‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 128 sur 173 · A. N. n'iCSO cl F · texte numérisé non relu

A. N. n'iCSO cl F

2. Cf. Intermédiaire des Chercheurs et Curieux , xvii, p» 579.

388 LK OÉNÉRAL CHODERLOS DK LACLOS

(Icî Salitl piililic, il <lonnc s«'i doinissidii lU) {j[éii(Viil, t*n «'illé(^iiant des raisons de santé, et tout en dc^clarant l'ester à la disposition du ministre ; il abandonne en indnc temps sa place de gouverneur de rinde. Son état d'ailleurs était fort précaire ; il était ron^é de soucis d'argent ; la fièvre le brûlait et l<^ glaçait tour à tour. A Versiiilles, où il put résider une partie de Tété, il faisait de grandes promenades au soleil ; c'était, disait-il à s^i fenune, son meilleur remède et le baume de la vieillesse à laquelle il toucliait déjà. Mais cette énergique nature ne se résigne pas à l'adversité ; il va déployer contre elle ses inépuisables ressources, et, connue il rusait avec la gloire, on va le voir ruser avec la mort. Tour à loin* émeuli<*r et diplomate, journaliste, orateur, et partout intrigant, il vient de s'improvisc;r stnitège, (»t va se révéler inventeur.

Il avait une idée, une grande idée, dont le citoviMi Dreys ne se doutait certes pas, et qu'il avait exprimée dés 1786, étant alors h l'arsenal de Lii Roclielle. (Vêlait une lieiireiise imagination que ses miilliples aventures n'avaient pas laissé h son génie facih' le loisir d'étudier dans U) détail et de rendre praliipu*. Mais riicMin; était grave, la ressimire unique. Sans plus tarder, il lit donc {mrvenir au Ministre de la marine une proposition relative à l'emploi des boulets creux, destinés au tir contre les navires. Il s'agit tout simplement de VobuSj qui n'était juscpTalors en usage que dans le tir contre les {roupies, mais ({u'on n'avait jamais pense», avant lui, à employer contre les obstacles. Dans la giiern^ marilime en particulier, le boulet plein était le seul employé. \a\ trou qu'il ouvrait dans le flanc du vaisseau se laissait facilement bouclier; au contraire;, un boulet creux devait produire par sc*s

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éclats un Irou plus dccliirnnf, enlever les bordagcs et nicllre le vaisseau hors de combat. L'idée de Liiclos inaugurait en somme les plus importantes découvertes de Tartillerie moderne.

Mong(^, saisi de la f|ueslif)n dès Tarrivéedc IjjicIos h Paris, en avait informé, dès le 28 mars, le Conseil Exécutif. Il démissionna au mois d'avril, au moment même de Tarreslation de Tinventeur. Son successeur Dalbarade, saisi de nouveau, ordonna de tenter des expériences à ha Fère. Le chef de brigade Ftibre fut chargé de les préparer et, développant l'idée de l'inventeur, proposa d'essayer le nouvel engin contre une batterie terrassée pour l'adapter aux moyens et aux besoins de Tartillerie de terre. Le 20 août, Laclos quitta Paris sous la caution du représentant Lîmrent Guyot, de la Côte-d'Or, et se rendit h La Fère, assisté du citoyen BerthoUet, le célèbre chimiste, alors Commissaire des monnaies, et <lu citoyen Adot, représenlant le Ministre de la marine. « Il ne lit autre chose que voir et dresser » le procès-verbal », déclare Fabre. Au reste, l'engin, fragile et défectueux, ne produisit d'effet qu'à une très petite portée. Ces premiers essais avaient cependant une imporUince théorique considérable et I^iclos, en en rendant compte, conclut naturellement avec conOance à l'opportunité d'expériences nouvelles. Le 6 septembre, il nj^ut l'ordre de se rendre à Rochefort, avec l'autorisation du Comité de Salut public. Il devait y continuer ses expériences et se concerter pour leur exécution avec BerthoUet et le représentant Guyton-Morveau. Fabre restait chargé du détail. Laclos indiqua comme un emplacement préférable « le parc et les bAtiments du petit cliAteau de Miuidon. » C'est donc sur la |)roposition du même officier ([ui avait posé la première pierre

(le TArscnal de La Rochelle, que fut créé ce célèbres établissement, qui rend encore de si grands services h Taérostation militaire.

Le 10 oct(>bre, Dalbarade écrivit à son collègue de rintérienr, pour le |irier de mettre à Sii disposition « cette maison et ses dépendances », tant que les expériences ordonnées par le Comité de Salut public Texigeraient. Laclos voit en nu^me temps ses altributionsvs'étendre. ('/est riieuredu danger nationail; les inventeurs commencent à pulluler : le citoyen Brun-Condamine imagine des cartoucbes-brillots ; (luyton-Morveau propose des boulets |)leinsà bu^uc de plomb; le citoyen JcNinniii, capilaiiuî aux ln\alides, apporter sa matiènï inllammable; le citoyen Piuelli, ingénieur, fabri(|iM'. (b^s boulets incentliainni. Le ministre ne veut rejeter aucune découverte sims exanu'n. Il en charge Laclos (*t le nonune Commissaire en chef des expériences de Meudon. Quinze cents francs lui sont une première fois avancés pour les menues dépenses. L'ingénieur Mandard lui est adjoint. Le Ministre de la guerre doit lui fournir une pièce de 24 ou de 18, montée sur son affût ci tous les « attirails d'artillerie », qui lui sont nécessaires. Poursuivant ses études, il vient encore de proposer pour le tir à boulets rouges des culots de bois et de a t(dle », dont Tusage a eu, d'après lui, le plus grand succès à Tile d'Aix et il La Fère. Six culots ont été fabriqués à TArsenal. Le 4 novembre, Laclos s<ï rend à Meudon, à Obeuresdu matin, pour prendre possession, au nom de la marine, « ducliûteau neuf et du petit [tare de Meudon ». Dalbarade a décidé d'assister, dès le lendemain à midi, sur la butte Montmartre, à l'expérience des culots, accompagné de son adjoint Cbapattc et de plusieurs représentants du peuple. Le fi novembiHî, comme il

se disposait à quiltcr son domicile pour se rendre à Montmartre, Laclos vit entrer chez lui le juge de paix Lacoste, de la section de la Montagne, son greffier Sarrazin, et les citoyens Gaplain et Rivaux, membres du Comit*^ révolutionnaire de Saint-Cloud, chargés de procéder à son arrestation. Ils le trouvi»i*ent avec sa femme et « d'autres citoyens ». Lîiclos exprima simplement son étonnement de voir interrompre de nouveau la série de ses expériences diî guerre et remit son portefeuille, où se trouvaient h»s diiïérenls onlres qu'il avait reçus du Ministre de la marine; il ouvrit lui-même les meubles et les placards, qui nv. contenaient aucun papier; les scellés furent apposés sur son secrétaire où s'en trouvaient qu(*lques-uns. La citoyenne Marie-Marguerite-Julie Poquet, femme de Jean-François Dupuis, cuisinier, attachée au service de la citoyenne Laclos, en fut étiïblie gardienne, aux honoraires de vingt sols par jour. Laclos fut aussitôt incarcéré à la Force et peu après transféré à Picpus ^

Dc^puis la premièn; arresl<ition de Laclos, la Gironde et la Montagne s'éUiient livrées un combat mortel. Les journées du 31 mai et du 2 juin avaient consommé la chute des Girondins. Vingt et un d'entre eux, dont Sillery, Brissot, Carra, Fauchet, furent guillotinés, U\ 30 octobre. Brissot, accusé d'avoir rédigé la pétition du 16 juillet 1791, dans le but de faire massacreur les patriotes, fit connaître dans un mémoire justificatif qu'il n'avait fait que répondre à

1. A. G. Dossier Laclos. — A. N. F' 4.686. — Aulard. Contilé^ H, p. 356 — Cf. dans la Sabre tache du 30nvrill90i : Leê serviceê <ie Choderlos de Aaf/o.<t (1792-1803) pnr M. Patrice Makon, capitaine d'arlillerie, qui Q consul l(^ sur In question des boulet» creux les archives da Comité d'orliilcrie. M. Mnhon n bien voulu m'aidcr de sn précioase expérience dans mes recherches oux archives da Ministère do la guerre. Je lui exprime ici toute nin reconnoissancc.

une demande de Laclos et que c'était celui-ci qui^ avait ajouté les mots a par tous les moyens constilu- » tionnels ». Pour acheyer de donner aux prétendus complots des Girondins une couleur orléaniste, pour les lier h d'Orléans, Robespierre fit venir k Paris Philippe-Egalité, absout une première fois par le Tribunal de Marseille. Le 6 novembre, le Prince fut traduit devant le Tribunal révolutionnaire avec le Girondin Coustard. 11 fut courageusement défendu par Voidel et condamné à mortainsi que son compagnon *. Le duc d'Orléans réclama son exécution immédiate et la subit, en même temps que Coustard, le lendemain 7 novembre. Il mourut avec courage et se retrouva prfnce sur la charrette. Ses derniisres lettres avaient été pour M"** de Buflon. Garât raconte que, ce jour même, deux de ses amis, dirigeant leurs pas vers la place de la Révolution, devisaient entre eux des secrets desseins, qu'ils attribuaient h Robespierre, susp(*cl à son tour d'orléanisme. La République est perdue, disaient-ils; quelques jours encore, et d'Orléans est couronné. A ce moment, satète tombait sur l'échafaud. Il est probable que les anciens partisans du duc d'Orléans, ceux qui vivaient de lui depuis le couuu(^ncement de la Révolution, décidèrent sa mort pour s'en débarrasser. Ainsi finissent parfois les grandes entreprises de corruption p<irlementaire. Ce fut du moins l'impression d'un bon juge: Napoléon. Quand Savary vint, en 1810, remplacer Fouché au Ministère de la police, son inexpérience des hommes

1. Son iiitcrrog-iiloiro fut Irvtf bref ci Foiif|iiier*Tiiivîlle cvîla iiuUirelleiiieni de lui doiiionder l'emploi qu'il uvnii fuit de son imoicnst fortune. V. Kur lu délciitiuii deii prince* d'Orlénn* h Murseillo !•• document* publiés par lu Revue réiroapecttfe {\*' avril 1890). M** de BulTun, tombée dun« In minère, ci>ouiia en 1798 un comini««aire des guerroii, M. Rcnouard de Buittierre, uprètf avoir refusé TuUeyraBd, ci mourut en IHiKi.

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de In Révohilioiî, avec lesquels il éUiil journellement en conlacl, lui fil, dil-il, sentir la nécessité « de » chercher dans le passé la prévoyjince pour Tave- » nir ». Il se fit apporter les volumineuses liasses de papiers du duc d'Orléans, qui étaient encore intactes depuis leur saisie, et employa plus d'un mois à les lire. Très prévenu contre le duc, qu'il entendait encore maudire par tous les partis, il sentit son opinion se modifier .à la lecture de ces papiers.

« J'y en trouvai de singuliers, en ce qu'ils étaient » d'hommes que j'entendais souvent déclamer contre » le duc d'Orléans, (îl j'avais sous les yeux la preuve » (|u'ils éUiient ses obligés. J'y trouva! même des » reçus d'argent et, dans presque tous, une reconnais- » sance (exprimée de manière à ne laisser aucun » doute sur son motif. Je fis un choix de ceux de » ces papiers qui concernaient des hommes que je » voyais fort assidus aux Tuileries, et d'autres, qui M cherchaient à acqiiérir du crédit. Je portai un jour » tout c(;la à rËMiperenr, à Uamimuillel... »

Napoléon lut tout d'un bout à l'autre, fitquelques tours en silence près du grand étang et parla longuement :

« 11 m'est bien prouvé, dit-il, que le duc d'Orléans » n'était pas un méchant homme. S'il avait eu les » vices, dont on enlache sa mémoire, rien ne l'aurait » pu empêcher d'exécuter le projet qu'on lui a » supposé ; il n'a été que le levier dont se sont ser- » vis les meneurs de cette époque, qui l'ont compro- » mis avec eux pour trouver des prétextes de lui » extorquer de l'argent, et il parait bien qu'une fois » qu'ils ont commencé, les demandes n'ont plus eu » de bornes. H ne faudrait même pas s'étonner que » tous ccîux (pii étaient ses débiteurs se furent entcn- » dus sur les moyens de lui arracher quittance et

» n'oiissonl tnitnc^ sn porto on soiilovanl contre lui » I^indignation publique... Brùioz loul ce fatras, » conolut-il, avec une prudence magnanimci et » laissez tous ces gens-là en repos, qu'ils ne sachent » jamais cpio j'ai lu cela^ »

I^i situation de Laclos, arr(\té depuis deux jours (|uand l(^ duc d'Orléans fui exécuté, était tc^rihlc. L'orléanismo, connue un revenant, semblait s'attacher à ses pas. II avait beau fuir cotte ombre fatale et changer constiunmenl do route pour la dépister, elle snrgissiiii sans cesse à ses cotés, portant la mort avec elle. Ainsi Philippe d'Orléans semblait se vcîhger du conseiller qui l'avait perdu. Cependant, cette foisencore, Lacloséchappa. Maintenu au secret, ilcontinuait d'écrire dos momoiros sur les boulets creux. Sa fomnu' so prodiguait et s'ingéniait toujours pour le. sauver. Kilo chorchail à provoquer la levée des scellés apposés sur le secrétaire de son mari, afin qu'on examinât ses papiers et qu'ils servissent h juger sa conduite. Une première fois, le juge de paix Ljicoste est avisé que la citoyenne Poquet, quittant le service de la ciloyonno Lnclos, no peut plus assumer la garde dos sccdios. .Mais il so borne à la reni-

1. Mémoires du <liic de Rovig'o, IV, pp. 356 cl suiv. — Ce qui luit des papiers du duc d'Orléuns fut, sclou toute apparence, emporté jmr Btïuguut. quiuid il posiin, en 1814, au Ministère de la Police. Son i>ctit-fils, le comte Deug'not, vient en mourant de les léguer à l'Institut. 11 est d'ailleurs probable que l'auteur de la f orrejjpojidanve Je L.~Ph. -Joseph d' Orléans ^ nous en a fait connaître les plu« ini]K>rtants. Cet auteur semble avoir été Roussel, secrétaire de la commission nommée par le décret du 22 floK'al an 11. qui aui«il aa Palais-Uoyal plus do 15 cartons do papiers ; nuiis, sauf In lettre de Fauchet, que nmis avons citée, il a évité de publier les demande* ou re^Mis d'ar^fent. M. le vicomte Ueugnut a écrit récemment ù VimUr* tuètl taire des Chercheurs et Curieux (n* du 30 septembre 11103) que les papiers légués i>ar son ]>ère à l'Institut, composés de 405 ]iièce8, ne réserveraient que des déceptions « ft des fureteurs do rêvé- » lations sensationnelles. »

placer par la citoyenne Marie-Anne Mantot qui lui a succédé dans sa place. Peu après, M"*' Laclos trouve un nouveau subterfuge. Elle écrit au Comité de Sûreté générale |>our Tavertir qu'elle va quitter son ap|>arteuient dc^ la maison Egalité. La citoyenne Saint-Val, nouvelle propriétiiire, veut augmenter son loyer au delà de ce que lui permettent ses faibles ressources. Elle prie donc le Comité d'ordonner la levée des scellés, en présence de son mari, et insiste sur Furgence, car son bail expire dans quatre jours. Sa requête, deux fois renouvelée, est enfin entendue. Le 29 décembre, à 4 heures, elle a la triste joie de revoir son mari pendant quelques heures. On Ta extrait de sa prison, pour assister à Touverture du secrétaire et h Tcxamen des papiers qu'il contient ; ils sont tous relatifs h ses anciennes fonctions électives et militiures. Laclos demande que ses deux lettres de démission soient décrites dans le procèsverbal, ainsi (|ue le certificat justificatif de sa section. Il est ensuite remis h ses gardiens *,

Son hère, dont h» procès-verbal signale la présence à ro|)ération de la levée des scellés, entraîné dans son infortune, avait été arrêté le 6 novembre, un jour après lui. Nommé Consul à Cadix, puis à Smyrne, il s'apprêtait h rejoindre son poste, « ayant déjà reçu » brevet, fonds, passe-port et instructions » ; le Ministre Lebrun fut pris d'un scrupule et adressa au Comité de Salut public la question suivante: « L'état » d'arrestation du citoyen Choderlos-Laclos est-il un » obstacle au départ du citoyen Choderlos pour le » poste, auquel la confiance du Conseil Exécutif l'a » appelé ? L'avis du Comité de Salut public sera la » règle de ma conduite. » Le Comité répond : « Que

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