‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 116 sur 173 · Laclos ù Servun, 10 septembre · texte numérisé non relu

Laclos ù Servun, 10 septembre

Luckner, que le Conseil exécutif rappelait à Paris pour profiter de ses avis, accompagnait son terrible commissaire. En vain, il demandait à se retirer à Strasbourg, pour soigner sa santé, ou h être envoyé sur le Rhin ; il se faisait fort avec vingt mille hommes de tout brûler, de tout culbuter de Mayence à Coblentz et de sauver la France. C'est pitié de voir ce vieux soldat se débattimt sur U) bord de l'abîme. Servan (;t IjicIos avaient espéré le sauver en fais«mt décider son rap|)el et« Tempécher d'être pendu. » Il fut guillotiné le 4 janvier 1794.

« 11 est fort pressant, » disait I^clos en terminant sa lettre, )> d'arrêter un plan propre à terminer glo- » rieusemenl la campagne. Cette idée hAte mon re- » tour. » Ce fut donc dans le bureau de Servan, qu'il apprit la nouvelle de la canonnade de Valmy. Le 20 au malin, comme Kellermann s'apprêtait à s<ï replier vers CliAlons pour couvrir la Marne, il fut tourné par l'ennemi (>t reçut son choc ; flanqué aussitôt sur ses ailes par l'armée de Dumouriez, il oppos«i aux alliés une inflexible résistance. Cette affaire causa peu de sensiition. Le lendemain Kellermann maudissait encore la jonction qui l'avait coupé de Paris, et Servan ne cessa, pendant plusieurs semaines, d'inviter Dumouriez à se retirer de l'autre coté de la Marne. 1^; 22 septembre, il adressait aux généraux et aux départements les instructions mêmes qu'avait prescrit I^clos dans son mémoire : se replier sur Paris en emportant toutes les subsistamces, détruire les routes, les moulins, combler les puits et les fontaiu(»s, ramener V(;rs l'intérieur toute espèce de provision et brûler ce (pii ne peut être emporté, faire des<*endre tous les bateaux de l'Aisne et de lu Marne, sonner le tocsin, prendre les armes, harceler l'ennemi et ruiner ses convois « principe qui a toujours

» réussi en Gnule, cl notamment du temps de Fran- » çois P''». 11 faisait toujours appel h la défense nationale; il s\'ittendait toujours* à une hataille devant Paris, cependant que Brunswick découragé ne pensait plus qu'à négocier.

Dans cette étonnante campagne, chacun marcha de surprises en surprises. Un dieu capricieux déjoua tous les plans, confondit toutes les combinaisons et, pour les acteurs les plus avertis, pour les spectateurs les plus pénétrants, se plut sans cesse à faire triompher le hasard. Le roi de Prusse se flattait, sur la foi des émigrés, de marcher sans obstacle sur Paris, aux acclamations d(>s Fran^*ais, et il rencoiilrail des adversaires redoutables et une population haineuse. Le duc de Brunswick prétendait faire une guerre de sièges, et la bataille se présenta devant lui au bout d'une prudente étape. Pour Servan, qui temporisait, une rencontre même victorieuse eût tout perdu : elle se produisit et sauva la France. La nation courait aux armes à la voi\ de Danton, et c'est Tai'mée royale, qui défendit seule la Révolution. Kellcrmann s'avançait à contre-cœur, craignant d'ôtre englobé dans la défaite de Dumouriez : il fut attaqué et Dumouricz le secourut. Mais c'est au subtil auteur des Liaisons dangereuses, a Tambitieuxet entreprenant gardien du généralissime, à Thomme qui, dans ces temps troublés, apportait sans doute un esprit aussi prompt et beaucoup plus perspicace que Dumouriez, (juc la fortune réservait sa plus éclatante déconvenue. 11 désigne sur la Suippe une position favo*rable où tous les généraux se dirigèrent, et où personne n'arriva. Prévoyant la défaite, il fait des plans judicieux, que chacun approuve, et que la victoire déchira. 11 tend son énergie pour une lutte désespérée et n'entendit même pas le bruit du canon.

Si Laclos n'est pas le véribilile vainqueur de Yaliny, il fui du moins à cette heure critique un des meilleurs agents de la défense nationale. 11 commença de former les volontaires, prévit courageusement la défaite, assura Tarrière, réconforta Paris; il travailla utilement jour et nuit,. mais ne fut jamais à l'Iionneur. Cependant si Ton considère (pie ses prévisions étaient les plus raisonnables et que le gouvernement les avait adoptées; que, dans le désarroi général, une levée en masse semblait la suprême ressource ; que les eflbrts des émigrés, poussaient Brunswick h une marche précipitée sur Paris ; que Luckncr, paré d'un vain titre, restait pourtant, à Chûlons, le point de ralliement des forces nationales et donnait des ordres aux généraux, on pensera non sans raison (pie L'iclos avait rêvé mieux encore que le rôle d*un Kellermann ou d'un Dumouriez, qu'il ambitionnait d'être, sinon le chef, du moins l'âme et le moteurde la résistance, et, qu'après avoir comploté avec Danton de changer, en 1791, le gouvernement, il s'avisii, comme lui, de sauver, en 1792, la France et la R(Wolution.

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