‹ Le triomphe de la vie, 1900-1901: Jean de Noarrieu - ExistencesChapitre 63 sur 71 · CHAPITRE VINGT-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-ET-UNIÈME

LE POÈTE (dans une mansarde où il écrit.)

Mon cœur se calme. C'est octobre. Je veux laisser un instant là l'œuvre à laquelle je travaille. Je veux me souvenir des octobres passés, et écouter la pluie tomber sur les platanes.

J'aurai bientôt trente-deux ans. Et, comme Hafîz, nous dit Kahn, fut soucieux quand il vit blanchir sa barbe, je sens venir le temps où les frôles jeunes filles que j'ai aimées me salueront d'un air plus grave.

L*octobre de Tenfance était la route grise

où sonnaient les brebis dans l'odeur du brouillard,

Técole détestée, mais la grande cuisine

où les roug-es fagots claquaient au foyer noir.

L'octobre adolescente était Témotion d'une verte prairie parsemée d'anémones ; c'était le long baiser que me laissait l'automne

pour mieux aimer l'hiver dans lame des tisons.

Puis l'octobre qui vint fut moins pur et plus vaste : Ce fut l'apaisement de ce dont je souffrais. Mes yeux brûlants battaient sur ce parfum sauvage qui sortait en tremblant de ses seins noirs sucrés.

Maintenant, que sera cet octobre nouveau ? Ce sera-t-il les bois où je me réfug-ie pour écouter le vide atroce de ma vie, et pour guetter au loin les files de vanneaux?

Etendu sur la mousse, ayant mis contre un chêne mon vieux fusil dont j'aurai rabattu les chiens, mon menton dans mes mains, à plat ventre, verrai-je la résignation dans les yeux de mon chien?

Cueillerai-je au bois noir le colchique d'automne? Tiendrai-je dans ma main la sarcelle blessée, et chanterai-je aussi avec les bonnes pommes la rainette qui crie au cœur des vieux rosiers ?

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