‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 122 sur 173 · A. G. Doffior Loclo · texte numérisé non relu

A. G. Doffior Loclo

par les émigrés, comme l'auteur principal de tous leurs maux, cl, à Paris, depuis quelques mois, on parlait de Torléanisme sur le même ton que les émigrés ; incmo on n'en avait jamais tant parlé.

11 y a dans \vs assemblées politiques de ces accusations formidables et vaincs, qui semblent excommunier ceux qu'elles touchent, et que les partis se lancent avec fureur h la face, comme une arme de mort. Telle fut, sous la Convention, l'accusation d'orléanisme. Après le 10 août, Danton, Marat surtout, pensèrent sans doute à faire un roi du duc d'Orléans. Après le 22 septembre, pcîrsonne n'eût osé persévérer dans un par(*il dessein. L'orléanisme n'ékiil plus maintenant qu'une ombre louche, un passé fangeux d'intrigue et de corruption. L'orléanisme était mort, mais un grand nombre d'anciens orléanistes siégeaient encore sur les bancs de la Convention. Ils étaient là les mangeurs des millions, répandus par Lciclos au nom du duc d'Orléans. Se connaissant, ils se craignaient et, se craignant, ils se haïssaient.

Le duc d'Orléans avait été élu à grande peine à Paris. L'inviolabilité des représentants du peuple restait sa suprême sauvegarde. Son carrosse roulait seul dans les rues« chatouillant les lanternes. » Tous ses gens étaient chargés de l'espionner. Pendant qu'il dînait au Palais- Royal, la tète de sa belle-sœur, la pi'incesse (h^ L'imballe, lui fut présentée au bout d'une pique: M"'^ de UufTon s'évanouit. Le malheureux qui avait répandu sa fortune pour alimenler la Révolution, en jetait maintenant les restes pour se sauver d'elle. Il fut, à cette époque, l'objet d'un chantage elTréné. « Les chefs de l'État aiment l'argent ; c'est là ce qui me donne quelque espérance », disait-il amèrement à M"*^ Ëliiott, qui lui demandait de lui procurer un passe-port. Comment expliquer

aiitremcnl (|iie par une manœuvre intéress4'e d'inlimidalion ce placard, (pie Marai faisait afficher tians Paris, le 2 septembre 1792 : « Oounne je n\'iiiiie fKis » à perdre mon temps et h valeter, je romps ici avec » Roland puur m'adresser à vous Louis-Philippe » d*Orlénns, vous que le ciel a comblé des dons de la » fortune, vous à qui la nation dcmna en partiige l'Ame » d'un simple citoyen, vous à qui la siigesse doit donner » le cœur d*un franc patriote ; car, comment se le » dissimuler? Dans l'état actuel des choses, vous ne » pouvez plus faire votre salut qu'avec les sans- » culottes. Vous en Ates l'émule : soi/cz-en le bien^ » faiteur. Au nom de la pjitrie, concourez aujourd'hui » à la propagation des lumières nécessiiires au suhit » public, en fournissiuit \\ XAmi du i^cuplc les » moyens de mettre ses ouvrages au jour s<ms délai. » La modiqiu; somme de quinze mille livres suffira » ^1 l'nclint du papier et i^ la paye de la main- » d'œuvre, etc. • » .

Cependant l'immense fortune du duc d'Orléans s'était épuisée; Merlin deDouiii administrait ses biens surcliargésdecréances et lançait ses derniersemprunts. S;i vanité n'élnit plus ex|doit.'ibl(i ; c'esl par la peur qu'il fallait maintenant lui faire rendre gorge ; à l'encens des louanges, aux basses flatteries succèdent la menace, l'invective. Le royaliste Montjoic, pour qui la Révolution tout entière est l'œuvre du duc d'Orléans, reconnaît naïvement qu'à cette époifue une puissante diversi<m s'opéra dans son parti. » Manuel, dit-il, déclara une guerre à mort si d*Or- » léans... Il ne fut plus ni républicain, ni royaliste, » ni constitutionnel, ni monarchien ; il ne fut plus » qu'anti-orléaniste. Pourvu que d'Orléans succoni-

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