PRÉFACE
l'avait pas instriiile , et je ne tardai pas à prévoir les périls que courent les autres nations qui ne sont pas à cet égard plus éclairées.
Ma surprise s'augmenta , îorsqu'en examinant les moyens d'améliorer cette partie importante , ou , pour mieux dire , la seule essentielle de l'instruction publique , je ne pus trouver , parmi tous les ouvrages que je connaissais , un seul livre qui , à mon avis, pût donner par lui seul une idée complète du plan sublime du christianisme , en exposant en même temps les preuves innombrables qui établissent son aulhcnlicilé.
Je n'ignorais pas que toutes les nations chréliennes ont leur catéchisme, et que, dans le nombre , il en est plusieurs d'excellents. J'avais lu celui de Trente. J'en connaissais beaucoup d'autres ; mais ils paraissaient insuffisants , en ce que les instructions qu'ils renferment , dignes néanmoins de toute notre admiration , enseignent ce qu'on doit croire , sans enseigner la raison pour laquelle on doit croire , avec l'extension et le développement que nécessitent les circonstances de ces temps malheureux ; ils n'expliquent ni les motifs de notre croyance , ni les raisons évidentes et les fondements incontestables sur lesquels repose l'édilice de la religion , et qui en prouvent la vérité et la divinité.
Je savais également qu'il existe un grand nombre de livres où tous ces objets sont traités , et que les personnes instruites les ' connaissent ; mais je ne pouvais me déguiser qu'elles n'ont pu acquérir cette connaissance raisonnée de leur foi , qu'à l'aide d'une grande application et d'une longue élude , travail auquel le peuple n'a ni le temps ni les moyens de se livrer -, et que , pour lui faire connaître les fondements de sa religion , il faut les rassembler et les mettre à sa portée , en les lui oilVanl dans un ouvrage concis , écrit avec méthode , et dont le style simple soit proportionné à son intelligence.
J'aurais voulu que cet ouvrage fiU classiqtie , élémenlaire , et qu'on pût le répandre dans toutes les classes de la société. Il me semblait que si tous ceux qui la composent étaient intimement convaincus que la religion vient de Dieu , leur foi serait plus vire et plus constante, que leurs mœurs seraient moins corrompues , et qu'il serait par là plus difGciie de les détourner de leur iToyance , dans les bouleversemenls qu'aniène l'inconstance des choses humaines. Si la nation française eût été plus instruite de la vérité de sa religion , la fausse philosophie n'eût pas fait tant de progrès , ou au moins ses attentats eussent trouvé plus de résistance.
PRÉFACE. xj
Si ce livre existe , comment et pourquoi irtsl-il pas entre les mains de tout le monde? S'il n'existe pas, comment ceux qui, pur le sentiment de leur intérêt ou par amour , sont attachés à la conservation de la reli¡,Mon , ne s'empressent-ils pas de le produire cl de le répandre ? !N'est-on pas encore à temps de détourner ce péril affreux ? Ne sommes - nous plus à portée de prendre encore des mesures efficaces pour l'éviter ? J'eusse donné ma vie pour avoir les lumières et le talent (ju'exige un ouvrage d'un si grand prix, si nécessaire, et que je considérais comme le seul préservatif qu'on put opposer A de si grands maux ; mais cette entreprise , facile pour d'autres , se trouvait fort au-dessus de mes efforts.
La terreur planait alors sur la Trance couverte de prisons. Des milliers d'infortunés y étaient entassés , et cette violence s'exerçait de préférence sur les nobles, les savants, ou les hommes les plus vertueux de l'état. Aucun de ces titres ne pouvait me compromettre ; j'espérais d'ailleurs que le silence de ma solitude et l'obscurité de ma retraite me soustrairaient à la persécution générale; mais il n'en fut pas ainsi. Dans la nuit du IG avril HO-i, la maison que j'habitais fut tout-à-coup entourée de soldats; et , d'après l'ordre du comité du salut plublic , je fus enfermé dans la prison de mon déparlement.
La prison conduisait alors au supplice. Je tâchai de me soumettre aux décrets de la divine Providence ; mais je cherchai quelque objet qui pût m'occuper jusqu'au moment qui devait décider de mon sort. Le temps est toujours long dans cette situation , et l'oisiveté n'aurait pu qu'en aggraver le poids. Le premier objet (pii s'olTrit à mon imagination, fut ce livre si nécessaire. Mais , hélas ! ilgé , séculier , sans autre instruction que celle qui m'était indispensable pour moi - même ; confiné dans une prison avec peu de livres pour guides , sans aucun ami dont les conseils auraient pu diriger mes efforts, comment auraisje pu m'y prendre ?
Mes idées se portèrent sur d'autres occupations ; mais , comnie le malade qui cherche à se distraire de ses souffrances , promène ses pensées sur divers objets, sans pouvoir oublier celui qui l'affecte le plus , je revenais toujours ù l'idée dont j'étais tourmenté. Le C.iel , qui aime il favoriser les bonnes intentions, fit tomber entre mes mains l'histoire manuscrite et récente d'un philosophe très-connu , composée .de lettres écrites par lui-même et par quelques-uns de ses amis. L'auteur de cet ouvrage possédait quelque talent , et était né avec une grande fortune ; mais , dans son enfance , il avait reçu l'éducation qu'où donne
xij PRÉFACE.
ordinairement ; il avait appris sa religion superGciellement et ne l'avait plus étudiée, H ne la connaissait déjà presque plus dans sa jeunesse, ou plutôt il ne la connaissait plus que par l'image fausse et mensongère que l'industrieuse malignité des sophistes se plaît à s'en former.
Il sacrifia à quelques folles illusions, et fut longtemps le jouet de ses passions. Un événement imprévu le mit dans le cas d'entendre les preuves de son aulhenlicilé ; et , malgré son opposition, et , bien plus encore , malgré la dépravation invétérée de ses mœurs , il ne put résister à leur évidence ; et , après en avoir obtenu la conviction , il eut , avec l'aide du Ciel , la force de renoncer ù ses opinions et de réformer sa conduite.
Il me parut impossible de méconnaître le doigt de la Providence, qui, dans ces circonstances, m'offrait plus que je ne désirais. Ce manuscrit expose les preuves fondamentales de la religion , qui détrompèrent et convainquirent le philosophe , et les moyens dont il fit usage, d'après ce que la religion nous enseigne, pour recouvrer la grûce. Dans les dernières années de sa vie , il tâcha d'unir aux vertus chrétiennes l'exercice des vertus civiles , et l'accomplissement de tous les devoirs de son état. Sa conduite offre donc des exemples également utiles et salutaires dans toutes les situations de la vie.
Je jugeai que la forme historique de l'ouvrage avait l'avantage d'offrir l'instruction dépouillée de ce Ion froid et dogmatique qui déplaît tant à ceux qui ne la cherchent pas. 11 est difficile qu'un esprit corrompu s'attache à la lecture d'un traité didactique qui ne cache point la prétention d'enseigner et de convertir ; tandis qu'une histoire qui se borne à un simple récit , soutenue par des faits, animée par des dialogues, peut quelquefois réveiller la curiosité , intéresser les lecteurs et les attacher à sa doctrine.
Je fus surtout encouragé par le rapport de nos opinions sur la nécessité d'instruire le peuple avec plus de soin , et de le conraincre de la certitude et de la divinité de la religion. J'y lus avec un plaisir vif les moyens pratiques qu'il propose aux princes, au clergé, aux prédicateurs, aux universités, et aux pères de famille des nations chrétiennes, de se réunir tous pour contribuer efficacement aux progrès d'un enseignement qui importe si essentiellement au bonheur de tous.
Je présumai que la publication de ces lettres serait utile , surtout en Espagne, où le christianisme est établi sur des fondements inébranlables. Une nation généreuse y abonde en génies supérieurs , qui réunissent à la pratique de la religion toutes les lumières qui peuvent les mettre à portée d'apprécier une telle
PRÉFACE. xiij
entreprise; elle se compose d'ailleurs d'un peuple dirétion dès le berceau, religieux par (araclère et par l'inslruclion de l'exemple. Je crus qu'elle recevrait cet ouvrage avec plaisir et avec respect , et qu'en réunissant les lumières de la conviction à la solidité n.ilurelle et à la constance de son caractère, elle siiurail mieux (ju'une autre soutenir et conserver son culte au milieu des bouleversements qu'amène la vicissitude des choses humaines, et que les secours de l'instruction la garantiraient du ni;illieur de voir n.iilre de pareils troubles dans son sein
Ce fut j)ar l'eflet de ce désir, et dans cet esj)oir, que je mo disposai à mettre ces lettres en ordre , persuadé qu'elles pourraient conduire au but queje me proposais , ou au moins engager quelques personnes à perfectionner mon idée. Je n'ai point la ridicule manie d'être auteur , je n'ai que l'ambition d'être utile. Je n'ospire qu'A montrer la solidité et la beauté de la religion à une nation (jiie j'aime, et je crois que ce moyen est le seul qui puisse la défendre contre les prestiges d'une contagion dé;;aslreuse. D'un autre côté , je crois que ces lettre pourront être utiles à toute espèce do lecteurs; les principes et les maximes qu'elles renferment, sont puisés dans la source pure de l'Evangile, et tout ce qui en émane est nécessairement salutaire ; l'âme ne peut trouver que dans elle les seuls biens dont l'homme est capable de jouir sur la terre, la paix du cœur et le calme de la conscience.
Ces mémoires se divisent en trois parties : la première comprend le tem[)S des égarements- du philosophe, ses conférences avec un ecclésiastique instruit et pieux , et enûn sa conversion. On y verra les sophismes de la fausse philosophie, leur réfutation dans les réponses de l'ecclésiasliiiue , et les preuves incontestables qu'il donne de la divinité de la religion. Celte partie peut et doit être généralement utile. Les personnes instruites s'en rappelleront les détails , et y trouveront l'exposition de plusieurs points de doctrine qu'il leur serait nécessaire de chercher dans un grand nombie de livres. Ceux qui les ignorent auront l'avantage de s'en instruire avec facilité ; ils éprouveront l'ineiTable consolation de savoir que la religion dans laquelle ils vivent vient de Dieu , et qu'ils lui doivent l'inappréciable bonheur de connaître la véritable route de la félicité.
Jusqu'à ce que d'autres livres élémentaires et meilleurs aient paru sur ce sujet , je regarde ces lettres comme très-utiles ; et , dans tous les cas, elles le seront toujours à plusieurs classes de la société.
La seconde partie nous montre la conduite que tint le philosophe , d'après les conseils de cet ecclésiastique , pour se retirer
xiv PRÉFACE.
de rabîtne et rentrer dans la bonne voie. On n'y trouvera que des choses ¡niîniment utiles à ceux qui veulent abjurer leur incrédulité , revenir à la foi chrétienne , et s'associer de nouveau à ceux qui désirent réformer leur conduite et commencer une vie chrétienne.
On voit dans la troisième ce que fut le philosophe pour remplir les devoirs propres de son état et se livrer à l'exercice des vertus civiles. Ses richesses et sa naissance le mettaient dans le cas d'avoir une maison à gouverner, des enfants à élever, des terres et des vassaux à soigner ; il fut obligé de s'occuper de cette utile administration. Ses exemples serviront à ceux qui se trouvent dans de pareilles circonstances, et leur montreront l'usage qu'ils doivent faire de leurs biens. Celte dernière partie ne sera pas la moins intéressante ; car si les personnes l«.'s plus distinguées d'un état pratiquaient les vertus auxquelles leur position les appelle , et que la religion leur prescrit , leur exemple porterait l'émulation dans toutes les autres classes.
On verra, dans ces mémoires, qu'un homme né avec de grandes qualités et beaucoup de fortune, tant qu'il fut incrédule et livré à ses passions , fut méchant et méprisable ; que non-seulement il fut malheureux , mais qu'il répandit le malheur autour de tous ceux qui dépendaient de lui ou qui l'entouraient. Dès qu'il parvint à se guider d'après les principes de l'Evangile , il devint un philosophe juste , aimable, utile à lui-même et aux autres; nonseulement il fut heureux lui-même, il fit partager le môme sort à tous ceux qui étaient dans sa dépendance ou qui l'approchaient -, il devint bon citoyen , bon père et bon maître , au même degré qu'il avait été pervers tant qu'il fut gouverné par la philosophie du siècle ; ainsi la force des raisonnements se trouve réunie à la preuve pratique de l'expérience.
Je sais que l'incrédulité est une infirmité qui résiste à tous les remèdes; que l'amour-propre , le désir de paraître hardi, l'orgueil de montrer un esprit supérieur à celui du commun des hommes, luttent contre toutes les forces de la raison , fascinent les yeux des hommes , et les empêchent de les ouvrir à la lumière -, mais on pourra voir dans ces mémoires qu'il n'y a dans l'incrédulité ni honneur ni bonne philosophie ; que tout homme doué d'un bon caractère , d'un jugement sain et d'un cœur honnête, doit aimer et respecter l'Evangile, désirer sa propagation, et former des vœux pour que sa morale juste, douce et raisonnable, soit la règle de conduite de tous les hommes -, que l'ensemble de la religion et de sa doctrine est la philosophie la plus saine, la plus sublime et la plus utile, l'unique enfin qui puisse rendre heureux
PRKFACE. XT
les mortels pendant le séjour momentané qu'ils font sur la terre.
Les peuples y verront ;i (|uels dangers ils s'«;xposeraient , s'ils écoulaient les sirènes dangereuses qui travaillent à leur séduction. Les souverains pourront y voir que la durée de leur empire ne peut être ni stable ni tranquille , s'ils ne préservent les peuples d'une telle contagion , et (jue le seul moyen d'y parvenir est de propager rinstruclion et l'élude solide des preuves convaincantes de la vérité de la religion.
Ils y verront que la stabilité des gouvernements, la soumission respectueuse des sujets et le bonheur général , dépendent de l'amour et du respect qu'on porte à la religion , et que ces sentiments ne peuvent exister dans des cœurs dont la foi est incertaine , vacillaute et sans stabilité ; mais que la persuasion de la vérité du christianisme , l'adhésion à ses maximes , la docilité à les suivre avec rexaclilude de sa pureté primitive , sont le ressort le plus sur , l'impulsion la plus puissante qu'ils puissent employer pour diriger les cœurs. Ils reconnaîtront enfin que l'incrédulité attaque et bouleverse tout ; que la superstition corrompt et avilit tout, et que l'Evangile seul est la règle qui puisse conduire au bonheur universel.
Les incrédules pourront y voir à quel point ils s'aveuglent , lorsqu'ils se persuadent que pour être heureux sur la terre, il faut en bannir la foi et secouer le joug austère de l'Evangile. Ils verront dans cet écrit la différence du philosophe incrédule au philosophe chrétien ; ils y apprendront que celui qui , pour fuir les menaces de la religion , croit trouver dans l'incrédulité un repos qu'elle ne peut lui procurer , se rend bien plus malheureux qu'il n'était ; que celui qui , pour satisfaire ses passions, se laisse séduire par les attraits d'une philosophie mensongère , accumule erreurs sur erreurs et crimes sur crimes , ne fait qu'accroître ses angoisses et ses terreurs ; et que celui qui se jette dans les bras de la religion peut seul posséder le repos de l'esprit , la paix de l'àme et la douce satisfaction qui accompagne la pratique de la vertu et l'exercice de la charité.
Si ces mémoires parviennent à leur rendre ces vérités sensibles, ils y trouveront encore les moyens de sortir de l'abîme dans lequel ils se sont plonges. Le modèle qu'ils présentent d'un directeur fervent et éclairé , leur apprendra à en chercher un semblable.
Tel est le but qu'on s'est projjosé en publiant cet ouvrage vraiment philosophique , et destiné à élever l'àme aux sublimes sujets de la religion. Les lumières de la saine raison , de la vraie philosophie et de l'expérience ajoutent aux motifs de la foi ; la voix de la nature s'unit à celle de l'Evangile pour nous convaincre
xvj PRÉFACE.
de cette grande vérité que l'univers entier nous retrace , pour nous prouver que nous existerions, lors même que l'univers cesserait d'exister.
Il m'a paru qu'on y présente l'esprit et la doctrine de la foi avec assez de profondeur pour attirer l'attention de ceux qui recherchent partout les lumières de la philosophie et de la raison, et que les points principaux du christianisme y sont présentés avec la sévérité et l'exactitude que peut exiger le goût critique et pointilleux de notre siècle.
On n'y parle que de la doctrine de l'Evangile ; et, comme il est impossible de traiter ce sujet sans rappeler les principes indélébiles et primitifs de la raison , il contient , par une conséi[uence inévitable, la seule vraie philosophie, la seule utile, et à portée tout à la fois d'éclairer notre ignorance et de nous consoler dans nos misères.
Cet ouvrage me parait édifiant , sans s'écarter un moment des préceptes de la raison ; il est religieux , sans jamais cesser d'être philosophique. Le chrétien simple le trouvera solidement religieux; et ceux qui se piquent de critique et de bon goût , pourront le regarder comme une production utile et raisonnable.
Quelques défauts qu'on puisse trouver , soit dans le plan , soit dans le style , je suis convaincu que sa lecture sera avantageuse à beaucoup de personnes, puisqu'il ne fait qu'expliquer et commenter les vérités du livre qui nous vient du Ciel , du meilleur livre dont les hommes puissent s'occuper, du livre dans lequel Dieu a tracé nos obligations et nous a révélé le secret de nos desti/iées futures , de ce livre où le cœur puise des lumières et trouve l'espoir le plus consolant , de l'Evangile enfin , qui nous enseigne l'art d'être heureux sur la terre , et nous apprend à acquérir une immortalité glorieuse. Heureux si ce faible travail contribue à propager des vérités faites pour détromper les uns , et assurer la vertu et le bonheur des autres !