‹ Le triomphe de la vie, 1900-1901: Jean de Noarrieu - ExistencesChapitre 41 sur 71 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Un soirée chez les Louvin.

LE POÈTE C'est mon métayer qui m'a appris le crime.

M-"" LOUVIN Ajors cette Mathilde était sa ?

LOUVIN

Evidemment.

Il Ta tuée dans la moisson, avec une serpette ?

LE MÉDECIN

Non, avec un rasoir qui coupait peu. Il a dû s'acharner sur elle. La carotide était tranchée. Il y avait d'autres blessures. Ainsi la lame est passée entre le cubitus et le radius.

lya LE TRiOMPnE dé la vie

M- LOUVIN Oh ! Quelle horreur 1

LARRIBEAU Ce que c'est que la jalousie.

DUPOIX

La jalousie, mesdames, est un sentiment propre à tuer les gens.

[M"» LOUVIN Un peu plus de thé, monsieur Fondcau?

FONDEAU Non, merci, mademoiselle. Dans un instant.

MU» LOUVIN Monsieur Fondeau...

FONDEAU Quoi, mademoiselle?

M"« LOUVIN Maintenant, si vous nous disiez quelque chose, une poésie ?

LES DAM£S Oui... oui...

Mais je veux bien si tout le monde le demande. Seulement... le poète... là...

LE POÈTE

Oh ! Je ne sais pas dire, et je suis décadent.

FONDEAU

Enfin, si ça vous fait plaisir... Ce sont les derniers vers que j'ai composés.

Il récite.

Au bord du ruisseau de la Juxte Où volètent maints papillons, Hier je rencontrai tout juste Marionnette et Pierrillon.

Ainsi qu'amoureux en vacance, Ils marchaient sous le noisetier.

Je crus du poète Térence Voir ridjlle sur le sentier.

Et, vers moi, l'ombre du poète, Ceinte de lauriers et d'ache, S'avança tenant haut la tête

fcjA ^^ TRIOMPHE DE LA VIE

Et, dans sa main droite, une hache.

Elle me dit : Attriste-toi !

Bientôt ces gens pleins de jeunesse Viendront au fond du tombeau. Voi...

Rien n'échappe à la mort traîtresse.

Et Marionnette et Pierrillon Passèrent le long* de la Juxte Où volètent maints papillons.

Hier, je les rencontrai tout juste.

LES DAMES Oh! Délicieux...

DUPODC Moi, je n'aime pas la poésie.

M" LARRIBEAU

Et cependant pour nous faire oublier la vie,

il n'y a que cela... Dites-nous encore quelque chose,

Monsieur Fondeau? C'est charmant. Nous vous en prions.

LES DAMES Oh I Oui, Monsieur Fondeau. Ça fait tant do plaisir...

LARRIBEAU

Il faut bien quelque fois oublier cette prose qu'est la vie « où toujours l'épine est sous la rose », comme dit la chanson.

M"» LOUVIN

Prenez-vous un ou deux morceaux de sucre, monsieur Fondeau ?

FONDEAU

Pas du tout, merci.

M«« LOUVIN Comme en Chine alors ?

FONDEAU

n récite.

Sonnet régulier :

J'aime d'un beau couchant la lumière rougeâtre, Lorsque l'oiseau s'endort voluptueusement. Lorsque, sur le sentier, sous la lune bleuâtre, On voit passer l'amante au bras de son amant.

J'aime l'intimité familiale de l'âtre

Et le conte d'hiver lorsque souffle le vent,

Et lorsque Ton entend, dans la tempête, battre

Le pont-levis rouillé de l'historique temps.

Mais je t'aime avant tout, toi dont l'amour m'honore. Toi dont le nom charmant redit par ma mandoro Ne trouve pas de rime aux accents d'ici-bas,

... aux accents d'ici-bas...

... Et qui figurerais, comme une grande dame, Aux carrousels des cours des plus célèbres rois, Pour que l'on te remît l'anneau d'or du vidame I

LES DAMES Délicieux... Délicieux...

DUPOIX

C'est drôle, moi je n'y comprends rien. Et puis, vous dites qu' il y a clair de lune quand le soleil se couche.

rONDEAU Parfaitement.

DUPOIX Où avex-TOus vu ça?

LARRIBEAU

Monsieur Fondeau a raison. Il m'est arrivé parfois, — tenez ! en revenant de ma vigne, l'été ■ de voir, quand le soleil n'est pas encore couché, une certaine lueur. . .

M-»» LOUVIN indécise.

LARRIBEAU

C'est... C'est cela. Qu'en pensez-vous, vous, monsieur le poète?

LE POÈTE Certainement .

DUPOIX

Et vous, vous ne nous dites rien de décadent ?

LE POÈTE

Je vous dis que je ne sais pas dîro.

M»» LOUVIN

Oh I Le fait est que l'on n'y comprend rien. Ainsi, dans La Semaine littéraire ^ on donnait

hier une poésie symboliste. Non... C'est absurde. J'aime mieux vos vers, monsieur Fondeau.

Et VOUS avez cette poésie?

MU» LOUVIN Oui, la voici.

FONDEAU (lit.)

J'ai cherché trente ans mes sœurs.

Où s'est-il caché?

J'ai marché trente ans, mes sœurs, Sans m'en rapprocher...

LE MÉDECIN

Eh bien! nom d'un chien ! on voit qu'il, ou elle, n'avait pas de cors aux pieds.

DUPOIX Ahahahhhahaha.

FONDEAU

C'est pouffant. Ecoutez :

J'ai marché trente ans, mes sœurs.

Et mes pieds sont las.

DUPOIX

Encore ! Ahh ah ah ahaaahaaaaaaa

FONDEAU Il était partout, mes sœurs, Et n'existe pas...

Il fallait le dire plutôt 1...

FONDEAU

L'heure est triste enfin, mes soeurs, Otez vos sandales,

DUPOIX

Celle-ci est trop forte !

Oo fuii ha ha ha ha. Hassez. Otez les sandales... Çava sentir mauvais dans la gendarmerie. Elle a marché trente ans, mais ses pieds sont pourris 1 Ahhaahhh. hhh

FONDEAU

Le soir meurt aussi, mes sœurs, Et mon âme a mal...

l80 LE TRIOMPHE DE LA VIE

LE MÉDECIN

Elle a mal au cœur I

MADAME LOUVIN

OuffI fffffffffffffffff.

LARRIBEAU ffffffffffffff.

FONDEAU

ffffffffffffff Vous avez seize ans, mes soeurs,

Allez loin d'ici...

Prenez mon bourdon, mes sœurs, Et cherchez aussi...

ffffffffffffffff

Gomment s'appelle-t-il, dites, ce coco-là qui a pondu cet œuf-là?

FONDEAU Maurice Mae... Mae...

ter-linck.

DUPOIX

Pristil Quel nom. Et bien, mon cher Fondeau, je crois que, ces vers-là, j'aime encore mieux les vôtres.

FONDEAU

Eh bien, vous êtes aimable, vous I Est-ce que vous pensez que mes vers sont les vers d'un fou ?

DUPOIX

En fait de vers, mon cher, j'aime mieux avaler un verre de ce bon lait-là.

LE POÈTE

Un verre au lait...

DUPOIX

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