LE FACTEUR RURAL
Je vous prie de le croire. Il faut que j'aille en haut. Et je crois que ce soir il fera de l'orage.
(Le poète retourne chez lui.)
LE POÈTE (dans sa salle à manger.) Qu'y a-tril pour déjeuner ?
LA SERVANTE
Des œufs et du salé aux petits pois. Les chiens sont boueux.
LE POÈTE
Essuyez la chienne. Elle s*est fourrée dans une mare. Est-ce que le facteur est venu ?
LA SERVANTE
Oui, monsieur.
Voici les lettres.
La Plume... La Terre de France...
Tiens, mais je connais bien cette écriture-ci. . . (Il lit) « Après un long silence, je me décide à t'écrire, mon « amour. Mes précédentes lettres sont restées sans ré- « ponse. Je t'en supplie, réponds-moi. J'ai passé une « nuit impossible, seule, à te désirer de mes bras brû- « lants. 0 mon amour... que je souffre... »
« ÂLBERTE. »
EXISTENCES lOQ
LE POETE
IVraime-t-elle ou ne m'aime-t-elle pas ?
Lui répondrai-je, ou bien ne répondrai-je pas?
Joue-t-elle la comédie, ne la joue-t-elle pas?
Eh bien non, eh bien non, je ne répondrai pas.
J'ai eu assez d'emmerdements comme cela.
Qu'elle aille se faire foutre! Enfin ! Je veux la paix!
A table!
(H déjeune.)
LA SERVANTE n y a quelqu'un qui veut parler à monsieur.
LE POÈTE Qui est-ce?
LA SERVANTE
Je ne sais pas.
Un homme ou une femme?
LA SERVANTE
Un homme.
LE POÈTE
Un commis-voyageur? Vous me la foutez belle I
JIO LE TRIOMPHE D8 LÀ VlK
LA SERVANTE Je ne sais pas, monsieur.
LE POÈTE
Faites entrer au salon.
Laissez-moi achever d'achever ces cerises.
LE POÈTE (dans son salon.) A qui ai-je l'honneur de parler, monsieur?
LE MONSIEUR
itfonsieur, je suis le cousin de votre ancienne maîtresse.
LE POÈTE
De quelle maîtresse? Je ne vous connais pas. Et puis qu'est-ce que vous voulez ?
LE MONSIEUR
Monsieur, écoutez-moi.
On m'a dit que vous êtes bon.
Ce n'est pas vrai.