7. « Plebejos divites ab ecclesis suscipi penitus arcemus. » Lœning, op. c. p. 152. Mais il y eut lutte entre les deux puissances, car il était également nécessaire à l'Eglise d'avoir une aristocratie de pensée et de fortune, si elle ne pouvait avoir celle de vertu. On voit que le système politique de l'Empire, son besoin d'acquérir assez de force pour résister aux Germains , allaient contre celles de l'Eglise. Les empereurs, même les plus catholiques , le comprirent.

3. Au nr* siècle, nous voyons que l'Eglise commença à établir ses fêtes. Ce ne fut pas en un jour qu'elle arriva à son but ; il fallut attendre , voir les besoins de la foule qui entrait, en satisfaire les désirs. L'Eglise catholique ne disposa pas ces cérémoni^ au hasard, elle combina les données historiques avec les usages païens. Elle lutta contre le paganisme avec l'aide de celles-là et contre les grossièretés des barbares, les grands repas, l'ivresse de ceux-ci. A mesure que les églises se multiplient, nous voyons aussi que les institutions se complètent. Aussi trouvons-nous dans les v* et vi* siècles des fêtes plus nombreuses , et le calendrier chrétien est à peu près formé vers la fin du xr siècle. On peat compter pour la France soixante-quinze jours de repos par an. Ces données sont très importantes au point de vue économique.

Nous devons aussi ajouter que ces fêtes ne furent pas instituées sans motif, il y eut des églises élevées, des saints devenus célèbres, des translations de reliques. Dans le calendrier que nous nous proposons de donner ici, nous ne pouvons indiquer que les fêtes générales, celles qui furent acceptées par l'Occident et que l'on rencontre dans les martyrologes. Les fêtes des confesseurs et des martyrs ne peuvent y entrer. Chaque ville fêtait le saint qu'elle s'était choisi sans obliger ses voisines à le recevoir dans son calendrier. Quelques saints célèbres furent pourtant fêtés par tous les fidèles de la même nation. Ce sont les S. Martin,

les S. Martial, les S. Laurent. Les grandes fêtes eurent peu à peu des vigiles. On passait la veille en priant dans les églises. Nous lisons dans les écrivains du y* siècle les mauvais usages dont ces veilles étaient l'occasion. L'Eglise se vit forcée de borner le nombre de ces vigiles et arriva à les retarder jusqu'au matin. Ces fêtes reçurent des octaves. Au huitième jour, en souvenir de la solennité de la fête précédente, le peuple visitait l'église, et l'esclave ne travaillait pas. Pâques, Noël, l'Epiphanie eurent des octaves et des vigiles. S. Justin, au V* siècle, avait déjà ses vigiles avec S. Martin. Nous ne pouvons pas ici décrire la cérémonie intérieure de ces fêtes, la liturgie. Y. notre Culte des saints au vi* siècle y chapitre IV. La fête du saint.

Jfuivier. — 1*' janvier. Circoncision, iv* siècle, fête gallicane pour lutter contre les kalendes de janvier.

6 janv. — Fête de l'Epiphanie. — Caractère de cette fête en Occident. — Les rois Mages. — Festum Magorum stell».

18 janv. — Fête de la Vierge comme sainte (fin v* siècle). C'est une fête toute gallicane. Les fêtes qui se rapportent à l'histoire de la Vierge ne sont que du vii*'8iècle et données par l'Orient.

19 janv. — Fête de la chaire de S. Pierre (fin iv* siècle) en Gaule.

22 février. — Fête de la chaire de S. Pierre à Rome. — La Purification, célébrée à Rome (fin v* siècle). Elle fut instituée par Gelase pour déraciner les usages païens des lustrations qui tombaient en février. On faisait une procession avec cierges. Elles se propagea depuis.

Une fois Pâques fixée , on pouvait tout de suite indiquer le temps du carême.

Le carême ne tolérait pas de fêtes fixes. Aussi voyons-nous que les mois de février et mars ne reçoivent des fêtes qu'avant le carême et après Pâques. Il fut institué au iv* siècle et nous n'en pouvons suivre les traces dans les siècles antérieurs. Les églises le reçurent en le modifiant. De là des difiPérences suivant le degré d'ascétisme de celles-ci. Les monastères du v* siècle agirent beaucoup et eurent sur le temps de TAdvent considéré comme une période de deuil et sur les lorgs jours du carême une réelle influence. Mais il ne faut pas s'étonner si dans les textes nous trouvons que les fidèles l'observaient d'une manière différente. Dans une société religieuse , comme était alors l'Eglise , qui devenait de plus en plus nombreuse, les zélés comme les tièdes abondaient. Quand on se représente ' la société du v* siècle , le mélange des races , la v ie écon omiquejtout agricole , on peut se rendre compte de la s évérité des C onciles. Dans un tel milieu, un peuple fort se développait et il n'est pas étonnant que nous rencontrions dans les documents de cette époque les passions les plus violentes , les haines les plus tenaces. La nourriture était alors la viande, le lait, la chair du cheval, le froment pour le pain, les produits de la chasse. On mangeait copieusement, on buvait de même , les représentations religieuses et poétiques nous ont conservé encore la description de ces grands dîners sans fin. L'Eglise, en face de ce peujle gro ssier, désordonné , fut obligée de sévir ; elle ordonna , elle amenda , elle punit par le jeûne. Ses prescriptions étaient-elles écoutées .' Nous eh doutons , mais de plus en plus la nourriture, change , les légumes , le poisson permis par l'Eglise , les volailles , les belles oies sont autant de lénitifs en quelque sorte destinés à donner le change aux appétits bestiaux des barbares et à les transformer par degrés.

Le carême fut tout d'aJ[)ord en Occident de trois semaines. Dès le v» siècle, nous voyons une tendance à augmenter les jours de jeûne ; il eut cinq semaines.

Maxime de Tarin nous parle des zélés qai commençaieat le jeune le sixième dimanche ayant Pâ^es, le carême comprenait alors 42 jours et 36 jours de jeune, puisque le chrétien ne devait pas jeûner le dimanche. Cette habitude se continue jusqu'au ti* siècle.

La semaine sainte était la grande semaine. Le premier et le quatrième jour étaient les plus considérés après le dimanche de Pâques. Le Jeudi saint surtout était le jour consacré à la bénédiction des saintes huiles , le baptême était administré alors , et les pénitents se réconciliaient. A Pâques , grande fête de réjouissance. L'empereur distribuait de l'argent , des prisonniers étaient graciés , tout le peuple chrétien était en joie.

25 mars. — La Résurrection de Jésus-Christ, v* siècle fin, fête gallicane. La fête de la Pentecôte était toujours célébrée quarante jours après Pâques. 3 mai. — Invention de la Sainte-Croix , iv* siècle.

19 mai. — Ascension, vi« siècle.

24 juin. -* Fête de la naissance de S. Jean-Baptiste, y* siècle.

29 juin. — Fête de S. Pierre et de S. Paul , Vf siècle,

!•' août. — S. Pierre aux liens et les Maccabées, v* siècle.

29 septembre. — S. Michel , v* siècle.

Décembre 25. — Noël , fête de la naissance du Christ. On sait aajoard'hai Tidée qui a fait placer la naissance du Christ à cette date. Elle n'avait pas été donnée par les Evangiles et on pouvait librement l'instituer dans un mois quelconque. On la plaça, au rv* siècle, le jour même de la fête de Mithra^, pour pouvoir lutter contre cette divinité qui fut toujours le terrible adverscdre du Christ et qui «ut une grande influence sur les esprits de cette époque.

26 décembre. — S. Etienne, vi* siècle,

27 décembre. — S. Jean et S. Jacques, fils de Zébédée, nr* siècle.

28 décembre. — Fête des Innocents.

30 décembre. — S. André.

Dans ce petit calendrier, nous n'avons pas mis les fêtes locales , celles qu'on célébrait pour les grandes calamités , pour remercier la divinité de sa bonté , pour demander la pluie ; nous n'avons fait aucune mention des Rogations , des fêtes de bon avènement , ni de celles pour les consécrations d'évêques.

Il est nécessaire aussi d'ajouter les dimanches de chaque semaine. On ne devait pas travailler ce jour-là, mais cette défense ne fut pas observée tout de suite. Le païen nouvellement converti est tout troublé, il conserve les vieilles* habitudes, il fête Jupiter le jeudi, il oublie de fêter le Seigneur le dimanche. Un grand nombre de légendes, qui n'avaient que l'intérêt d'efifrayer les consciences rebelles, nous sont encore conservées. Elles nous montrent, avec les récits de Grégoire de Tours, combien il était difficile d'imposer aux populations agricoles un repos absolu. Le saint se montrait inflexible et punissait sévèrement cet oubli.

1. Dès le m* siècle, les Gnostiques de Syrie célébraient , le 6 et le 7 Janvier, la réanion da terrestre et du céleste en Jésus-Christ. En remémorant le baptême de celui-ci , l'église orthodoxe adopta cette date et cette commémoration , jusqu'à ce que l'éyeque de Rome , au it* siècle , les reportât au 25 déc. Dans l'église d'Orient , cela n'eut lieu qu'au vi« siècle , et le 6 janvier resta une fête solennelle, que l'Occident ne connut plus. Le 6 janvier fut seulement dans la liturgie le jour de l'adoration des mages. Pour les raisons qui ont fait, adopter la date du 25 décembre, v. Alt, Chrittl. Cultus, II, p. 40, et pour l'eus, de ces détails, Wilken, Gesehichte der geistlichen Spiele in Deutschland, p. 1 et 2. En Allemagne, on ne compta de la sorte qu'au ix« siècle. Cf. Rettberg, Kirckengeseh. DeutsehL II, 790. Dooc le 35 déc. ne Ait adopté que par une partie de l'Ocoident avant l« vi* sièele.

A part nos recherches, cf. Aagnsti, Handhuch der Ckristlichen Archseohgte. Leipsig, 1836. — Binterim (sans tfop grande valeur pour ces époques antérieures , intéressant pour les temps postérieurs et surtout pour les usages liturg^cpies), Die vorzûglichslen Denhwurdigkeiten der katholitchen Kirche. Mainz, 1837. Kraus y Real-Encyclopœdie. Art. Feste. Cet article assez savant gagnerait beaucoup à ce que les fêtes fussent classées chronologiquement. — Smith, Dict.of ChrUtian Antiquittes, London, John Murray, 1880, a un article insignifiant et sans importance. — L'abhé Duchesne : Les martyrologes et les fêtes chrétiennes. Cours professé à l'Institut catholique de Paris. Nous ne saurions rendre ici un hommage trop grand aux recherches et aux idées , toujours exposées avec clarté et méthode , du savant professeur. C'est grâce à ses conseils et à ses leçons que nous avons pu nous initier aux études de la liturgie catholique. MM. Monod et Duchesne ont été nos seuls vrais Maîtres, et nous n'oublierons jamais le dévouement, les secours intellectuels qu'ils nous ont prodigués.

4. Nous avons des détails sur la vie du clergé par les lettres de S. Jérôme, v Amédée Thierry, S. Jérôme , a profité de différents passages où ce dernier! parle de son séjour à Rome. Il peint la vie du clergé {op. cit., pages 12, V"*--^^^ 13, 14, 15.) Mauvaises mœu rs du bas^ eigéj des ooncubines, sous les noms j ^\^ de Sœurs agapètes ou de femmes sous-introduites , se livraient avec les *, ^*^ , clercs k une vie de débauche. S. Jérôme, Ep,, 18, Ep. 93. Ammien Marcellin \ peint avec un grand mépris la vie d'un évéque romain, les élections trou- | a ^^Vv. blées, les luttes sanglantes, les cadavres laissés dans les églises, liv. XXYII, | chap. III. En parlant de l'évèque lui-même, il ajoute : « Neque ego abnuo, i ostentationem rerum considerans urbanarum, hujus reî cupidos ob impe- ( trandum, quod adpetunt omni contentione laterum jurgari debere : cum id ^ adepti, futuri sunt ita securi, ut ditentur oblationibus matronisLrum, procedantque \ vehiculis insidentes, circumspecte vestiti, epulas curantes profusas, adeo ut / eorum convivia regales superent mensas. » Il fait Téloge aussi de certains évêques sf de province : « Qui esse poterant beati rêvera, si magnitudine urbis despecta, quam vitiis opponunt, ad imilationem antistitum quorumdam provincialium , viverent : quos tenuitas edendi potandique parcissime , vilitas etiam indumentorum, et supercilia humum spectantia , perpetuo numini verisque ejus cultoribus ut puros commendant et verecundos. » S. Jérôme» en voyant cet abaissement , les

/lois sévères contre les captations , la licence des clercs , s'écrie : « Nec de lege A. conqueror sed doleo cur meruerimus hanc legem. » Hieron., Ep., 34. En Orient, mêmes abus. Amédée Thifii^, S. Jean Chrysostôme, livre I. Aussi la fonctioi d'évéque à Rome était-elle enviée. On connaît fê^înot de Prstestatus , pontife de Vesta, à Damase : « Faites-moi évéque de Rome et je me fais chrétien. » Ep., 38, S. Jérôme.

Le clergé imitait son chef supérieur. Les diacres portaient des anneaux d'or aux doigts, ils faisaient les courtisans, parfumés et frisés. Amédée Thierry, S. Jérôme, I, p. 12. Lettres 18 et 93 de S. Jérôme.

5. Nous avons à considérer deux époques, le iw* et le y* siècle. Au y*, nous avons un réel progrès dans le recrutement. Tout d'abord on avait établi une hiérarchie, des degrés inférieurs. Ces fonctions furent tenues par un clergé assez ignorant, mais les charges plus élevées exigeaient un certain degré de culture. L'état de l'Eglise au iv* siècle ne permit pas de choisir; aussi voyons-nous les Conciles,

Iles Papes, statuer à cet effet. A l'époque de S. Jérôme, TEglise était composée de gens d'une condition très inférieure. Le Concile de Nicée , c. 2, ordonne que les baptisés ne reçoivent pas aussitôt leur éyêché. Les constitutions apostoliques veulent admettre le fait s'il arrive par grâce divine. Lœning fait remarquer qu'on s'était réservé ici une porte de sortie. Même défense au Concile de Sardique. Malgré les ordonnances des synodes, malgré les prescriptions des Papes, Tévêché était souvent abandonné à un chrétien de la veille qui n'avait eu en vue que la fonction. Les plaintes du pape Zosime nous montrent qu'encore l'Eglise n'avait pu former un état-major bien chrétien.

I Au V* siècle nous constatons bien des progrès. Les temps favorisaient l'Eglise. A cette époque, les évêchés sont occupés par des hommes qui ont passé leur vie au monastère. En Gaule, Lerins en fournit beaucoup. Savants, très chrétiens, ils remplissent ces fonctions avec zèle et dignité. De hauts fonctionnaires, dégoûtés des affaires publiques, amenés sur le tard à la doctrine chrétienne, tout païens encore , mais lettrés et hommes de goût , forment une seconde catégorie d'évêques qui ne se montrent pas inférieurs aux premiers. Inutile de dire qu'il y avait touf jours ceux qui arrivaient par brigue et par corruption. Fauriel , Histoire littéraire \^ de Ut Gaule méridionale , I, 402; Lœning, op. cit. y 122. Les élections étaient très difficiles. Elles donnaient lieu , nous l'avons vu , à des scènes fort regrettables ; aussi était-il nécessaire de les éviter. Mille précautions ont été prises par les Conciles. Il fallait bien souvent l'intervention de l'empereur. Un miracle quelque- / fois mettait d'accord les partis opposés : Dieu lui-même choisissait son ministre. Nous possédons de nombreuses légendes. Fabien, S. Ambroise, furent nommés ainsi. Grégoire de Tours raconte encore que des possédés annonçaient la voix de Dieu.

L 6. Recrutement des prêtres et des ordres mineurs. — Les ordres mineurs

I étaient recrutés parmi les basses classes , le prêtre forme le dernier degré de la

I hiérarchie ^supérieure qui se sépare de plus en plus de l 'autre. Ce que voulut

I l'Eglise et ce à quoi elle a toujours visé, ce fut de grouper autour d'elle un petit

monde de fonctionnaires qui poursuivissent avec une ténacité invincible les

mêmes intérêts, le même but. Aussi remarquons-nous qu'à mesure que l'Etat

diminue, ce lle-ci an fj'mente. qu'elle lui prend toutes les familles riches qui

auraient pu encore le soutenir et qu'elle reste après la tempête , elle , aristocratie

romaine , seule maîtresse des barbares et des classes inférieures de la population

indigène. Pour arriver à ces fins, il fallait isoler le clergé, le séparer du monde,

le détacher des liens de la société. Le mariage même était contraire à cela. Le

prêtre marié était encore trop homme , et connaissait les mêmes intérêts que les

autres membres de la société. L'Eglise catholique va faire triompher le célibat.

Mais il s'écoula encore quelques siècles avant qu'elle y réussit.

Au IV* siècle, l'Eglise n'était pas exigeante. Les règles qu'elle posa étaient souvent violées, car les temps, les conversions nombreuses qu'on d ésirait ne permettaient pas une trop grande sévérfté. Elle demandait que ses prêtres fussent sans défaut corporel , sans maladie grave , exigeait une certaine culture pour le clergé supérieur; elle ne prescrivait aucune limite d'âge, enfants, vieillards pouvaient entrer dans les ordres. Il y eut des lois sévères pour les parents qui faisaient entrer leurs enfants dans les ordres. Novellx Maj'oriani, tit. XI. Le baptême était obligatoire, ainsi que les bonnes moeurs. Thomassin, Discipline de V Eglise, I, II, ch. VIII, donne les textes.

Les éyèqaes , les clercs cpii n'étaient pas instruits ne devaient pas être refusés , I car nous Toyons des prélats qui ne savaien t pas signe r. Mansi, YI, p. 927. Y. Lœnîng-, op, e.^ 138. Elle exigeait aussi la liberté, mais cette prescription d'ordre était souvent méconnue; des esclaves devenaient prêtres.

Le Nouveau Testament donna l'âge de la consécration. Le Christ commença à enseigner à trente ans, l'Eglise accepta cet âge pour l'ordination du prêtre; avant de l'avoir atteint, on dev'aiTriêster dans les ordres inférieurs.

Le clergé était encore à demi chr étien ; il ne consacrait pas entièrement sa vie à Dieu. Il est marchan d . trafique à côté de ses fonctions saintes. L'Eglise chercha peu à peu à lui faire abandonner ces occupations qui l'empêchaient de i penser à de plus élevées. Concile d'Elvire , 306, c. 19. Sulpicus Severus, Ckronic, i I, 23. C'est pour cette raison que nous voyons les empereurs exempter le clergé des i impôts de d ouan es. Au v* siècle, Concile de Tours, c. 3. Cet état de choses se • maintient (460). Ce fut Yalentinien III (452) qui leur défe ndit de faireje c om- # merce. Mais on rencontre ici et là des textes qui montrent encore cette vieille l habitude.

7. Au moment de la conquête romaine, la Gaule était divisée en trois parties, qui avaient une langue propre. Les commentaires de César nous démontrent une civilisation très grossière, très barbare. Aucune ville, des villages, des places fortes qui n'étaient que des lieux de refuge , des œdificia ou maisons de campagne avec des locaux pour une grande culture. Couverte de forêts, la Gaule n'était pas beaucoup cultivée. Les Gaulois n'aimaient pas Tagriculture , et étaient encore à ce degré de civilisation où l'homme lui préfère l'élevage du bétail et les produits de la chasse. A quel degré, au point de vue agricole, les Gaulois étaient-ils arrivés ? La guerre chez ces peuplades était quotidienne. Comment fontionnait le viens, ses habitants étaient-ils propriétaires? Recevaient-ils un lot de terre à cultiver? César se tait sur ces points et parle longuement des grands propriétaires et de l'immense plèbe. Aristocratie foncière, aristocratie religieuse, menu peuple, telles sont pour lui les différentes classes de la population qui était en décadence. Mais il peut y avoir de l'exagération, et il serait intéressant de savoir comment était le village celtique, le viens, car nous trouverions peut-être encore des traces de sa conservation jusqu'à l'arrivée des Germains. Les institutions des Celtes et des Germains étaient les mêmes. Le gau formait la division territoriale comme chez ceux-ci et groupait les vici. Si la conquête romaine transforma en grande partie le midi de la Gaule , elle dut laisser sans trop le modifier le reste du pays. Cf. pour l'établissement des colonies romaines , F. Seebohm : Die englitche Dorfgemeinde. Heidelberg , 1885, pour les villages celtiques ; les rares indications dans l'ouvrage de Z. Erhardt , jElteste germaniache Staatenbildung, Leipsig, 1879; pour les villages allemands, cf. l'ouvrage de M. Lamprecht, notre Maître : Deutsches Wirthchaftsleben in Miitelaller. Leipsig, 1886. Elle créa ses colonies, installa ses vétérans, favorisa les commerçants italiens qui voulaient s'enrichir. Les Italiens ont toujours montré leurs sympathies pour le midi de la Gaule , ils venaient souvent l'habiter. Les colonies romaines comme Lyon, Narbonne, Nîmes, furent des villes toutes romaines. Nous y voyons aussitôt le même luxe, les mêmes désirs, le goût des livres , les mêmes besoins. Nous ne pouvons nous imaginer qu'en si peu de temps on ait pu transformer une nation et, connaissant le degré de civilisation où étaient 'alors les Gaulois, nous pensons, ce que prouvent du reste les textes, que ces villes sont

des créations saperficielles , ne faisant pas partie dix sol gaulois. Zenodore n'est pas un artiste gallo-romain , comme le reconnaît M* Fnstel de Goalang«s. Il était déjà fort célèbre, et non issu de l'obscur oppidum des Aryennes. Plme^ éd. Littré (F.. Didot), XXXIY, 18, 6 : « Verum omnem ampHtudinem statuarum ejus generis vicit letate nostra Zenodorus, Mercnrio facto in cÎTitate Gallis Arvernis, etc. Pour la littérature après la concpiéte, il faut distinguer les auteurs appartenant aux familles italiennes venues en Gaule. Rome ne fit rien dans l'intérêt des Gaulois, elle les conquit, les épuisa par de longues attacpies ( « defessam tôt adyersis prsliis Galliam , » YIII , L , Commentaires de César) et voulut ensuite tirer profit de sa partie inférieure qui ressemblait par son climat à l'Italie, à l'abri comme elle des incursions des barbares et, partant, offrant un vaste champ d'exploitation aux habitants de la péninsule. La conquête ne fut donc pas profitable aux habitants, elle fut aussi désastreuse pour les pauvres. Les nobles eux-mêmes vont venir dans les villes vivre à la romaine , et tout un monde va travailler et pour les Romains et pour cette aristocratie.

Tout d'abord les Gaulois eurent une grande répugnance à habiter les villes. Les Germains, au moment de la conquête , partageront les mêmes idées et resteront hors des enceintes. Que de Gaulois durent fuir pour échapper à cette domination I « Bellicosissimis gentibus devictis , Gssar quum videret nullam jam esse civitatem quœ bellum pararet quo sibi resisteret^ sed nonnulot ex oppidie demigrare, ex agpris diffugere, ad prœsens imperium evitandum.» César, YIII, XXIY. On voit combien la Gaule était encore loin de vouloir la domination romaine : a Quum omnibus Gallis notum sciret , reliquam esse unam œstatem su» provinciae, quam si sustinere potuissent, nullum ultra periculum vererentur. » XXXIX, livr. YIII, César. Nous devons passer sons silence les soulèvements dont parle Tacite.

Les villes romaines semblent avoir prospéré. Les grands monuments l'attestent. Les cités s'étendent au loin dans la Narbonnaise , Nîmes , Narbonne avec son vaste territoire , Bordeaux avec son plan étendu , Lyon deux fois bâtie

fet sortant toujours magnifique de ses cendres. La misère ne se fit sentir qu'au III* siècle et augmenta alors de plus en plus. A mmie n Marce llin nous atteste déjà d'une manière irréfutable l'état déplorable de lai uaule. L'état économique des Gaulois ne permettait pas la prospérité de ces villes , elles eurent un éclat factice, ,' et les beaux monuments qu'elles renferment ne peuvent pas nous donner la preuve de leur richesse. Elles sont là, au milieu d'un peuple encore très peu agricole, peu habile à la culture de la terre, élevées par des Romains, ornées par la magnificence des empereurs et des hauts fonctionnaires. Elles ont détruit tout un système politique , elles sont venues briser ou tout au moins arrêter un processus pour lequel elles n'étaient pas nées. Le centre politique à l'époque de la conquête n'était pas la ville.

La propriété au iv* siècle était accablée d'impôts : a Dumque per inducias licet negotiosas et brèves serumnosis possessorum dannis. » Marcellin, XYII-III. Elle était ouverte aux barbares. On les voit même à Sens où Julien les poursuit, XYI-IY. Yoir la peine qu'il a pour ravitailler ses troupes. La Gaule était alors misérable : « Extrema penuria Gallis , » XVI, Y.

Nous voyons que l'action se concentre à partir de Lyon. Le midi reste assez calme à Tabri des invasions qui pourtant ne tarderont pas à venir. Les Germains sont à Autun qu'ils ravagent (XYI, II) , ils vont à Auxerre, de là à Troyes.

Nous assistons ici à un triste spectacle. Cette ville se voit réduite à ses propres forces et Rome l'a laissée sans instruction militaire , à la merci des barbares. Elle ne peut quô fermer ses portes devant eux. Partout dans ces centres les Germains ravagent , pillent et détruisent.

Ils possédaient déjà une immense étendue de la France à l'arrivée de Julien,, XV-XI.

Ammien Marcellin noqs a donné la manière de procéder de ceux-ci : o Nullo retinente ad intemecionem barbaris vastantibus universa. » Toute la partie de Strasbourg à Mayence leur appartenait déjà. Cologne est saccagée. Voir XXI-IY; XX-YII. Les voilà maintenant à Lyon. Elle ferme ses portes, ils pillent les environs. Ammien Marcellin , XVI-XI, et pour Vienne, XYI-XII : « Quidquid extra oppidum potuit inveniri vastassent. »

Nous pouvons déjà voir les souffrances qu'endurent le centre et l'est de la Gaule; -quant aux mis ères intérieure s de ces colonies, v, Hegel, Geschichte der italenischen Verfaasungen. Nous assistons maintenant aux préludes des invasions. Et au milieu de toutes ces misères, Rome réoJftn (iai^; tonjonyg des impôt s : « Egenis hominibus extorquere. » Peu lui importait la misère. Il faut un empereur comme Julien qui se montre touché de -compassion et qui cherche à faire du bien à cette contrée : « Quod primitus partes eas ingressus , pro capitibus singulis tributi nomine vicenos quinos aureos reperit flagitari, discedens vero septenos tantum , munera universa complentes. Denique id eum adusque imperii finem et vitse scimus utiliter observasse, ne per indulgentias quas adpellant, tributarîœ rei concederet reliqua. Norat enim, hoc facto se aliquid locuplétibus additurum, cum constet ubique pauperes inter ipsa dictorum exordia solvere universa sine laxamento compelli. » XYI-Y. A. Marcellin.

Yoir la lettre de Julien à l'empereur : « Hoc sane sine uUa dubitatione firmaverim : tirones ad peregfrina et longinqua Galli mittere , diuturna perturbatione casibusque vexati gravissimis, nec sponte tua poterunt, nec coacti, ne consumpta penitus juventute , ut adfliguntur prsterita recordantes , ita desperatione pereant impendentium. Nec Parthicis gentibus opponenda auxilia hinc acciri conveniet, cum adhuc nec barbarici sint ^mpetus interclusi, et (si dici quod verum est pateris) hœ provinciœ malis jactatœ continuis, externis indigeant adjumentis et fortibus. » A. M. XX, YIII. Nous voyons que les efforts de Julien n'avaient fait que retarder les désastres que la Gaule devait subir. Lorsque Yalentinien veut partir pour l'Illyrie aussi dévastée, son conseil le retient, il donne pour motif: « Dein vicinorum Galliis regum immanitatem, maxime omnium Macriani ut formidati tune prœtendentes , quem constabat impacatum relictum , etiam ipsa urbium mœnia tentaturum. » A. M., XXX-IU.

Une grande dépopulation de la Gaule est manifeste. Les villes qui ont été obligées de s'entourer de murailles pour pouvoir se défendre se sont rétrécies. On n'a rien épargné pour faire les remparts, tombeaux, pierres couvertes d'inscriptions, tout a servi.

Le IV* siècle vit s'élever un grand nombre de villes fortifiées , car on sentait de tous côtés le danger. L'enceinte était fort grande par rapport à la population enfermée. Autun avait, dit A. Mareellin, « muros, spatiosi quidem ambitus sed carie vetustatis invalidos. » Nous connaissons les plans de Bordeaux, de Narbonne, de Nîmes, au rv* siècle, et on peut voir combien la ville s'est rétrécie. On devait laisser un grand espace consacré à l'agriculture dans ces enceintes, car

« cette époque la guerre n'était pas ausn meurtrière et ce n'était que par la famine qu'on prenait les TÎlles. Les cartnlaires du midi de la France mentionnent les terres comprises dans l'intérienr de la rille. Proriennent-elles des temps anciens ou des nonyeaox rétrécissements de celle-ci ? Nous ne pouvons encore le dire.

De grands espaces rides existaient en France. Delà s'explique le facile mélange

des barbares et des Gallo-Romains. La conquête aurait été un fait historique

impossible sans cette énorme dépopulation. Y. Gaupp, Die germanUehen Nieder-

lastungen und LandtkeiUuigen, 1845. Pour la misère en Italie, Toir Hegel, op. c,

chap. III et rV. Muratori a montré combien l'Italie était inculte , Antiçuftates

I italicx medii sévi, 1739, YII, s. 147. Nous ponrsuiyrons cette étude dans les notes

^ du chapitre III. Dans ces recherches , le point capital est la méthode chronolo-

^ giquc. Nous avons tu Ammien Marcellin, nous allons voir maintenant si la

Gaule , après lui , a prospéré ou si elle a été plus malheureuse.

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