CHANT PREMIER
Je ne veux pas d'autre joie, quand l'été
reviendra, que celle de l'an passé.
Sous les muscats dormants, je m'assoirai.
Au fond des bois qui chantent de l'eau fraîche,
j'écouterai, je sentirai, verrai
tout ce qu'entend, sent et voit la forêt.
Je ne veux pas d'autre joie, quand l'automne
reviendra, que celle des feuilles jaunes
qui racleront les coteaux où il tonne,
que le bruit sourd du vin neuf dans les tonnes,
que les ciels lourds, que les vaches qui sonnent,
que les mendiants qui demandent l'aumône.
Je ne veux pas d'autre joie, quand l'hiver reviendra, que celle des cieux de fer, que la fumée des grues g-rinçant en l'air, que les tisons chantant comme la mer.
cl que la lampe au fond des carreaux verts de la boutique où le pain est amer.
Je ne veux pas, quand revient le printemps, d'autre joie que celle de l'aig-re vent, que les pêchers sans feuilles fleurissant, que les sentiers boueux et verdissants, que la violette et que l'oiseau chantant comme un ruisseau d'orag-e se g-orgeant.
Mon Dieu, donnez-moi Tordre nécessaire
à tout labeur poétique et sincère.
On m'a conté que les peintres célèbres
peignaient longtemps les yeux, longtemps les lèvres,
longtemps les joues et longtemps les oreilles
des bienheureux que leur génie éclaire.
Je veux ici, puisqu'il faut- commencer, ne point poser à faux dans l'encrier ma plume. Et, comme un adroit ouvrier tient sa truelle alourdie do mortier, je veux, d'un coup, à chaque fois porter du bon ouvrage au mur de ma chaumière.