‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 136 sur 173 · tbifi · texte numérisé non relu

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/il6 LE GÉNÉRAL CHODERLOS DE LACLOS

idée ». Los pnissiincos coalisées contre la Rc^piililiqiic, apiTS avoir vainniiioiil tenté dViiiptVIior par In giiern; son établissement, tenteront, diaprés lui, de la renverser par la paix. Dans cette coalition redoutable, Laclos ne comprend pas seulement les nations étrangères en lutte avec la France, mais aussi « la foule » plus ou moins grande des malveillants qui liabitcnt » encore U) sol de la République : cette véritable » puissimce, non moins forte, non moins active, |>eui- )> elre non moins dangereuse tpraucune autre, |M>r- » tant à la fois Tétendard de la révolte dans la Yen- » dée et le drapeau du patriotisme dans Paris, » fanatisant h; peuple des campagnes par la religion, » et celm' des grandes communes par Talbéismc, là » pnVIiant le royalisme et toutes s<is distinctions o|i- » prrssives, ici IVgaiité absolue et tmiles S4fs clii- » mrres désorganisiitrices, tour à Ifuir fauteur du » despotisme et de Tanarchie, tous deux en eflel » également favorables h Tunique but qu^elle se » propose, la continuation ou même, sMl est permis » de |)arler ninsi, le perfectionnement des abus. »

(^e sont ces ennemis intérieurs qui ont été les provocateurs et les agents de l'étranger. Sans doute, ils arguent des excès de la Révolutiim. La pbilosophie, qui, depuis un siècle, répandait en France les idées de la liberté et (régalité, ne lui pronudtait, dans le calme de sa méditation, (prune révolution régénératrice des vertus et du bonheur du peuple. Mais la philosophie est impuissante par elle-mi^me h réaliser ses desseins. « C'est aux passions (|u'appartiennent ces » grandes enlrepris(*s. » La philosophie sèuu; les germes, les passions les fécondent. Seules, elles peuvent» calculer sans effroi les malheui*s inévitables » qui doivent précéder la félicité qu'cdies envisagent. » Ainsi s'explicfuenl « cette foule (révént^nnuils împn;-

» VUS, qui, si souvent, ont fait rétrograder la Révo- » lution, au moment où elle semblait toucher à son » terme, et que les imaginations faibles et supersti- » tieuses auraient pu prendre pour les jeux cruels » d'un génie capricieux et malfaisant».

L'ancien régime avait rendu la Révolution nécessaire. « Le mauvais état de nos finances et Tinquié- » tude qui s'ensuivait, tant sur la dette publique que » sur la progression effrayante des impôts, l'abus » scandaleux de la faveur et de l'intrigue, qui ne » laissait parvenir aux places que des gens ineptes ou » mal famés, une immoralité profonde que la Cour )» ne prenait plus même le soin de cacher, au dedans » des <»péra lions d<; financf*. désastreuses,' au dehors » des traités de commerce lumiilianLs et déstivanta- » geux, toute considération politique perdue chez l'é- » tranger, une police intérieure tantôt faible, tantôt » tyrannique et toujours inquisitoriale, tous ces maux » et toutes ces fautes avaient rendu presque una- » nime le désir d'une révolution. »

Chacun la désirait, mais personne n'en prévoyait la marche. Tout le monde s'entendait pour déj)lacer le pouvoir, bien peu voulaient le remettre à sa véritable place, en le rendant au peuple. Voilà l'essence même de la Révolution, voilà ce qui la distingue de toutes les autres et la rend la seule «juste et raisonnable». Ses ennemis ne sont pas seulement, comme on l'a prétendu, l'aristorratie religieuse et^iobiliaire, dont les vaines imprécations sont demeurées impuissantes et qui, même en Vendée, n'a pu soulever « qu'un « ramas obscur d'agents subalternes soudoyés et guî- » dés par une puissance ennemie et tout prêts à de- » venir capit'iines de voleurs, dès qu'ils ne pourront » plus être chefs de révoltés ». Non, les vrais ennemis de la Révolution, ce sont tous les gens qui vivent

d'ahiis, (l(;puis les empereurs el les rois jusqu'aux derniers sbires de Robespierre, tous ceux qui craignent les conséquences crinstitutions sages, assises sur la souveraineté populaire : à Textérieur, reffèt irrésistible de cet exemple chez les autres peuples; à rintérieur, la cessation des injustices, des faveurs et des spoliations. Entre la Révolution et les puissances coalisées contre elle, c'est un combat à mort. Or, toutes ces puissances ont un égal intérêt ai une paix générale, « sous la réserve Licitement convenue » entre elles de recommencer la guerre dans un » court délai, qu*on peut évaluer h trois ou quatre » années ».

Voici comment Laclos, reprenant les idées qu'il avait déjà développées à la tribune des Jacobins, établit cette démonstration. La France fait la guerre sur ses capitaux, tant en honiiues qu'en argent; les puis.sances étrangères n'ont fait qu'outrepasser plus ou moins leurs revenus ordinaires. Celles-ci ne possèdent que des années de métier, que rien n'exalte, ni ne refroidit. Les Français combattent pour leur propriété, leur liberté, leur vie. L'intérêt personnel s'unit h la valeur française, pour transformer nos soldats en héros. Les ressources particulières a un gouvernement révolutionnaire et la centralisation de tous les pouvoirs dans une Convention nationale achèvent d'établir leur invincible supériorité. Supposons une paix de trois ou quatre années et la guerre recommençant a nouveau. Les puissances étnmgères, guérites de leur épuisement pass^iger, auront réparé leurs finances et recruté leurs armées. Lii Fnmce n'aura pu cicatriser encore « les plaies profondes faites » par le robespierrisme ». Elle n'aura plus les avantages d'un gouvernement révolutionnaire; ses immenses capitaux aurontpris une autre destination; l'en

thousiasme guerrier aura disparu ; « c'est alors, c'est » dans ces circonstances orageuses, que les intrigants » et les fripons, relevant la tête au bruit de nos mal- » heurs, et se ralliant de nouveau aux puissances » coalisées, tenteront avec plus de confiance que » jamais d'égarer une partie du peuple, encore trop » peu instruit, de la dégoûter de la liberté, en la lui » montrant comme une suite de privations et de maux, » et réussiront peut-être, sinon à renverser la répu- » bliquc, du moins à y causer de nouveaux troubles » et à éloigner pour une longue suite d'années en- » core l'état de puissance, de splendeur et de félicité » (fue la France doit naturellement attendre de sa » révolution».

Est-ce à dire que Laclos se refuse à toute négociation en vue de la paix? Non, mais il veut que les négociateurs ne traitent qu'en considération de la guerre, à laquelle l'épuisement de nos adversaires mettra seul un terme. L'i France est une grande place dans un territoire ennemi ; les fortifications militaires, d'où dépend sa sécurité, sont tracées sur la carte. Ce sont les limites mêmes que la nature impose à sa prospérité économique : le Rhin, les Alpes et les Pyrénées, complétés par les deux mers. Dans ces limites, nous aurons toujours sur l'ennemi l'avantage d'une campagne. A cette condition, Laclos consent à une paix générale sur le continent. Quant h l'Angleterre, « nous avons bien d'autres intérêts h » démêler. Nos limites vis-à-vis d'elle sont à régler » sur toutes les mers et dans toutes les colonies, et » je ne vois ni dignité, ni prospérité pour la France » tant qu'elle laissera l'Angleterre, que la nature a » placée pour être tout au plus une puissance de » second ordre^ être la dominatrice des mers et y » exercer envers toutes les puissances un despotisme

/i20 LK GISNKIUL CHODERLOS DE LACLOS

» avilissiinl vi ruincMix ». Il ne raiil pas cesser de In combattre » vi^^oiireiisemeiit ».

Ainsi parlai! l'ancien diplomate, qui» naguère à Londres, s*elTorçait,aYantTalleyrand, de conclure une alliance avec I Angleterre, prêchait à son pays la modération et caressait des raves de paix perpétuelle» emportés par un grand orage, dont il sortait meurtri cA content, (^et ex-général, sans argent et s^ms place» qui vient à peine d'échapper à la mort, ne saurait être comparé aux pourris du Directoire, aux terroristes repus, qui veulent la guerre, toujours la guerre, pour écarter Tarmée qu'ils craignent et perpétuer l'ère des rapines, dont ils profitent. (Àimme Barthélémy, connue Carnot, il veut donner au pays ses limites natun^lles et « n^streindre nos projets dV » grandissenu^nt h ce qui est nécessiûre pour porter » au maximum la sûreté de notre pays'.» Les passions qui l'animent ne sont pas intéressées» mais nationales. Il veut aiïermir les conquêtes de la Révolution par celhïs de nos armées. Les conditions (|u'il posi; aux négociations de paix sur le continent sont à p(^u |)rès celles, qui furent conssicrées par les traités d(i ItAh;, d(^ (lampo-Formio et de Lunéville.

Avec l'Angleterre, la France, d'après lui, compte comme ennemis redoutables l'Autriche, qu*il faut abattre par tous les moyens, et la maison de Bourbon, « (pi'il ne faut pas confondre avec les États (|u'elle gouverne». La Russie est trop éloignée pour nous nuire; il suffit de lui retirer, au profit de la Suède, du Danemark et des États-Unis, notre clientèle ccnumerciale (^t de soutenir contre elle la Turquie, notre fidèle allié(î. 11 faut prendre à la Sardaigne son ile, la Savoie et le comté de Nice, et la forlîGer

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