CHAPITRE SEPTIÈME
Un soirée chez les Louvin.
LE POÈTE C'est mon métayer qui m'a appris le crime.
M-"" LOUVIN Ajors cette Mathilde était sa ?
LOUVIN
Evidemment.
Il Ta tuée dans la moisson, avec une serpette ?
LE MÉDECIN
Non, avec un rasoir qui coupait peu. Il a dû s'acharner sur elle. La carotide était tranchée. Il y avait d'autres blessures. Ainsi la lame est passée entre le cubitus et le radius.
lya LE TRiOMPnE dé la vie
M- LOUVIN Oh ! Quelle horreur 1
LARRIBEAU Ce que c'est que la jalousie.
DUPOIX
La jalousie, mesdames, est un sentiment propre à tuer les gens.
[M"» LOUVIN Un peu plus de thé, monsieur Fondcau?
FONDEAU Non, merci, mademoiselle. Dans un instant.
MU» LOUVIN Monsieur Fondeau...
FONDEAU Quoi, mademoiselle?
M"« LOUVIN Maintenant, si vous nous disiez quelque chose, une poésie ?
LES DAM£S Oui... oui...
Mais je veux bien si tout le monde le demande. Seulement... le poète... là...
LE POÈTE
Oh ! Je ne sais pas dire, et je suis décadent.
FONDEAU
Enfin, si ça vous fait plaisir... Ce sont les derniers vers que j'ai composés.
Il récite.
Au bord du ruisseau de la Juxte Où volètent maints papillons, Hier je rencontrai tout juste Marionnette et Pierrillon.
Ainsi qu'amoureux en vacance, Ils marchaient sous le noisetier.
Je crus du poète Térence Voir ridjlle sur le sentier.
Et, vers moi, l'ombre du poète, Ceinte de lauriers et d'ache, S'avança tenant haut la tête
fcjA ^^ TRIOMPHE DE LA VIE
Et, dans sa main droite, une hache.
Elle me dit : Attriste-toi !
Bientôt ces gens pleins de jeunesse Viendront au fond du tombeau. Voi...
Rien n'échappe à la mort traîtresse.
Et Marionnette et Pierrillon Passèrent le long* de la Juxte Où volètent maints papillons.
Hier, je les rencontrai tout juste.
LES DAMES Oh! Délicieux...
DUPODC Moi, je n'aime pas la poésie.
M" LARRIBEAU
Et cependant pour nous faire oublier la vie,
il n'y a que cela... Dites-nous encore quelque chose,
Monsieur Fondeau? C'est charmant. Nous vous en prions.
LES DAMES Oh I Oui, Monsieur Fondeau. Ça fait tant do plaisir...
LARRIBEAU
Il faut bien quelque fois oublier cette prose qu'est la vie « où toujours l'épine est sous la rose », comme dit la chanson.
M"» LOUVIN
Prenez-vous un ou deux morceaux de sucre, monsieur Fondeau ?
FONDEAU
Pas du tout, merci.
M«« LOUVIN Comme en Chine alors ?
FONDEAU
n récite.
Sonnet régulier :
J'aime d'un beau couchant la lumière rougeâtre, Lorsque l'oiseau s'endort voluptueusement. Lorsque, sur le sentier, sous la lune bleuâtre, On voit passer l'amante au bras de son amant.
J'aime l'intimité familiale de l'âtre
Et le conte d'hiver lorsque souffle le vent,
Et lorsque Ton entend, dans la tempête, battre
Le pont-levis rouillé de l'historique temps.
Mais je t'aime avant tout, toi dont l'amour m'honore. Toi dont le nom charmant redit par ma mandoro Ne trouve pas de rime aux accents d'ici-bas,
... aux accents d'ici-bas...
... Et qui figurerais, comme une grande dame, Aux carrousels des cours des plus célèbres rois, Pour que l'on te remît l'anneau d'or du vidame I
LES DAMES Délicieux... Délicieux...
DUPOIX
C'est drôle, moi je n'y comprends rien. Et puis, vous dites qu' il y a clair de lune quand le soleil se couche.
rONDEAU Parfaitement.
DUPOIX Où avex-TOus vu ça?
LARRIBEAU
Monsieur Fondeau a raison. Il m'est arrivé parfois, — tenez ! en revenant de ma vigne, l'été ■ de voir, quand le soleil n'est pas encore couché, une certaine lueur. . .
M-»» LOUVIN indécise.
LARRIBEAU
C'est... C'est cela. Qu'en pensez-vous, vous, monsieur le poète?
LE POÈTE Certainement .
DUPOIX
Et vous, vous ne nous dites rien de décadent ?
LE POÈTE
Je vous dis que je ne sais pas dîro.
M»» LOUVIN
Oh I Le fait est que l'on n'y comprend rien. Ainsi, dans La Semaine littéraire ^ on donnait
hier une poésie symboliste. Non... C'est absurde. J'aime mieux vos vers, monsieur Fondeau.
Et VOUS avez cette poésie?
MU» LOUVIN Oui, la voici.
FONDEAU (lit.)
J'ai cherché trente ans mes sœurs.
Où s'est-il caché?
J'ai marché trente ans, mes sœurs, Sans m'en rapprocher...
LE MÉDECIN
Eh bien! nom d'un chien ! on voit qu'il, ou elle, n'avait pas de cors aux pieds.
DUPOIX Ahahahhhahaha.
FONDEAU
C'est pouffant. Ecoutez :
J'ai marché trente ans, mes sœurs.
Et mes pieds sont las.
DUPOIX
Encore ! Ahh ah ah ahaaahaaaaaaa
FONDEAU Il était partout, mes sœurs, Et n'existe pas...
Il fallait le dire plutôt 1...
FONDEAU
L'heure est triste enfin, mes soeurs, Otez vos sandales,
DUPOIX
Celle-ci est trop forte !
Oo fuii ha ha ha ha. Hassez. Otez les sandales... Çava sentir mauvais dans la gendarmerie. Elle a marché trente ans, mais ses pieds sont pourris 1 Ahhaahhh. hhh
FONDEAU
Le soir meurt aussi, mes sœurs, Et mon âme a mal...
l80 LE TRIOMPHE DE LA VIE
LE MÉDECIN
Elle a mal au cœur I
MADAME LOUVIN
OuffI fffffffffffffffff.
LARRIBEAU ffffffffffffff.
FONDEAU
ffffffffffffff Vous avez seize ans, mes soeurs,
Allez loin d'ici...
Prenez mon bourdon, mes sœurs, Et cherchez aussi...
ffffffffffffffff
Gomment s'appelle-t-il, dites, ce coco-là qui a pondu cet œuf-là?
FONDEAU Maurice Mae... Mae...
ter-linck.
DUPOIX
Pristil Quel nom. Et bien, mon cher Fondeau, je crois que, ces vers-là, j'aime encore mieux les vôtres.
FONDEAU
Eh bien, vous êtes aimable, vous I Est-ce que vous pensez que mes vers sont les vers d'un fou ?
DUPOIX
En fait de vers, mon cher, j'aime mieux avaler un verre de ce bon lait-là.
LE POÈTE
Un verre au lait...
DUPOIX