‹ Le triomphe de la vie, 1900-1901: Jean de Noarrieu - ExistencesChapitre 60 sur 71 · CHAPITRE DIX-NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIEME

Le poète assiste à des vendanges dans le Gers. Il est cinq heures après midi.

LE POÈTE (Il médite,) Qu'il fait bon oublier ici les Lambeau 1

LA RUMEUR DES VENDANGEURS Zzzou... ou... ou... ou... ou... zou.

LE POÈTE

Ils vont d'un cep à l'autre, ainsi que des abeilles. Et il est vrai qu'elles ont l'air, les vendangeuses , de grandes abeilles aux ailes fermées. Elles cueillent les grappes sur le bleu de la vig-ne. Et le ciel est bleu comme une soie tendue qui va craquer. Les grappes gluent sous celte bonne \x urrlture. On a les doigts poissés par le jus blond et niilr. Entends crier les oies, là-bas, aux cours des fermes,

et les chariots grincer qui portent les grappières. Vois donc sortir de la terre odorante les g-ermes de plantes inconnues, les germes tendrement jaunes.

LA RUMEUR DES VENDANGEURS Zzzou... ou... ou... ou... ou... zou.

LE POÈTE

Allons là-bas... Voici les presses aux grandes vis, le vin qui ruisselle sur le dallage frais, le trou où il tombe avec une odeur qui saisit, le fouloir qui ronronne et qui mâche les grains, le raclement des pelles sous les pulpes glissantes, l'éclair des pieds nus, la crispation des mains sur les râteaux, pour renverser dans le pressoir les cuves surchargées de grappes qui s'écroulent.

LE POETE

Quelle douceur de s*en retourner par ce beau soir à travers la fraîcheur des châtaigniers noirs ! La journée est finie. Les vendangeurs s'en vont.

LA RUMEUR DES VENDANGEURS 0 la la ho I A laïïï té... tou tééééé...

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