Aulurd, lliëtoire politique, p. 238, notcl
CIIAPITUK XI M
Laclos est-il le véritable vainqueur de Valmy ? — Dans 1 entourage de Servan. — La délivrance nationale et la défense de Paris. — Le maréchal Luckner. — « Laclos h ChAlons. — Ses plans en cas de défaite. — La position de Suippe. — Les volontaires parisiens. — Le commissaire et le maréchal. — Laclos organisateur de l'armée de seconde ligne. — Laclos travaille à la jonction. — Surprise générale après Valmy. — Mérites et déconvenue de Laclos.
Laclos est-il le véritable vainqueur de Valmy P Voilîi sans doute un litre de gloire qu'on ne songeait pas h revendiquer pour Tauteur des Liaisons dangereuses, 11 lui fut découvert par quelques admirateurs étonnés et ravis, après la publication dans l'Intermédiaire des Chercheurs et Curiewr des lettres qu'il écrivit de Ghi\lons pendant le mois de septembre 1792. M. Chuquet discutai cette opinion dans la Revue critique. Quelle belle occasion de réconcilier en la personne de Laclos l'analyse et l'action ! Le plus subtil des vivisecteurs de l'amour serait donc aussi le vainqueur de Brunswick et de
1. Les sources de ce chapitre sont presque entièrement contenues dons les archives du Ministère de la guerre (campagne de rArgonne 1702). Les lettres de Laclos ont été publiées en 1885 dans Vtntermédiaire des Chercheurs et Curieux^ pur M. Henri Céard.
» la Republique avant la réunion de lu Conven » lion* » . Le fougueux tribun ne pensait alors qu'a la France envahie. La première armée d'Europe, son plus illustre général franchissait les frontières et marchait sur Paris. Les hommes du métier jugeaient la partie perdue d'avance. Servan, Roland et les girondins projetaient d'abandonner la capitale et de transporter à Tours ou à Blois le siège du gouvernement et la personne du Roi. Mais Danton, de ses larges épaules, barrait les portes de Paris. Il a édifié sur son pavé sa fortune et celle de la Révolution ; cruellement indifférent au sang qui l'éclaboussé, comme h la boue qu'il manie, il jure de s'ensevelir sous ses cendres. 11 y fait venir sa mère, qui est Agée de soixante-dix ans. C'est lui qui va donner le branle à la défense. Monge et Lebrun lui obéissent; Roland le subit; Sei'van s'incline a son tour devant son énergie dominatrice et se plie à son audacieux dessein.
Alors Laclos sent brûler de nouveau son feu militaire. Connue Danton, il porte au cœur un patriotisme obstiné. En retraite depuis quinze mois, il s*exalte encore aux rêves glorieux de ses vingt ans. DégoiUé de la politique, il revient à son ancien métier, celui qu'il aime le mieux, bien qu'il soit propre à tous. 11 est l'ami de Servan ; Danton le protège. C'est à Tarmée qu'il veut en profiter ; c'est sur les champs de bataille qu'il pense désormais a illustrer ses cinquante années.