‹ Le Trional: Son action hypnotiqueChapitre 18 sur 25 · ACTION PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ACTION PHYSIOLOGIQUE

ABSORPTION. — TRANSFORMATION. — ÆELIMINATION. — Le trional est très rapidement absorbé puisque dans certains cas son action a pu se manifester 10 minutes après l'administration du médicament.

Bien que, dans l’urine d’une morphinomane neurasthenique, ayant pris 1 gramme de trional pendant 5 semaines, le D' Worms ait trouvé un corps réducteur lévogyre, donnant une déviation de 0°4 à 05, corps qui disparut 8 jours après la suppression du médicament et qu’il croit être un produit de transformation du trional, on ne trouve pas ordinairement dans l’urine trace du trional ou d’un produit de transformation.

Il parait donc être détruit dans organisme plus rapidement et plus complètement que le sulfonal et on ne peut pas comme avec ce dernier ingérè à dose un peu forte, en ajoutant de l’éther, l'obtenir dans lurine à l'état cristallin.

TA Re

ACTION SUR LES DIFFÉRENTS APPAREILS. — 1° Syslôine nerveux. — Les expériences ont été faites sur les ani-

maux, sur l’homme sain et sur le malade.

a) Expériences sur les animaux. Les premières expériences furent faites par Baumann et Kast qui reconnurent que, parmi les disulfones, sont seuls actifs ceux qui se décomposent en traversant l'organisme comme le trional; que ce corps a la même action chez les animaux que le sulfonal, mais d’une plus longue durée,

IIS administrèrent à un chien de 9 kilogrammes et demi, à 7 heures du matin, 3 grammes de trional dans du lait chaud.

Ç Déjà après 20 minutes : fatigue, tendance au sommeil, incertitude dans les mouvements.

Puis après quelques vaines tentatives de se déplacer, il tomba dans un profond sommeil. Trois heures après le chien gisait à terre ne répondant ni à des appels violents ni quand on le secouait. Cet êtat dura 4 heures. Puis le chien se remit graduellement et vers 4 heures de l’aprèsmidi il put de nouveau se dresser sur ses pattes et être sensible aux appels. Enfin une heure après il marcha, bien que vacillant, et à 9 heures du soir tous les symptô- . mes avaient disparu. L’urine ne contenait aucun disulfone intact. En donnant le trional en substance au lieu de le donner en solution, l’action était plus faible, mais l’état d'ivresse durait deux jours.

Raimondi et Mariottini expérim=ntérenf sur la grenouille, le lapin et le chien.

Chez la grenouille, en raison du peu de solubilité du

Are

trional, ils Pintroduisirent sous la peau simplement en suspension dans de l’eau gommée.

Avec de petites doses (1 à 3 cent.) : augmentation des réflexes, puis narcose.

Avec de fortes doses (3 à 3 cent.) : état paralytique et ralentissement du cœur. Son action porte sur le cerveau, car, Chez une grenouille intoxiquée par le trional, l’injection de nitrate de strychnine manifeste encore Son action sur la moelle.

La dose active, pour le lapin, fut de 0 gr. 2 à 0 gr. 25 par kilogramme, et la dose mortelle de O0 gr. 7 à 1 gramme.

Chez le chien, la dose active fut de 0 gr. 2 à 0 gr. 5 et la dose toxique de 0 gr. 9.

Il se montra plus toxique que le sulfonal et moins que le tétronal.

Les doses toxiques amenérent de la paralysie, des vomissements et un abaissement de la température. Il y eut toujours action cumulative. Il n’y eut aucun trouble des appareils circulatoire et respiratoire.

Horvath, qui à expérimenté sur des grenouilles, des lapins et des chiens, n’a constaté aucune altération du sang ; il a trouvé la pression un peu amoindrie et la res- : piration ralentie, si bien qu'il dit que la mort arrive par arrêt de la respiration. Les réflexes d'abord exagérés, dans les cas d'intoxication, sont diminuës pour disparaître finalement.

Enfin, dans les expériences que rapporte Bakofen, le

sommeil arrivait chez des lapins en 15 à 20 minutes avec

ru de

le trional et en 2 h. 1/2 avec le sulfonal. Il a trouvé que le sommeil durait une heure de plus avec le trional.

Chez les animaux intoxiquès, il a pu remarquer de la rétention d'urine et de l’hématoporphyrinurie, avec une légère hyperhémie des reins; pas d'autres lésions organiqques.

La mort semble arriver par paralysie du système nerveux central.

b) Expériences sur l’homme sain. Horvath essaya le trional sur lui-même et éprouva au bout de 10 minutes une grande tendance au sommeil, et un sentiment particulier d’abattement. Nous avons aussi noté ce fait plusieurs fois avant le sommeil trionalique.

Une fois seulement il eut des bourdonnements d'oreille, des nausées et un affaiblissement de Ia vue.

Schaumann trouva une différence très faible entre le sulfonal et le trional.

Enfin, Stieglitz en prit 2 grammes, trois heures après son repas, et éprouva au bout de vingt minutes une sensation de lourdeur dans les membres, mais pas d'alaxie, ni d'envie de dormir. Après une heure, un peu d'ataxie ; puis il s’endormit brusquement. Nous avons aussi remarqué chez plusieurs de nos malades cette manière brusque dont se produisait le sommeil.

c) Chez l’homme malade les nombreuses observations des différents auteurs que nous avons rapportées tiennent lieu d'expériences :

Le trional s’y montre simplement un hypnotique et un sédatif, il n’a aucune action analgésique.

Le sommeil apparaît le plus souvent en une demi-heure

Rue abs à 1 heure, souvent brusquement, mais çuelquefois prè-. cèdé d’engourdissement, de sensation de faiblesse, de vertige. C’est un sommeil semblable au sommeil physiologique, pendant lequel la respiration est normale.

Le réveil est naturel, quelquefois seulement troublé par un peu de malaise : cèphalée, vertige, titubation, sensation de faiblesse générale, ataxie, bourdonnements dans les oreilles, nausées, troubles qui disparaissent d’eux-

mêmes rapidement.

Mode d'action. — H parait agir sur l'écorce cérébrale,

en l’ischémiant selon Pelanda et Cainer.

2° Appareil digestif. — En général l’action est nulle sur appareil digestif.

Chez un malade de Pelanda et Cainer qui avait eu des vomissements fréquents dus à une gastrite éthylique qui avaient disparu sous lPinfluence d’un traitement approprié, il ne causa aucun effet fâcheux sur l’estomac.

Dans quelques cas cependant, il eut une action défavorable.

Chez une morphinomane de Mattison 2 gr. 50 causérent une douleur épigastrique et des vomissements répétés.

Dans un cas de paralysie générale, Bœttiger observa après l’ingestion d’une dose de 4 grammes des vomissements, de la diarrhée et un abaissement de température 41300, 1:

Pelanda et Cainer ont aussi noté plusieurs fois de la diarrhée profuse. Dans une de nos observations nous avons remarqué de même une lègére diarrhée,

role

Le D' Vogt à t'ouvé, au contraire, de la constipation.

Dans deux cas, Collatz a constaté des vomissements et dans deux autres de la diarrhée.

Dans d’autres cas, au contraire, le trional a paru exercer une influence favorable.

Pour Claus, il favoriserait les fonctions digestives,

Pour Springer, on remarquerait un appêtit féroce au réveil. Dans une de nos observations il a paru rappeler ‘appêtit depuis longtemps disparu chez une carcinomateuse,

3° Cœur el circulation. — Pas d'action.

Toutefois Horvath a remarqué sur des animaux, dans quelques cas, une accélération, puis un ralentissement du pouls, avec abaissement de pression et de la température, sans que la vie fût compromise.

Il n’exerce aucune influence sur la forme des globules et sur le spectre du sang.

4 Appareil respiratoire. — Action nulle.

5° Température. — Gènéralement pas d'action.

Dans un seul cas Pelanda et Cainer (obs. XXXU) ont noté un abaissement de température, qui se montra Constamment au réveil, de trois à quatre dizièmes de degré, et qui ne se vérifia pas avec les autres hypnotiques.

6° Nutrilion. — Ne modifie pas l’élimination de la— zOle.

7° Sécrétions. — Pour Koppers il Serait antihydrotique. À la dose de 0 gr. 50 il arrêterait des sueurs abon-

dantes.

Dans deux de nos observations il a semblé au contraire provoquer des sueurs.

Pas d'action sur la quantité des urines; on n’a note qu'une fois (Pelanda et Cainer), après l’ingestion de 0,50 centigrammes de trional, une diurèse extrèmement abondante et insolite.

On n’a jamais trouvé de sucre, ni d’albumine dans les urines, mais seulement de l’hématoporphyrine dans quelques Cas.

Accoutumance. — Accuinulation. — Comme le sulfo-, nal et le tétronal, le trional ne perd rien de son activité à la longue. Il ne provoque donc pas l’accoutumance.

Mais il a une action cumulative assez marquée.

Deux faits le prouvent.

1° L’action est plus intense après la seconde prise qu'après la premiére.

Une observation du D’ Duguet est très caractéristique sur ce point : un tuberculeux prend pendant trois jours une dose de 1 gr. de trional qui produit le premier jour quatre heures; le second six, le troisième dix heures de sommeil.

2 L'action persiste de 1 à 3 jours après la suppression du médicament. |

Les autres hypnotiques se montrent plus actifs quand ils sont administrés les nuits qui suivent la suppression du médicament.

Le trional a-t-il un effet curatif dans l’insomnie ?

C’est ce que pense le D' Vogt qui a obtenu des cas de guérison complète et durable de l’insomnie chez des neu-

cn udosail urin dl

rasthéniques après quelques jours d'administration du trional, Ce fait se rencontre encore dans plusieurs autres observations. Peut-être ces observations se rapportentelles à des états nerveux passagers qui étaient entretenus par l’insomnie; le sommeil apportant le repos il se produisait une amélioration de ces états et par cela même le sommeil devenait plus aisé? Nous n'avons remarquë aucun fait semblable.

TOXICITÉ. INTOXICATIONS. — [. Zaloxrication aiguë. — Il est assez difficile de fixer un chiffre à la toxicité du trional chez l’homme; les cas d’empoisonnement aigu qu'on à observé, n’ont pas en effet étè suivis de mort. Selon Raimondi il serait plus toxique que le sulfonal, dans le rapport de 1 1/2 à 1.

Collatz cite le fait d’un homme qui voulut s’empoisonner en absorbant en une seule fois 8 grammes de trional; il eut 15 minutes aprés une attaque épileptique suivie de nausées, puis il tomba dans un profond sommeil qui dura 12 heures; le pouls et la respiration étaient normaux. Le lendemain : coliques, ténesme vésical, rétention d’urine. Le troisième jour : un peu de céphalalgie et d’incertitude dans la démarche. Rien dans les urines.

Kramer raconte le cas d’un étudiant en pharmacie, ancien morphinomane, qui ne pouvant arriver à dormir avec 1 gramme de trional tous les soirs, ingéra, dans un but d2 suicide, 16 grammes de trional. Le lendemain : collapsus, pupilles très dilatées; dans la journée convul-

sions cloniques des membres supérieurs; le soir grande

3OUDEAU S

prostration, rétention d'urine. Le lendemain matin il put se lever et guérit rapidement.

IT. Znloxicalion chronique. — Elle est plus fréquente que l’intoxication aiguë.

Les conditions qui la favorisent sont : la longue durée du traitement et le manque d’interruptions beaucoup plus que les doses absorbées, l’état du malade, la constipation qui favorise l’accumulation du médicament, le sexe (on a remarqué que tous les cas d'intoxication par le sulfonal et le trional s’observaient chez des femmes).

Pour certains auteurs le sulfonal serait plus toxique parce qu'il s'éliminerait moins facilement.

Les symptômes qu’on observe dans lintoxication chronique sont : l’hématoporphyrinurie, la constipation opiniâtre, l’oligurie, l’anorexie, des troubles nerveux.

L'hèmaloporphyrinurie s'est rencontrée jusqu'ici chez des malades prenant du sulfonal et dans les maladies des organes hématopoïètiques, une fois après une simple injection intra-utérine de glycérine.

l'urine qui renferme de lhématoporphyrine a une odeur empyreumatique, semblable à celle de lacétone.

Elle reste inaltérée pendant très longtemps.

Elle est rouge sombre par incidence et rouge brun par transparence.

Examinée au spectroscope en solution acide, elle donne ‘deux raies dans le jaune et le vert clair.

Si l’on ajoute de l’ammoniaque. on obtient quatre raies

De d'absorption dans le jaune, l’oranger, le vert clair, et à la limite du vert et du bleu.

Sa réaction est fortement acide.

En traitant cette urine pas l’acétate de plomb basique, on voit le précipité fixer la matière colorante,

La littérature du trional renferme quatre cas d’intoxication grave par le trional dont deux entraînérent la mort.

Cas de Schullze : Dame de 54 ans, qui avait Lenté de se suicider quelques jours avant son entrée à l’hôpital.

Elle se plaignait de son manque d’appétit et de sa constipation, mais surtout d’insomnie. Tous les hypnotiques avaient échoué, quand le trional la fit dormir.

Elle en prit, de mi-décembre 1893 à mi-janvier 1894, 24 à 25 grammes à la dose quotidienne d’un demi gramme à { gramme. A la fin de 1893, survint une aggravation marquée : elle prenait encore quelques aliments, elle les refusa tout à fait. Alors apparurent de violentes douleurs épigastriques avec vomissements, sans qu’on puisse trouver une raison à cet élat. |

Elle tomba dans le collapsus et mourut le 20 janvier.

Pas d’autopsie. Mais on avait remarqué, quelques jours avant sa mort, la présence d’hématoporphyrine dans l'urine, qui ne

contenait d’ailleurs pas d’albumine,

La mort de cétte femme est-elle due au trional? Il nous semblerait plutôt qu’elle ait succombé à lina-

nition où l'avait entrainée son refus obstiné d'aliments.

Cas de Herting : Femme de 36 ans, aliénée, ayant déjà pris

53 grammes de létronal en 60 jours, puis 5 grammes de sulfonal

0e — el 22 grammes de trional en 24 jours (pendant une période de 51 jours). Hématoporphyrinurie avec diminulion de l’appétit et disparilion rapide des forces.

Mort 26 jours après l’apparition de l'hématoporphyrine et 15

jours après la dernière prise de trional. Pas d'autopsie.

Le troisième cas est de Hecker et n’entraina pas la mort (Nous n'avons pu trouver dans aucun ouvrage Ce cas cité par Reinicke).

Cas de Reiniche. — Ce qu'il y à de remarquable dans ce cas, c'est que l’auteur, prévenu des dangers que pouvait avoir le trional, a pris de grandes précautions, surveillant la sécrétion des reins et les fonctions digestives et coupant l’administration du médicament par des interruptions suffisantes.

I! s'agit d’une femme de 26 ans, atleinte de manie aiguë avec hallucinations, mais très bien portante, qui prit du trional du 15 octobre 1894 au 24 janvier 1895, 1 gramme presque tous les deux soirs. On cessa complètement du 1 au 22 décembre et du 14% au 22 janvier. En tout 40 grammes en 107 jours.

Le 23 janvier, on n'avait rien trouvé dans les urines ; le 29, l'état général était très satisfaisant ; le 30, elle se plaint de céphalalgie, vertige, anorexie, douleurs épigastriques. Température 38°,5. Urines normales macroscopiquement.

1 février. — Température très élevée. Urine presque noire renfermant 2 0/0 d’albumine, au microscope globules blancs et rouges, cylindres hyalins et granulés. Puis peu à peu ces symp-

tômes disparaissent et ia malade reprend, assez lentementil est vrai.

Dans cette observation l’intoxication s’est donc traduite par des accidents nerveux, des symptômes gastro-intestinaux (diarrhée sanglante) et une perversion profonde de

la sécrétion urinaire.

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