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Le triomphe de l'Évangile

Avant qu'une fauss(; ]ílúIosopliic eût confondu toutes les idées , essayé de détruire tous les principes , de renverser toutes les vérités pour ouvrir la carrière à toutes les erreurs , et par une suite nécessaire , à tous les vices, il suffisait au plus ^land nombre de connaître les dogmes de la relii^ion, dV'ludier ses préceptes, d"y conformer sa conduite, d'a^^ir enfin dans la simplicité de la foi; mais, dans le malheureux siècle où nous vivons, cette connaissance superficielle de la religion ne saurait suffire. Entouré, dans toutes les classes de la société , d'ennemis qui ne cessent d'attaquer , il faut que le chrétien sache se défendre , et conserver la pureté de sa foi au milieu des dangers de tous les genres. L'instruction première cju'ou donne à l'enfance n'est pas assez nourrie pour tenir contre ce débordement de discoiu's inqiies et blasphématoires , dont les oreilles sont continuellement frappées ; contre le poison de ces livres infâmes que l'impiété a trouvé le moyen de répandre partout. Il ne suffit plus de connaître les dogmes sacrés de la religion ; il faut connaître aussi les ])reuves sur lesfjuelles ils sont appuyés , les bases solides sur lesquelles repose cet édifice inébianlable ; il faut pouvoir embrasser ce merveilleux ensemble , ce tout admirable qui lie le dogme à la morale et la morale au bonheur; il faut étudier les rapports qui unissent l'homme à la divinité, rap|)orts si doux et si consolants, seule source de la félicité de f homme sur la terre , afin que l'esprit , étant bien convaincu , et le cœur pénétré , on puisse opposer un mur d'airain à ce torrent dévastateur qui menace de tout engloutir.

Tj AVERTISSEMENT.

Sans doute , un grand nombre d'apologistes de la relio'ion ont mille fois réduit en poudre tous les vains sophlsmes (le l'impie et montré à l'univers sa nudité ; et si la religion a "émi , en voyant des productions monstrueuses paraître sous une infinité de formes différentes, elle a été consolée, en voyant ses nombreux défenseurs soutenir ses dogmes avec toute la force de l'éloquence et de la vérité. Mais- la plupart de ces savants écrits deviennent inutiles à ceux pour lesquels ils ont été faits. Qui pourrait lire, dans un siècle aussi frivole que le nôtre , une dissertation sérieuse sur la reljgion ? Quel est le jeune homme qui voudra sacrifier un instant de plaisir à une instruction sui' la nécessité de laquelle il cherche à s'aveugler ? Il faut donc un livre qui unisse l'agrément à l'utilllé , qui intéresse, qui attache , qui pique la curiosité , dont l'intérêt aille toujours croissant , dont toutes les parties se rattachent avec méthode , mais sans monotonie , afin que le jeune homme qui commence à sentir sa force, et qui a besoin d'être éclairé pour résister à l'entraînement de l'exemple et de ses propres j^assions , puisse mesurei' d'un coup - d'œil l'abîme où conduisent de fausses doctrines , et le port où il sera à l'abri des tempêtes. Le triomphe de l'évangile du célèbre Olavidès , nous a semblé remplir toutes ces conditions : il est écrit avec force , plein de sentiments chrétiens , et renferme de gramlcs beautés. L'auteur , incrédule d'abord , ne revint à la religion qu'après avoir solidement étudié les preuves du christianisme. Aussi cette partie de son ouvrage est -elle pleine de profondeur et de force. Heureux ensuite dans la pratique de cette religion sainte, il voulut contribuer au bonheur de ses semblables en dépeignant cette félicité si douce qu'il goûtait lui-même , il prend le philosophe dans le sein de l'incrédulité, écoute toutes ses difficultés , tous ses doutes , les détruit , l'amène à ce pas si difficile de la conversion , l'instruit, lui découvre les admirables beautés de la rehgion , lui fait goûter le bonheur le ])lus pur dans le sein de sa famille , le rend une seconde Providence pour les malheureux, nous le

AVERTISSEMEN r.

montre eniîii coulant les (loiiccui's <la la ])aix sur son Ht (le morl , et allaiil joiiir de la r/coninense «'icincllc. Mais loiil est ])lein de ^ le cl d Oik lion ; les scènes se succèdent et ramènent toujours quel([Me chose d'inattendu : il iii'ilruit, il j)énèlie, il est loucliani , fort, véhément, et satisfait enlin pliinemeiit Tespril el le cœur. Aussi, le succès dice li\rc a-l-il t''l(' [)i()(lipi('u\ : liuil l'ililious ont vlr l'aile-, dans h's di'ux premières années; il a été traduit en italien, en Iraneais , et('. (j'esl celt<; dernièn.* tradncliiju (jue n()U'^ avons cru devoir donner de nouveau au j)ul)lic , non pas telle cependant qu'elle a piuu en 1805; on a icprocli»'avec raison à Tauteur trop de dillusion, d/Îaut assez ordinau'c aux auteurs espai^nols : l'ouvrage d'ailleurs reidérjuait plusieurs plans deveinis ahsolument im])ratica])Ies ; on les a retranchés; et, sans rien ôter h la substance de l'ouvrage, on l'a rcss(M'ré dans les parties qui paraissaient Xvoyi diffuses, et où Ijutérél semblait languu' : nous crovons que l'ouvrage n'a pu qu'v gagner ; il a ])]us de l'apidité et par conséquent plus de force. Quelques additions ont été faites dans les endroits où on les a jugées nécessaires. Enfin , on n'a rien négligé de tout ce qui pouvait rendre cet ouvrage ])lus utile et ])lus agréable au lecteur.

Des évènenienls aussi tristes qu'inévitables m'avaient conduit on plutôt enlrainé en France. Je me trouvais à Paris dans l'année 1789 , et je vis naître l'effrayante révolution qui , en peu de temps , mit à deux doigts de sa perle l'un des plus riches et des plus puissants royaumes de l'Europe. Je fus témoin des premiers événements désastreux qui marquèrent ses commencements , et voyant que chaque jour les passions prenaient un plus grand essor, et présageaient les malheurs les plus funestes, je me retirai dans un lieu peu habité.

Je cherchais tout à la fois à m'épargner la vue de ces terribles objets , et à me soustraire aux dangers des événements ; mon intention était de vivre ignoré , de repasser , dans l'amertume de mon cœur , le temps passé de ma vie , et de m'occuper de réternilé. Hélas , la discorde , le désordre et l'agitation régnaient jusque dans les lieux les plus déserts 5 il n'existait plus d'asile pour la paix de l'ûme.

Malgré les distances , malgré mon éloignement , mon cœur était continuellement déchiré. De funesles nouvelles se répandaient et se multipliaient avec une rapidité qui allait toujours en croissant. Les courriers se succédaient sans cesse , et n'apportaient que de nouveaux motifs d'étonnement et de douleur.

On n'entendait plus parler que de séditions , d'incendies , de dévastations et de meurtres continuels , dont la France entière était devenue le théâtre. De nouveaux décrets bouleversaient sans cesse l'état , et détruisaient rapidement les établissements les plus utiles et les plus respectables. Nous pleurions la mort tragique du roi et de sa famille infortunée , ainsi que celle d'une multitude de victimes illustres et innocentes , dignes d'un sort moins malheureux.

L'abandon imprévu , et l'abolition subite et entière de la religion et de son culte , mirent le comble h tant d'horreurs. Un jour , sans ordre et par un mouvement populaire suscité par quelques impies , je vis le temple où nous avions si souvent versé des larmes de componction et d'amour aux pieds de Jásus-Chrisl , l'Eglise où nous célébrions tous les jours les saints mystères , se transformer

PKiU'ACE. IX

en un templo profane , sous le nom du Temple de la Hnison.

Ce speclacle lionleux. et ilécliiianl n'était que la re()(;tilion i\o. ce qu'on voyait partout. Dans te jour fatal , les autels de la France furent dépouillés avec violent' des slatties des saints , et consacrés aux idoles. Mural et Pelletier occupèrent les lieux d'où l'on venait d'expulser saint Pierre et saint Paul. Le Dieu des cliréliens et ses ministres furent chassés de cette enceinte sacrée ; et aux hymnes reliiiieux consacrés au Dieu des armées , on substitua des cantiíjues profanes et de lubriíjues chansons La maison

de la prière devint tout-à-coup le théütre dégoûtant des fêtes les plus sacrilèges et les plus obscènes.

Qui aurait pu croire ipiune des nations les plus éclairées de l'univers verrait s'opérer dans son sein un bouleversement si horrible ; qu'elle renfermai un si grand nombre de personnes , qui à la voix de <|uel(pies incrédules , se porteraient avec une si grande fureur au dernier période de l'iniquité ; que la masse du peuple la plus nonibreuse et la moins corrompue verrait avec indifférence outrager une religion antique et sainte , que leurs pères avaient suivie pendant tant de siècles? On a peine à se le persuader ; et cependant le mouvement fut si violent et si général, que le grand nombre d'âmes pieuses (jui déploraient en secret ces insultes sacrilèges , ne purent rien opposer à ce torrent de dépravation.

Il était aisé de reconnaître que la funeste influence des philosophes modernes avait amené ce désordre. Depuis longlemp»; la licence de leurs écrits avait multiplié leurs sectaires à l'inlini , principalement dans la classe de ceux qui , d'après leur fortune et leur éducation , cherchaient à vivre au gré de leurs passions ou à se distinguer par la hardiesse de leurs opinions. Quoique celle cause doive être regardée comme la principale , je crus en découvrir une plus iumiédiate dans l'ignorance du peuple. Peu instruit de sa religion , ne connaissant point les fondenu'uls sur lesquels repose son essenc<î divine , il voyait avec uni espèce d'indifférence les atteintes crimitielles (ju'on lui portait.

Dans l'amerturncî de ma douleur , j'accusais le gouvernement d'avoir laissé se propager celte secte impie et destructive ; je me plaignais du clergé , qui n'avait pas prévu le danger ou su prendre à temps des mesures efficaces pour le prévenir ; j'élais conslernè d»! voir que la mullilude , dans son ignorance, ou par défaut d'une idée vive et certaine de la vérité de la religion , la laissait avilir , et voyait l'abolition de tout culte sans s'en plaindre , sans opposer la plus légère résistance à ces abominables excès ; je commençai à sentir que c'était parce qu'on no

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