‹ Le triomphe de la vie, 1900-1901: Jean de Noarrieu - ExistencesChapitre 52 sur 71 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

Chez le poète, à dix heures du soir.

Monsieur, pardonnez-moi de vous dérang-er... J'avais besoin absolument de vous parler.

LE POÈTE Qu'avez-vous, mon ami ?

L'OUVRIER

Monsieur, je voudrais savoir si vous pourriez me placer à Paris, dans quelque usine.

LE POÈTE

On vous a renvoyé d'ici ?

L'OUVRIER Non. monsieur.

2o4 Lfi TRIOMPHE DE LA VIE

LE POÈIE

Qu'avez-vous pour trembler ainsi ?

L'OUVRIER 0... monsieur... C'est fini. Ma vie est finie.

LE POÈTE Mais qu'ya-t-il, voyons, voyons, mon ami?

L'OUVRIER

0 monsieur, en sortant de l'usine, j'ai surpris ma femme qui faisait le mal avec celui qu'on a mis ingénieur... le jeune...

LE POÈTE

Lorenzi ?

Oui, monsieur... Je suis bien malheureux. Depuis

quelque temps, je trouvais ma femme élégante.

Nous n'avions pas pourtant plus d'argent qu'autrefois...

Lui, ahl nom de Dieu! C'est un monsieur qui est riche.

Un fat. Il fallait qu'un tas de filles

y passât, pour pouvoir demeurer à l'usine.

On m'avait dit qu'il trouvait ma femme jolie.

Elle est fate comme lui. Elle a du mépris

pour ceux qui ne sont pas des messieurs. Et ce soir,

je les ai trouvés couchés sous le hang-ar.

Ah ! C'a été un coup ! J'ai cru que je mourais.

Je voulais les tuer. Mais ils s'en sont allés.

Et je suis resté là, tout seul, comme une bête.

Et me voilà. Je veux partir.

LE POÈTE

Et votre enfant ?

' L'OUVRIER Je l'ai couché. Je veux partir. Je veux partir .

LE POÈTE Avez-vous bien réfléchi à ça, mon ami ?

L'OUVRIER

Je ne veux pas rester ici, avec la honte. Ah ! Putain ! Si je la rencontre, je la tue. ..

LE POÈTE Promettez-moi de n'en rien faire ?

L'OUVRIER

OhISi. Si je la rencontre, je la tuerai. Quant à lui...

LE TRIOMPHE DE LA VîS

LE POETE

Eh bien, je vais tâcher de trouver à Paris une place pour vous. Ce soir, je vais écrire... Mais à la condition que vous resterez calme.

L'OUVRIER

Ah I Monsieur.... Voyez-vous, ça c'est un coup terrible

LE POÈTE Et OÙ allez-vous coucher, maintenant ?

L'OUVRIER

Je ne sais pas..

Si... Je m'en vais rentrera cause du petit.

LE POÈTE (seul.) Pauvre bougre I Et c'est ça qui s'appelle la vie.

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