‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 28 sur 173 · A G. Dossier du régiment de Toul. Années · texte numérisé non relu

A G. Dossier du régiment de Toul. Années

2. Cf. Jeun Périer. La prospérité rocheiaite an xviii* tiède et la bourgeoisie proiesiaute.

aiinnble. (Vest alors qu'il devint Tanii d'Alquicr, avocat au présidial, et futur député du Tiers aux États généraux. Alquier était un gai compagnon, fort sceptique, adorant le plaisir et réputé de par la ville la terreur des maris. Le bruit se répandit naliindlemcMil (|ue Laclos avait pris à La lloclndh^ les personnages de son roman, et, de fait, les scandales n'étaient point rares parmi ces bourgeois viveurs, qui ne rappelaient en rien leurs coreligionnaires de Genève ou d'Amsterdam. Le théfttre était très en vogue. Billaud-Varennes, le futur terroriste, fils d'un avocat au présidial, fait représenter en 1780 au tliéâtre de la ville une comédie intitulée : I^a femme comme il ny en a point. C'était, dit-on, une siitire des dames de La Rocbelle. Le public se facbe, on proteste, on conspue le malheureux auteur : le lendemain, Paris s'enrichissait de Billaud-Varennes sifflé. La Rochelle était surtout fièrede son Académie. Elle comptnit trente membres, dont Voltaire, et reçut la visite de l'Empereur Joseph 11. Laclos eut le grand honneur, pour un étranger, d'être élu membre titulaire, le 22 juin 1785. On trouve cinq ecclésiastiques parmi les Académiciens qui lui donnèrent leurs suffrages. Il ne lut jamais rien aux séances et s'excusa en quittant la ville de n'avoir pu prononcer son discours de réception. Du moins fit-il aux Hochelais, avant son départ, un cad(*au original et qui leur fut fort agréable. C'éUiil une stalue de Henri IV, qu'avait fait fabriquer un de ses cousins, M. de Pressigny, avec une composition mystérieuse » qui imitait la chair aussi bien que la cire, bien «qu'elle eut la dureté de la pierre». L'auteur de l'Editde ÎNanles était, comme de juste, très populaire à La ttoclielle et l'Académie, en proposant son éloge, le(|ualifiaitde « bien bon ami des Uochelais ». M. de

Pressigny voulait offrir sa sUituc à la ville de Pau. Laclos Tobtint pour Lai Rochelh*. Elle fut inaugurée on grande solenniU^ 21 TlIcUel do ville ; on la plaça dans la salle des assemblées ordinaires. En 1789, on Torna d'une cocarde tricolore ; Henri IV était alors un roi d'opposition. En 1793, on la brisai

D'après la tradition locale, Laclos habitait rue Saint-Antoine (maintenant rue Delayont) une maison dont le jardin est adossé à celui d'un bel hôtel, donnant sur la rue Dauphine, que les Rochelais montrent encore avec orgueil. Cet hôtel fut acheté . en 1769 par Jean-Augustin Duperré, qui occupait les charges lucratives de receveur des tailles et de Trésorier des guerres, de hi marine et dos colonies. Issu d'une famille noble do Normandie, M. Duperré avait opouso, h Versailles, (jabri'^lle Prat-Desprez, s\géo seulement de 14 ans. Il mourut en 1775, peu après la naissance de son vingt-deuxième enfant, un garçon, qui reçut le nom de Guy. Le dernier né de cette famille singulièrement féconde fut l'illustre marin qui prit Alger et devint, sous Louis-Philippe, Ministre de la Marine et Pair de France. M"* Duperré était une femme d'une grande fermeté d'Ame ; cependant» après la mort de son mari, l'ainé de ses lils, qui avait hérité de sa charge do receveur des tailles, commença do dissiper en prodigalités le , patrimoine de la famille. Sa sœur, Marie-Soulange, ftgée do dix-huit ans, tenait alors le s«ilon de m nu>ro, (|ui passait pour un des plus brillants do la ville. (j(;lto jouiu; (illo élait réputée pour sa boauti'^ : son portrait nous la montre très rose et très brune, les cheveux courts et frisés, les traits menus éclairés

1. Jo doi» ces détails à robligcunce de M. Jeun Périer et de M. Mutsot, bibliothécaire do In Villo de La Rocliclle.

par de grands yeux pleins de langueur où brille ua heureux sourire ; elle est petite et d'une grâce extrême, à la fois douce et mutine. C'était les charmes de M"® Dupcrré qui retenaient l'auteur des Liai-sons \\ La Rochelle, et c'était l'amour qui le distrayait de son lal>orieux traité sur YKducation des femmes. Le \olage ami de Margot avait donc enfin rencontré sa Tourvel. Mais quelle mère eût consenti à livrer sa fille à Valmont ? Quelle fille n'eût craint le sort de Cécile Volanges ?

Le gendre de Laclos, M. Duret de Tavel, a raconté, vers 1846, à Arsène Iloussaye qu'à l'arrivée du rameux romancier à La Rochelle, M"* Duperré s'était écriée avec effroi : « Jamais M. de Laclos ne » sera admis dans notre salon. » Le mot fut répété \\ Laclos qui répondit froidement, comme Valmont lui-môme : « Je songe à me marier ; je veux épouser » avant six mois M"® Duperré ». Et six mois après, il tenait parole.

11 était bien capable de cette gageure ce froid ambitieux, qui se plaisait à défier l'obstacle, cet observateur profond, qui connaissait si bien le cœur des femmes et la tactique de l'amour. Mais il joignait beaucoup de droiture à une conscience fort libre et un cœur sensible à l'esprit le plus fécond en artifices. A force d'être traité de Valmont, il a bien pu finir pat se piquer au jeu et prendre un instant pour les autres le masque de son héros. Qu'importe puisqu'il aimait et ])uisque ses ruses et son éloquence furent celles du cœur. 11 aimait : l'union la plus tendre et la plus heureuse en porte témoignage. 11 aimait tout simplement, tandis qu'il tourmentait ses veilles à raisonner à vide sur la nature de l'amour. 11 n'y eut aucun mérite, déclarait-il plus tard ; il ne fallait pour cela que « des

yeux et des oreilles ». Mais, il gardait quelque fierté d'avoir su plaire (Uicore « daus TAge qui » flétrit tous les agréuients naturels ». Il avait quarante-deux ans; elle en avait dix-huit. I^ chaleur d'une âme sincère, un rayonnement d'intelligence, une pénétration de la volonté triomphèrent des préventions d'un jeune cœur et s'imposèrent à sii tcmdresse. C*c\U) qui s'eilrayait tant de \oir apparaître Valmont, devait subir son prestige ; elle oublia toute prudence, quand Liiclos lui révéla, et dans quel langage enchanteur, l'Ame de Saint-Preux, w 11 sut, » dil-il, par des moyens doux, l'emporter sur ses » concurrents, quoique peut-être il eût moins de » droits que quelques-uns d'eux h l'empire que tous » désiraient* ». Mais il fallut bien qu'à ces « moyens doux » l'amoureux romancier en ajouta quelques autres.

M. André Ilallavs, dans le coui*s d'une de ses utiles flâneries^ a visité à La Rochelle l'hôtel Duperré. « Au troisième et dernier étage de la » maison, dit-il, se trouve un merveilleux boudoir » de forme ovale, tout garni de boiseries représen- » tant des allégories des saisons. La sculpture de ces » panneaux est d'une ciiarmante élégance, un peu » facile (elles furent, dit-on, exécutées par des » sculpteurs iUiliens). L'ensemble est d'une grâce » exquise. Il est du reste impossible de se tromper » sur la destination de cette petite pièce. Un des » panneaux tourne, c'est une poi-te seci*èle doimaul » sur un petit escalier pratiqué dans l'épaisseur ilu » mur. L'escalier aboutit h un souterrain qui passe » sous lejardin de l'hôtel : le souterrain communique » à un autre escalier pratiqué dans la muraille

» d'une maison voisine et qui conduit à un autre » boudoir ovcile tout semblable à celui de Thotel » Duperré, décoré de la môme façon. On n'a pas » de peine à s'imaginer le roman: c'est un décor » à souhait pour un « conte moraP ». La maison voisine, dont il s'agit, est colle même que I^aclos liabiL'i. Tel fui le terrain que choisit l'auleur des Liaisons pour y livrer bataille. Tel fut aussi celui de sa victoire.

Cependant la vogue scandaleuse de son roman, et l'odieuse réputation qu'il lui valait, déterminèrent imi^ invincihh^ opposition dans une famille aussi jiist(;meiil. considérée (|uc celle on il anihitionnail d'entrer. Même après ([u'un sentiment muluel eut déjoué tous les obstacles et se fut afiirmé dans ses effets, le prétendant dut méditer tristement sur les inconvénients d'attaquer le vice quand il est de qualité. « Auprès de toi et pour toi, écrira-l-il » |)lus tard à sa femme, je mêlais les éléments du » stoïcisme aux éléments de l'amour ». M'"' de Liclos fait elle-même allusion dans une lettre aux « difficultés interminables, qui ont si longtemps » retardé son mariage et que le temps seul a pu » résoudre. » Enfin, le 1®*" avril 1786, Laclos put adresser au Ministre sa demande officielle. « 11 a » l'honneur de représenter qu'il trouve l'occasion de » former un établissement avantageux ;i tous égards, » en épousant la D"" Marie-Soulange Duperré, fille » majeure y .... que dans ce mariage la naissance et la » fortune se trouvent d'une parfaite convenance avec » celle du sieur Choderlos de Laclos ; en consé- » quence il espère de la justice et de la bonté de » M. le Maréchal de Ségur qu'il voudra bien accor-

t. Journal des Débats, 23 novembre 1900.

» der nu dit sieur la permission de contracter ledit » mariage ». A cette demande était jointe une lettre de M*"* Veuve de Liclos, sa mère, ([ui certifiait avoir donné son consentement à ce mariage « qui est fort à sa convenance ». Ces pièces furent transmises au Ministre, le H avril, par le Directeur de TArtillerie, Gribeauval. « Comme M"** sa mère, écrit Gribeauval, » atteste par le certificat ci-joint (pie le mariage est » absolument à sa convenance, je ne peux cpie » vous supplier, M. le Maréchal, d'accorder à cet » officier la permission nécessaire pour le conlrac- » ter ». Le 14 avril, Ségur accorda son autorisation, en y joignant un congé d'un mois à dater du l*' mai K

Le mariage eut lieu le 3 mai. En 1833, dans les travaux qui forcèrent de toucher au mur est du bâtiment où se trouve la salle d'armes de TArsenal de La Rochelle, on trouva une plaque de cuivre qui portait cette inscription.

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