II ion à Lnclos. 'i décembre
» nouveau prix à celle inarque de leur civisme. » La nuil se passa en farandoles h la lueur d'un feu d*arlifice ^ Laclos porla le lendemain ses plaintes aux commissaires. L'un d*eux élait Carnet. 11 prit ardemmenl contre les bureaux, le parti de ses anciens camarades de Tarmée royale : « Je vous en- » voie, chers collègues, écrit-il à la Convention, » divei*ses pièces qui prouvent évidenunent ou la » malveillance du Ministre de la Guerre, ou son » impéritie absolue, ou eniin qu'on ne veut point » d'armée des Pyrénées. Je pourrais vous en en- » voyer beaucoup d'autres qui prouvent ou son igno- » rance, ou son mépris ])rorond pour les lois dont » Tcxéculion lui est confiée. »
Iai 23 novembre, Paclie écrivit enTin à Inclus pour lui parler tle stralé<i^ie. Il fit observer que les d(Mi\ défilés par lesquels on pouvait traverser les Pyrénées étant très éloignés Tun de l'autre et séparés par des hautes montagnes, Tarniée devait être, elle aussi, séparée en deux corps distincts. Il lui commandait donc de se porter a Perpignan, tandis que le général l)uhou(|iiet se porterait à Bayonne. Li'is troupes seraienl dirigées dans ces deux ville.s. <« Convaincu » (|ue Tobéissance des fonctioiniaires publics est éuii- » nemment une vertu républicaine », I^clos cependant ne craignit pas de repousser ce plan « avec la » franchise d'un homme libre. »
« Je connais comme tout le monde, écrivit-il à » Pache, les deux principaux débouchés par lesquels » ou peut travei^ser les Pyrénées. Ils ne sont ]nis les » siMils. Vous savez sans doute aussi bien que moi le » parti qu'a tiré le maréchal de Beauveau d'un dé-
1. Journal unifcrêel ei impartial de la HaïUe^Garomme et Affckeê lie Tttulouae, VJ nov. 17tK). Churuvay. Curreap, de Carmai, I, p. S6I.
« bouché plus central, pour lr.iverser les mêmes » monUignes dans la guerre pour la Régence. » Mais, sans imiter cet exemple, que Pache ignorait cerUiinement, Laclos voyait au rassemblement des troupes à chaque extrémité de la frontière les plus grands inconvénients, « tint politiques que militaires ». « C'est à moi de les mettre sous vos yeux et » c'est à vous de les juger. » D'abord TEspagne s'effraierait d'un procédé si menaçant et y répondrait en hâtant ses préparatifs. D'autre part, le général Servan, « qui sait la guerre », voudra certainement laisser ignorer à l'ennemi, le plus longtemps possible, le véi'iLible point d'attaque et, pour y parvenir, il désirera que ses forces disponibles soient rassemblées sur le centre de la frontière, et un peu en arrière, c'est-à-dire dans la position qu'occupe Toulouse par rapport aux Pyrénées, et d'où l'on a les comnmnications les plus faciles avec les différentes parties de ces montagnes. L'armée, séparée en deux corps, distants de plus de 80 lieues l'un de l'autre, ne pourrait plus se réunir, si les circonstmces venaient à modifier le plan d'attaque. Enlin, l'on aurait mangé h l'avance le pays, qui devra nourrir la guerre. En conséquence, Laclos demandait à conserver le point central, choisi par Servan et lui connue (|uarticr général, c'est-à-dire Toulouse. Servan appuya vigoureusement ces raisons. Pache protesti aussitôt que ses principes étaient de laisser les généraux maîtres de diriger leur plan de campagne. Quand la guerre éclata, au mois de mars 4793, le premier soin de Beurnonville, qui remplaçait Pache, et de Servan fut de faire occuper le défilé central du Val d'Aran, que le coup d'œil militaire de Laclos avait aussitôt désigné à l'attention du ministre. Après la retraite des Prussiens, une folie héroïque
s'éUiit eiiipaiTO dt; la France. Nos années dciionlcnl Unîtes les fronlières. KUes sont cnininantlées par des hommes de I*ancien régime, heaiieoup moins sensibles à l'esprit révolntionnaire, qu*avides de gloire et s'ahandonnanl an\ sédnctions de Tinconnu. Liirlos les connaît tous. La plnpart sont de son âge. C'est Custine, lieutenant de Uiron, qui révolutionne TAllemagne ; c'est Dumouriez, dont les deux lieutenants sont, à Jemmapes, Labourdonnaye et le duc de Chartres; c'est Montes(|uiou, (|ui entre à Chambéry, et Anselme, (|ui, de Nice, veut pousser jusqu'à Rouie. Naples tremble devant les vaisseaux de Liitouche, Tancien chancelier du duc d'Orléans. L'armée des Pyrénées s(»ra-t-elle donc la seule sacriKée? Ce ne sont pas seulement des arnuîs et des soldais cpii lui maiMpienI, c'est un ennemi à combattre. Malgré les |n*ov<»cations dont elle est l'idget, l'Kspagne ne demande (pie la paix. Notre ambassadeur Bourgoing raf(u'me. Cdiarles lY n'a ni scddats, ni bateaux, ni argent. Au fond de l'Ëscurial, il lit avec épouvante les exploits des soldats de la République, et le seul nom de jacobin le fait trembler. Par bonheur, la Conv(^nti(»n, tpii provoque l'Kurope entière, oublie ce royaume, (pii sonmole derrière ses montagnes». <t J*espère, écrit Paclie à Laclos, ([ue la République » française et l'Kspagne conserveront la paix qui Icïs » unit. J'en serai fAché pour votre gloire; mais, » comme citoyen, je ne puis souhaiter que la Uépu- » bliqiie aitc<mtreelle toutes les puissances derËu- » rop(^ » Assurément, le b(m sens est cette fois du colé du a père Paclie ». Mais ce n'est point là l'affaire du général Laclos, (pii brûle, comme à ChAlons, de faire la guerre. « Son opinion personnelle » est (pi'il importe à la gloire et même à [la sAreté » de la Répuldique française de déclarer la guerro
» au gouveriieiuenl espagnol. » Voilà ce qu'il écrit de Toulouse, le 19 novembre ; de Perpignan, le capitaine Lacuée lui fait écho. On veut nous dégoûter », confic-t-il h Laclos. Il se traite à Paris *quel(|ue grande aiïaire, et Ton ne nous garde plus ici que connue des « épouvanUiils ». « Un « cri général, annonce-t-il à Pache, se fait entendre » pour déclarer la guerre a TËspagne. » Le citoyen Bourgoing prétend que ce pays désarme ; mais des correspondants, que « Taniour de la République lui procure », lui font savoir, à lui Lacuée, qu'elle arm(*. par terre et par mer. Et L;icuée interpelle Hourgoing : « N'est-il pas un endormeur ou un » endormi ? Pounjuoi laisse-t-il Laclos et lui » connue des voyageurs altérés pendant un orage? » Qu'il ne se fie pas aux ministres espagnols ! La » foi d'un ministre n'est-elle pas la plus punique de » toutes, celle <run roi exceptée. J'aimerais mieux le » billet (le Ninon, car celle-là n'avait (pi'un genre » de faiblesse. »
Le !•*■ décembre, le général Laclos prit sa bonne plume, dans laquelle il n'avait pas moins de confiance que dans son épée, et il entreprit, dans une longue lettre, la séduction du « père Pache ». C'était seulement quelques réflexions, disait-il, qu'il soumettait « bien moins au citoyen ministre qu'au ministre citoyen ».
« Je ferai cedilennne : Voulez-vous la guerre avec » l'Espagne, hàtez-vous de rassembler une formi- » dable armée vers les Pyrénées. — Voulez-vous la » paix avec l'Espagne, hâtez-vous plus encore de » former une armée encore plus formidable vers les » Pyrénées.
» Etes-vous sûr d'avoir la paix avec l'Espagne » seulement, hâtez-vous d'assembler une formidable
» nriiiée yci*s les Pyrénées; \oiis la dirigerez aisé- » ment vers Tltalie et elle sera, au [besoin, une auxi- » liaire déterminante pour la Turquie.
» Enfin, êtes- vous sûr de la paix avec toutes les « puissances méridionales, hàtez-vous encore de rus- « sembler une armée vers les Pyrénées, car elle ne » sera comptée pour rien ]>ar les Puissiinces du Noi^d, » et cependant, si elle est organisée vers la ûu de » févi'ier, (die sei*a ou pom*ra être en mesure d^agir )> eflicacement en Allemagne dans les premiei*s jours » d'avril, et ce surcroit inattendu de forces peut et » doit décider les succès les plus efficaces. »
Paclie demeura stupide. Il écrivit sur la lettre : mérite la plus grande attention. Aussi bien, Liiclos, comme toujours, prévoyait juste. I^e 7 mars 17{Ki, Karère déclare à la Convention que « la cour d*Ës- » pagne voulait la guerre, qu'elle n'avait pas cessé de » la vouloir », et la guerre fut votée par acclamation. Mais, toujours malchanceux, Laclos n'était plus là.
Comme il envoyait sa plaidoirie vraiment convaincante en faveur de l'armée des Pyrénées, le général I^'H'.los apprit (pi'il était nonuué gouverneur général des éUd)liss<!ments français dans l'Inde, et rappelé à Paris pour y prendre ses instructions et recevoir son ordre; d'embarquement. Depuis plusieurs mois^ il sollicitait cette place, qui lui présentait le grand avantage de servir la France en s'éloignant d'elle. On se souvient que son frère avait passai dans l'Inde une grande partie de sa vie, connue employé de la Compagnie. Au mois de septembre 1792, il fut nommé |>ar Monge « chef de la partie des colonies» au Ministère de la marine, c'est-à-dire qu'il était en posture d'aider à la nomination de Laclos. Incertain du résultat de