Moniteur. Séonce du 18 noAt de rAnnemblée nationale
iiiîers généraux ». On était encore plus prussien dans les clubs qu'il Tarmée. Cependant le vieux reltre, toujours rapacc et madré, devenait, avec l'âge et les circonstances, larmoyant et pusillanime. Par crainte ou ])olitique, il jurait fidélité à tous les partis. Ne concevant pas d'autre régime possible que la royauté, il pensa s'abriter derrière La Fayette, dont les manières d'homme de cour et Tassurance lui imposaient. Après Torage du 10 août, il se déclara Jacobin, tout en reculant devant l'ennemi. Son vieux prestige opéra encore sur les Commissaires de l'Assemblée, dont l'ignorance arrogante était su|>erstitieuse. Servnn, (|ui le connaissait, voulait le destituer. Ils l'en empêchèrent. Pour ménager l'opinion et sur le désir de Kellermann, le Conseil exécutif provisoire décida de le « charger, en qualité de généralissime des ar- » niées, de concourir par ses conseils aux opérations » et mouvements des armées françaises». Le Conseil pensait aussi l'utiliser, en l'empêchant de nuire. Servan, le sachant peu enthousiaste et mal entouré, ne lui ménagea |ms les avertissements. « C'est, M. le » Maréchal, lui écrivait-il, une guerre à mort. 11 » faut que les Prussiens nous subjuguent, ou que nul M d'entre eux ne puisse se vanter d'avoir mis le pied » sur la terre de la liberté. C'est là, M. le Maréchal, » l'esprit de tous les Français. Imprégnez-en tout ce » qui vous entoure. Eloignez de vous tout ce qui est » suspect. Ainsi vous serez le héros des Français ». Mais ne pouvant s'assurer lui-même qu'il était écoulé, il jugea plus sûr d'y envoyer Laclos. Le 5 septembre, il annonçait à Luckner son arrivée. « L'importimce de la mission dont vous êtes chargé, » la multitude et la variété des objets qu'elle com- » prend, l'étendue et la nécessité d'une correspon- » dance très active ont déterminé le Conseil h éta-
» hlii* auprès de vous un 6///r^/i/, (|ui, vousfaciliUuit » l'cxéculion dos détails, vous pcnncitira do vous » livrer tout entier aux conceptions militaires pour » lesquelles la nature et l'expérience vous ont éga- » lement formé. Le Conseil a placé 21 la tête de ce » bureau, M. Choderlos de I^clos, dont les talents » et le civisme également connus vous rendront ccr- » tainement, M. le Maréchal, les ra|)ports qu'il aura » avec vous aussi utiles qu'agréables. I^ Conseil lui » a donné le titre de conunissaire. 11 part demain » pour vous rejoindre. »M. Choderlos, ajoutait-il plus loin, «avec qui j'ai conféré sur nos moyens et sur la » manière de les employer vous développera mes idées, » qui foutes sont tounu^es vers la défense de la Capi- » taie, M. L'ibourdonnaye part ce soir pourKeims. Il » est II vos ordres comnu; Coumiandant de l'année de » l'intérieur ». — «J'attends avec impatience, » i-éponditLuckner, lelendemain,« les personnes que vous » m'annoncez devoir concourir à me seconder, et » particulièrement M. Choderlos de I>aclos, d*après » le bien que vous m'en dites. Il me communiquei*a » plus particulièrement vos intentions et les moyens » d'organiser promptement les dillerents corps de » réserve * ».
Luckner n'était plus qu'un masque imposant, mais c'est justem^înt la manière de Laclos de se dissinuiler pour agir. Jadis il poussait devant lui un prince du sang, faible et débauché, maintenant il prend position derrière un généralissime incapable. Les pouvoirs qu'il emportait de Paris étaient tels qu'ils permettaient à un homme de son
1. Scrvnn ù Luckner, 5 sept. — Luckner il Scrvan, 0 sept. — Le général Griinoord insinue que Luclos étuit également chargé da tronsmcttrc à Dumouriez un mémoire de lui sur les o|»éraliont. (Tableau hittoriijue^ H, p. 5'i).
expérience et de son caractère de s'emparer, au milieu du désordre, de lout l'essentiel du commandement.
« Le Ministre de }a guerre, » dit sa lettre de service, « ayanl observé que la distance qui sépare » Paris et le théâtre de la guerre fait souvent perdre » des moments et des occasions précieuses; qu'il » est impossible au Ministre de se rapprocher du » lieu 011 les armées agissent, que Chûlons, désigné » pour être le quartier général des armées fran- » çaises et la résidence présumée du généralissime » serait véritablement le point d'où il serait à » désirer que les ordres ministériels partissent; » qu'il est important que le Ministre soit suppléé, » autant que cela est possible, pour une multi- » tude d'objets instants à terminer et sur les- » quels on ne |)ourrait prendre sa décision sans » que la chose publique ne périclitât; qu'il ne » peut être choisi pour suppléer au Ministre qu'une » personne également connue pour ses talents et » son patriotisme; qu'il est indispensable que le » Ministre ait une connaissance exacte, régulière et » entière de tous les grands mouvements, qui seront » ordonnés par le généralissime; conformément à » la délibération du Conseil exécutif provisoire, » nomme M. Choderlos de Laclos pour remplir » reiH|)loi de commissaire du Conseil exécutif pro- » visoirc auprès du généralissime.. J. »
Laclos devait donc établir près de Luckner un bureau destiné à l'aider dans tous les détails de sa correspondance, veiller à la traduction des ordres, que ce singulier généralissime ne pouvait rédiger qu'en allemand, et se mettre en rapports avec
'. A. G. Dossier Laclos.
3'i4 LE GÉNÉRAL CHODERLOS DE LACLOS
loules les branches du service. 11 euiincnait avec lui Barraull, commissaire des guerres, Schroeder, chef de bureau h 8.000 francs de traitement, et trois commis du département de la guerre, Lefebyre, Blassel et Bresette, qui devaient ôtre appointés à 3.000 francs. Pour la gratification de campagne et la ration de fourrage, le nouveau commissaire du pouvoir exécutif était traite^ comme un Mai*éclial de Camp K
Laclos quitta donc, le 6 septembre, Paris encore ensanglanté par le massacre des prisons. Disons h son honneur cpril fut dans sa section un de ceux qui s'élevèrent courageusement contre la Commune. iNomnu! électeur dans la séance du 20 août, il vint, le P*" sn|)tembre, reuuîrcierrAssembh'^e de sa si*clion et donner sa démission « attendu qu'il venait dVitre » choisi par le Ministre pour aller combattre les » ennemis extérieurs ». On lui vota des remerciements '". 11 rejoignit à Reims Labourdonnaye et trouva la place sans conunandant. Deux jours auparavant, le général Duhoux, passant la revue des bataillons, fut entouré par une foule de sédi* tieux. C'était |>()ur la plupart des enfants de Paris, petits, malingres et à moitié nus; ils réclamaient des armes et accusaient leur général de les mener à la boucherie et de les trahir. Duhoux perdit la tête, pi([ua des deux et s'enfuit à Chûlons auprès du Àlaréchal Luckner. Liiclos fut d'ailleurs contraint ainsi (pie Labourdonnaye de passer siuis délai h Soissons, où les fédérés arrêtaient au passiige lesconvois
1. A. i\. Dossier Luclos. — Lacluii ne fut donc juinuîs colouel, ainHi que l'fScrit M. Chuquct [Hetraite dt llrunawivk^ p. 37), sans doute sur lu foi do Dumouriei, qui rn]>pcllc : lo colonel Lnclot. Ses étutM de «ervice d'uilleunt en témoignent fornicUemcnt.