CHAPITRE TROISIÈME
Chez Dupoix (un matin.)
DUPOIX Est-ce que tu veux, oui ou non, te laisser faire?
JEANNE
Non, je m'en vais, cochon ! Et vais dire à mon père que vous êtes un dég-oûtant. L'ancienne bonne, tout le inonde le sait...
DUPOIX Tu dis?!
JEANNE
Oui, la T...
DUPOIX Je suis déshonoré I Tu mens! Qui te Ta dit?
JEANNE
Eh ! Vous êtes bien bon ! Toute la ville rit de vous.
DUPOIX On rit de moi ? I
Je fous le camp.
Sur la place.
PRExMIER PROMENEUR . . . Dupoix a essayé d'avaler du poison !
DEUXIÈME PROMENEUR Pas possible I
PRKMIER PROMENEUR Si, si. On dit qu*il s'est manqué.
DEUX1È..IE PROMENEUR Qu'avait-il?
Chez Dupoix.
DUPOIX (qui Tient de Tomir.)
Je suis bien malheureux.
LE MÉDECIN
Voyons, mon cher Dupoix, vous venez de m'a vouer la cause de votre acte... C'est absurde. On se soigne. On guérit.
DUPOIX
Ça se saitl
LE MÉDECIN
Eh bien aprfes? Vous n'êtes pas le seul.
Il y en a un tis qui eurent le môme mal.
Et ça se sait aussi I Vous verrez, dans quelques mois,
vous n'y songerez plus. Voyons, mon cher Dupoix !
Ne recommencez pas cette bètise-là I
DUPOIX Moi qui m'étais conservé sain.
LE MÉDECIN
Eh ! Peu importe I On le redevient I Vomissez encore... Encore...
LE POETE (dans la me.)
En voilà une histoire. Dire que, pour un peu plus,
il se tuait. Qui sait comment ça s'est passé?
Je le saurai ce soir avec Jeanne. Pensons
à autre chose. Qu'est ceci, là, près de la fontaine?
Tiens... C'est un pauvre avec un pauvre petit chien.
Qu'est-ce qu'il a au cou ?. . .0 mon Dieu ! Passons ! Passons!
Le maître n'a pas pu lui acheter un collier
à pointes, et lui en a fait un avec un morceau
de peau de hérisson! Est-il possible! Non, personne
n'a jamais été aussi ému que moi devant ces choses.
Ce petit chien et ce pauvre que je les aime I
Ils portent sur le dos le monde des douleurs.
Qu'il est gentil, ce petit chien.
Tiens... Larribeaul
LARRIBEAU Comment allez-vous ?
LE POÈTB
Très bien, merci. Et vous-mémeî
LARRIBEAU Vous connaissez sans doute l'affreuse nouvelle ?
LE POÈTE Eh ben oui I
LARRIBEAU
C'est extraordinaire I
LE POÈTE Vous saviez qu*il était malade ?
LARRIBEAU
Mais non... du foie, oui, mais seulement du foie. Pourtant j'avais remarqué quelques boutons sur sa figure.
LE POÈTE Bonjour.
LARRIBEAU
Au revoir. . . Mais c'est fou de se tuer pour ça. On peut bien en guérir.
Àa jardin public.
Tiens... te voilà? Dis-moi comment ça s'est pasffé.
Il a voulu me le faire, je l'ai eng-ueulé, et proprement. Alors, il s'est empoisonné.
LE POÈTE Tu m'assures que c'est comme ça que ça s'est passé?
JEANNE
Bien ouil
LE POÈTE n ne t'a pas touché la bouche?
JEANNE
Eh I Quelle idée! Je te lui ai joliment foutu la main à la figure. Et, vite fait I
Ami...
EXISTENCES l3l
LE POÈTE Viens ici. J'ai mis là mon manteau.
JEANNE
LE POÈTE Tu as la bouche toute fraîche.
JEANNE
Et toi aussi.