‹ Le triomphe de la vie, 1900-1901: Jean de Noarrieu - ExistencesChapitre 19 sur 71 · LA PIPE DU POÈTE · texte numérisé non relu

LA PIPE DU POÈTE

Il me bourre avec une telle ag-itation

que je ne vais jamais pouvoir tirer de l'air.

LE POÈTE

D'abord, de quelle maîliesse me parlez-vous?

De qui prétendez-vous ? Non. Vous prétendez de qui

j'ai été l'amant?

LE MONSIEUR De Noémie.

LE POÈTE

de Noémie?

LE MONSIEUR

Oui, monsieur.

LE POÈTE Où habitez-vous, vous?

LE MONSIEUR

J'habite les environs de Mont-de-Marsan.

LE POÈTE Enfin que voulez-vous?

LE MONSIEUR Savoir si monsieur serait assez complaisant pour me donner quelque chose.

EXISTENCES Il3

LE POÈTE Et si je ne vous donne pas, qu'est-ce que vous ferez?

LE MONSIEUR Oh I Rien monsieur. Je ne vous ferai rien. Non...

LE POÈTE

Tenez, voilà dix francs, et foutez-moi la paix.

(Le monsieur s'en va, puis le poète sort.)

LE POÈTE (dans la rue).

Gomme toutes ces boutiques sont parallèles I

Toutes les petites villes sont pareilles.

A droite : Epicerie. A gauche : Teinturerie.

A droite : Gendarmerie. A g-auche : Pharmacie.

A droite : Auberge. A gauche : Mégisserie.

A droite : Avoué. A gauche ; Médecin.

Puis dix ou douze maisons bourgeoises, avec jardins

pleins de feuillages bleus et de roses trémières

et la chaleur luisante et rose de lumière.

Là-bas? C'est la mairie et son paratonnerre,

et la place carrée, d'ormeaux, avec des chaînes

aux bornes contre quoi s'en vont pisser les chiens.

L'ÉPICIEa (de son seuil.) Bonjour, monsieur un tel.

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