Duinuuricz, Mémoire» ^ UI, p
(le Napoléon, capitaine et député pour Tinstant, assurément Tun des hommes de France les plus versés dans les questions militaires ; c'est aussi Tune des plus belles âmes de Tarmée ; son plus cher désir est de ressemblera Gatinat; plusieurs généraux, pour hfttcr la solution des aflaires, s'adressent directement à cet homme infatigable. 11 est Tintime de Laclos ; pour Servaji comme pour lui, c'est « Tami Lacuée ». Servan, (jui pensa déléguer Lacuée près de Dumouriez, envoya Laclos à Chàlons pour y remplir ses fonctions de commissaire du pouvoir exécutif. Dans les plans de défense nationale, qu'avait conçus le ministre, ('ihi\h)ns jouait un rôle pré|K)ndérant.
INe pas livrer de grande bataille, épuiser, énerver renncmi, lui couper ses communications, et présenter sur la Alarnc, en y concentrant toutes nos forces, un front imposant, qui barrerait aux ennemis la roule de Paris, siège du gouvernement révolutionnaire et moteur de la défense, de Paris, impressionnable à l'excès, ou la peur devait être le signal des pires allcnlals et ris(|uait de consonnner l'anarchie : telle était l'idée directrice de Servan et de ses amis. Laclos en était imbu. Une victoire prématurée, accompagnée de la destruction d'une partie de nos trou|)es régulières, nous aiïaiblirait à l'égal d'une défaite et découvrirait Paris. Cette considération rcha|)pait auUmt h Kellerman (|u'à Dumonriez, tous deuv iinjKitients d'engager la lutte h leur heure et chacun pour soi. Servan ne cessait de la leur faire valoir. Temporiser, se fortifier, se concentrer et se porter ensuite sur l'ennemi en grosses masses pour le chasser, avant l'hiver, de notre territoire, tel éUiit l'espril de toutes ses instructions. GhiMons devenait ainsi, sur la Marne, l'avant-garde du gouvernement à la rencontre des armées et leur point
génoml (le concentra lion. Avec Aleanx, Reims cl Soissons, c'éUiil de plus le grand enlre|MU des i*essources nationales en hommes et en subsistances, le magasin des vieilles troupes et le creuset des nouvelles. C'était là (|ue se rassemblaient les volontaires, qui surgissaient de toutes les communes de France h la grosse voix de Danton, a Jusqu'ici, gron- » dait-il, nous n'avons fait que la guerre simulée de » I^ Fayette. II est temps de dire au peuple qu'il » doit se précipiter en masse sur les ennemis... Il » faut (pie tous ceux qui sont armes volent aux » frontières... Tout appartient à la patrie, quand la » patrie est en danger^ ». Luckncr, nommé généralissime, et remplacé par Kellermann h la tâle de l'armée du Nord, avait établi à GliAlons, le 4 septembre, son quartier général. Il éUiit suspect et ses fonctions étaient plus nominales que réelles.
Avant le 10 août, Luckner était l'espoir suprême de la France envahie. Seul, de tous les généraux dont la Révolution disposait, il avait commandé en chef pendant la guerre de Sept-Ans. C'était un vieux hussard de soixante-dix ans, robuste encore et toujours à cheval. Louis XV l'avait arraché h prix d'or à Frédéric II. Naguère, il fais^iit la joie des courtisans, parce (|u'il était rouge, carré, borné, jurait, buvait et tutoyait tout le monde dans un fran(;aîs déplorable. Les soldats l'appelaient en riant « le père Luckner ». Mais comme il arrivait de Pnisse, on l'en admirait d'autant. I^ R(Wolution Tétoima, le dérouta, mais le combla ; elle lui continua ses trente-six mille livres et le lit maréchal de France. Narbonne lui remit pompeusement le b&ton, en l'assurant qu'il « privait nos ennemis d'un de leurs pre-