AVERTISSEMENT
Qu'est-ce que Choderlos de Laclos? — Un conteur erotique, déclarent ceux qui ne l'ont pas lu ; un observateur profond et redoutable, confient ceux (et le nombre en est grand) qui ont pris la peine de le pénétrer.
Son nom n'évoquait que le souvenir des Liaisons dangereuses. Cependant les lueurs incertaines de sa biographie retenaient Tattention et piquaient étrangement la curiosité. On savait que ce romancier d'un jour avait été capitaine d'artillerie, sous l'Ancien Régime ; qu'il éUûtmorl général, à Tarente, dans les aventureuses légions de Bonaparte. La Révolution l'avait vu, tentateur d'un prince « démocrate», mener, à ses côtés, les complots ténébreux du Palais- Royal. Dans toutes les crises, au 5 octobre, après Yarennes, au 10 août, l'historien le devinait dans l'ombre, sans jamais le rencontrer en face. Ainsi le peintre des salons les plus raffinés avait recherché les brutalités de la politique et les drames sanglants ffé la rue; ainsi cet analyste subtil avait porté jus^iu'à la mort l'âme d'un infatigable soldat; . . . mais, Uiciturne autant que mysléri^eux,
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ii n'avait laissé sur sa route inquiète qu'un petit livre, cruel et délicat.
Laclos, qui connut si bien le cœur de ses contemporains, semble avoir voulu leur dérober le sien ; mais le plus impassible se trabit pour la postérité. — Deux volumes, légués par sa veuve à la Bibliothèque Nationale, contenaient, avec le manuscrit de son roman, d'autres essais littéraires, ses vers, qu'on pouvait compléter par VAlmanach des Muses y des articles de journaux, des lettres, en particulier sa correspondance avec M*"* Riccoboni au sujet des Liaisons dangereuses. Aux archives administratives du Ministère de la guerre, se trouvait toujours son dossier d'orticier ; aux archives historiques, les notes de ses chefs, puis sa correspondance avec Servan, h la veille de Valmy, avec Pache, à l'armée des Pyrénées ; le Comité d'Artillerie gardait trace, dans ses cartons, de ses travaux techniques et de ses inventions. Grimm, Laharpe et Tilly nous entretenaient de son livre; de nombreux mémoires, de plus nombreux libelles nous parlaient <le sa politique. Les archives du Ministère des Affaires étrangères possédaient les lettres qu'il rédigeait à Londres pour le duc d'Orléans. Le savant recueil de M. Aulard, complété par les journaux <lu temps et principalement par celui que Laclos dirigea, permettaient de l'écouter à la tribune <les Jacobins, et même de le suivre au sein de leurs conseils. Les Archives de la police nous le montraient à l'Assemblée de sa section. Deux dossiers des Archives Nationales concernaient sa longue détention sous la Terreur. Enfin ses descendants